Moudenc piqué au vif par les juges administratifs

A l’angle de la rue Raymond VI et du canal du midi, le tribunal administratif de Toulouse abriterait-il un nid de dangereux « écolos-gauchistes » sous les platanes ? La virulence de Jean-Luc Moudenc en apprenant que ces magistrats refusaient finalement tout sursis à l’annulation du plan intercommunal d’urbanisme et de l’habitat (PLUIH) prononcée en mars interpelle. Le maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole a vertement dénoncé « une décision profitant à quelques propriétaires fonciers par trois juges dans une salle qui piétine la volonté du peuple ». On croirait entendre les critiques à l’encontre des « pastèques » rouges et vertes d’Archipel Citoyen lors des élections municipales !

Il faut dire que Moudenc a des raisons d’en vouloir aux juges. Au début de l’année, le même tribunal avait déjà rayé d’un trait de plume son nouveau plan des déplacements urbains (PDU), pourtant présenté comme « le plus ambitieux de France ». L’annulation dans la foulée du PLUIH revient à censurer deux documents majeurs de la politique élaborée par le président de la Métropole pour un nouveau mandat qui commence par deux sacrés gadins. A part la plantation des 100.000 arbres promis durant sa campagne et l’inauguration des chrysanthèmes, que reste-t-il au maire de la quatrième ville de France ? L’élu, la ville et la métropole ont bien entendu fait appel des jugements du tribunal. Avec un peu de chance, et au vu de la lenteur des procédures, ce seront peut-être les juges de la future cour administrative d’appel de Toulouse, en cours d’aménagement dans l’hôtel particulier qui abritait jadis le rectorat, qui arbitreront ces matches retour…

Dans l’attente, le maire de la ville a sagement annoncé qu’il engageait sans attendre une nouvelle révision du PLUIH avec ses collègues maires des 37 communes de la métropole. Le syndicat Tisséo, qui gère les transports en commun de l’agglomération, devrait en faire de même pour le PDU (rebaptisé « plan mobilités). Il faut croire que « la catastrophe » déplorée par Moudenc à propos de la censure de son cher PLUIH, n’est pas la Bérézina annoncée. Idem pour le PDU. Dans les deux cas, Jean-Luc Moudenc et son staff ont choisi de dramatiser la situation en expliquant qu’on revenait aux plans antérieurs. Comprendre : ceux qui avaient cours quand Pierre Cohen, son prédécesseur socialiste, siégeait au Capitole et accouchait aux forceps de la Métropole. Mais force est de constater que ni la troisième ligne de métro, ni le projet de gratte-ciel à Matabiau, ne sont en théorie impactés. Il s’agit pourtant des deux projets-phares du mandat Moudenc.

En réalité, l’annulation du PLUIH apparaît comme un désaveu de la politique de « densité modérée » prêchée par le maire de Toulouse pour regagner le Capitole en 2014. Jusqu’alors, Jean-Luc Moudenc répétait partout ce que tous les urbanistes s’accordent à dire depuis longtemps : si on ne veut pas que Toulouse finisse par ressembler à Los Angelès, il faut stopper une urbanisation horizontale qui s’étend en tâche d’huile jusque dans les département voisins en construisant, verticalement ; des immeubles plus haut, donc. Mais ce discours de vérité ne plaît guère aux propriétaires de pavillons et aux quartiers résidentiels. Pour regagner leurs voix, le candidat Moudenc a donc inventé un concept qui frise l’oxymore, promettant « en même temps » un gratte-ciel et des forêts de tours autour de la gare, et la préservation des « Toulousaines » sur les anciennes terres maraîchères livrées aux promoteurs. Toulouse était « en marche » avant Macron !

Le problème, c’est que l’Accord de Paris signé triomphalement par Laurent Fabius et une floppée d’hommes d’Etat et la nouvelle Loi Climat imposent de tendre désormais vers « le zéro artificialisation nette » (ZAN) : on ne peut plus impunément grignoter des terres agricoles, des espaces verts ou boisés. Tout en expliquant que cet objectif est difficile à atteindre dans une agglomération qui gagne chaque année plus de 10.000 habitants supplémentaires qu’il faut bien loger, les services de la métropole ont maladroitement tripatouillé les chiffres pour montrer que l’urbanisation future sera plus vertueuse en préservant davantage la nature. Sauf que le tribunal a dégainé d’autres documents qui démontrent le contraire. Idem pour le PDU et l’obligation de préserver la qualité de l’air et la planète contre la pollution et les émissions de gaz à effet de serre. Penauds, les services techniques plaident des erreurs techniques de bonne foi, expliquant que les règles changent sans cesse et sont toujours plus sévères.

Inflexibles, les juges du tribunal administratif ont renvoyé Moudenc à ses chères études d’apprenti-écologiste « pragmatique » en lui infligeant deux rappels à la loi. Font-ils pour autant « le jeu du populisme », comme le leur reproche le maire de Toulouse ? Ravalés au rang d’une « élite éloignée des réalités quotidiennes », les magistrats se sont senti obligés de répliquer par un communiqué de presse. Un fait exceptionnel dans les annales de la justice administrative. Les juges rappellent au maire, pourtant juriste de formation, que leur jugement « repose seulement sur le code de l’urbanisme, notamment dans sa partie législative issue de la représentation nationale, et la jurisprudence rendue sur le fondement de ce code ». Ils vont inviter l’ancien président de la Corpo de Droit à un séminaire de rattrapage de droit administratif à l’Université Toulouse-1 Capitole ?

Bové vote Delga contre Mélenchon

Le paysan retraité du Larzac soutient les futures éoliennes flottantes et l’importation d’hydrogène vert à Port La Nouvelle

De passage à Toulouse, José Bové a ajouté sa voix au concert de réprobations contre Jean-Luc Mélenchon. « La vieillesse peut-être un naufrage, il faut qu’il arrête », balance le paysan retraité du Larzac après la petite phrase teintée de complotisme du leader Insoumis sur France Inter, pronostiquant un nouveau fait-divers sanglant à la veille de la prochaine élection présidentielle fomenté par « le système » pour détourner l’attention des masses populaires. Bové et Mélenchon sont comme chiens et chats depuis que les deux hommes ont croisé le fer aux élections européennes dans l’ancinne grande circonscription du Sud Ouest. « Je l’ai battu deux fois », souligne l’ancien eurodéputé EELV… qui avait aussi tenté sa chance à l’Elysée en 2007 (1,32%) sous la bannière des altermondialistes.

