Bénis soient les « mélokos »

Linou tournefeuille

Ce n’est pas une blague. Stéphane Linou, ancien élu local (EELV) de Castelnaudary (Aude), s’attache désormais à convertir le pays à sa « religion » laïque : le locavorisme. Ce diable d’homme, qui avait attiré l’attention médiatique il y a une dizaine d’années en s’alimentant exclusivement de produits issus d’un rayon de 15 à 150 kms de son domicile pendant un an, fait des adeptes en s’invitant à la table des particuliers ou des professionnels prêts à relever le même défi le temps d’un repas. Ce vendredi 26 juin à midi, rendez-vous dans une improbable cuisine sans restaurant tapie dans une zone industrielle entre Tournefeuille et Colomiers. Clémentine Renaud et ses associées sont aux fourneaux d’un « tiers-lieu » qui se présente comme « le premier co-working culinaire » de l’agglomération toulousaine. Au menu : des légumes de saison (courgettes, tomates, aubergines) en entrée, du poulet accompagné d’une purée de pois chiches et une île flottante aux fraises au dessert. Pas de café pour respecter la règle des 50 kilomètres édictée par le locavore du Lauragais, et une addition inférieure à 10€ par personne.

Linou Tournefeuille 1

La plupart des produits sont bio, mais la principale difficulté était de les préparer avec des ingrédients purement locaux. Clémentine explique avoir remplacé le sucre par du miel, et le citron de son tartare de courgettes par  » le vinaigre de mon papa « .  » Tout le monde peut faire son vinaigre chez soi « , assure la cuisinière qui n’a pas appris la recette à l’école hôtelière, mais dans son enfance en Côte d’Ivoire. Pour tenir le budget imposé par Stéphane Linou, l’astucieuse mitronne a incorporé les fanes de carottes dans ses petits pains à la farine d’épeautre préparés spécialement pour l’occasion. Cette expérimentation boulangère suscite l’intérêt du maraîcher toulousain qui a fournit les légumes, et qui a été convié à partager le repas.  » J’avoue que je mange pas les fanes, mais j’ai une cliente qui m’en a demandé pour nourrir ses lapins pendant le confinement «  raconte Florent Sassé.

 » Ce ne sont pas les produits locaux qui manquent, c’est le savoir-faire et le temps de les préparer « , résume Stéphane Linou. Proche d’Yves Cochet et des « collapsologues » qui redoutent « un grand effondrement » de nos civilisations trop urbaines, le militant locavore de Castelnaudary estime que le pays n’est pas passé loin de la catastrophe à cause du Covid. Avant même l’apparition du coronavirus, il a écrit un petit livre préfacé par un ancien militaire pour tirer la sonnette d’alarme.  Son argumentaire a convaincu une sénatrice (ex-PRG) de Haute-Garonne, qui a déposé une proposition de loi consacrée à la « résilience alimentaire des territoires ».  » Le texte a été repoussé à 16 voix près, il obtiendrait aujourd’hui une majorité « , assure Stéphane Linou.

Ours tué en Ariège : un tir contre son camp ?

chasseurs ours ariège

Le cadavre d’un ours a été retrouvé au-dessus de la petite station de ski de Guzet (Ariège). L’animal a été abattu par balles, précise la ministre de la Transition Ecologique qui a diffusé l’information sur Twitter. « L’ours est une espèce protégée, cet acte est illégal et profondément condamnable. L’Etat va porter plainte » ajoute Elisabeth Borne. Un collectif d’associations pro-ours a aussitôt réagi en condamnant « un braconnage ». Les associations demandent à la ministre « de confirmer dès maintenant que l’Etat respectera son engagement de remplacer rapidement tout ours mort de cause humaine et procédera donc à un lâcher pour compenser ce tir illégal et inacceptable ».

La présidente (PS) du conseil départemental de l’Ariège a elle aussi réagi sur les réseaux sociaux. « Nous savions tous que cela allait arriver », écrit Christine Téqui sur Facebook. Elue de ce canton de montagne, l’ex-maire de Seix ne cache pas son hostilité à la présence du plantigrade. « Depuis des années trop de monde joue à « l’apprenti sorcier » en voulant réintroduire un animal qui n’a plus sa place dans nos montagnes », estime Mme Téqui.

légitime défense ?

