Transports urbains : le « plan le plus ambitieux de France » plombé au tribunal

Coup de tonnerre ou coup d’épée dans l’eau ? Les 4 milliards qui devaient être investis d’ici 2030 à Toulouse et dans une centaine de communes de banlieue avec la double promesse de circuler sans bouchons et d’épargner les poumons de plus d’un million d’habitants ont été rayés d’un trait de plume. Le tribunal administratif de Toulouse a donné raison à l’association 2 Pieds 2 Roues (2P2R) qui avait déposé un recours en juillet 2018 contre le nouveau plan des déplacements urbains (PDU), révisé à la demande de Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, pour y inclure son projet de 3ème ligne de métro, qui doit relier les sites Airbus de la métropole, de Colomiers à Labège. L’association historique des cyclistes urbains estime que ce plan fait la part trop belle aux modes de transports lourds – 3 milliards pour la ligne de métro baptisée Toulouse Aerospace Express (TAE) – au détriment des modes « doux » : quelques millions par an pour le vélo.

A la barre du tribunal administratif, début janvier, le président de l’association a surtout souligné que la future ligne de métro ne permettrait pas de réduire suffisamment les émissions de gaz à effet de serre. Pour Boris Kozlow, l’urgence climatique ne peut attendre la mise en service de TAE, repoussée fin 2028 par Jean-Luc Moudenc en raison des effets secondaires du coronivrus sur l’économie et les finances de la métropole. Le militant associatif décrit une agglomération tentaculaire, asphyxiée par la thrombose automobile qui gagne du terrain sur les routes inadaptées des communes et quartiers périphériques, sans trottoirs ni pistes cyclables. Il rejoint en cela les critiques émises lors de la dernière campagne électorale par Antoine Maurice (EELV), tête de liste d’Archipel Citoyen, et son homologue Nadia Pellefigue (PS), qui réclamaient de concert un « plan d’urgence » pour lutter contre la pollution atmosphérique et les embouteillages. Du local au global, l’enjeu est aussi planétaire : il s’agit de mettre Toulouse en conformité avec les engagements internationaux de la COP 21 pour freiner d’urgence le réchauffement climatique, sans attendre l’arrivée du métro aux portes des sites Airbus. Le président de 2P2R ne peut pas être suspecté d’être un « ultra » écolo Amish opposé à l’industrie aéronautique : il travaille dans le civil comme ingénieur pour le groupe aérospatial européen.

Désavoué par les juges administratifs, le syndicat mixte Tisséo, a réagit par un bref communiqué très sibyllin. Le bras-armé de Toulouse Métropole pour gérer le réseau de bus et de métro considère que le PDU n’a pas été censuré sur le fond. La sanction serait de pure forme, comme l’a effectivement souligné le rapporteur public dans ses conclusions. Florian Jazeron, qui représentait le gouvernement derrière la la vitre en plexiglas anti-Covid du tribunal, reproche à Tisséo d’avoir oublié de mentionner des « solutions alternatives raisonnables ». Plus sévère, Pierre Bentilola, explicite très concrêtement cette notion juridique un peu floue dans son jugement. Le président de la 6ème chambre du tribunaL rappelle qu’une «  étude concernant un projet « d’étoile ferroviaire » comprenant trois lignes de réseau express régional » avait été lancée suite « au débat public relatif à la troisième ligne de métro ». Mais elle ne figure pas dans les 8 tomes de l’étude environnementale. « Une telle omission a nécessairement eu pour effet de nuire à l’information complète de la population et a donc été susceptible d’exercer une influence sur les résultats de l’enquête publique, et, par voie de conséquence, sur le contenu même du plan de déplacements urbains adopté », conclue le tribunal administratif en dénonçant un « abus de pouvoir ».

Une « balle dans le pied » des cyclistes, le métro épargné ?

Tisséo n’annonce curieusement pas s’il fera, ou non, appel de ce camouflet. « Je dois d’abord réunir les juristes » indique Jean-Michel Lattes, président du syndicat et fidèle adjoint au maire de Toulouse. L’avocate de 2P2R, elle, fait le pari que Tisséo ne prendra pas le risque de retarder encore le calendrier par de nouvelles procédures juridiques. Toute la question est en effet de savoir si tous les projets de transports de l’agglomération sont suspendus par l’annulation du PDU. La réponse est bien entendu négative. Seuls les nouveaux projets inscrits dans la révision du PDU sont concernés : la 3ème ligne de métro…mais aussi les « autoroutes cyclables » du REV (Réseau Express Vélo) qui prévoit d’investir 250 millions dans 13 « lignes » permettant de relier les communes périphériques en pédalant en en toute sécurité. L’avocat de Tisséo n’avait pas manqué de souligné devant le tribunal que l’association des cyclistes se tirait une balle dans le pied en réclamant l’annulation du PDU. C’est ce que Jean-Michel Lattes appelle « un accord perdant-perdant ».

Le maire de Toulouse considère, pour sa part, que son projet de métro n’est pas impacté. «  La ligne TAE a une vie juridique propre » assure Jean-Luc Moudenc, interrogé lors de ses vœux à la presse. Les « juristes » de Tisséo devront confirmer, ou pas, cette « exception métropolitaine ». L’affirmation du maire repose sur la déclaration d’utilité publique de la troisième ligne, signée en février 2020 par le préfet. Dès la signature du contrat de fourniture des rames avec Alstom en décembre dernier, Jean-Luc Moudenc n’a pas manqué de rencontrer à nouveau Etienne Guyot, spécialiste des questions de transports urbains et ancien directeur de la société du Grand Paris chargé de construire les 4 nouvelles lignes de métro automatiques de la région parisienne pour les JO de 2024. Le maire de Toulouse sait pourtant très bien qu’il ne peut juridiquement pas lancer le chantier tant que l’enquête environnementale, annoncée dans le courant de l’année 2021, n’a pas eu lieu. C’est la raison pour laquelle il a paradoxalement claironné à la fin de l’année 2020 que la mise en service du métro était financièrement repoussée « fin 2028 »…. tout en affirmant que le projet n’était techniquement pas « retardé ».