Cette fois, José Bové est candidat en dernière position, non éligible donc, sur la liste de Carole Delga en Aveyron. A bientôt 68 ans, il a déjà eu l’occasion de poser avec la présidente sortante pour des photos à la terrasse d’un café à Millau, mais l’équipe de campagne des socialistes a jugé bon d’exhiber aussi « leur prise de guerre » dans la ville rose pour creuser l’écart avec la liste des écologistes d’Antoine Maurice. Surtout depuis le « couac » d’une première conférence de presse, où Bové avait pris un malin plaisir de glisser « un caillou dans la chaussure » de Delga en suggérant d’organiser une sorte de referendum à propos du projet autoroutier très clivant localement. « Je ne reviendrai pas sur mon engagement sur la LGV, l’autoroute Toulouse-Castres, sur les routes nationales ou le soutien aux aéroports », a sèchement recadré la tête de liste PS dans une longue interview de deux pages publiée dans les éditions dominicales de tous les quotidiens régionaux de l’Empire Baylet.

Un port « Hydrogénétiquement modifié »

L’ancien leader de la Confédération Paysanne a aussi été obligé d’expliquer pourquoi il soutenait l’extension de Port-la-Nouvelle décidée par Carole Delga, alors que son ancien syndicat y est farouchement opposé aux cotés de LFI qui dénonce « une privatisation » du port par la région, de vieux militants associatifs inquiets pour l’environnement fragile des étangs littoraux et de jeunes écolos radicaux engagés contre « un projet climaticide ». D’autant que Bové était lui-même venu manifester dix ans plus tôt contre ce projet pharaonique initié alors par Georges Frêche, « Empereur » de feu-la-Septimanie. «  On a reconfiguré le projet », affirme Carole Delga qui a remplacé la fumeuse « raffinerie » d’huile de palme importée d’Afrique de ses prédécesseurs socialistes de Languedoc-Roussillon par des éoliennes flottantes XXL. « J’assume totalement » assure Bové, qui défend mordicus les futures éoliennes off-shore. A ses yeux, mieux vaut des éoliennes, même « industrielles », que des centrales nucléaires. Delga approuve : « c’est le programme caché du Rassemblement National ». Jean-Paul Garraud, son challenger d’extrême-droite, a en effet promis un « moratoire » sur tous les projets éoliens, terrestres ou maritimes, en cas de victoire. Aurélien Pradié le marque à la culotte : le candidat LR évoque lui aussi un « moratoire », mais pour les éoliennes en mer, faut voir… si elles ne se voient pas trop depuis la côte.

« Port-la-Nouvelle ne sera pas Saint-Nazaire », affirme José Bové pour rassurer ses anciens amis écolos effrayés par le gigantisme du projet à l’échelle de ce petit port mixte accolé à une station balnéaire un peu désuète. Il avait pourtant signé une pétition réclamant un moratoire contre « ce grand projet inutile » en 2019, aux cotés d’autres célébrités écologistes comme Delphine Batho, ancienne « dauphine » de Ségolène Royal et ministre de l’Environnement « frondeuse » brutalement limogée par Hollande et fugitivement remplacée par Philippe Martin, président (PS) du Gers au gouvernement. Agnès Langevine, ancienne proche de Jadot virée d’EELV pour avoir choisi de rester avec Delga, assure que Bové s’est fait extorquer sa signature lors d’une université d’été des écolos à Toulouse. L’ex-démonteur du MacDo de Millau, qui approuve désormais le mécano industriel de Port-la-Nouvelle, se félicite d’avoir obtenu de Delga l’assurance qu’aucun OGM ne transiterait dans le port audois, ni aucun port d’Occitanie. L’ancien paysan du Larzac évoque l’autonomie alimentaire de la région en protéines pour nourrir les animaux quand Carole Delga préfère évoquer les exportations de céréales, lorgnant sur le blé du Gers qui embarque à La Rochelle plutôt qu’à La Nouvelle.

A la place du soja brésilien, les nouveaux partenaires financiers belges de la région qui ont obtenu la concession du port des portes de Narbonne au sein d’une société d’économie mixte prévoit d’importer… des tonnes d’hydrogène liquéfié par bateaux en provenance du Maghreb ou du Moyen-Orient. Un cadre de l’ancien groupe Quadran, qui va expérimenter les premières éoliennes flottantes avec Total, évoque même au détour d’un article dans Le Point la pose de pipe-line sous-marins pour importer cet hydrogène « vert », produit grâce à d’immenses champs de panneaux photovoltaïques posés dans le désert. Le modeste « sea-liner » chargé de décharger les petits pétroliers au large de La Nouvelle, c’est résolument du passé !

Carole Delga, qui mise beaucoup sur l’hydrogène, confirme du bout des lèvres que l’électrolyseur annoncé sur place pour « stocker » l’électricité des éoliennes ne produira qu’une partie de ce précieux gaz d’avenir, dont une bonne part viendra donc d’outre-mer. « C’est une solution transitoire, en attendant que les moyens de production montent en puissance dans la région » explique la présidente. Carole Delga confirme au passage « un partenariat avec la Tunisie »,mais laisse entendre que les importations d’Oman envisagées par ses partenaires belges ne sont pas pour demain. Environ 20% des volumes d’hydrogène attendus seraient au final importés à travers le futur « hub » énergétique de l’Aude. « C’est quand même mieux de produire de l’hydrogène vert avec des énergies renouvelables que d’extraire des carburants fossiles, surtout pour des pays comme l’Algérie », approuve José Bové.

Bastir : qui est cet ancien socialiste qui fait campagne avec Jean Lassalle en Occitanie ?

