Faut-il fermer les (super)marchés ?

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Les étals des marchés sont sans doute la dernière exception visible à la règle générale du confinement qui interdit tout attroupement public en ces temps de « guerre » au coronavirus. Mais pour combien de temps encore ? En dépit du soutien répété du ministre de l’Agriculture à ces places de marché aussi conviviales que légèrement surannées à l’époque des grandes surfaces et leurs « drive-in », de plus en plus de maires préfèrent bannir ces dernières reliques de pratiques commerciales jugées dignes du Moyen-Age.

Dernier exemple en date, le maire (DVG) de Montpellier a annoncé samedi la fermeture de tous les marchés de plein-air de la ville, entre autres formules-choc. « Je suis allé ce matin sur le marché des Arceaux et j’ai vu que les gens ne respectaient pas la distance de sécurité, sans doute parce que c’est impossible », se justifie Philippe Saurel, chirurgien-dentiste de profession. Les quatre halles couvertes de Montpellier, elles, demeurent ouvertes. A Toulouse en revanche, les marchés dits « de plein vent » sont maintenus. La police municipale patrouillait cette semaine sur le grand marché populaire des boulevards pour s’assurer que les distances de sécurité, matérialisées par des plots ou des cageots, étaient bien respectées. Samedi, le marché bio qui se tient désormais derrière le Capitole a été « aéré » en s’étendant dans tout le square, avec des files matérialisées par des rubans pour les clients. Quant au marché dominical habituellement très animé de la place Saint-Aubin, il a largement fondu (60 stands contre 180), mais a lui aussi été maintenu, avec marquages au sol et disparition de toutes les animations qui font son attrait habituel (musiciens, bouquinistes, etc). « Il faut changer la façon de faire, on affine au jour le jour » dit Jean-Jacques Bolzan, adjoint (DVD) au maire de Toulouse, très attaché au maintien de la trentaine de marchés qui animent les quartiers de la ville.

La question de la place des commerçants ambulants en période de confinement se pose aussi dans les villes moyennes de la région. En Aveyron, le maire (LREM) de Rodez a été le premier à décider, jeudi, la fermeture du marché bi-hebdomadaire de la place du Bourg, qui s’étale derrière la massive cathédrale. Christian Teyssèdre explique avoir consulté la cellule de crise de l’hôpital avant de prendre cette mesure radicale, contestée localement par les forains, mais aussi les producteurs locaux qui viennent y écouler leurs produits en vente directe. Dans le sud du département, les maires de Millau (LR) et Saint-Affrique (PS) ont suivi le mouvement. Le large éventail des étiquettes politiques de ces trois élus aveyronnais semble démontrer que la fermeture des marchés fait consensus. Mais à Villefranche-de-Rouergue, le maire (DVD) n’a pas voulu sacrifier le fameux marché du jeudi. Précision utile : Serge Roques est médecin hospitalier et n’était pas candidat à un nouveau mandat.

Informé de cette vague d’interdictions municipales, le ministre de l’agriculture a aussitôt adressé une circulaire aux préfets pour leur demander de faire rouvrir les marchés. On recensait environ 300 marchés suspendus sur l’ensemble du territoire national en milieu de semaine, selon Le Point. Mais à l’exception de la préfète de Gironde, bien peu de représentants de l’Etat sont montés publiquement au créneau pour désavouer ces maires qui ouvrent le parapluie en fermant les étals. Les élus locaux, pour la plupart en ballotage entre deux tours d’un scrutin suspendu, sont soumis à d’intenses pressions, notamment sur les réseaux sociaux. Les images de marchés où l’on se presse comme dans une mêlée de rugby se multiplient sur Twitter ou Facebook, assortis de commentaires acerbes contre ces « irresponsables » qui se pressent devant les étals en ignorant superbement les consignes du gouvernement. Il serait urgent de traquer le coronavirus parmi les premières bottes d’asperges et les pommes de terres.

Un médecin généraliste a publié une vidéo en forme de coup de gueule sur Facebook demandant la fermeture du marché de Bayonne. Le maire (UDI) sortant a mis en place un filtrage à l’entrée des magnifiques halles au bord de l’Adour, ouvertes tous les matins, et maintenu les stands du marché du samedi qui s’étendent sur les quais et jusque sur les ponts du centre-ville. Même si l’affluence était moindre que d’habitude, les marquages au sol de la municipalité pour garantir une distance minimale d’un mètre entre clients sont jugés insuffisants par le Dr Petit. « Je suis surpris de l’attitude de la ville qui arrête des personnes isolées dans la rue pour les verbaliser et qui, dans le même temps, permet le regroupement de plusieurs centaines de personnes », déplore ce médecin qui réside dans le département voisin des Landes. Dans la périphérie bordelaise, Franck Raynal a rendu un jugement de Salomon. Le maire (LR) de Pessac a renoncé au grand marché dominical, mais a maintenu les deux marchés de moindre importance dans la semaine. « On évolue et on évalue », dit l’élu de Pessac, qui prend le temps de répondre à ses détracteurs sur les réseaux sociaux. « La peur est légitime, mais je fais le pari de l’intelligence » dit ce cadre au CHU de Bordeaux, qui n’a pas sollicité d’avis médical du professeur Denis Malvy, expert bordelais du conseil scientifique, avant de prendre sa décision. Franck Raynal n’hésite pas à retourner la question sécuritaire : « est-ce qu’on vérifie aussi minutieusement les distances minimales dans les grandes surfaces » ?