La revanche de Pierre Cohen et du tramway ?

En vérité, il serait plus simple, plus rapide et moins cher de lancer sans attendre les travaux d’extension de la ligne B du métro vers Labège, voire du tramway vers la gare Matabiau. Ces projets figurent dans l’ancienne version du PDU, élaboré sous le mandat de Pierre Cohen. L’annulation de la révision du PDU a rescucité juridiquement le plan de l’ex-maire socialiste de la ville rose, qui faisait la part belle aux lignes de tram pour mieux faire reculer l’emprise de la voiture en ville. « C’est une véritable bombe sur la vie politique toulousaine » s’est aussitôt félicité l’ancien élu, qui pense tenir sa revanche. Dans un communiqué co-signé par ses derniers fidèles, Pierre Cohen demande à Jean-Luc Moudenc de « ne plus s’entêter à mettre Toulouse et Tisséo dans une impasse juridique et dogmatique ». L’actuel maire de la ville, qui avait mobilisé ses troupes contre son prédécésseur en organisant la résistance des quartiers contre des tramways et des lignes de bus en site propre accusés de créer des bouchons, évoque pour sa part une « régression ». Jean-Luc Moudenc souligne que le PDU de Cohen, chiffré à environ 2 milliards, était « moins favorable aux cyclistes et efficace contre la pollution atmosphérique ». Il continue d’affirmer haut et fort que son plan est « le plus ambitieux de France, hors Paris ».

La tonalité du communiqué de Pierre Cohen, dernier opposant déclaré à la troisième ligne de métro, tranche toutefois avec les réactions des autres acteurs du dossier « transport » de l’agglomération. L’association 2P2R se garde de crier victoire, préférant tendre la main à Jean-Michel Lattes pour signer la paix des braves, moyennant une rallonge (40 millions) au budget vélo afin d’accéler le REV et pérénisser les « corona-pistes » cyclables apparues à la sortie du premier confinement. Enfourchant la même ligne de modération, les élus de la liste Archipel de Toulouse se déclarent « force de proposition auprès de la majorité dans l’esprit d’une réussite collective au service des habitants ». Marc Péré, maire L’Union et candidat déclaré aux prochaines élections départementales, se démarque quelque peu d’Antoine Maurice, désigné tête de liste aux élections régionales par EELV, en proposant dans La Dépêche du Midi de couper la poire en deux : 6 lignes de RER et une ligne de métro raccourcie à sa partie Colomiers-Matabiau, pour un coût évalué à 3 milliards.

Moudenc et Delga jouent au ping-pong sur les rails

L’association Rallumons l’Etoile se garde bien de prendre parti. Se cantonnant sur un registre plus technique que politique, ce collectif constitué en « lobby pro-RER » estime possible, dès 2022, de cadencer des « omnibus » toutes les 30 minutes sur l’ancienne « ligne C » entre la gare des Arènes et Colomiers, et des trains toutes les heures sur une ligne Montauban-Castelnaudary en traversant la gare Matabiau. Mais la région Occitanie, compétente en matière ferroviaire, hésite à s’engager financièrement dans un super syndicat mixte à l’échelle péri-urbaine sur le modèle du STIF, qui gère les RER de la région parisienne. « Delga ne veut pas mettre un doigt dans Tisséo. Elle se contente de jouer au ping-pong avec Moudenc, comme Malvy avant elle » constate Pierre Cohen.

Il semble plus facile pour la région et la métropole de réclamer une LGV au gouvernement que de s’accorder sur « les trains du quotidien ». En attendant, le tramway T2 qui desservait l’aéroport de Blagnac depuis 2015 va bel et bien cesser de circuler en 2022. Un nouveau terminus provisoire va être aménagé devant le centre culturel Odyssud de Blagnac, le temps de construire la nouvelle station Jean Maga de la troisième ligne de métro, précise une délibération votée en catimini lors de la dernière réunion syndicale de Tisséo, à la veille de Noël. Les rames du tram seront remplacées à l’issue du chantier par de nouvelles « navettes automatiques ». Ce n’est même plus un scoop.

Occitanie : diviser pour mieux Reynié

Qui se souvient de Dominique Reynié, « politologue » médiatique qui délaissa provisoirement les studios de télé pour tenter d’offrir la présidence de la région Occitanie sur un plateau à la droite supposée unie de Nicolas Sakozy ? Jugé trop « mou », le centriste aveyronnais fut mis KO d’emblée par une partie de son camp qui lui renvoya une « bonne droite ». L’histoire va-t-elle se répéter en 2021… si le scrutin, repoussé en juin sur les conseils de Jean-Louis Debré, n’est pas une nouvelle fois renvoyé ?

On ne se bouscule pas chez Les Républicains pour monter sur le ring face à l’extrême-droite. Le nom du flamboyant député lotois Aurélien Pradié est avancé, mais le maire de Beaucaire Julien Sanchez n’en ferait qu’une bouchée, selon un sondage Ifop réalisé en septembre dernier (25% contre 14%). L’Ifop vient donc de tester la candidature de l’obscur député aveyronnais Arnaud Viala… dont le score frôle dangereusement l’élimination dès le premier tour (11%). Selon ce sondage réalisé pour Sud Radio, la seule solution serait d’envoyer au front Brigitte Barèges, la très sarkozyste maire de Montauban. Alliée à Robert Ménard au sein d’une « liste d’intérêt régional » (sic), l’ancienne tête de liste de la droite en Midi-Pyrénées face à Martin Malvy obtiendrait un meilleur score (14%) que le candidat officiel de la droite. Une prime à la dissidence qui valide au passage la stratégie du maire de Béziers, plaidant inlassablement pour un « rassemblement des droites » en siphonnant la carpe républicaine et le lapin nationaliste. Les derniers auditeurs en gilet jaune de l’ex-radio sudiste qui applaudissent les accents populistes du nouveau boss de ls station, l’ultra-Trumpien Didier Maïsto, ont pu se pâmer à la perspective d’un tel « pou-putsch » !