On ignore encore les circonstances précises de la mort de l’animal, dont la dépouille a été transférée à l’école nationale vétérinaire de Toulouse pour autopsie. Il s’agit d’un jeune mâle âgé de 4 à 5 ans et pesant entre 150 et 180 kilos, selon la préfète de l’Ariège qui s’est rendue sur place avec le procureur de la République. Une piste carrossable permet d’accéder depuis la station de ski au col de l’Escot, où des troupeaux viennent passer l’été en estive. Ils arrivent de la vallée voisine d’Ustou. Un groupement pastoral de 14 éleveurs y mènent chaque année environ 500 brebis, une centaine de vaches et un dizaine de chevaux. Les techniciens du groupe ours s’y sont rendus le 7 juin pour procéder à l’expertise d’une jeune brebis qui aurait été attaquée par un ours. Le troupeau, qui venait de s’installer depuis trois jours sur l’estive, a été attaqué en dépit de la présence des éleveurs et de la bergère, selon l’ASPAP, fer de lance des éleveurs ariégeois opposés à l’ours.

L’hypothèse qu’un des éleveurs du groupement pastoral d’Ustou soit le tireur est la plus probable. L’ouverture de la chasse a été repoussée au 1er juillet par la fédération des chasseurs de l’Ariège. « Il faut que des gens soient à bout pour commettre des actes illégaux comme ça », déclare Philippe Lacube, président de la chambre d’agriculture de l’Ariège à l’AFP. Ancien porte-parole de l’ASPAP, Philippe Lacube évoque un possible acte de « légitime défense ».

commando masqué

L’Ariège est le département où la tension entre pro et anti-ours dans les Pyrénées est la plus vive. Des opposants au plantigrade avaient diffusé une vidéo, en cagoule et tenues de chasse de camouflage, pour annoncer très explicitement en 2017 la manière dont ils entendaient régler radicalement le problème. Philippe Lacube et des militants de l’ASPAP ont été auditionnés à plusieurs reprises par les gendarmes de l’Ariège dans le cadre d’une enquête, toujours en cours, pour tenter d’identifier les membre de ce mystérieux commando. De façon moins spectaculaire, certains se vantent en petit comité d’avoir déjà réglé leur compte à des ours portés disparus. Les techniciens chargés du suivi de la population ont perdu la trace de six animaux en 2019. Mais ils ne sont pas officiellement considérés comme morts. Coté français, c’est en Ariège que se concentre le plus grand nombre de la cinquantaine d’ours recensés dans la cordillère franco-espagnole… mais aussi des attaques contre les troupeaux.

Plus de 1000 bêtes ont été tuées par des ours en 2019, selon les chiffres officiels. Les dégâts ont tendance à être sur-estimés pour faciliter l’indemnisation financière des éleveurs, explique Farid Benhamou, qui a consacré une remarquable thèse aux conflits entre éleveurs et grands prédateurs. Philippe Lacube évoque pour sa part le chiffre de 1.500 animaux disparus. Au yeux de l’éleveur anti-ours, c’est la preuve que les techniques de protection des troupeaux préconisées par l’Etat ne fonctionnent pas. Les associations pro-ours font au contraire valoir que les éleveurs ariégeois, hostiles à la cohabitation avec l’animal sauvage, rechignent à mettre en place des mesures comme le regroupement des troupeaux la nuit ou la pose de clôtures électrifiées.

Effarouchement et promesse présidentielle

En guise d’apaisement, l’Etat avait accepté d’expérimenter l’an dernier dans les Pyrénées des mesures d’effarouchement réclamées par les éleveurs, mais combattues par les associations environnementalistes. Inspirée des techniques employées pour tenter de maintenir les loups à distance des troupeaux, cette nouvelle doctrine prévoit un effarouchement graduel pouvant aller jusqu’au tir de balles en caoutchouc. Mais en aucun cas par des « tirs de prélèvement », comme cela se pratique pour limiter la population de loups.

La mort violente de l’ours en Ariège est la troisième par arme à feu dans l’histoire récente et la deuxième de l’année dans les Pyrénées. Un autre mâle a été retrouvé mort dans le Val d’Aran en avril. Les autorités espagnoles ont refusé de dévoiler les résultats de l’autopsie, réalisée à l’université de Barcelone. Les autorités locales aranaises prétendent que l’animal aurait fait une chute mortelle après s’être battu avec un congénère, mais des associations environnementalistes soupçonnent un empoisonnement. Etablir les causes de la mort n’est pas anodin. Le programme de réintroduction de l’ours dans les Pyrénées, financé par l’Union Européenne, prévoit en effet de remplacer chaque animal disparu volontairement à cause de l’homme. Les récents lâchers de deux femelles en Béarn se justifient ainsi par la mort de Canelle, tuée par un chasseur en 2004.