L’Occitanie, c’est lui ! Jean-Luc Davezac, conseiller municipal d’opposition à L’Isle-Jourdain (Gers), est la drôle de tête d’une liste « régionaliste » composée de bric et de broc qui a réussi à s’inviter in-extremis au duel annoncé entre Delga et l’extrême-droite pour la présidence de la région. Cet ancien socialiste a l’habitude de battre la campagne, même s’il ne gagne jamais. Prof de musique dans le civil, Davezac a brigué en vain l’an dernier (7,60%) la mairie de sa commune gasconne aux portes de Toulouse devenue la deuxième ville (9.000 habitants) du Gers, sous l’étiquette « Païs Nostre », un groupuscule occitaniste fondé à Narbonne par un ex-journaliste de France3 Languedoc-Roussillon. En 2014, le conseiller municipal qui se définit comme « ancien rocardien » s’était déjà dressé contre le maire PS de L’Isle-Jourdain avec l’appui de Cap21, le micro-parti écolo de Corinne Lepage alliée au Modem de François Bayrou. Bref, le gascon était « en marche » bien avant Macron.

Candidat à tous les scrutins qui passent à sa portée, Davezac a cette fois fait appel à Jean Lassalle pour trouver les 184 hommes et femmes de sa liste. L’inénarrable député béarnais, qui s’est rendu célèbre entre autres facéties pour avoir entonné le chant de ralliement des occitans dans les travées de l’Assemblée Nationale, est venu pointer son béret jeudi dans les Corbières (en poussant la chansonnette), puis sur la place de la Comédie, afin de mettre officiellement le candidat Davezac sur orbite.

Les deux hommes en campagne avaient ensuite prévu de se rendre en Lozère et dans l’Aveyron, avant de clore ce périple en apothéose ce vendredi à Gaillac (Tarn) et enfin sur la place du Capitole à Toulouse. Lassalle, qui est déjà en campagne comme Mélenchon pour l’élection présidentielle de 2022, ferraille aussi dans sa région d’origine en présentant son frère berger contre Alain Rousset, le président socialiste sortant d’Aquitaine. Le Béarnais, férocement anti-ours, est allié pour la circonstance avec les derniers bataillons de Chasse Pêche Nature et Tradition, le parti des chasseurs qui détestent cordialement les écolos « bobos » (et réciproquement). Comme Davezac, il se présente comme « le candidat de la Ruralité », nouvelle appellation de l’ancienne formation des Nemrods en colère, syphonnée par la droite à l’époque Sarkozy. « Jean Lassalle avait fait de bons scores dans les départements ruraux », souligne l’ancien rocardien de L’Isle-Jourdain en référence à la première marche du député béarnais sur l’Elysée en 2017 : 435.000 voix (1,21%). Cela fait au moins une belle chorale !

Mais il faut croire que les troupes de Lassalle sont un peu clairsemées. Davezac a aussi été contraint de faire appel à un autre micro-parti confidentiel pour trouver des volontaires : le parti « républicain solidariste » de Laurence Marchand-Taillade, une ancienne militante UDF du Cantal passée par les rangs du Modem puis des radicaux du PRG avant de monter sa propre start-up politique. Se présentant comme aussi férocement « laïque » que Lassalle est « ruraliste », la dame du Cantal écrit des bouquins chaleureusement applaudis par certains « frangins » du Grand Orient. L’assurance de ne pas découvrir une candidate voilée qui menacerait la République sur la liste Davezac. C’est déjà ça…

En dépit des apparences, Jean-Luc Davezac se défend d’avoir constitué « une liste attrape-tout ». « Nous sommes régionalistes, mais pas indépendantistes », souligne la tête de liste, soucieux de se démarquer des autres occitanistes qui font traditionnellement liste commune avec EELV. Le plus grand fait d’armes revendiqué par Davezac est d’avoir su mobiliser tout son réseau pour faire adopter le nom d’Occitanie par la région élue en 2015 ; en dépit de la résistance de certains Républicains jacobins, de droite comme de gauche, craignant la renaissance des « Etats du Languedoc » de l’Ancien Régime. Mais aussi des Catalans, qui ont refusé au dernier moment de rejoindre ces « régionalistes » chantant trop fort le Se Canto pour leurs oreilles susceptibles. « Les Catalans sont nos cousins », assure le gascon qui a du trouver des remplaçants au pied levé dans les Pyrénées Orientales. « On n’a jamais été gêné pour trouver des candidats, on en avait plus de 220 sous la main. Le problème maintenant, ça va être de trouver des fonds », dit l’invité-surprise de ce scrutin en Occitanie, son « païs ».

Un pylône pour Rozès !

Isabelle Cavaillet, élue maire de Rozès (Gers) l’an dernier et la petite centaine d’habitants de ce village gascon, seront heureux de l’apprendre : ils vont prochainement bénéficier d’un pylône pour sortir de la malédiction des « zones blanches » de la téléphonie sans fil qui affecte encore tant de zones rurales. C’est Jean Castex, l’enfant de ce petit coin d’Armagnac un peu perdu où il est né en 1965, qui a tenu à annoncer la bonne nouvelle en personne à l’ORTF (pardon, il paraît qu’il faut dire « France 3 » depuis que le regretté Alain Peyrefitte n’est plus le secrétaire d’Etat chargé de l’Information du Général).

Le Premier ministre du très Jupitérien président Macron a en effet livré cette information capitale en exclusivité à la télévision régionale lors d’un entretien enregistré à la mairie de Vic-Fezensac. Là-même où son grand père fut maire et conseiller général dans les années 70-80, avant d’aller siéger comme sénateur au Palais du Luxembourg juste avant l’arrivée annoncée par Le Figaro des chars russes à Paris et l’élection de François Mitterrand à l’Elysée.

Les complotistes retirés dans les Pyrénées-Orientales autour de Prades, fief d’élection du locataire de Matignon, ne seront même pas jaloux de cette faveur, eux qui se méfient autant de la 5G que des vaccins anti-Covid que Jean Castex se vante de multiplier comme les petits pains dans les endroits les plus reculés de France et de Navarre. Le Premier ministre devait initialement visiter en avril le centre de vaccination installé à Vic-Fezensac dans la salle Simone Castex, en honneur de sa grand-mère. Il s’est finalement contenté de visiter le « vaccinodrome  » de la préfecture à Auch, tout en louant les effort du président (PS) du département qui apporte les doses au moindre village du Gers grâce à un « vaccinobus ».