Brigitte Barèges, qui sait parfaitement détourner les voix de l’extrême-droite à son profit par quelques saillies bien choisies, a toutefois un léger handicap pour suivre la voie de son homologue de Béziers : l’élue de Montauban est sous la menace d’une peine d’inéligibiiIté de 5 ans pour avoir employé un scribouillard chargé de chanter ses louanges dans des feuilles de choux locales. Le verdict du tribunal de Toulouse sera connu le 9 février. Brigitte Barèges, qui s’était pourtant ostensiblement affichée avec Ménard à Montauban en octobre, fait semblant de ne pas être au courant de ce qui se trame en coulisses. Au détour d’un long et inattendu entretien confié à La Dépêche du Midi – qui la flingue pourtant à longueur de colonnes – elle assure même vouloir plutôt se présenter aux élections départementales dans le Tarn-et-Garonne.

Au Rassemblement National, personne n’est dupe. Inquiet de la manœuvre orchestrée par Ménard, le parti de Marine Le Pen envisage lui aussi de changer de cheval. Exit le petit taureau gardois Sanchez, conseiller régional sortant. Sur les conseils avisés de Louis Aliot, qui joue désormais les « notables » à Perpignan, l’extrême-droite mise désormais sur l’ancien juge Alain Marsaud, venu des rangs de l’UMP. Ce farouche concurrent d’Alain Juppé à Bordeaux avait jadis fondé « la Droite Populaire » avec Alain Mariani, ancien ministre de François Fillon et Nicolas Sarkozy,…et une certaine Brigitte Barèges. Une liste dissidente à droite risque en effet d’affaiblir le score du RN au premier tour, qui passerait de 25% à 16% selon l’Ifop. Cédant au passage la première place à Carole Delga (25%).

Les stratèges socialistes de la présidente sortante peuvent sortir le champagne… et ressortir la petite blague blindée de Staline au Vatican : la droite, combien de divisions ?

La troisième ligne de métro de Toulouse repoussée « fin 2028 »

Quand l’industrie aéronautique tousse, même le métro s’enrhume à Toulouse. La mise en service de la nouvelle ligne de métro de l’agglomération n’interviendra pas « avant fin 2028 » a annoncé Jean-Luc Moudenc, maire (LR) de Toulouse et président de Toulouse Métropole, lors d’une télé-conférence de presse. Projet-phare de M Moudenc qui lui avait permis de regagner la mairie de Toulouse en 2014, cette 3ème ligne de métro automatique était initialement promise pour 2024. Elle avait été reportée une première fois « à l’horizon 2025 » après affinage du tracé, qui doit relier Colomiers à Labège (27 kms). Le maire de Toulouse justifie ce nouveau dérapage du calendrier par la crise du Covid et des « capacités financières amoindries ». Le coût estimé de ce grand projet est passé de 1,7 milliards à plus de 2,2 milliards, en incluant la prolongation de l’actuelle ligne B vers Labège et une branche pour desservir l’aéroport de Toulouse-Blagnac à la place du tramway actuelle (ligne T2).

« On ne retarde pas le projet, on le décale dans le temps » souligne Jean-Luc Moudenc, qui maintient un lancement effectif du chantier dès 2022. Le maire de Toulouse, qui était aux cotés de son adjoint aux finances Sacha Briand, précise que d’autres grands projets, notamment dans la culture, seront repoussés pour tenir compte de la baisse des recettes. Ce trou d’air est évalué à 900 millions jusqu’en 2022. Sacha Briand espère un « retour à la normale » en 2023. Trop tard pour inaugurer le projet-phare du maire de Toulouse avant la fin de son mandat, en 2026.

L’opposition municipale, qui ne cachait pas son scepticisme face au calendrier très volontariste affiché par M Moudenc, pense tenir sa revanche après une campagne électorale qui avait de nouveau placé le projet de métro au centre des débats. « Bizarre que Supermenteur ne découvre le problème qu’après les élections », a aussitôt réagi sur Twitter Odile Maurin, élue sur la liste Archipel Citoyen. L’annonce de ce nouveau report confortera aussi l’analyse des magistrats de la chambre régionale des comptes, qui pointaient du doigt un « pari financier » avant même l’apparition de l’épidémie du coronavirus. Les hypothèses de financement de cette ligne, présentée par le maire de Toulouse comme « le plus gros chantier de transport en commun hors Paris », reposaient essentiellement sur la poursuite de la croissance d’Airbus, premier contributeur du versement transport de l’agglomération.

Rejetant les scénarios les plus noirs qui font déjà de la ville rose un nouveau Détroit, terrassée par une crise comme l’ancienne capitale de l’industrie automobile américaine, Jean-Luc Moudenc a symboliquement prévu de signer dès aujourd’hui le contrat de fourniture des rames et des automatismes avec le patron d’Als tom. Le constructeur français a été préféré à son concurrent allemand Siemens, qui équipe les deux lignes de métro existantes. Le montant de la commande s’élève à 713 millions de commande ferme, assortie d’options payantes supplémentaires pour alléger la facture.

