Cyclistes et piétons réunissent la gauche à Toulouse

Tricycle à batterie

Petite « vélorution » ce vendredi soir place du Capitole : les têtes des trois principales listes de gauche se sont retrouvées devant la façade l’hôtel de ville à l’invitation de 2 Pieds 2 Roues, qui organisait une première « convergence » nocturne de cyclistes et de piétons à 15 jours des élections. L’association historique des cyclistes urbains a innové en élargissant son objet social à la marche à pied en 2013. Antoine Maurice (EELV), Nadia Pellefigue (PS) et l’ancien maire Pierre Cohen (Générations) ont brièvement pris le micro avant de passer leur « grand oral » samedi devant les responsables de l’association, qui invite rituellement tous les candidats à « plancher » sur leur programme en matière de « mobilités douces » avant chaque scrutin municipal. Un représentant de Franck Biasotto, candidat centriste dissident soutenu par le Modem, a également pris la parole.

La liste du maire, Jean-Luc Moudenc (LR, soutenu par LREM), a brillé par son absence. Philippe Dufetelle, ancien adjoint de Dominique Baudis, était pourtant présent dans l’assistance. « C’est moi qui ait ouvert les premières pistes cyclables à Toulouse », dit cet ancien animateur de la campagne présidentielle de Brice Lalonde en 1981. Désormais rivé à son fauteuil roulant, l’ancien élu qui a vainement tenté de rallier la liste Archipel Citoyen d’Antoine Maurice a proposé ses services au maire sortant. La municipalité, qui a beaucoup misé sur son projet de troisième ligne de métro, est accusée de ne pas assez prendre en compte les cyclistes et les piétons. 2 Pieds 2 Roues s’est départie de sa neutralité habituelle en attaquant la révision du plan de déplacements urbains concocté par Jean-Luc Moudenc devant la justice administrative.

A l’applaudimètre, Antoine Maurice devance largement ses autres concurrents de gauche, confirmantle premier sondage IFOP qui lui accorde 25% des intentions de vote, devant Nadia Pellefigue (14%) et Pierre Cohen (7,5%). La tête de liste d’Archipel Citoyen, qui rassemble des militants d’EELV, de la France Insoumise et des socialistes dissidents, a reçu le soutien de Julien Bayou. « Le seul vote utile, c’est le vote vert », a déclaré le secrétaire national du parti écologiste. Julien Bayou s’est ensuite discrètement mêlé aux manifestants. Pas question de parader, comme Jean-Luc Mélenchon venu la semaine dernière et qui n’a soutenu que du bout des lèvres le candidat à l’élection municipale, tout à son combat contre la réforme des retraites.

Il faut dire que les quelques centaines de cyclistes, parfois venus en famille, faisait un bien maigre cortège comparé aux milliers de manifestants des syndicats. 2 Pieds 2 Roues revendique plus d’un millier de participants (750 cyclistes, 300 piétons). Les gilets jaunes ou oranges fluo arborés par une majorité de cyclistes avaient une fonction purement sécuritaire, non revendicative. Au moins quatre accidents mortels de cyclistes sont à déplorer depuis un peu plus d’un an à Toulouse. Un cinquième mort est venu s’ajouter à ce triste bilan une semaine avant la manifestation, sur le passage-piéton de la sortie d’un échangeur du périphérique. Le défilé nocturne, qui se voulait festif avec une fanfare pour les piétons et un drôle de tricycle musical équipé d’une batterie plus percutante qu’électrique, a commencé par une minute de silence en mémoire de ces victimes de la rue.

Mélenchon manifeste à Toulouse contre les retraites

20.000 manifestants selon les organisateurs, moins de 3.000 selon la préfecture. Plus un.

Mélenchon manif retraites

Jean-Luc Mélenchon s’est offert un bain de foule et de soleil dans la ville rose. Avant d’animer un meeting contre la réforme des retraites, prévu en soirée avec le député européen Manuel Bompard, le leader de La France Insoumise (LFI) a arpenté les rues de la ville au milieu des manifestants. Le parcours du cortège intersyndical a été modifié pour l’occasion, partant du canal du midi pour passer devant le palais des congrès où devait se tenir la réunion politique. Pendant deux bonne heures, Jean-Luc Mélenchon s’est mêlé avec un plaisir visible au cortège. On l’a même vu pousser la chansonnette avec des avocats, entonnant la chanson des Gilets Jaunes : « on est là… ».

Entouré d’une nuée de photographes et de caméras, il a multiplié les conversations et les entretiens en aparté avec tous ceux qui voulaient lui serrer la main. « Merci pour ton combat », lui glisse un vieil homme, visiblement ému, avant de lui donner l’accolade. La manifestation a réuni plusieurs milliers de personnes en cette période de congés scolaires. La participation a fondu comme neige au soleil par-rapport aux cortèges-monstres du début de l’hiver. Les manifestants, toujours précédés de quelques centaines de Gilets Jaunes, se sont dispersés presque sans heurts, loin du centre-ville. Quelques grenades lacrymogènes ont été tirées à Arnaud Bernard pour disperser les derniers irréductibles après le départ du leader de La France Insoumise. Un cortège de CRS accompagné d’un camion à eau avait pris position devant le palais des congrès.

