Moggy, tué par un chasseur entre chiens et loups à deux pas de chez lui

Réunis dans la petite maison-atelier d’une potière britannique de Cajarc (Lot), les amis de « Moggy » sont effondrés. Morgan Keane, 25 ans, est mort mercredi 2 décembre à une centaine de mètres de chez lui : la balle d’un chasseur l’a atteint en plein thorax alors qu’il coupait du bois pour chauffer sa vieille maison de campagne délabrée. Les faits se sont produits entre 16h45 et 17heures, alors qu’une douzaine de chasseurs de la Diane Cajarcoise participait à une battue, au lieu-dit « la Garrigue », entre Cajarc et Calvignac. Le tireur est un chasseur de 33 ans originaire de Montbazens (Aveyron), invité par les chasseurs lotois à se joindre à eux. Il n’avait son permis de chasse que depuis le printemps. Il a été mis en examen pour homicide involontaire annonce le procureur de la République de Cahors, Frédéric Almendros. L’homme, dont l’identité n’a pas été révélé, a été remis en liberté sous contrôle judiciaire. Le représentant du Parquet précise que les autres participants, « susceptibles d’avoir des responsabilités », seront aussi entendus par le juge d’instruction William Delamarre.

Aux yeux du procureur, le caractère accidentel de la mort de Morgan ne fait guère de doute . Mais il souhaite que le juge vérifie si « les règles de la battue ont été respectées ou bafouées ». Il s’agit notamment de savoir à quelle distance les chasseurs se trouvaient de la maison de Morgan, située un peu à l’écart du hameau de la Garrigue, composé de quelques fermes et de belles demeures en pierre avec piscines. La réglementation interdit de chasser à moins de 150m d’une habitation. L’enquête devra également établir si la visibilité, à cette heure dite « entre chiens et loups » où la lumière baisse rapidement en hiver, permettait encore de distinguer un sanglier dans les bosquets bordant les champs nus de la plaine du Lot.

« On ne pourra rien vous dire, on ne parle qu’aux gendarmes » décline ce couple d’irlandais propriétaire du Mas de Garrigue, coquette bâtisse présentée sur leur site internet comme un ancien « pavillon de chasse ». Le contraste avec la pauvre masure voisine héritée par Morgan Keane de ses parents, des britanniques venus s’installer dans la vallée du Lot il y a une quarantaine d’année, saute aux yeux. Présenté dans la presse locale et anglaise comme « britannique », le jeune homme était pourtant né à la maternité de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron) et avait été scolarisé au collège Georges Pompidou de Cajarc. Il avait aménagé depuis peu dans la maison familiale mal en point.

Morgan vivait chichement de petits boulots saisonniers et de quelques chantiers. Passionné de musique et de land art, il était apprécié pour sa serviabilité. «  Il était bien intégré » assure Didier Burg, le nouveau maire du village perché de Calvignac qui réside lui aussi à La Garrigue, dans la plaine. Les amis de Moggy veillent sur son petit frère, désormais seul depuis le décès des parents Keane. La potière britannique de Cajarc faisait office de « deuxième maire » pour eux.

Ce nouvel accident de chasse mortel serait le douzième de l’année, selon les statistiques de l’Office français de la biodiversité. Il intervient dans un contexte national particulièrement sensible, alors que plusieurs associations environnementalistes remettent en cause les dérogations qui permettent la chasse pendant le confinement. « Ils ont le droit de sortir avec leurs fusils, alors que nous sommes contrôlés par les gendarmes si on dépasse le rayon imparti », s’étonne un jeune homme rencontré sur les hauteurs de Calvignac, alors qu’il rentrait à pied dans sa maison perdue au milieu des bois. Dans le Lot, la préfecture justifie cette exception par les dégâts causés par le grand gibier aux cultures. La facture s’élève à 22.000 euros dans le département. Le plan départemental prévoyait de tuer plus de 500 sangliers et autant de chevreuil d’ici la fin de l’année. L’objectif n’ayant pas été atteint, le préfet a reconduit sa dérogation à la veille du drame. A Cajarc, le président de la Diane était lui-même éleveur sur le causse qui domine la rivière. Ses troupes ont fondu en quelques années. Ils ne seraient plus qu’une cinquantaine, alors que la société de chasse enregistrait encore plus de 70 cartes il y a cinq ans.

Désormais minoritaires, les chasseurs sont de plus en plus montrés du doigt. « Ils ont tendance à se croire partout chez eux », dénoncent des habitants qui s’apprêtent à participer à une « marche blanche » organisée samedi après-midi, jour de marché à Cajarc. La demande d’autorisation de la manifestation déposée par les amis de Morgan à la sous-préfecture de Figeac mentionne un maximum de 250 participants. Le maire de Cajarc redoute l’arrivée de « bobos » anti-chasse dans sa bourgade d’un millier d’habitants. Conscient du divorce qui s’installe durablement avec le reste de la population, l’ancien président de la Diane Cajarcoise avait lancé il y a une dizaine d’année.des chantiers de débroussaillage des sentiers de randonnée par des chasseurs L’initiative figure toujours en bonne place dans le bulletin municipal. Elle fut aussi saluée par cet amateur de marche à pied sur les causses du Lot avec ce commentaire : « une très bonne initiative qui peut les réconcilier avec les randonneurs ».

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