Les comptes masqués de la région Occitanie

Carole Delga est une petite cachotière. Les services de la région Occitanie ont refusé de répondre aux journalistes de la cellule d’investigation de Radio France qui ont demandé les factures des millions de masques commandés par les collectivités dans tout le pays. Au nom d’un soit-disant « secret des affaires ». La présidente socialiste de la région n’est pas la seule élue à faire de la rétention d’information. Ses homologues Laurent Wauquiez (Auvergne-Rhône-Alpes) et Xavier Bertrand (Hauts-de-France) ont aussi traîné des pieds pour répondre. Les collègues de Radio-France ont très bien expliqué lors de l’émission Secrets d’Infos, diffusée samedi 5 décembre (et disponible en podcast), comment ces deux rivaux à l’investiture pour la prochaine élection présidentielle de 2022 à droite ont orchestré les distributions de ces petits bouts de tissus lavables dans leurs régions respectives pour mieux se positionner dans la course à l’Elysée. Delga prépare pour sa part activement sa reconduction à la tête de la région Occitanie.

Les journalistes du service public ont été contraints de faire appel à la CADA (commission d’accès aux documents administratifs) pour obtenir des précisions sur ces marchés exceptionnels, passés sans appel d’offre. Pour offrir deux masques à chaque habitant de la région avant la levée du premier confinement au printemps dernier comme elle s’y était engagée, Carole Delga a officiellement passé commande de 6 millions de masques. A qui ? A quel(s) prix ? Mystère et boule de gomme ! Interrogés à l’époque, les services de la région n’ont jamais répondu précisément. Cultivant le flou entre masques chirurgicaux en papier importés de Chine et masques textiles garantis « made in Occitanie », mais aussi entre sa propre commande et celle de 8 des 13 départements de la région qui en avait déjà commandé 4 millions, la région a préféré comme à son habitude privilégier la communication à l’information. On ne peut donc que saluer l’obstination des collègues de Radio-France, qui n’ont pas lâché l’affaire.

Au final, le bras de fer entre Secrets d’Infos et le « secret des affaires » brandi par la région Occitanie n’a pas permis d’améliorer la transparence. Contrairement au maire de Toulouse, qui avait fini par avouer que les masques commandés à une entreprise de Rhône-Alpes étaient en réalité fabriqués en Asie (au Pakistan pour être précis), Carole Delga a toujours prétendu avoir fait appel à un tissu d’entreprises régionales… mais sans jamais le prouver, documents à l’appui. Le président (PS) du Gers a « mangé le morceau » : « Tous les masques grand public commandés par la Région et le Département l’ont été auprès d’entreprises françaises et sont fabriqués à partir de tissus produits en France, mais sont ensuite assemblés à l’étranger comme tous les masques distribués en France », a fini par reconnaître Philippe Martin. L’enquête de Secrets d’Infos a établi que la région avait reçu des masques chirurgicaux fabriqués en Chine par un curieux intermédiaire basé à Monaco et disposant de comptes off-shore aux Seychelles. Cet homme d’affaires a reçu « un accompte » de 1,3 millions fin avril. Nous voilà rassurés sur la destination de nos impôts !

La région Occitanie, qui a passé de nouvelles commandes de masques depuis que ceux-ci sont obligatoires un peu partout, même dans rue, préfère désormais mettre en avant une filière « 100% régionale » avec deux entreprises ariégeoises : l’une fabrique le tissu, l’autre le découpe et rajoute l’élastique. Selon nos informations, une troisième entreprise du Tarn serait également intégrée épisodiquement à ces masques régionaux en « circuit court ». Prix de revient unitaire : environ 2 euros ; soit le double des masques « pakistanais » de Toulouse commandés par Jean-Luc Moudenc, mais aussi Georges Méric, président (PS) du département de la Haute-Garonne. Une information tellement « sensible » que Carole Delga préférait ne pas la voir diffuser à la radio ?

Moggy, tué par un chasseur entre chiens et loups à deux pas de chez lui

Réunis dans la petite maison-atelier d’une potière britannique de Cajarc (Lot), les amis de « Moggy » sont effondrés. Morgan Keane, 25 ans, est mort mercredi 2 décembre à une centaine de mètres de chez lui : la balle d’un chasseur l’a atteint en plein thorax alors qu’il coupait du bois pour chauffer sa vieille maison de campagne délabrée. Les faits se sont produits entre 16h45 et 17heures, alors qu’une douzaine de chasseurs de la Diane Cajarcoise participait à une battue, au lieu-dit « la Garrigue », entre Cajarc et Calvignac. Le tireur est un chasseur de 33 ans originaire de Montbazens (Aveyron), invité par les chasseurs lotois à se joindre à eux. Il n’avait son permis de chasse que depuis le printemps. Il a été mis en examen pour homicide involontaire annonce le procureur de la République de Cahors, Frédéric Almendros. L’homme, dont l’identité n’a pas été révélé, a été remis en liberté sous contrôle judiciaire. Le représentant du Parquet précise que les autres participants, « susceptibles d’avoir des responsabilités », seront aussi entendus par le juge d’instruction William Delamarre.

Aux yeux du procureur, le caractère accidentel de la mort de Morgan ne fait guère de doute . Mais il souhaite que le juge vérifie si « les règles de la battue ont été respectées ou bafouées ». Il s’agit notamment de savoir à quelle distance les chasseurs se trouvaient de la maison de Morgan, située un peu à l’écart du hameau de la Garrigue, composé de quelques fermes et de belles demeures en pierre avec piscines. La réglementation interdit de chasser à moins de 150m d’une habitation. L’enquête devra également établir si la visibilité, à cette heure dite « entre chiens et loups » où la lumière baisse rapidement en hiver, permettait encore de distinguer un sanglier dans les bosquets bordant les champs nus de la plaine du Lot.