Une rapide visite dans un hypermarché aux portes de Toulouse, vendredi après-midi, suffit pour répondre : les queues à l’entrée pour stocker pâtes et papier-toilettes ont disparu, les vigiles aussi. Les caissières sont désormais protégées derrière une vitre en plexiglas, mais aucun marquage au sol devant les caisses. Les rayons sont tous bien approvisionnées et les produits manipulables par tout un chacun, sans précaution particulière. Ce n’est pas ici qu’on se fera rabrouer, comme sur les marchés de plein-air, par des vendeurs en gants de latex priant désormais les clients de ne plus toucher la marchandise.

« Les marchés de plein air présentent moins de risques que l’hypermarché de proximité », estime Fabienne Buccio, préfète de la région Nouvelle-Aquitaine. Le syndicat Jeunes Médecins et l’InterSyndicale Nationale des Internes (ISNI), assistés par l’ordre des médecins, réclamaient toutefois des mesures de confinement plus sévères devant le Conseil d’Etat, avec notamment la fermeture des marchés et un  « ravitaillement de la population par l’Etat », sur le modèle chinois à Wuhan. Les hauts magistrats, réunis en urgence dimanche, les ont débouté de leur demande d’un couvre-feu généralisé, tout en estimant que le gouvernement devait préciser les dérogation à la règle de confinement, notamment pour les marchés.

Une policière pour arrêter Baylet à Valence d’Agen

affiche Dubois

A les entendre, on pourrait presque croire que ce ce sont deux candidats forcés qui s’affrontent pour la mairie de Valence d’Agen, gros bourg de 5.000 habitants qui a grossi à l’ombre de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne). « On est venu me chercher »   assure Corinne Dubois, 47 ans, officier de police judiciaire au commissariat central de Toulouse, qui s’est installée dans la commune il y a huit ans. Elle raconte avoir participé à plusieurs réunions d’habitants mécontents de la municipalité sortante avant d’accepter de prendre la tête de liste. « Personne ne voulait s’exposer ». Même ses parents, originaires d’un hameau à quelques kilomètres de là, auraient tenté de l’en dissuader. « J’ai l’habitude d’un métier à risque », rétorque la policière.

Corinne Dubois n’a pourtant pas eu besoin de gilet pare-balles pour aller saluer Jean-Michel Baylet sur le marché. Après un repli stratégique comme simple conseiller municipal du charmant village perché de Montjoi (165 habitants), le patron de La Dépêche du Midi se présente à nouveau sous le feu direct des électeurs pour reprendre en main le fief familial. Il avait confié les clés de la mairie en 2001 à Jacques Bousquet, un fidèle de la dynastie républicaine qui règne sur Valence d’Agen depuis la Libération. « Jacques m’avait prévenu qu’il voulait jeter l’éponge il y a deux ans, mais je ne l’ai pas cru ». A 73 ans, ce vieux routier de la politique savait pertinemment qu’il était attendu au tournant. A ses yeux, la candidature de Corinne Dubois est un guet-apens tendu par ses opposants. « C’est un coup d’Astruc », affirme Baylet en désignant son voisin de Dunes. Il n’a toujours pas digéré la manière dont l’ancien maire de ce village de 1.000 habitants lui a ravi la présidence du département, en s’alliant à la maire (LR) de Montauban et à des radicaux dissidents.

La policière toulousaine jure être à mille lieux de ces anciens règlements de comptes locaux. « Je suis un chien sans maîtres », assure Corinne Dubois. Dans le camp Baylet, certains la soupçonnent même d’être un sous-marin de l’extrême-droite. La candidate s’est en effet affichée dans les colonnes du Petit Journal, féroce concurrent de La Dépêche du Midi dans le département, avec l’armurier de Valence d’Agen, l’un de ses colistiers, qui affiche sur sa page Facebook des propos très radicaux. Un discours qui rencontre un écho certain dans une commune où Marine Le Pen a réunit 40% des voix face à Emmanuel Macron. Corinne Dubois, qui se présente sans étiquette, assure qu’elle a dosé personnellement sa liste. Elle prend soin de ne pas s’afficher comme la candidate « anti-Baylet », préférant mettre en avant le « bol d’air démocratique » apportée par une deuxième liste à Valence d’Agen. Du jamais vu depuis plus de vingt ans. « En 2014, j’avais voté blanc », souligne la policière toulousaine. On avait alors comptabilisé 460 bulletins blancs ou nuls et 46% d’abstention dans la commune.

Si le duel de Valence se réglera comme un coup de pistolet à un seul coup, le deuxième tour se jouera autour de la présidence de la communauté d’agglomération constituée pour répartir la manne fiscale de la centrale de Golfech à 28 communes alentour. Jean-Michel Baylet, président sortant, refuse de confirmer les intentions qu’on lui prête de repartir à la conquête de son mandat perdu de sénateur. « Step by step », dit l’ancien homme fort du département qui doit d’abord sortir vivant de cette drôle de souricière démocratique.