Bové vote Delga contre Mélenchon

Le paysan retraité du Larzac soutient les futures éoliennes flottantes et l’importation d’hydrogène vert à Port La Nouvelle

De passage à Toulouse, José Bové a ajouté sa voix au concert de réprobations contre Jean-Luc Mélenchon. « La vieillesse peut-être un naufrage, il faut qu’il arrête », balance le paysan retraité du Larzac après la petite phrase teintée de complotisme du leader Insoumis sur France Inter, pronostiquant un nouveau fait-divers sanglant à la veille de la prochaine élection présidentielle fomenté par « le système » pour détourner l’attention des masses populaires. Bové et Mélenchon sont comme chiens et chats depuis que les deux hommes ont croisé le fer aux élections européennes dans l’ancinne grande circonscription du Sud Ouest. « Je l’ai battu deux fois », souligne l’ancien eurodéputé EELV… qui avait aussi tenté sa chance à l’Elysée en 2007 (1,32%) sous la bannière des altermondialistes.

Cette fois, José Bové est candidat en dernière position, non éligible donc, sur la liste de Carole Delga en Aveyron. A bientôt 68 ans, il a déjà eu l’occasion de poser avec la présidente sortante pour des photos à la terrasse d’un café à Millau, mais l’équipe de campagne des socialistes a jugé bon d’exhiber aussi « leur prise de guerre » dans la ville rose pour creuser l’écart avec la liste des écologistes d’Antoine Maurice. Surtout depuis le « couac » d’une première conférence de presse, où Bové avait pris un malin plaisir de glisser « un caillou dans la chaussure » de Delga en suggérant d’organiser une sorte de referendum à propos du projet autoroutier très clivant localement. « Je ne reviendrai pas sur mon engagement sur la LGV, l’autoroute Toulouse-Castres, sur les routes nationales ou le soutien aux aéroports », a sèchement recadré la tête de liste PS dans une longue interview de deux pages publiée dans les éditions dominicales de tous les quotidiens régionaux de l’Empire Baylet.

Un port « Hydrogénétiquement modifié »

L’ancien leader de la Confédération Paysanne a aussi été obligé d’expliquer pourquoi il soutenait l’extension de Port-la-Nouvelle décidée par Carole Delga, alors que son ancien syndicat y est farouchement opposé aux cotés de LFI qui dénonce « une privatisation » du port par la région, de vieux militants associatifs inquiets pour l’environnement fragile des étangs littoraux et de jeunes écolos radicaux engagés contre « un projet climaticide ». D’autant que Bové était lui-même venu manifester dix ans plus tôt contre ce projet pharaonique initié alors par Georges Frêche, « Empereur » de feu-la-Septimanie. «  On a reconfiguré le projet », affirme Carole Delga qui a remplacé la fumeuse « raffinerie » d’huile de palme importée d’Afrique de ses prédécesseurs socialistes de Languedoc-Roussillon par des éoliennes flottantes XXL. « J’assume totalement » assure Bové, qui défend mordicus les futures éoliennes off-shore. A ses yeux, mieux vaut des éoliennes, même « industrielles », que des centrales nucléaires. Delga approuve : « c’est le programme caché du Rassemblement National ». Jean-Paul Garraud, son challenger d’extrême-droite, a en effet promis un « moratoire » sur tous les projets éoliens, terrestres ou maritimes, en cas de victoire. Aurélien Pradié le marque à la culotte : le candidat LR évoque lui aussi un « moratoire », mais pour les éoliennes en mer, faut voir… si elles ne se voient pas trop depuis la côte.

« Port-la-Nouvelle ne sera pas Saint-Nazaire », affirme José Bové pour rassurer ses anciens amis écolos effrayés par le gigantisme du projet à l’échelle de ce petit port mixte accolé à une station balnéaire un peu désuète. Il avait pourtant signé une pétition réclamant un moratoire contre « ce grand projet inutile » en 2019, aux cotés d’autres célébrités écologistes comme Delphine Batho, ancienne « dauphine » de Ségolène Royal et ministre de l’Environnement « frondeuse » brutalement limogée par Hollande et fugitivement remplacée par Philippe Martin, président (PS) du Gers au gouvernement. Agnès Langevine, ancienne proche de Jadot virée d’EELV pour avoir choisi de rester avec Delga, assure que Bové s’est fait extorquer sa signature lors d’une université d’été des écolos à Toulouse. L’ex-démonteur du MacDo de Millau, qui approuve désormais le mécano industriel de Port-la-Nouvelle, se félicite d’avoir obtenu de Delga l’assurance qu’aucun OGM ne transiterait dans le port audois, ni aucun port d’Occitanie. L’ancien paysan du Larzac évoque l’autonomie alimentaire de la région en protéines pour nourrir les animaux quand Carole Delga préfère évoquer les exportations de céréales, lorgnant sur le blé du Gers qui embarque à La Rochelle plutôt qu’à La Nouvelle.

A la place du soja brésilien, les nouveaux partenaires financiers belges de la région qui ont obtenu la concession du port des portes de Narbonne au sein d’une société d’économie mixte prévoit d’importer… des tonnes d’hydrogène liquéfié par bateaux en provenance du Maghreb ou du Moyen-Orient. Un cadre de l’ancien groupe Quadran, qui va expérimenter les premières éoliennes flottantes avec Total, évoque même au détour d’un article dans Le Point la pose de pipe-line sous-marins pour importer cet hydrogène « vert », produit grâce à d’immenses champs de panneaux photovoltaïques posés dans le désert. Le modeste « sea-liner » chargé de décharger les petits pétroliers au large de La Nouvelle, c’est résolument du passé !

Carole Delga, qui mise beaucoup sur l’hydrogène, confirme du bout des lèvres que l’électrolyseur annoncé sur place pour « stocker » l’électricité des éoliennes ne produira qu’une partie de ce précieux gaz d’avenir, dont une bonne part viendra donc d’outre-mer. « C’est une solution transitoire, en attendant que les moyens de production montent en puissance dans la région » explique la présidente. Carole Delga confirme au passage « un partenariat avec la Tunisie »,mais laisse entendre que les importations d’Oman envisagées par ses partenaires belges ne sont pas pour demain. Environ 20% des volumes d’hydrogène attendus seraient au final importés à travers le futur « hub » énergétique de l’Aude. « C’est quand même mieux de produire de l’hydrogène vert avec des énergies renouvelables que d’extraire des carburants fossiles, surtout pour des pays comme l’Algérie », approuve José Bové.

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