« On ne pourra rien vous dire, on ne parle qu’aux gendarmes » décline ce couple d’irlandais propriétaire du Mas de Garrigue, coquette bâtisse présentée sur leur site internet comme un ancien « pavillon de chasse ». Le contraste avec la pauvre masure voisine héritée par Morgan Keane de ses parents, des britanniques venus s’installer dans la vallée du Lot il y a une quarantaine d’année, saute aux yeux. Présenté dans la presse locale et anglaise comme « britannique », le jeune homme était pourtant né à la maternité de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron) et avait été scolarisé au collège Georges Pompidou de Cajarc. Il avait aménagé depuis peu dans la maison familiale mal en point.

Morgan vivait chichement de petits boulots saisonniers et de quelques chantiers. Passionné de musique et de land art, il était apprécié pour sa serviabilité. «  Il était bien intégré » assure Didier Burg, le nouveau maire du village perché de Calvignac qui réside lui aussi à La Garrigue, dans la plaine. Les amis de Moggy veillent sur son petit frère, désormais seul depuis le décès des parents Keane. La potière britannique de Cajarc faisait office de « deuxième maire » pour eux.

Ce nouvel accident de chasse mortel serait le douzième de l’année, selon les statistiques de l’Office français de la biodiversité. Il intervient dans un contexte national particulièrement sensible, alors que plusieurs associations environnementalistes remettent en cause les dérogations qui permettent la chasse pendant le confinement. « Ils ont le droit de sortir avec leurs fusils, alors que nous sommes contrôlés par les gendarmes si on dépasse le rayon imparti », s’étonne un jeune homme rencontré sur les hauteurs de Calvignac, alors qu’il rentrait à pied dans sa maison perdue au milieu des bois. Dans le Lot, la préfecture justifie cette exception par les dégâts causés par le grand gibier aux cultures. La facture s’élève à 22.000 euros dans le département. Le plan départemental prévoyait de tuer plus de 500 sangliers et autant de chevreuil d’ici la fin de l’année. L’objectif n’ayant pas été atteint, le préfet a reconduit sa dérogation à la veille du drame. A Cajarc, le président de la Diane était lui-même éleveur sur le causse qui domine la rivière. Ses troupes ont fondu en quelques années. Ils ne seraient plus qu’une cinquantaine, alors que la société de chasse enregistrait encore plus de 70 cartes il y a cinq ans.

Désormais minoritaires, les chasseurs sont de plus en plus montrés du doigt. « Ils ont tendance à se croire partout chez eux », dénoncent des habitants qui s’apprêtent à participer à une « marche blanche » organisée samedi après-midi, jour de marché à Cajarc. La demande d’autorisation de la manifestation déposée par les amis de Morgan à la sous-préfecture de Figeac mentionne un maximum de 250 participants. Le maire de Cajarc redoute l’arrivée de « bobos » anti-chasse dans sa bourgade d’un millier d’habitants. Conscient du divorce qui s’installe durablement avec le reste de la population, l’ancien président de la Diane Cajarcoise avait lancé il y a une dizaine d’année.des chantiers de débroussaillage des sentiers de randonnée par des chasseurs L’initiative figure toujours en bonne place dans le bulletin municipal. Elle fut aussi saluée par cet amateur de marche à pied sur les causses du Lot avec ce commentaire : « une très bonne initiative qui peut les réconcilier avec les randonneurs ».

« Nos boutiques sont le vrai réseau social »

Le plaidoyer du libraire de Rodez en faveur des commerces « de centralité »

Benoît Bougerol photographié par Ulrich Lebeuf à La Maison du Livre de Rodez en mai 2020, à la fin du premier confinement

A Rodez, le maire (LREM) a finalement décidé de retirer son arrêté municipal qui bravait le confinement imposé par le gouvernement aux commerces « non essentiels ». « Grâce à l’action des maires qui se sont mobilisés (…), les élus de la majorité tiennent à féliciter le Premier ministre qui a immédiatement pris en compte ces attentes et a annoncé a fermeture des rayons « non alimentaires » des grandes surfaces », se félicite Christian Teyssèdre dans un communiqué. « Je l’ai croisé dans la rue samedi et je l’ai félicité d’avoir osé tapé du poing sur la table » rapporte Benoît Bougerol. Le patron de La Maison du Livre ne crie toute fois pas victoire. Il s’apprête à mettre en place dès mardi le système de commandes et livraisons (« clicks and collect ») déjà expérimenté lors du premier confinement, mais ne s’attend guère à réaliser plus de 20% de son chiffre d’affaire habituel.

« Je ne peux pas me permettre de perdre 300.000€ » dit le libraire en expliquant à quel point les deux derniers mois de l’année sont cruciaux pour équilibrer les comptes. « On réalise habituellement autant de chiffre en novembre que pendant les deux mois du printemps touchés par le premier confinement, et plus encore en décembre ». Sa boutique peut enregistrer jusqu’à 20% de son chiffre d’affaire lors des dernières semaines avant Noël. « Une librairie c’est rentable en décembre, c’est le mois qui bouche les trous creusés pendant les autres mois », résume Benoît Bougerol.

L’ancien président du syndicats de la librairie a bon espoir d’arracher à Jean Castex une réouverture d’ici le12 novembre « sans que le gouvernement perdre la face ». Mais le libraire aveyronnais s’inquiète aussi pour son voisin, qui tient un magasin de jouets. Elu consulaire, Benoît Bougerol plaide plus généralement la cause de tous les commerçants du centre-ville. Pas seulement avec des arguments tirés du tiroir-caisse. « Les commerçants font vivre les rues, les gens ont besoin de se voir, se parler ». Alors que la ville de Rodez propose d’aider les commerçants à vendre leurs produits sur sa page Facebook, le libraire relativise la solution de la numérisation du commerce vendue comme une panacée. « Je n’ai pas envie de commander mes chaussettes ou une boîte de chocolat par écran interposé. Nos commerces sont le vrai réseau social au contraire des réseaux virtuels dits sociaux », affirme cet ancien ingénieur commercial chez IBM.