Visiblement heureux et ému de fouler la terre de son enfance, l’énarque Castex, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy réputé proche du peuple grâce à son mandat local d’élu dans les Pyrénées Orientales, en a fait des tonnes toute la journée sur son passé de véritable « enfant du pays ». Lors de son discours à Gimont, il a même tenu à rappeler « le calvaire » pour se rendre à Toulouse en voiture depuis le fin-fond du Gers. « Il faut aimer les routes », prêche l’apôtre Castex pour justifier l’aumône de quelques millions d’euros promis par son gouvernement pour enfin terminer le chantier de la voie rapide Toulouse-Auch que des milliers d’automobilistes attendent depuis presque 30 ans. La région et le département devront aussi cracher au bassinet. Ainsi va la République, incapable de financer seule les dernières routes qui lui incombent depuis que la plupart des vieilles routes dites « nationales » ont été refilé aux départements. Si vous voulez aller plus vite, faites comme dans le Tarn ; demandez à Vinci de construire une autoroute payante pour aller jusqu’à Castres !

Soucieux de montrer qu’il ne s’intéresse pas seulement aux grandes métropoles, Jean Castex a voulu démontrer que les 4 milliards promis à Delga pour le LGV Toulouse-Bordeaux et les 200 millions lâchés à Moudenc pour sa troisième ligne de métro ne constituent pas l’alpha et l’omega de sa politique de transports. « J’ai connu l’arrêt du train à Escorneboeuf », fait valoir l’ancien étudiant qui prenait la Micheline pour aller étudier à Toulouse. On ignore combien le Premier ministre serait disposé à investir dans les « RER » réclamés autour de Toulouse, mais il a promis de se rendre prochainement à Nice et même à Tarbes… en train de nuit ! Pour la ligne Prades-Perpignan, interrompue pendant presque deux ans après l’accident entre un TER et un bus au passage à niveau de Millas, il faudra attendre que le chef de gare de Matignon qui aime « en même temps » les petits trains, la route, les LGV et le métro, viennent en visite officielle.

José Bové, le boomerang de Delga

Carole Delga était près fière de sa « prise de guerre » : José Bové, l’emblématique paysan moustachu du Larzac, a fait savoir urbi et orbi qu’il préférait soutenir la présidente socialiste sortante de la région Occitanie, plutôt que son concurrent écolo Antoine Maurice. Mais l’ancien député européen d’EELV, qui figurera symboliquement en dernière position sur la liste PS-PC-PRG de l’Aveyron, s’avère un allié un poil turbulent. Opposé au projet d’autoroute Toulouse-Castres que soutient Delga, Bové n’hésite pas à le dire haut et fort en pleine conférence de presse destinée à mettre en scène le ralliement des écologistes « réalistes » à la présidente sortante.

« Pourquoi ne pas organiser un vote populaire ? Moi je dis chiche ! » balance José Bové en guise de pavé dans la mare. A ses cotés, Agnès Langevine, vice-présidente sortante qui a orchestré le ralliement de ce pôle écologiste raisonnable sensé « apporter des solutions » face aux écolos supposés utopistes et affreusement radicaux du petit Maurice qui ne font que foutre le bordel, accuse le coup. L’idée d’une sorte de « référendum d’initiative populaire » sur la future autoroute qui exacerbe l’opinion dans le sud du Tarn entre pro et anti est aussi un clin d’oeil appuyé lancé par Bové à Mélenchon et Myrian Martin, tête de liste régionale des Insoumis et véritables bêtes noires de Delga.

L’incorrigible démonteur du Mac Do de Millau concède qu’il n’a pas encore eu l’occasion de parler de son idée lumineuse à la présidente sortante. « Je ne veux pas lui mettre un caillou dans la chaussure, je propose juste une solution pour sortir d’un conflit qui s’enkyste », affirme José Bové. L’ancien leader paysan qui avait manifesté contre le projet de barrage à Sivens enfonce le clou en se déclarant préoccupé par la montée des tensions sur de nombreux projets présentés comme « inutiles » par ses potes écolos de toujours. « Il faut savoir sortir par le haut pour éviter des batailles qui font des gagnants et des perdants qui le paie parfois au prix de leur vie », poursuit Bové dans une allusion transparente à la mort de Rémy Fraisse dans le Tarn. « Il ne doit plus y avoir de blessés de la démocratie », philosophe l’ancien combattant qui se réclame encore et toujours non-violent, 50 ans après la victoire contre les militaires sur le Larzac.

Transmis à Manuel Valls et François Hollande, qui avait propulsé leur protégée Carole Delga à la tête de la nouvelle grande région créée par leurs soins en 2015 pour éviter que l’ex-Languedoc-Roussillon tombe dans l’escarcelle de Louis Aliot et du parti de Marine Le Pen.

Castex : en voiture Simone, mais.. En Marche arrière !

Le Premier ministre a renoncé à sa virée dans son Gers natal, mais pas à dépanner le futur métro de Moudenc en panne de financement

Patatras ! Le « come back » de Jeannot lou Gascon est tombé à l’eau. Jean Castex, natif du Gers, devait effectuer son grand retour dans le département de son enfance. Mais la mort d’une policière, tuée la veille à Rambouillet, est venu chambouler son agenda au dernier moment. On a bien aperçu le premier ministre à Toulouse samedi matin, mais il a été contraint de faire une croix sur son échappée campagnarde au profit de la visite-express du commissariat central de la capitale régionale pour réconforter les policiers avant de regagner Paris. Security fisrt ! Le bonheur attendra dans le pré des jours meilleurs…

Le premier ministre, qui s’est éloigné de la Gascogne depuis son implantation électorale dans les Pyrénées Catalanes, avait prévu de labourer une nouvelle fois « ses terres occitanes » (comme l’écrivent les « canards du midi »… de Baylet), encore perceptibles dans son accent. Une semaine après avoir refait surface à Prades, où les méchantes langues soulignaient qu’on ne l’avait plus revu depuis sa nomination à Matignon, l’ancien Mr Déconfinement d’Emmanuel Macron devait visiter le centre de vaccination installé dans la salle Simone Castex de Vic-Fezensac. Cela ne suffira pas à remettre sur pied la fameuse féria de Pentecôte, annulée pour la deuxième année pour cause de Covid. Ce pèlerinage sur ses terres natales devait surtout mettre un peu de baume au cœur des macronistes locaux, un peu perdus dans ce terroir rad-soc d’Armagnac.

