Le pont entre Mirepoix et Bessières victime d’un convoi exceptionnel « simplifié »  ?

pont Mirepoix Bessières
La presse a été tenue à l’écart des obsèques des deux victimes de l’effondrement du pont de Mirepoix-sur-Tarn, célébrées en fin de semaine dans l’église de Bessières à 24h d’intervalle. Dans un climat tendu : la famille de la lycéenne de 15 ans a lancé un appel au calme suite à la colère exprimée par ceux qui montrent du doigt la responsabilité du conducteur de poids-lourd, également décédé dans la catastophe. Une « marche blanche » est annoncée samedi 30 novembre à Mirepoix à la mémoire de la jeune fille.

L’enquête est toujours en cours, mais le procureur de la République Dominique Alzeari est déjà formel sur un point  : le camion qui s’est engagé sur cet ouvrage suspendu limité aux véhicules de 19 tonnes dépassait largement le poids maximum autorisé. Le véhicule, décrit comme un « porte-char » par le maire de Mirepoix, tractait une remorque chargée d’une foreuse d’une trentaine de tonnes. L’ensemble routier pesait plus de 50 tonnes, a révélé le magistrat du Parquet.

Le procureur se base sur la perquisition menée dès lundi au siège de la société Puits Julien, spécialisée dans les forages. Cette entreprise familiale, rachetée l’an dernier par un ancien joueur de rugby de Bessières avec un associé de la commune, avait déménagé ses locaux dans la zone industrielle située à quelques centaines de mètres en face du pont de Mirepoix.

Selon les explications du procureur, le poids-lourd conduit par le nouveau gérant de l’entreprise circulait « en convoi » avec deux autres véhicules de la société. Un employé qui se trouvait dans un deuxième camion suivant le porte-char, aurait même klaxonné et lancé des appels de phares à son patron quand il s’est aperçu du danger. En vain. Un troisième véhicule, « une fourgonnette blanche » précise Dominique Alzeari, aurait fermé la marche du convoi. S’agit-il de la fourgonnette décrite par certains témoins et qui avait été un temps porté disparue lundi matin, dans l’affolement de la catastrophe  ?

Sans chercher à ré-écrire vainement l’histoire, on ne peut que regretter que cette fourgonnette n’ait pas ouvert la voie aux camions, comme cela se pratique pour des convois exceptionnels. Selon La Dépêche du Midi, la Renault Clio blanche qui arrivait en sens inverse aurait en effet été contrainte de faire marche arrière en voyant le camion s’avancer avant de basculer dans le Tarn. La conductrice, infirmière, a été hospitalisée en état de choc alors que sa fille est morte noyée. La réglementation impose la présence d’un véhicule « pilote » devant les convois exceptionnels à partir de la deuxième catégorie pour les largeurs supérieures à 3m. Cela pose la question du gabarit du convoi, en plus de son poids. L’enquête devra déterminer si une voiture-pilote était obligatoire et s’il était possible à un poids-lourd de croiser un véhicule léger sur le pont de Mirepoix.

transport exceptionnel
source : préfecture de la Haute-Garonne

Il apparaît toutefois que le convoi relevait a minima de la première catégorie (dès 42 tonnes). Le Code de la route impose de demander une autorisation préfectorale avant de prendre la route pour de tels transports routiers. Interrogée pour savoir si la société Puits Julien disposait d’une telle autorisation, qui peut être délivrée pour une durée maximale de trois ans sans avoir à déposer des demandes d’itinéraires au cas par cas, la préfecture renvoie la balle vers le Parquet « s’agissant d’une affaire en cours ». Le procureur Alzeari se demande pour sa part si le gérant de l’entreprise, familier des lieux, ne se serait pas engagé sur le pont par habitude, oubliant le poids de son camion.

Les enquêteurs auront du mal à savoir pourquoi cette personnalité bien connue à Bessières a choisi de passer sur le vieux pont suspendu plutôt que sur le nouveau pont de La Magdeleine, à seulement quelques kilomètres en aval. Mardi, un engin de levage a sorti la Clio du Tarn depuis la rive droite devant un public de curieux, tenus à distance par des policiers municipaux et des gendarmes. Il faudra plus de temps et un engin plus puissant pour dégager la carcasse du poids-lourd et son chargement depuis la rive gauche. Le maire de Mirepoix redoute que Tarn en crue puisse emporter l’épave. Les tronçons du pont détruit qui pendent dans l’eau ont déjà été déplacés par la force du courant ce week-end.

Le drame de Mirepoix-sur-Tarn pose moins la question de l’état des ponts en France que de l’organisation des transports lourds. La réglementation sur les convois exceptionnels a été « simplifiée » en 2017, après une expérimentation menée dans l’ex- région Nord-Pas-de-Calais. Voila longtemps que les motards de la gendarmerie nationale n’encadrent plus ces convois sur les routes.

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