Benoît Bougerol veut donc croire que d’autres commerces que le sien seront prochainement autorisés à relever leurs rideaux. Quitte pour cela à revoir, encore et toujours, les mesures de précaution pour limiter la propagation du virus. Le libraire de Rodez en profite pour montrer du doigt cet autre mal qui a dévitalisé tant de villes au profit des centres-commerciaux installés en périphérie. « Le livre est l’un des rares secteurs où les petits commerces indépendants tiennent encore la majorité du marché. Pour les autres commerces, nous devons presque être contents de capter encore 15% du chiffre d’affaire au centre de Rodez. Dans d’autres villes, c’est beaucoup moins », souligne l’élu de la CCI. Cette spirale centrifuge qui transforme les centre-villes en astres morts à la manière de trous noirs semble sans fin. « Les grandes surfaces elles-même se rendent compte qu’elle vivent aussi sous la menace d’Amazon », constate Benoît Bougerol.

Lagraulet et son maire, mousquetaire du bio

Agriculteur installé depuis 1984 à Lagraulet (Gers), Nicolas Méliet a converti la ferme familiale à l’agriculture biologique en 1992. Mais il a aussi imposé au forceps des repas 100% bio à la cantine scolaire de son village de Gascogne ; en six mois seulement. Réélu maire pour un 4ème mandat en mars dernier, ce solide gaillard à la carrure de rugbyman est un fonceur. Il gère le bourg de 600 habitants du canton d’Armagnac-Ténarèze comme Bio Gascogne, son entreprise de travaux agricoles spécialisée dans les grandes cultures bio qui encadre la production d’une trentaine de fermes dans le Gers et les départements voisins des Landes et du Lot-et-Garonne sur plusieurs milliers d’hectares de grandes cultures. Si Nicolas Méliet surfe professionnellement sur la niche du « sans gluten », il avoue personnellement ne pas vouloir renoncer à « une bonne côte de boeuf ».

« Je suis bio mais surtout pas écolo », précise ce personnage aussi haut en couleur que le château d’eau décoré d’une fresque colorée et reconverti en gîte rural de la commune. Lagraulet est la dernière marque de fabrique « labellisée » par Nicolas Méliet, et la mairie son nouveau siège social. Elu en 2001, il a commencé par rapatrier la mairie au centre du bourg, transfiguré au fil de ses mandats au point de prendre l’allure d’un petit « club-Med » transposé dans les coteaux de Gascogne, en dehors des grands flux touristiques. Un gîte de 7 chambres a été aménagé sur deux étages dans une grande maison voisine, un autre bâtiment récemment rénové accueille depuis octobre dernier un cabinet d’infirmières et une dizaine de professions para-médicales (kinésithérapie, ostéopathie, naturopathie, etc) qui viennent donner quelques consultations toutes les semaines en s’acquittant d’un loyer horaire (25€ /jour) à la manière des espaces de co-working fleurissant dans les centres urbains. Pour ce chantier mené à terme en moins de deux ans, il a fallu un peu forcer la main de la préfecture et de l’Agence régionale de santé, qui tentent de mailler le territoire du département en « maisons de santé » pour lutter contre les déserts médicaux. « Mon idée cachée, c’est d’attirer maintenant un médecin généraliste », concède le madré promoteur de cette « maison des médecines douces », baptisé « Naturopole ».

Le prochain projet du maire-entrepreneur de Lagraulet est de confier la salle des fêtes en gérance à un restaurateur pour y développer une sorte de café-restaurant municipal. Une mini concession de service public-privé qui ne dit pas son nom. « La salle des fêtes n’est utilisée que trois fois par an, je préfère la louer pour avoir de l’activité à l’année », plaide Nicolas Méliet. L’élu a passé une petite annonce cet été pour recruter un cuisinier sur le site de « Un plus Bio », réseau national qui milite pour des cantines bio et locales. « J’ai reçu 25 CV de toute la France en un mois », se félicite le maire de Lagraulet. Nicolas Méliet cherchait à remplacer la jeune cantinière qui prépare les repas des 40 enfants de l’école, et quelques anciens du village qui peuvent déjeuner à la cantine pour 8€. « Je ne peux pas payer plus qu’un petit mi-temps de 28h par semaine, je cherche le mouton à 5 pattes, » confie le maire, qui espérait trouver un(e) candidat(e) avec l’esprit « start-up » pour développer une activité de restauration permanente à Lagraulet, en plus de la cantine. La commune dispose déjà de la cuisine, flambant neuve et labellisée par Ecocert et offre des facilités pour le logement. Il a finalement arrêté son choix sur Laurence, une ancienne restauratrice gersoise de 57 ans, qui arrivera de Perpignan en novembre.

Nicolas Méliet a procédé sensiblement de la même façon pour recruter, sans même passer d’annonce, un « maraîcher municipal ». Il raconte avoir acheté une ferme en 2019 pour produire en direct les légumes servis à la cantine. « Les petits producteurs préfèrent aller vendre leurs légumes plus chers au marché, et les gros ne s’intéressent pas à une petite commune comme Lagraulet », explique le maire. Il a donc embauché un jeune du coin en tant « qu’agent technique », mais en stipulant sur son contrat qu’il devrait faire l’agriculteur. Bio, naturellement. « Je trouve ça plus intelligent que de dépenser de l’argent public pour arroser des fleurs sur des ronds-points », balance le mousquetaire du bio. Employé polyvalent, Sébastien conduit aussi le bus de ramassage scolaire et montre aux enfants comment poussent les légumes. Le « potager municipal » en régie directe de Lagraulet a tapé dans l’oeil de plusieurs médias qui ont raconté l’histoire. « Cela a fait le buzz, mais ce n’est pas la finalité » assure Nicolas Méliet, qui vise méthodiquement à créer une filière cohérente de bio en circuit court, de la ferme à l’assiette.

