La troisième ligne de métro de Toulouse repoussée « fin 2028 »

Quand l’industrie aéronautique tousse, même le métro s’enrhume à Toulouse. La mise en service de la nouvelle ligne de métro de l’agglomération n’interviendra pas « avant fin 2028 » a annoncé Jean-Luc Moudenc, maire (LR) de Toulouse et président de Toulouse Métropole, lors d’une télé-conférence de presse. Projet-phare de M Moudenc qui lui avait permis de regagner la mairie de Toulouse en 2014, cette 3ème ligne de métro automatique était initialement promise pour 2024. Elle avait été reportée une première fois « à l’horizon 2025 » après affinage du tracé, qui doit relier Colomiers à Labège (27 kms). Le maire de Toulouse justifie ce nouveau dérapage du calendrier par la crise du Covid et des « capacités financières amoindries ». Le coût estimé de ce grand projet est passé de 1,7 milliards à plus de 2,2 milliards, en incluant la prolongation de l’actuelle ligne B vers Labège et une branche pour desservir l’aéroport de Toulouse-Blagnac à la place du tramway actuelle (ligne T2).

« On ne retarde pas le projet, on le décale dans le temps » souligne Jean-Luc Moudenc, qui maintient un lancement effectif du chantier dès 2022. Le maire de Toulouse, qui était aux cotés de son adjoint aux finances Sacha Briand, précise que d’autres grands projets, notamment dans la culture, seront repoussés pour tenir compte de la baisse des recettes. Ce trou d’air est évalué à 900 millions jusqu’en 2022. Sacha Briand espère un « retour à la normale » en 2023. Trop tard pour inaugurer le projet-phare du maire de Toulouse avant la fin de son mandat, en 2026.

L’opposition municipale, qui ne cachait pas son scepticisme face au calendrier très volontariste affiché par M Moudenc, pense tenir sa revanche après une campagne électorale qui avait de nouveau placé le projet de métro au centre des débats. « Bizarre que Supermenteur ne découvre le problème qu’après les élections », a aussitôt réagi sur Twitter Odile Maurin, élue sur la liste Archipel Citoyen. L’annonce de ce nouveau report confortera aussi l’analyse des magistrats de la chambre régionale des comptes, qui pointaient du doigt un « pari financier » avant même l’apparition de l’épidémie du coronavirus. Les hypothèses de financement de cette ligne, présentée par le maire de Toulouse comme « le plus gros chantier de transport en commun hors Paris », reposaient essentiellement sur la poursuite de la croissance d’Airbus, premier contributeur du versement transport de l’agglomération.

Rejetant les scénarios les plus noirs qui font déjà de la ville rose un nouveau Détroit, terrassée par une crise comme l’ancienne capitale de l’industrie automobile américaine, Jean-Luc Moudenc a symboliquement prévu de signer dès aujourd’hui le contrat de fourniture des rames et des automatismes avec le patron d’Als tom. Le constructeur français a été préféré à son concurrent allemand Siemens, qui équipe les deux lignes de métro existantes. Le montant de la commande s’élève à 713 millions de commande ferme, assortie d’options payantes supplémentaires pour alléger la facture.

Les comptes masqués de la région Occitanie

Carole Delga est une petite cachotière. Les services de la région Occitanie ont refusé de répondre aux journalistes de la cellule d’investigation de Radio France qui ont demandé les factures des millions de masques commandés par les collectivités dans tout le pays. Au nom d’un soit-disant « secret des affaires ». La présidente socialiste de la région n’est pas la seule élue à faire de la rétention d’information. Ses homologues Laurent Wauquiez (Auvergne-Rhône-Alpes) et Xavier Bertrand (Hauts-de-France) ont aussi traîné des pieds pour répondre. Les collègues de Radio-France ont très bien expliqué lors de l’émission Secrets d’Infos, diffusée samedi 5 décembre (et disponible en podcast), comment ces deux rivaux à l’investiture pour la prochaine élection présidentielle de 2022 à droite ont orchestré les distributions de ces petits bouts de tissus lavables dans leurs régions respectives pour mieux se positionner dans la course à l’Elysée. Delga prépare pour sa part activement sa reconduction à la tête de la région Occitanie.