Mamie Simone était l’épouse de Marc, son grand-père, maire et conseiller général de la bourgade pendant une bonne vingtaine d’année. Sans étiquette politique précise, Papy Castex, héritier d’une entreprise de matériel agricole familiale, fut vaguement soutenu par les radicaux du coin quand il vendait des tracteurs aux paysans contre les propriétaires de grands domaines, avant de tourner casaque et de prendre la marque UDF de Giscard pour se faire élire en 1980 au Sénat… où il ne prendra jamais la parole. Marc Castex, ancêtre et archétype de l’élu « en marche » : un peu à gauche, beaucoup à droite ?

La 3ème ligne de métro de Moudenc

Si sa virée dans le Gers a été annulée sine die, Jean Castex a toutefois maintenu un rapide crochet matinal à Toulouse pour dépanner l’incontournable Jean-Luc Moudenc. Le maire (LR) de la ville rose, en compétition avec son homologue (PS) de Montpellier dans le rôle de meilleur fayot de Macron au pays du radicalisme-cassoulet, ne sait plus trop comment financer la troisième ligne de métro qu’il a promis à ses électeurs (et à Airbus). Surtout depuis l’épidémie de Covid, qui a dramatiquement fait chuter les recettes de Tisséo, le syndicat mixte des transports en commun de l’agglo. Le projet avoisine officiellement les 3 milliards et fait régulièrement tousser la chambre régionale des comptes de Montpellier, effrayée par l’endettement de Tisséo qui dépasse le milliard avant même de lancer le chantier. Castex a donc confirmé que l’Etat versera royalement 200 millions, à charge pour les élus toulousains de convaincre l’Europe et les banques de bien vouloir boucler un plan de financement qualifié de « pari risqué » par les magistrats financiers avant même l’arrivée du méchant virus chinois. Le chèque de Castex peut sembler un peu chiche. Le département de la Haute-Garonne a prévu à lui seul d’apporter 201 millions dans la corbeille. Le président (PS) du conseil départemental précise toutefois qu’il n’y aura finalement que 102 millions pour la troisième ligne de Moudenc. Le reste est destiné à ses amis socialistes du Sicoval pour prolonger la deuxième ligne vers Labège, ou à des bus vers Portet-sur-Garonne. Les élections approchent, on ne se fait plus de cadeaux !

Une « Arlésienne » routière entre Toulouse et Auch

En route vers Vic, le premier ministre avait aussi prévu initialement de faire étape à Gimont pour un ultime dépannage. Il s’agissait cette fois de débloquer les fonds pour la mise à 2×2 voies de la route entre Toulouse et Auch. Le chantier, qui s’éternise depuis 40 ans, est devenue la véritable Arlésienne de l’ex-région Midi-Pyrénées. Le dernier tronçon entre L’Isle-Jourdain, à la sortie de l’aire urbaine toulousaine, et la petite ville de Gimont, réputée pour son marché hivernal aux foies gras, devait coûter 95 millions, selon les panneaux de chantier qui narguent les automobilistes pressés, coincés derrière un camion ou un tracteur sur la vieille route nationale tournicotant dans les coteaux vallonnés du Gers. Mais ce chiffre est « obsolète », selon Jean-René Cazeneuve, député LREM du département. Le chef de file régional des élus macronistes estimait la facture actualisée à 120 millions. Elle serait même de 142 millions selon Jean Castex, qui promet dans une pleine page d’interview accordée à La Dépêche du Midi de lâcher 46 millions pour boucler le chantier « au premier trimestre 2022 ». Un coup d’accélérateur financier avant un autre scrutin ?

Rififi dans le cassoulet : William Saurin avalé de travers

Le cassoulet des Aveyronnais commence à sérieusement leur courir sur le haricot ! Les grands maîtres de la Confrérie du cassoulet de Castelnaudary ont enfilé leurs toges pour dénoncer face caméra la perfidie de Raynal et Roquelaure. Cette conserverie fondée en 1886 par Théophile Raynal, patron du buffet de la gare de Capdenac, et son cuisinier Ernest Roquelaure, ose mentionner la cité de l’Aude sur l’étiquette de l’une des gammes commerciales des petites boîtes qui sortent de son usine comme des petits pois : 23.000 tonnes par an. A ce compte-là, pourquoi ne pas fabriquer de la choucroute « alsacienne » à Marseille et de la bouillabaisse à Strasbourg, s’indignent les défenseurs du plat emblématique du Lauragais en dénonçant « une publicité mensongère » ?

En réalité, rien n’interdit de le faire, puisque le « cassoulet de Castelnaudary » n’a aucune réelle existence légale sur le plan industriel et commercial. Pas plus que la « saucisse de Toulouse » ou celle de Strasbourg. Arterris, le « géant vert » des agriculteurs du Lauragais, le sait très bien. Le groupe coopératif, basé à Castelnaudary, s’était même allié au groupe Cofigeo, propriétaire de Raynal et Roquelaure et d’autres marques (Garbit, Panzani, etc) pour avaler William Saurin en 2017. L’ex n°1 de la conserve en France, spécialiste incontesté de la mise en boîte du cassoulet et de la choucroute pour les grandes surfaces, était alors en pleine déconfiture : sa patronne, l’intrigante Monique Piffaut, avait constitué un empire agro-alimentaire en maquillant ses comptes. Pour quelle obscure raison les Audois montrent-ils aujourd’hui du doigt l’usine aveyronnaise après avoir obtenu, de concert, la peau de celle que le milieu surnommait « Mamie cassoulet » ?