Le maire de Lagraulet espérait initialement convaincre les élus de la communauté de communes de la Ténarèze (26 communes autour de Condom, 15.000 habitants) de le suivre dans son entreprise. « J’avais loué un bus à Agen pour aller voir comment ils font à Mouans-Sartoux » raconte Nicolas Méliet. L’agriculteur gersois avait entendu parler par son réseau professionnel de la régie agricole mise en place par cette commune pionnière des Alpes Maritimes. Mais aucun des maires qui se disaient intéressés ne s’est présenté pour faire le voyage, rapporte l’élu, dépité. « Je n’ai eu que deux adjoints et quelques techniciens ». Une déception qui nourrit sa défiance envers le personnel politique. « J’ai une sainte horreur des postures politiques » proclame le maire de Lagraulet, revendiquant pour seule étiquette « le bon sens agricole ».

Nicolas Méliet brocarde même ses collègues « qui veulent sauver leur écharpe pour 400€ mensuel ». « La plupart des petites communes rurales vont disparaître, sauf si elles sont utiles » proclame l’élu-entrepreneur, avec un sens très gascon de la provocation. « C’est vrai que je suis volontairement provocateur, mais ça porte ses fruits aujourd’hui » dit-il, fier d’avoir pratiquement fait doubler la population de la commune depuis son premier mandat, « après 20 ans de galère » à lutter contre les tendances « conservatrices » de ses concitoyens. Toujours entre deux rendez-vous dans toute l’Europe, le maire-patron de Lagraulet gare sa Tesla à l’une des bornes électriques installées à l’entrée du village. L’agriculteur-entrepreneur a aussi planté du gazon dans la ruelle semi-piétonne qui serpente entre les bâtiments retapés. En attendant le café-restaurant, et à défaut d’une improbable boulangerie dans un village sans attrait touristique particulier, le parking abrite même un distributeur automatique de pain pour les résidents. Bio, bien entendu.

La revanche (par procuration) de Maurice sur Moudenc

Les maires écolos prêts à voter pour la maire PS de Nantes à France Urbaine

Si le maire de Toulouse a pu se rallier ses homologues socialistes de l’agglomération, qui ont signé un « pacte de gouvernance » lors de son élection à la présidence de Toulouse Métropole, il n’en va pas de même au niveau national. Jean-Luc Moudenc, président sortant de France Urbaine qui fédère toutes les grandes agglomérations et métropoles de France, devrait avoir une concurrente en la personne de Johanna Roland, maire (PS) de Nantes. C’est Eric Piolle, maire (EELV) de Grenoble, qui fait ouvertement campagne contre le maire de Toulouse… à la demande d’Antoine Maurice.

Le chef de file des écologistes toulousains a expliqué à son camarade de parti, qui s’apprêtait à reconduire le président de France Urbaine, que Moudenc était moins consensuel qu’il n’y paraît. Johanna Roland, réélue après avoir fusionné avec les Verts nantais, est plus écolo-compatible. Jean-Luc Moudenc prend la menace au sérieux après la « vague verte » qui a remporté plusieurs grandes villes : Eric Piolle, jusqu’alors isolé, se retrouve à la tête d’un groupe de 11 élus en position charnière à France Urbaine.

Le maire de Toulouse espère toutefois compter sur d’autres grands élus socialistes, comme le maire de Dijon, opposés à la ligne officielle du PS qui privilégie les alliances avec les écologistes. C’est aussi le cas de Carole Delga, qui a soutenu en sous-main l’alliance des socialistes toulousains avec Moudenc contre l’avis de la fédération du PS de Haute-Garonne. « On a bien vu à Blois qu’il y avait deux lignes au PS », analyse le maire de Toulouse après l’université d’été des socialistes dans le Loir-et-Cher.

Antoine Maurice prendra-t-il sa revanche par procuration à France Urbaine ? Réponse le 24 septembre.

Le « monopoly de Saint-Jory » fait irruption à Toulouse Métropole

Les affaires immobilières de Thierry Fourcassier, maire (LR) de Saint-Jory, ont suscité un bref instant de malaise à Toulouse Métropole. En cause, une délibération technique qui prévoyait l’achat d’une parcelle à la famille du maire pour la somme de 140.000€ afin de permettre le raccordement de la future caserne des pompiers au nouveau rond-point aménagé à l’entrée nord de Saint-Jory. N’y a t-il pas là un risque de conflit d’intérêt, a demandé presque naïvement en fin de séance Aymeric Deheurles, élu tiré au sort sur la liste Archipel Citoyen à Toulouse ? « Tout est légal » a affirmé Jean-Luc Moudenc, tout en assurant comprendre « le malaise » du nouvel élu. Le président de séance a ensuite demandé à Thierry Fourcassier de quitter la salle, afin de respecter la règle qui interdit à un élu de prendre part au vote quand ses propres intérêt sont en jeu.