Les journalistes du service public ont été contraints de faire appel à la CADA (commission d’accès aux documents administratifs) pour obtenir des précisions sur ces marchés exceptionnels, passés sans appel d’offre. Pour offrir deux masques à chaque habitant de la région avant la levée du premier confinement au printemps dernier comme elle s’y était engagée, Carole Delga a officiellement passé commande de 6 millions de masques. A qui ? A quel(s) prix ? Mystère et boule de gomme ! Interrogés à l’époque, les services de la région n’ont jamais répondu précisément. Cultivant le flou entre masques chirurgicaux en papier importés de Chine et masques textiles garantis « made in Occitanie », mais aussi entre sa propre commande et celle de 8 des 13 départements de la région qui en avait déjà commandé 4 millions, la région a préféré comme à son habitude privilégier la communication à l’information. On ne peut donc que saluer l’obstination des collègues de Radio-France, qui n’ont pas lâché l’affaire.

Au final, le bras de fer entre Secrets d’Infos et le « secret des affaires » brandi par la région Occitanie n’a pas permis d’améliorer la transparence. Contrairement au maire de Toulouse, qui avait fini par avouer que les masques commandés à une entreprise de Rhône-Alpes étaient en réalité fabriqués en Asie (au Pakistan pour être précis), Carole Delga a toujours prétendu avoir fait appel à un tissu d’entreprises régionales… mais sans jamais le prouver, documents à l’appui. Le président (PS) du Gers a « mangé le morceau » : « Tous les masques grand public commandés par la Région et le Département l’ont été auprès d’entreprises françaises et sont fabriqués à partir de tissus produits en France, mais sont ensuite assemblés à l’étranger comme tous les masques distribués en France », a fini par reconnaître Philippe Martin. L’enquête de Secrets d’Infos a établi que la région avait reçu des masques chirurgicaux fabriqués en Chine par un curieux intermédiaire basé à Monaco et disposant de comptes off-shore aux Seychelles. Cet homme d’affaires a reçu « un accompte » de 1,3 millions fin avril. Nous voilà rassurés sur la destination de nos impôts !

La région Occitanie, qui a passé de nouvelles commandes de masques depuis que ceux-ci sont obligatoires un peu partout, même dans rue, préfère désormais mettre en avant une filière « 100% régionale » avec deux entreprises ariégeoises : l’une fabrique le tissu, l’autre le découpe et rajoute l’élastique. Selon nos informations, une troisième entreprise du Tarn serait également intégrée épisodiquement à ces masques régionaux en « circuit court ». Prix de revient unitaire : environ 2 euros ; soit le double des masques « pakistanais » de Toulouse commandés par Jean-Luc Moudenc, mais aussi Georges Méric, président (PS) du département de la Haute-Garonne. Une information tellement « sensible » que Carole Delga préférait ne pas la voir diffuser à la radio ?

Moggy, tué par un chasseur entre chiens et loups à deux pas de chez lui

Réunis dans la petite maison-atelier d’une potière britannique de Cajarc (Lot), les amis de « Moggy » sont effondrés. Morgan Keane, 25 ans, est mort mercredi 2 décembre à une centaine de mètres de chez lui : la balle d’un chasseur l’a atteint en plein thorax alors qu’il coupait du bois pour chauffer sa vieille maison de campagne délabrée. Les faits se sont produits entre 16h45 et 17heures, alors qu’une douzaine de chasseurs de la Diane Cajarcoise participait à une battue, au lieu-dit « la Garrigue », entre Cajarc et Calvignac. Le tireur est un chasseur de 33 ans originaire de Montbazens (Aveyron), invité par les chasseurs lotois à se joindre à eux. Il n’avait son permis de chasse que depuis le printemps. Il a été mis en examen pour homicide involontaire annonce le procureur de la République de Cahors, Frédéric Almendros. L’homme, dont l’identité n’a pas été révélé, a été remis en liberté sous contrôle judiciaire. Le représentant du Parquet précise que les autres participants, « susceptibles d’avoir des responsabilités », seront aussi entendus par le juge d’instruction William Delamarre.