Le dépeçage de William Saurin après la mort de Monique Piffaut a fait tomber La Belle Chaurienne dans l’escarcelle d’Arterris. Cette conserverie, créée en 1964 à Castelnaudary, a fait le pari audacieux d’un cassoulet « premium». Avec ses 8.000 tonnes par an, elle ne fait pas le poids face aux géants qui inondent les rayons de Lidl ou Carrefour en produits bas de gamme. Pour se démarquer, chaque industriel a sa recette : porc « français » pour l’un, canard « régional » pour l’autre. Mais l’ingrédient principal qui peut faire la différence, c’est le haricot. Surtout à Castelnaudary. Contrairement à Capdenac, la ville ne dispose plus d’abattoir depuis la rocambolesque découverte de viande de cheval chez Spanghero.

Un « Breizh-cassoulet » aux cocos de Paimpaul ?

Une seule question reste en suspens : lingot ou pas ? Ce légume sec vaut de l’or, mais quelque chose ne tourne pas rond dans la forme du haricot parfait pour le cassoulet. Au rayon légumineuses, les Bretons, qui ont raflé l’ancienne branche « charcuterie » de l’ex-empire Piffaut (Madrange, Paul Predault, Montagne Noire) à travers la Coperl, coopérative porcine n°1 en France, disposent déjà du « Coco de Paimpol ». Aussi ronds que leur chapeau, ces cocos-là bénéficient d’une appelation d’origine protégée (AOP) depuis 2016. A quand un Breizh-cassoulet, tonnerre de Brest ?

Les anciens Chouans vendéens ont montré la voie en obtenant une Indication géographique protégée (IGP) pour leur « mogette » dès 2010. Dans le Sud Ouest, nous avons heureusement une Confrérie de « Tastos Mounjetos » depuis 1964 dans le Comminges, qui s’est étendue depuis l’Ariège jusqu’à Toulouse en 7 « chancelleries » locales. « Pacifique et souveraine », la Confrérie pourrait-elle arbitrer la guerre du goût entre les partisans du Haricot Tarbais (Label Rouge) et du Coco de Pamiers dans l’authentique cassoulet ? Voire du conflit diplomatique avec les Aveyronnais déclenché par leurs augustes Confrères en toges chauriens ?

Dans l’Aude, l’affaire semble réglée depuis peu. Le « haricot de Castelnaudary » a enfin décroché le pompon d’une IGP en décembre 2020. Le dossier trainait depuis presque vingt ans à Bruxelles. Il avait été déposé par une quarantaine de producteurs du Lauragais qui en cultivaient à l’époque environ 400 tonnes par an. Ils ne sont plus qu’une vingtaine, pour une première récolte évaluée à 155 tonnes. Un peu léger, même pour La Belle Chaurienne, mais c’est un début. Spanghero se plaignait à l’époque d’avoir davantage de mal à trouver des haricots que de la viande à mettre en boîte. Il faut juste espérer qu’on ne trouve pas des graines importées d’Amérique du Sud dans les arrières silos du Lauragais. La jeune filière végétale qui tente de percer dans les grandes cultures entre Toulouse et Carcassonne ne résisterait pas aux vents d’un « Fayot-gate ».

Plus de 70 ours dans les Pyrénées ?

Comment vendre numériquement la peau des plantigrades

L’ours Cachou, retrouvé mort en avril 2019 dans le Val d’Aran espagnol, a bien été victime d’un empoisonnement. Le rapport annuel de l’Office français de la biodiversité (OFB) consacré aux plantigrades dans les Pyrénées le reconnaît officiellement. L’enquête menée par les Mossos d’Esquadra, la police catalane, a même connu un rebondissement inattendu en mettant à jour des traficants de drogue derrière les braconniers dans cette enclave gasconne dessinée autour des sources de la Garonne. Les autorités aranaises, hostiles à la présence de ces ours « imposés » par Paris ou Barcelone, avaient initialement prétendu que l’aninal aurait pu être victime d’une bagarre avec un autre mâle.

Deux autres ours sont morts de la main de l’homme en 2020 : un jeune mâle tué par balles en juin sur une estive au-dessus de la station de ski de Guzet (Ariège), et une vieille femelle abattue en novembre par un chasseur lors d’une battue en Aragon. L’OFB se garde bien de soutenir les associations pro-ours, qui réclament le remplacement systématique des animaux tués par de nouvelles introductions. C’est pourtant bien ce qui est prévu par le programme de restauration de l’espèce, financé par l’Union Européenne. Le rapport 2020 de l’Office tend au contraire à souligner que la multiplication des ours est assurée naturellement grâce à un nombre de naissances largement supérieur à celui des décès. L’année se solde par un nombre record de 16 oursons détectés, issus de 9 portées différentes.

Les associations pro-ours se félicitent de ce sang neuf et attendent avec impatience de bonnes nouvelles en provenance du Béarn, où deux femelles en provenance de Slovénie ont été relâchées fin 2018 pour renforcer le dernier noyau d’ours autochtones. Plus aucune naissance n’a été confirmée dans les vallées des Pyrénées Atlantiques depuis 2004. Sorita a pourtant été vue par des agents de l’OFB en compagnie de deux oursons à la sortie de sa première hibernation, mais les jeunes ont ensuite disparu. Victimes d’un « infanticide » ? «  Le taux de survie des oursons nés et détectés en 2019 est bien moins important que pour les années précédentes. L’augmentation du nombre de mâles reproducteurs pourrait en partie expliquer ce phénomène par le biais d’infanticides plus fréquents. Les mâles adultes ont effectivement tendance à essayer de tuer les oursons dont ils ne sont pas le père afin d’assurer leur propre descendance en provoquant un nouvel œstrus de la femelle », expliquent les experts de l’OFB. Au total, 4 des 16 oursons détectés en 2020 sont considérés comme disparus prématurément.