Le maire de Toulouse s’est enfin tourné sur sa droite en demandant au maire (PS) de Tournefeuille, également conseiller départemental, de rassurer son opposant toulousain. C’est en effet le département qui doit construire la nouvelle caserne de pompiers de Saint-Jory sur un terrain cédé pour l’euro symbolique au SDIS (service départemental d’incendie et de secours). « J’ai conscience de ne pas répondre complètement à la question » a finit par lâcher Dominique Fouchier, visiblement un peu embarrassé par cette patate chaude. Karine Traval-Michelet, maire (PS) de Colomiers et future présidente du groupe socialiste, a ensuite créé la surprise en annonçant que certains membres de son groupe ne voteraient pas la délibération. Il s’agit là d’une première entorse au pacte de gouvernance passé entre Jean-Luc Moudenc et les maires socialistes de Toulouse Métropole. Au total, 42 élus se sont abstenus.

Les élus socialistes ont été alertés par Victor Denouvion, le candidat PS opposé à Thierry Fourcassier aux dernières élections municipales. Egalement conseiller départemental et vice-président du SDIS, M Denouvion remet en cause la légalité de l’opération. Il explique que les 140.000€ versés à la famille Fourcassier vont permettre de rendre constructible un terrain de 3 hectares appartenant au maire en le désenclavant. Sur sa page Facebook, le maire de Saint-Jory ajoute que le futur rond-point sur l’ancienne route nationale 20, transférée par le département à la métropole, va également permettre de construire un bowling, une salle de jeux et une salle des fêtes. Les travaux, financés à hauteur de 1,5 millions d’euros par Toulouse Métropole, ont commencé cet été. Ils doivent s’étaler jusqu’à la fin de l’année

« J’ai fait interrompre le chantier car les engins empiétaient sur les buttes édifiées pour isoler la propriété familiale de la route », rapporte Thierry Fourcassier. L’élu, dont la famille possède plusieurs terrains dans la commune, indique avoir déjà perdu une « haie de sapinettes de 8 mètres de haut » dans l’affaire. Le maire de Saint-Jory se défend en expliquant avoir vendu ses terres au prix de 30€ le m2, soit « deux fois moins que mes voisins ». Il explique que c’est son prédécesseur (DVG) à la mairie qui avait choisi l’emplacement de la caserne. « Quand j’ai été élu (en 2014), je suis allé voir les pompiers pour leur proposer un autre terrain près de la gare. Ils n’en ont pas voulu », raconte Thierry Fourcassier. Selon lui, c’est le SDIS qui a exigé de construire le nouvel accès routier jusqu ‘au rond-point qui va rendre sa parcelle constructible. Un autre rond-point a été aménagé quelques centaines de mètres plus loin pour desservir un petit centre commercial.

Jusqu’alors président de la commission Urbanisme, le maire de Saint-Jory préside désormais la commission Voirie de Toulouse Métropole. Réélu avec 94 voix d’avance en mars dernier dans sa commune, le maire de droite est menacé par un recours déposé par son opposant socialiste.

Au théâtre ce soir : du ballet, Covid !

8 jeunes danseurs venus d’Italie étaient en résidence au théâtre Garonne de Toulouse pour la reprise de Relative Calm, ballet de la chorégraphe américaine Lucinda Childs mis en scène et en lumières par Bob Wilson sur une musique minimaliste de Jon Gibson, créé en 1981 à Strasbourg

Le virus du théâtre est plus fort que la peur de la mort. Pour signifier sa sortie du confinement, le théâtre Garonne a convié son public fidèle, sevré de scène depuis le 13 mars, à la (re)présentation exceptionnelle de quelques pas de danse contemporaine. Les 255 sièges ont été pris d’assaut, sans mesure de distanciation particulière ou masque obligatoire, pour cette invitation gratuite à assister à ce qui était présenté comme « une répétition ouverte ». Pas de rideau. Sur scène, huit danseurs vêtus de blanc sont comme figés en attendant de reprendre vie. Quatre hommes, quatre femmes. Ces jeunes artistes sont venus d’Italie en début de semaine pour préparer la reprise de Relative Calm, un ballet minimaliste créé en 1981 au théâtre national de Strasbourg par un trio de créateurs américains d’avant-garde.

Quand le noir se fait et que débutent les boucles de musique électronique répétitives du musicien californien Jon Gibson, les corps se mettent en mouvement, tournent, se croisent, sans jamais se toucher. La chorégraphie strictement géométrique de la new-yorkaise Lucinda Childs est un menuet moderne, exécuté avec des entrechats de danse classique. Elle est mise en scène et en lumière par Bob Wilson. Cette grande figure du théâtre contemporain est venu personnellement superviser les répétitions des jeunes danseurs recrutés par son producteur milanais. Il a pris le micro avant la courte présentation (20 minutes) d’un extrait du ballet pour dire son plaisir de retrouver la ville rose. Bob Wilson avait déjà eu l’occasion de monter sur la scène du théâtre Garonne en 2015 pour jouer, en solo, un spectacle autour de Samuel Beckett. L’acteur et metteur en scène a eu l’occasion de rencontrer le dramaturge à Paris dans les années 70. «  La plupart des villes américaines sont provinciales », avait alors confié ce Texan originiare de Waco à Jean-Marc Le Scouarnec.

Les danseurs de Relative Calm ont repris le maquillage blanc que Bob Wilson avait choisi pour jouer Beckett à Toulouse. Ils arborent juste une bande noire dans le dos. Une planète survolant la scène suspendue à un fil invisible en offrant des éclipses variables selon la lumière apporte une touche de poésie céleste, mais tout aussi inexorabelement mathématique, aux mouvements calculés au millimètre des corps. L’esthétique minimale de sa mise en scène, aussi géométrique que la chorégraphie de sa complice Lucinda Chils, n’est pas sans évoquer celle d’Aurélien Bory. Cela tombe bien, le plus inventif des scénographes de Toulouse avait lui aussi réinvesti les lieux de ses premiers pas au théâtre en concevant, à bas bruit, une installation pour faire revenir le public dans les galeries souterraines du théâtre Garonne.