La gauche de Delga dénonce les risques industriels de « la privatisation » de Port La Nouvelle

Le recours n’a de « gracieux » que le nom. Dans une lettre au vitriol adressée le 4 février à Carole Delga, l’avocat toulousain Christophe Léguevaques attaque le contrat de concession que la région Occitanie a signé en catimini juste avant Noël avec un consortium industriel et financier mi-belge, mi-néerlandais pour gérer les futures installations portuaires de Port-La-Nouvelle pendant 40 ans. La présidente de région affiche de grandes ambitions pour ce petit port aux portes de Narbonne, destiné à recevoir les premières éoliennes flottantes XXL qui doivent être mouillées au large des stations touristiques de Gruissan (Aude) et du Barcarès (Pyrénées Orientales).

Pour Carole Delga, il s’agit de transformer la station balnéaire populaire et un brin surannée de La Nouvelle, qui vivotait à l’ombre de sa cimenterie en abritant quelques petits cargos venus charger des céréales et décharger du pétrole, en « port de la transition écologique ». Mais le modèle économique proposé par les partenaires industriels de la région est contradictoire avec cette ambition, assène M° Léguevaques dans son courrier. « C’est du greenwashing » dénoncent les jeunes opposants d’Extinction Rebellion, qui tentent avec d’autres associations (Greenpeace, les Amis de la terre, etc) de mobiliser la population contre les premiers travaux pharaoniques (199 millions d’euros) confiés à Bouygues pour l’extension du port. La société mixte (SEMOP) créée par la région avec les groupes belges Deme et Europort est « un Franckestein juridique » ajoute Guilhem Serieys, conseiller régional de la France Insoumise.

Fracturation hydraulique à gauche et risques d’explosion

Le parti de Mélenchon est en pointe pour dénoncer « une privatisation qui ne dit pas son nom » à Port-La-Nouvelle. Les trois élus LFI, qui siègent dans l’opposition au conseil régional d’Occitanie, ont été rejoint par EELV. Les élus écolos, officiellement alliés à Carole Delga dans l’assemblée sortante, se sont divisés sur le sujet. Les tonnes de béton de Port-La-Nouvelle ont fait office de fracturation hydraulique : il y a ceux qui suivent le toulousain Antoine Maurice dans sa candidature contre Delga et le PS au premier tour des futures élections régionales, et ceux qui ont préféré rester dans le giron de la présidente de région. Les élus communistes, de leur coté, soutiennent officiellement le projet au nom des milliers d’emplois promis par la majorité. En première ligne contre un projet de « scierie industrielle » dans les Pyrénées, le PC régional a manifestement choisi de ne pas faire de vague en Méditerranée.

Le choix des opposants de faire appel à un avocat pour déposer un recours en forme d’ultimatum n’est pas anodin. Si la présidente de région dispose officiellement de deux mois pour y répondre, l’argumentation développée sur 21 pages préfigure d’ors et déjà une plainte devant le tribunal administratif en avril, soit quelques semaines avant la date prévue du scrutin (sauf nouveau report pour cause de Covid). La désignation de Christophe Léguevaques est encore moins innocente. Ancien militant du PS et rival déclaré de Martin Malvy quand l’ex-président de Midi-Pyrénées faisait mine de partir à la conquête de la mairie de Toulouse au siècle dernier, Me Léguevaques fut aussi l’avocat de la ville rose dans le procès AZF.

Beyrouth-bis ou nouveau Fos-sur-Mer des carburants verts

Bon connaisseur des finesses juridiques de l’industrie chimique lourde, l’avocat militant n’a pas manqué de relever dans sa lettre la concentration des sites classés Seveso à Port La Nouvelle. Il s’interroge notamment sur les actuels stockage de pétrole, de gaz ou d’engrais, mais aussi sur les futurs stocks d’hydrogène du « grand port vert » promis par Carole Delga. La présidente de région, qui mise beaucoup sur ce carburant d’avenir pour faire rouler des trains, en attendant les avions de demain, a récemment expliqué que l’électricité des futures éoliennes flottantes de Port-La-Nouvelle pourraient être « mise en conserve » grâce à des électrolyseurs. Les risques d’explosion de l’hydrogène, brandis régulièrement depuis le spectaculaire incendie du dirigeable Hindenbourg en 1937, pourraient-ils faire craindre une catastrophe similaire à celle qui a ravagé le port de Beyrouth dans l’Aude ?

Au-delà de cette vision d’apocalypse, les nouveaux concessionnaires belges donnent un aperçu de la dimension mondiale envisagée à La Nouvelle dans leur « plan stratégique » : importer des tonnes d’hydrogène produites par des centrales solaires construites au Maroc, en Tunisie ou dans le lointain désert du sultanat d’Oman et stockés dans de l’ammoniac, du méthanol ou du benzène. Pour faire bonne mesure, ils suggèrent d’importer aussi du « bio-ethanol » produit en Amérique Latine et dans les pays de l’Est. Bref, le futur bassin en eau profonde de La Nouvelle sera bien le futur Fos-sur-Mer occitan, et sa « darse pétrolière » convertie aux bienfaits des carburants « verts ». Mais assez éloigné d’une agriculture bio et « paysanne », de l’écologie des petits oiseaux de la LPO, des pêcheurs d’anguilles et des flamands roses des étangs du parc naturel régional de la Narbonnaise. Ou trop près ?

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