Ba(t)s les masques

masques Gros
dessin : Pascal Gros

Qui n’a pas son masque ? Après le pitoyable épisode franco-français de la « guerre mondiale des masques » sur le tarmac de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, où l’Etat a réquisitionné 1 million de précieuses protections respiratoires médicales importées de Chine par des régions de l’Est de la France, les élus locaux sont lancés dans une nouvelle course à l’échalote : commander des petits bouts de tissus munis de deux élastiques pour tous leurs administrés. Il ne s’agit pas cette fois des fameux « FPP2 », réservés -en théorie- aux professionnels de santé, ni même des masques chirurgicaux jetables, mais de simples masques en tissus, naturels ou synthétiques, lavables et réutilisables. A Toulouse, Jean-Luc Moudenc a suivi l’initiative des maires de Nice et Bordeaux, qui furent les premiers à annoncer qu’ils voulaient offrir un masque à tous leurs habitants (et plus ou moins fidèles électeurs).

Le maire de la ville rose évoquait la semaine dernière une commande de 480.000 masques, proposant aux 36 maires de la Métropole de se joindre à lui pour réaliser une commande groupée. Mais il a été pris de vitesse par le maire de Montpellier, annonçant triomphalement dès le 11 avril une commande d’un million de masques pour toute son agglomération. Philippe Saurel s’est bien gardé de préciser où il allait trouver ces petits morceaux de tissu si convoités. Il s’est contenté d’inviter les entreprises locales qui voudraient répondre à cet appel d’offre à se rapprocher de l’administration pour faire « homologuer » leurs produits. A l’échelle de toute la région, Carole Delga indique que ses services ont identifié 150 entreprises capables de se mettre sur les rangs. Mais à ce jour, seules 7 entreprises en Occitanie figurent sur la liste de la centaine de fabricants homologués par l’armée. C’est en effet la délégation générale de l’Armement qui a été chargée de pondre en urgence des normes pour ces masques présentés dans un premier temps comme « alternatifs » ou « artisanaux », et soudain propulsés au rang de « produits de première nécessité » dans la « guerre » au coronavirus.

Parmi les rares entreprises régionales homologuées, une seule dispose théoriquement d’une capacité de production capable de répondre aux fortes commandes des grandes agglomérations. Le célèbre fabricants de slips Eminence, qui possède une unité de production dans le Gard, se fait fort de passer de 85.000 masques par semaine à 140.000…. en faisant travailler une usine en Roumanie. Le maire de Nîmes, qui s’est fixé pour objectif de livrer 700.000 masques aux habitants de son agglomération, a pourtant été contraint de faire appel à une entreprise savoyarde pour recevoir un premier lot de 100.000 unités. Mais c’est promis, Eminence livrera 270.000 masques « made in local » dans la deuxième quinzaine de mai aux habitants de l’agglomération gardoise. Trop tard pour le 11 mai, date promise par Emmanuel Macron entre-temps pour commencer à sortir du grand confinement généralisé !

A Toulouse, Moudenc s’est finalement résolu à passer commande de 800.000 masques jeudi 16 avril. Il n’a pas voulu préciser le fournisseur, mais on sait qu’il n’est pas de la région. « J’aurais préféré, mais ce n’était pas possible », avoue le maire de Toulouse. Tant pis pour le « Small Business Act » que l’élu avait mis en place au début de son mandat pour favoriser les entreprises locales. La priorité était d’être livré avant le 11 mai. « La livraison sera effectuée en un seul lot », ajoute Jean-Luc Moudenc, qui a même révélé le prix : 2 euros pièce, soit une dépense de 1,6 millions d’euros à partager avec les autres communes de la Métropole qui le souhaitent. C’est deux fois plus cher que les premiers masques livrés à Nîmes (moins d’un euro). Mais pour ce prix, ils sont garantis réutilisables plusieurs fois après lavage. Ce ne serait pas le cas des masques « low-cost », bons pour la poubelle au bout de quelques jours d’utilisation.

Reste à savoir si ces fameux masques seront, ou non, obligatoires pour sortir de chez soi. Contrairement à Christian Estrosi, le maire de Toulouse n’entend pas prendre un arrêté municipal pour obliger les Toulousains à porter son « cadeau ». Il estime que le port du masque ne devrait s’imposer que pour prendre le bus ou le métro. Le ministère de l’Intérieur a de son coté commencé à poursuivre en justice les maires, comme celui de Sceaux, qui veulent rendre le port du masque obligatoire dans leurs communes. Le Conseil d’Etat vient de lui donner raison. Les plus hauts magistrats du pays ont également rejeté la demande d’un syndicat de policiers qui réclamaient des masques pour travailler, après d’autres demandes émanant de plusieurs catégories de « soldats » en première ligne. Bas les masques !

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