8 ours « furtifs » rajoutés à l’effectif

Le recensement des ours dans les Pyrénées s’apparente à un véritable casse-tête. Tout suivi au cas par cas et en temps réel s’avère illusoire : plus aucun ours ne porte de collier GPS. Celui de Goïat, le mâle introduit par les Catalans en 2016, a été récupéré coté aragonais durant l’été. L’appareil était programmé pour tomber du cou de l’animal avant d’être à court de batterie, précise le rapport de l’OFB. Les agents chargés de suivre les plantigrades ont aussi perdu la trace de Douillous, un ourson orphelin recueilli dans l’Ariège, discrètement relâché au-dessus de Luchon (Haute-Garonne) en 2019 après une rocambolesque « cure » à Montrédon-Labessonie (Tarn). Des deux cotés des Pyrénées, les équipes de suivi s’efforcent de reconnaître, en différé, chaque individu grâce à l’analyse génétique des poils et des crottes trouvés sur le terrain. Un réseau dense de caméras à déclenchement automatique relevées périodiquement complète ce système de surveillance à distance.

En 2020, l’effectif minimum détecté (EMD) s’établit à 64 ours, mais 7 d’entre-eux manquaient à l’appel à la fin de l’année. Pour compliquer l’équation, 8 autres animaux qui n’avaient été détectés ni en 2019, ni en 2018, sont venus gonfler l’effectif minimal retenu (EMR). C’est ce dernier chiffre, susceptible d’être ajusté chaque année par soustraction des ours morts en cours d’année et addition des animaux furtifs passés au-travers des mailles du filet des observateurs, qui fait office de véritable estimation officielle de la population. A défaut de retrouver les cadavres, un ours n’est porté disparu que s’il échappe à toute détection (visuelle ou par analyse génétique) pendant deux années consécutives. L’EMR s’établit à 58 individus pour l’année 2019, dernière estimation en date. Les huit plantigrades ajoutés a postériori pour renforcer les effectifs proviennent tous du versant espagnol. Ils portent un simple numéro d’identification, contrairement à l’usage français qui « baptise » chaque ours avec un prénom.

Statistiques et reconnaissance faciale

Face au fossé grandissant entre les chiffres officiels -mais à retardement- de l’EMR et celui de l’EMD, plus instantané et retenu par les médias, l’OFB a entrepris de changer sa façon de comptabiliser les ours dans les Pyrénées. Il s’agit de procéder à une extrapolation statistique à partir d’un échantillon. La méthode, déjà utilisée pour estimer le nombre de loups sur le territoire, a commencé à être expérimentée par un laboratoire du CNRS de Montpellier l’an dernier. L’algorithme fait faire un nouveau bond de géant aux ursidés, qui seraient passés de 55 individus en 2019 à plus de 70 en 2020. Ce modèle statistique est « encore en cours de calibrage », commente le rapport annuel de l’OFB, qui prévient toutefois : « il va être de plus en plus compliqué d’identifier annuellement l’ensemble des ours de la population ». Les experts misent parallèlement sur une autre technique en cours de développement pour tenter de maintenir un suivi individualisé des ours : un logiciel de reconnaissance faciale pour identifier chaque animal photographié par les 60 caméras automatiques disposées sur le terrain. Ce programme informatique, mis à disposition gratuitement par une équipe de chercheurs américains, afficherait un taux de réussite de 83,9%.

Stocker l’eau sous pression politique

Pas facile de trouver une issue entre pro et anti-barrage à Sivens (Tarn). Surtout dans un contexte pré-électoral. Contrairement aux attentes de Maryline Lherm, maire de L’Isle-sur-Tarn et conseillère départementale, le gouvernement n’a pas tranché le nœud gordien en imposant la construction d’une nouvelle retenue dans la vallée du Tescou pour irriguer les cultures. « Pas question de passer en force » a répondu le 30 mars Bérangère Abba. La secrétaire d’Etat à la biodiversité assistait en télé-conférence à une réunion de l’instance de co-construction (ICC) mise en place après la mort de Rémi Fraisse en 2014 sur le chantier du projet initial.

Un médiateur va être nommé et d’ultimes études sont en cours pour répertorier précisément les zones humides dans le bassin versant de cette petite rivière, régulièrement à sec en été, qui se jette dans le Tarn à l’entrée de Montauban (Tarn-et-Garonne). Les associations environnementalistes associées à la concertation avec les agriculteurs au sein de l’ICC sont prêtes à reconnaître un déficit hydraulique estimé à 700.000 m3. Un « consentement », à défaut d’un réel consensus. Les naturalistes et les écologistes refusent toujours qu’un ouvrage soit érigé sur des zones qui font office d’éponges naturelles. Le chantier du précédent projet avait abouti à la destruction de 18ha de zones humides à l’orée de la forêt de Sivens, en dépit de l’occupation par des zadistes. Après le déboisement et le passage des bulldozers, des travaux de génie écologique ont été lancés pour tenter de restaurer 5ha de zones humides.

Pour des élus locaux comme Maryline Lherm, qui partage la présidente de l’ICC avec le maire de La Salvetat Belmontet (Tarn-et-Garonne), cette lente diplomatie de l’eau renvoyant encore la décision finale après les scrutins départementaux et régionaux, prévus en juin, n’a que trop duré. L’urgence climatique s’accorderait mal aux « palabres ». Les réunions de l’ICC devaient initialement être expédiées en six mois seulement. Le temps d’élaborer un « projet de territoire », préalable désormais obligatoire à tout projet de retenues à l’échelle de chaque bassin versant. On en recense déjà une quarantaine sur l’ensemble du bassin Adour-Garonne.

A Sivens, le projet de territoire a fait émerger des perspectives intéressantes pour une agriculture « de proximité » en circuit court. Il semble plus facile de négocier de l’eau pour du maraichage destiné aux cantines scolaires ou aux produits bio vendus sur les marchés du coin que pour du maïs destiné à l’ensilage pour nourrir des vaches ou des semences livrées à une grosse coopérative.