Emmanuel Macron aurait assuré aux éleveurs les plus remontés qu’il n’y aurait plus d’importations d’ours dans les Pyrénées. La promesse présidentielle devait être gravée dans le marbre de la nouvelle mouture du plan ours, en cours de préparation. Mais les balles qui ont fauché l’ours au-dessus de Guzet pourraient remettre en cause cet engagement en remettant la pression sur le gouvernement sur l’obligation légale de remplacer l’animal. Et si le « braconnier » de l’estive du col d’Estots avait tiré contre son camp ?

Moudenc tend la main aux électeurs de Pellefigue

Moudenc Florida
Il a sorti l’artillerie lourde. Dans une « déclaration solennelle » lancée depuis la terrasse d’un café de la place du Capitole, Jean-Luc Moudenc est reparti en campagne en sonnant l’alerte sur le risque de voir les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon et autres « Gilets Rouges » s’installer à la fin du mois dans l’hôtel de ville situé de l’autre coté de la place. « Le résultat est incertain car l’adversaire, appliquant une tactique pratiquée depuis longtemps par l’extrême-gauche, avance masqué derrière une aimable cagoule d’inoffensivité », prévient le maire sortant de la ville rose.

Arrivé en première position en mars dernier mais avec un score décevant (36,18%), l’élu LR de la ville rose doit faire face àla fusion de la liste PS-PC-PRG avec celle d’Archipel Citoyenconduite par Antoine Maurice, conseiller municipal (EELV) d’opposition. Avant même le premier tour, le maire de Toulouse avait désigné l’alliance inédite d’Archipel, composé d’écologistes, de militants de la France Insoumise, de socialistes en rupture de ban et de « citoyens » tirés au sort, comme ses plus dangereux adversaires. Les « pastèques » (vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur), comme Moudenc les a qualifié, ont effectivement largement distancé (27,56%) la gauche traditionnelle (18,53% ). Sur le papier, l’addition des forces peut faire basculer la ville. Un sondage commandé par Archipel à l’IFOP la semaine dernière confirme que la fusion pourrait permettre aux nouveaux alliés de battre Moudenc d’une courte tête.

Mais le plus macroniste des maires Républicains a bien senti la faille chez ses adversaires : Nadia Pellefigue, la tête de la liste PS, a refusé de cautionner la fusion « à titre personnel ». Une vingtaine de ses colistiers non encartés l’ont soutenu jusqu’au bout dans son refus de rejoindre Antoine Maurice et Archipel en dénonçant des logiques d’appareils. Moudenc s’engouffre dans la brèche en dénonçant « un hold-up des appareils partisans ». « Nadia Pellefigue a défendu des positions identiques aux nôtres » souligne le maire de Toulouse. Derrière la jeune vice-présidente du conseil régional, belle-fille de Nicole Belloubet, on devine sans peine l’ombre de Carole Delga. Comme Moudenc en 2019, la présidente (PS) d’Occitanie redoute la concurrence en 2021 d’une liste LREM. Elle pourrait être menée par la ministre de la Justice, ancienne élue socialiste de Toulouse et de la région. Carole Delga doit aussi faire face à l’opposition radicale de trois élus de la galaxie Insoumise, dissidents de ses alliés écologistes.

Moudenc enfonce donc avec volupté le clou planté une semaine auparavant en se faisant filmer par La Dépêche du Midi en compagnie de la présidente de la région Occitanie pour défendre l’interdiction de manifester des Gilets Jaunes au centre de Toulouse réclamé par des petits commerçants excédés. A ses yeux, la poignée d’irréductibles Gilets Jaunes qui persistent à vouloir manifester le samedi en ville « même si Macron ne le veut pas » ne sont que des « Gilets Rouges » infiltrés par l’extrême-gauche. « Je n’ai pas fait Sciences-Po, mais je connais les Toulousains », glisse le maire de Toulouse, persuadé qu’une majorité d’électeurs refuseront de confier les clés de la ville à une poignée d’agitateurs violents. A commencer par les milliers de salariés de l’industrie aéronautique, inquiets pour leurs emplois. « Un secteur d’activité majeur, auquel l’extrême-gauche d’Archipel oppose ne défiance aussi ancienne que tenace », dézingue Jean-Luc Moudenc. Le maire de la ville rose se présente comme le meilleur rempart pour défendre Airbus, mais aussi les LGV défendu en commun avec Carole Delga contre EELV ou son projet de troisième ligne de métro, « le plus écologique de France ».