La salle du meeting avait été envahie le mois dernier lors d’une précédente manifestation à l’occasion d’une cérémonie des vœux organisée par le maire (LR) de Toulouse, soutenu par la République en Marche. Jean-Luc Moudenc avait alors dénoncé « la chienlit ». Jean-Luc Mélenchon a indirectement répondu au maire de Toulouse lors d’un point-presse informel à l’heure du déjeuner en invitant les électeurs à « sanctionner La République en Marche » lors des élections municipales. Le meeting du leader de LFI pouvait paraître comme une réponse au « meeting unitaire » de la gauche organisé un mois plus tôt à Tournefeuille sous l’égide du parti communiste et de L’Humanité. Il n’en est rien assure Manuel Bombard, qui explique l’absence remarquée de sa formation politique le 14 janvier par une bête question d’agenda. La galaxie Insoumise était représentée par la conseillère régionale Myriam Martin, ancienne dirigeante du NPA, fait remarquer le député européen.

A Luchon, la neige tombe de l’hélico

Bourd d'Oueil
Bourg d’Oeuil, la plus petite des trois stations reprises par le département de Haute-Garonne

Cela ressemble à une opération de sauvetage désespérée. Un hélicoptère a commencé vendredi en fin d’après-midià livrer 80m3 de neige au bas des pistes de Superbagnères, la station de ski de Luchon (Haute-Garonne). Prélevé sur les pentes du Céciré (2.400m d’altitude), le précieux « or blanc » doit permettre d’assurer un minimum d’enneigement au pied des pistes (1.800m). Il fait trop doux pour faire fonctionner les 180 canons à neige de la station et seules 6 des 28 pistes du domaine skiable sont ouvertes en cette période de vacances scolaires.

Les héliportages ont été commandés par le conseil départemental, qui a repris l’an dernier la gestion de Superbagnères et de deux autres stations plus petites de la Haute-Garonne, fortement endettées. Faute de neige, la micro-station du village de Bourg d’Oeil est fermée depuis plus d’un mois et celle du Mourtis a été contrainte de renoncer à son tour « pour une durée indéterminée » à ouvrir ses pistes la semaine dernière. Pour sauver Luchon et la centaine d’emplois saisonniers liés à Superbagnères de cette Bérézina annoncée, le département a donc fait appel à une société spécialisée dans les héliportages. Une deuxième série de rotations de l’appareil pour 80m3 supplémentaires a eu lieu samedi, soit une cinquantaine de tonnes au total. Cela doit permettre de garantir le fonctionnement de l’école de ski pendant 15 jours, selon le conseil départemental. Coût financier de l’opération : 5.000€. Le syndicat « Haute Garonne Montagne » n’a pas calculé le coût écologique de chaque rotation d’hélico pendant plus de 2 heures.

Le département a promis d’investir plus de 20 millions pour officiellement aider les communes de montagne à se transformer en « stations 4 saisons ». Le remplacement de la télécabine de Luchon, qui relie depuis 1993 la station thermale à Superbagnères, devrait absorber à lui seul 15 millions. L’utilisation d’hélicoptères pour la transhumance mécanique des flocons n’est pas une première. La station de Montclar (Alpes de Haute-Provence)a déjà eu recours à des héliportages de neige en décembre dernier et Sainte-Foy-Tarentaise (Savoie) avait inauguré la technique en 2015. Déclenchant à chaque fois des avalanches de critiques sur les réseaux sociaux.

Les images de l’héliportage filmé par un commerçant de Luchon et diffusées par France 3, qui a révélé l’information, n’ont pas manqué à la règle. La neige qui tombe artificiellement des airs a fait réagir jusqu’au sommet de l’Etat. « On marche sur la tête » a réagi Emmanuel Wargon sur Twitter. La secrétaire d’Etat chargée de la transition écologique a repris les termes d’un écologiste local, élu municipal dans le sud de la Haute-Garonne. Sur place à Luchon, l’heure est toutefois davantage au soulagement. « Certes l’usage de l’hélicoptère n’est pas exemplaire, loin s’en faut, mais c’est là la seule solution pour faire face à une urgence », défend le maire (DVG) de la petite ville touristique. « C’est l’économie de la vallée qu’il faut sauver et cela vaut bien ce petit écart environnemental », plaide Louis Ferré. L’élu de Luchon rétorque aux urbains amateurs de montagne qui critiquent cette décision que c’est généralement un hélicoptère qui a livré la bière commandée le soir au refuge. La ministre qui a remplacé Nicolas Hulot au ministère de l’Ecologie a elle aussi réagit dimanche aux images de la télévision régionale. « Enneiger des station par hélicoptère n’est pas une voie possible », estime Elisabeth Borne qui annonce une prochaine réunion « avec les acteurs concernés » et le secrétaire d’Etat chargé du Tourisme.

article du samedi 15 février, MAJ lundi 17 avec les réactions du maire de Luchon et de la ministre de l’Ecologie