Mais l’ICC ne peut outrepasser la fonction pacificatrice de concertation qui lui a été assigné. L’idée d’un syndicat mixte pour passer à la phase opérationnelle du « projet de territoire » fait son chemin. Il appartiendra aux nouveaux conseillers du Tarn et du Tarn-et-Garonne, avec les maires élus en 2020 dans les 14 communes traversées par le Tescou (dont une en Haute-Garonne), de s’accorder sur une gouvernance. En association, ou pas, avec les agriculteurs et associations de protection de l’environnement. C’est ce syndicat qui pourrait enfin assurer la maîtrise d’ouvrage d’un futur ouvrage de stockage, dont la capacité serait réduite de moitié par-rapport au projet initial de barrage à Sivens (1,2 millions de m3).

FaIre payer l’eau pour les poissons ?

« L’abandon de ce projet constitue une illustration des conflits d’usage de l’eau, marqué par l’affrontement entre les intérêts agricoles et les défenseurs de l’environnement », estime la Cour des Comptes dans son rapport d’activité 2020. Les magistrats financiers ont repris, en version soft, les vives critiques de leurs homologues de la chambre régionale d’Occitanie. Ces dernier jugent très sévèrement la fuite en avant de la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne (CACG), porteuse du projet dans le Tarn mais aussi des nombreuses « bassines » en Poitou-Charentes. Au bord de la faillite, cette société d’économie mixte basée à Tarbes (Hautes-Pyrénées), fondée sous Napoléon III pour répartir historiquement l’eau des gaves pyrénéens vers la Gascogne via le canal de la Neste, va être recapitalisée par les régions Occitanie et Nouvelle Aquitaine. Les nouveaux conseillers régionaux élus en juin auront aussi leur mot à dire dans la gestion de l’eau dans le grand Sud Ouest. Les départements sont aussi invités à « cracher au bassinet » par les magistrats financiers qui siègent à Montpellier.

La Cour fait enfin état d’une proposition audacieuse pour redresser durablement les comptes de la CACG. Celle-ci ne « valorise » selon ses calculs que 200 millions de m3 auprès des agriculteurs, alors qu’elle « gère » un volume annuel estimé à plus de 500 millions de m3. Pourquoi donc ne pas faire payer l’eau non plus seulement pour l’irrigation, mais aussi pour « le soutien d’étiage » ? C’est peu ou prou déjà le cas pour EDF, dédommagée quand ses barrages hydroélectriques sont mobilisés pour « déstocker » de l’eau en été afin de soutenir le niveau de la Garonne. Sauf que l’électricien a pu faire valoir que cela représentait un « manque à gagner » en kilowatts pour se faire indemniser. Comment calculer le prix de l’eau destinée simplement à ce que les poissons ne meurent pas dans une rivière menacée d’assèchement ? Et qui paiera ?

«  Les bases règlementaires autorisant cette facturation sont inexistantes », reconnaît la Cour des Comptes. Il faudrait donc « repenser la gestion de l’eau en tant que bien commun », s’est contenté de glisser Pierre Moscovici. L’ ancien ministre (PS) de l’Economie et commissaire européen a été nommé à la tête de l’institution par Emmanuel Macron en juin 2020.

Pourquoi Moudenc voit rouge

Mais quelle mouche a piqué le maire de la ville rose, abandonnant soudain le chauffeur de sa voiture de fonction pour venir arracher une affiche placardée sur les vitres du théâtre de la Cité ? Le théâtre est occupé par un collectif d’intermittents, comme beaucoup d’autres en France. A Toulouse, ils ont été rejoint par les artistes du collectif Mix Art, anciens squatteurs à nouveau SDF depuis que la ville a brutalement fermé la friche industrielle où ils étaient installés avec la bénédiction de Philippe Douste-Blazy. Les critiques contre sa politique culturelle se multiplient dans la rue et les médias. Les activistes d’Act Up ont édité pour l’occasion de grandes affiches avec la photo du maire, et ce slogan ravageur : « Moudenc est à la Culture ce que Monsanto est à l’Agriculture ».

«  J’ai trouvé cette affiche injuste » dit le maire, qui explique « se battre » avec ses collègues des autres grandes villes de France pour obtenir la réouverture des lieux culturels auprès de Roselyne Bachelot. Manifestement, l’élu n’avait pas prévu que ce geste rageur pour laver son honneur serait filmé en direct par les occupants du théâtre. « Cela a permis de me distraire », lâche le maire face à la caméra des intermittents qui le poursuit alors qu’il regagne la nouvelle voiture électrique mise à disposition par Toulouse Métropole en finissant de froisser l’objet du litige. La vidéo du « laveur de vitres » amateur est devenue virale sur les réseaux sociaux.

Interpellé par son opposition lors du dernier conseil municipal, Moudenc enfonce le clou. Il s’étrangle quand on ose évoquer une atteinte à la liberté d’expression des artistes. « Arracher des affiches, c’est ma liberté d’expression à moi », balance le maire. Régulièrement brocardé pour son ultra-centrisme parfois jugé trop modéré dans une ville où « même les mémés aiment la castagne », « Moumoudenc » s’est laissé aller à confier sur l’air de la confidence… ne pas en être à son coup d’essai. On ignore si l’affiche d’Act Up, roulée en boule mais soigneusement déposée sur la banquette arrière de sa Zoé électrique, est allé rejoindre une improbable collection de dazibao gauchistes arrachés depuis ses jeunes années de président de la Corpo de Droit à l’université. Mais on ne peut que féliciter le geste écolo du « maire Monsanto » : il n’a pas jeté de rage le papier honni dans la rue…au risque d’être verbalisé.

Il faut croire que le récent soutien de Moudenc à Aurélien Pradié, le « sulfateur » choisi par Les Républicains pour couper l’herbe sous le pied de la liste macroniste du néo-centriste Novès, a réveillé ses ardeurs militantes. A 60 ans, le combat contre « les khmers rouges et verts » d’Antoine Maurice et sa liste « pastèques » aux dernières municipales avait déjà fait office de Viagra politique. L’épisode est aussi une réponse au jeune coq lotois, qui ne dédaigne pas faire le coup de poing avec l’extrême-droite de Garraud, et à qui l’on prête déjà l’intention de lorgner sur sa succession au Capitole. Qu’on se le dise, Moudenc n’est pas une poule mouillée : il peut lui aussi monter sur ses ergots pour « Reynié » en maître sur sa basse-cour.