Aux yeux du procureur, le caractère accidentel de la mort de Morgan ne fait guère de doute . Mais il souhaite que le juge vérifie si « les règles de la battue ont été respectées ou bafouées ». Il s’agit notamment de savoir à quelle distance les chasseurs se trouvaient de la maison de Morgan, située un peu à l’écart du hameau de la Garrigue, composé de quelques fermes et de belles demeures en pierre avec piscines. La réglementation interdit de chasser à moins de 150m d’une habitation. L’enquête devra également établir si la visibilité, à cette heure dite « entre chiens et loups » où la lumière baisse rapidement en hiver, permettait encore de distinguer un sanglier dans les bosquets bordant les champs nus de la plaine du Lot.

« On ne pourra rien vous dire, on ne parle qu’aux gendarmes » décline ce couple d’irlandais propriétaire du Mas de Garrigue, coquette bâtisse présentée sur leur site internet comme un ancien « pavillon de chasse ». Le contraste avec la pauvre masure voisine héritée par Morgan Keane de ses parents, des britanniques venus s’installer dans la vallée du Lot il y a une quarantaine d’année, saute aux yeux. Présenté dans la presse locale et anglaise comme « britannique », le jeune homme était pourtant né à la maternité de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron) et avait été scolarisé au collège Georges Pompidou de Cajarc. Il avait aménagé depuis peu dans la maison familiale mal en point.

Morgan vivait chichement de petits boulots saisonniers et de quelques chantiers. Passionné de musique et de land art, il était apprécié pour sa serviabilité. «  Il était bien intégré » assure Didier Burg, le nouveau maire du village perché de Calvignac qui réside lui aussi à La Garrigue, dans la plaine. Les amis de Moggy veillent sur son petit frère, désormais seul depuis le décès des parents Keane. La potière britannique de Cajarc faisait office de « deuxième maire » pour eux.

Ce nouvel accident de chasse mortel serait le douzième de l’année, selon les statistiques de l’Office français de la biodiversité. Il intervient dans un contexte national particulièrement sensible, alors que plusieurs associations environnementalistes remettent en cause les dérogations qui permettent la chasse pendant le confinement. « Ils ont le droit de sortir avec leurs fusils, alors que nous sommes contrôlés par les gendarmes si on dépasse le rayon imparti », s’étonne un jeune homme rencontré sur les hauteurs de Calvignac, alors qu’il rentrait à pied dans sa maison perdue au milieu des bois. Dans le Lot, la préfecture justifie cette exception par les dégâts causés par le grand gibier aux cultures. La facture s’élève à 22.000 euros dans le département. Le plan départemental prévoyait de tuer plus de 500 sangliers et autant de chevreuil d’ici la fin de l’année. L’objectif n’ayant pas été atteint, le préfet a reconduit sa dérogation à la veille du drame. A Cajarc, le président de la Diane était lui-même éleveur sur le causse qui domine la rivière. Ses troupes ont fondu en quelques années. Ils ne seraient plus qu’une cinquantaine, alors que la société de chasse enregistrait encore plus de 70 cartes il y a cinq ans.

Désormais minoritaires, les chasseurs sont de plus en plus montrés du doigt. « Ils ont tendance à se croire partout chez eux », dénoncent des habitants qui s’apprêtent à participer à une « marche blanche » organisée samedi après-midi, jour de marché à Cajarc. La demande d’autorisation de la manifestation déposée par les amis de Morgan à la sous-préfecture de Figeac mentionne un maximum de 250 participants. Le maire de Cajarc redoute l’arrivée de « bobos » anti-chasse dans sa bourgade d’un millier d’habitants. Conscient du divorce qui s’installe durablement avec le reste de la population, l’ancien président de la Diane Cajarcoise avait lancé il y a une dizaine d’année.des chantiers de débroussaillage des sentiers de randonnée par des chasseurs L’initiative figure toujours en bonne place dans le bulletin municipal. Elle fut aussi saluée par cet amateur de marche à pied sur les causses du Lot avec ce commentaire : « une très bonne initiative qui peut les réconcilier avec les randonneurs ».