Bénis soient les « mélokos »

Linou tournefeuille

Ce n’est pas une blague. Stéphane Linou, ancien élu local (EELV) de Castelnaudary (Aude), s’attache désormais à convertir le pays à sa « religion » laïque : le locavorisme. Ce diable d’homme, qui avait attiré l’attention médiatique il y a une dizaine d’années en s’alimentant exclusivement de produits issus d’un rayon de 15 à 150 kms de son domicile pendant un an, fait des adeptes en s’invitant à la table des particuliers ou des professionnels prêts à relever le même défi le temps d’un repas. Ce vendredi 26 juin à midi, rendez-vous dans une improbable cuisine sans restaurant tapie dans une zone industrielle entre Tournefeuille et Colomiers. Clémentine Renaud et ses associées sont aux fourneaux d’un « tiers-lieu » qui se présente comme « le premier co-working culinaire » de l’agglomération toulousaine. Au menu : des légumes de saison (courgettes, tomates, aubergines) en entrée, du poulet accompagné d’une purée de pois chiches et une île flottante aux fraises au dessert. Pas de café pour respecter la règle des 50 kilomètres édictée par le locavore du Lauragais, et une addition inférieure à 10€ par personne.

Linou Tournefeuille 1

La plupart des produits sont bio, mais la principale difficulté était de les préparer avec des ingrédients purement locaux. Clémentine explique avoir remplacé le sucre par du miel, et le citron de son tartare de courgettes par  » le vinaigre de mon papa « .  » Tout le monde peut faire son vinaigre chez soi « , assure la cuisinière qui n’a pas appris la recette à l’école hôtelière, mais dans son enfance en Côte d’Ivoire. Pour tenir le budget imposé par Stéphane Linou, l’astucieuse mitronne a incorporé les fanes de carottes dans ses petits pains à la farine d’épeautre préparés spécialement pour l’occasion. Cette expérimentation boulangère suscite l’intérêt du maraîcher toulousain qui a fournit les légumes, et qui a été convié à partager le repas.  » J’avoue que je mange pas les fanes, mais j’ai une cliente qui m’en a demandé pour nourrir ses lapins pendant le confinement «  raconte Florent Sassé.

 » Ce ne sont pas les produits locaux qui manquent, c’est le savoir-faire et le temps de les préparer « , résume Stéphane Linou. Proche d’Yves Cochet et des « collapsologues » qui redoutent « un grand effondrement » de nos civilisations trop urbaines, le militant locavore de Castelnaudary estime que le pays n’est pas passé loin de la catastrophe à cause du Covid. Avant même l’apparition du coronavirus, il a écrit un petit livre préfacé par un ancien militaire pour tirer la sonnette d’alarme.  Son argumentaire a convaincu une sénatrice (ex-PRG) de Haute-Garonne, qui a déposé une proposition de loi consacrée à la « résilience alimentaire des territoires ».  » Le texte a été repoussé à 16 voix près, il obtiendrait aujourd’hui une majorité « , assure Stéphane Linou.

Ours tué en Ariège : un tir contre son camp ?

chasseurs ours ariège

Le cadavre d’un ours a été retrouvé au-dessus de la petite station de ski de Guzet (Ariège). L’animal a été abattu par balles, précise la ministre de la Transition Ecologique qui a diffusé l’information sur Twitter. « L’ours est une espèce protégée, cet acte est illégal et profondément condamnable. L’Etat va porter plainte » ajoute Elisabeth Borne. Un collectif d’associations pro-ours a aussitôt réagi en condamnant « un braconnage ». Les associations demandent à la ministre « de confirmer dès maintenant que l’Etat respectera son engagement de remplacer rapidement tout ours mort de cause humaine et procédera donc à un lâcher pour compenser ce tir illégal et inacceptable ».

La présidente (PS) du conseil départemental de l’Ariège a elle aussi réagi sur les réseaux sociaux. « Nous savions tous que cela allait arriver », écrit Christine Téqui sur Facebook. Elue de ce canton de montagne, l’ex-maire de Seix ne cache pas son hostilité à la présence du plantigrade. « Depuis des années trop de monde joue à « l’apprenti sorcier » en voulant réintroduire un animal qui n’a plus sa place dans nos montagnes », estime Mme Téqui.

légitime défense ?

On ignore encore les circonstances précises de la mort de l’animal, dont la dépouille a été transférée à l’école nationale vétérinaire de Toulouse pour autopsie. Il s’agit d’un jeune mâle âgé de 4 à 5 ans et pesant entre 150 et 180 kilos, selon la préfète de l’Ariège qui s’est rendue sur place avec le procureur de la République. Une piste carrossable permet d’accéder depuis la station de ski au col de l’Escot, où des troupeaux viennent passer l’été en estive. Ils arrivent de la vallée voisine d’Ustou. Un groupement pastoral de 14 éleveurs y mènent chaque année environ 500 brebis, une centaine de vaches et un dizaine de chevaux. Les techniciens du groupe ours s’y sont rendus le 7 juin pour procéder à l’expertise d’une jeune brebis qui aurait été attaquée par un ours. Le troupeau, qui venait de s’installer depuis trois jours sur l’estive, a été attaqué en dépit de la présence des éleveurs et de la bergère, selon l’ASPAP, fer de lance des éleveurs ariégeois opposés à l’ours.

L’hypothèse qu’un des éleveurs du groupement pastoral d’Ustou soit le tireur est la plus probable. L’ouverture de la chasse a été repoussée au 1er juillet par la fédération des chasseurs de l’Ariège. « Il faut que des gens soient à bout pour commettre des actes illégaux comme ça », déclare Philippe Lacube, président de la chambre d’agriculture de l’Ariège à l’AFP. Ancien porte-parole de l’ASPAP, Philippe Lacube évoque un possible acte de « légitime défense ».

commando masqué

L’Ariège est le département où la tension entre pro et anti-ours dans les Pyrénées est la plus vive. Des opposants au plantigrade avaient diffusé une vidéo, en cagoule et tenues de chasse de camouflage, pour annoncer très explicitement en 2017 la manière dont ils entendaient régler radicalement le problème. Philippe Lacube et des militants de l’ASPAP ont été auditionnés à plusieurs reprises par les gendarmes de l’Ariège dans le cadre d’une enquête, toujours en cours, pour tenter d’identifier les membre de ce mystérieux commando. De façon moins spectaculaire, certains se vantent en petit comité d’avoir déjà réglé leur compte à des ours portés disparus. Les techniciens chargés du suivi de la population ont perdu la trace de six animaux en 2019. Mais ils ne sont pas officiellement considérés comme morts. Coté français, c’est en Ariège que se concentre le plus grand nombre de la cinquantaine d’ours recensés dans la cordillère franco-espagnole… mais aussi des attaques contre les troupeaux.

Plus de 1000 bêtes ont été tuées par des ours en 2019, selon les chiffres officiels. Les dégâts ont tendance à être sur-estimés pour faciliter l’indemnisation financière des éleveurs, explique Farid Benhamou, qui a consacré une remarquable thèse aux conflits entre éleveurs et grands prédateurs. Philippe Lacube évoque pour sa part le chiffre de 1.500 animaux disparus. Au yeux de l’éleveur anti-ours, c’est la preuve que les techniques de protection des troupeaux préconisées par l’Etat ne fonctionnent pas. Les associations pro-ours font au contraire valoir que les éleveurs ariégeois, hostiles à la cohabitation avec l’animal sauvage, rechignent à mettre en place des mesures comme le regroupement des troupeaux la nuit ou la pose de clôtures électrifiées.

Effarouchement et promesse présidentielle

En guise d’apaisement, l’Etat avait accepté d’expérimenter l’an dernier dans les Pyrénées des mesures d’effarouchement réclamées par les éleveurs, mais combattues par les associations environnementalistes. Inspirée des techniques employées pour tenter de maintenir les loups à distance des troupeaux, cette nouvelle doctrine prévoit un effarouchement graduel pouvant aller jusqu’au tir de balles en caoutchouc. Mais en aucun cas par des « tirs de prélèvement », comme cela se pratique pour limiter la population de loups.

La mort violente de l’ours en Ariège est la troisième par arme à feu dans l’histoire récente et la deuxième de l’année dans les Pyrénées. Un autre mâle a été retrouvé mort dans le Val d’Aran en avril. Les autorités espagnoles ont refusé de dévoiler les résultats de l’autopsie, réalisée à l’université de Barcelone. Les autorités locales aranaises prétendent que l’animal aurait fait une chute mortelle après s’être battu avec un congénère, mais des associations environnementalistes soupçonnent un empoisonnement. Etablir les causes de la mort n’est pas anodin. Le programme de réintroduction de l’ours dans les Pyrénées, financé par l’Union Européenne, prévoit en effet de remplacer chaque animal disparu volontairement à cause de l’homme. Les récents lâchers de deux femelles en Béarn se justifient ainsi par la mort de Canelle, tuée par un chasseur en 2004.

Emmanuel Macron aurait assuré aux éleveurs les plus remontés qu’il n’y aurait plus d’importations d’ours dans les Pyrénées. La promesse présidentielle devait être gravée dans le marbre de la nouvelle mouture du plan ours, en cours de préparation. Mais les balles qui ont fauché l’ours au-dessus de Guzet pourraient remettre en cause cet engagement en remettant la pression sur le gouvernement sur l’obligation légale de remplacer l’animal. Et si le « braconnier » de l’estive du col d’Estots avait tiré contre son camp ?

A Luchon, la neige tombe de l’hélico

Bourd d'Oueil
Bourg d’Oeuil, la plus petite des trois stations reprises par le département de Haute-Garonne

Cela ressemble à une opération de sauvetage désespérée. Un hélicoptère a commencé vendredi en fin d’après-midià livrer 80m3 de neige au bas des pistes de Superbagnères, la station de ski de Luchon (Haute-Garonne). Prélevé sur les pentes du Céciré (2.400m d’altitude), le précieux « or blanc » doit permettre d’assurer un minimum d’enneigement au pied des pistes (1.800m). Il fait trop doux pour faire fonctionner les 180 canons à neige de la station et seules 6 des 28 pistes du domaine skiable sont ouvertes en cette période de vacances scolaires.

Les héliportages ont été commandés par le conseil départemental, qui a repris l’an dernier la gestion de Superbagnères et de deux autres stations plus petites de la Haute-Garonne, fortement endettées. Faute de neige, la micro-station du village de Bourg d’Oeil est fermée depuis plus d’un mois et celle du Mourtis a été contrainte de renoncer à son tour « pour une durée indéterminée » à ouvrir ses pistes la semaine dernière. Pour sauver Luchon et la centaine d’emplois saisonniers liés à Superbagnères de cette Bérézina annoncée, le département a donc fait appel à une société spécialisée dans les héliportages. Une deuxième série de rotations de l’appareil pour 80m3 supplémentaires a eu lieu samedi, soit une cinquantaine de tonnes au total. Cela doit permettre de garantir le fonctionnement de l’école de ski pendant 15 jours, selon le conseil départemental. Coût financier de l’opération : 5.000€. Le syndicat « Haute Garonne Montagne » n’a pas calculé le coût écologique de chaque rotation d’hélico pendant plus de 2 heures.

Le département a promis d’investir plus de 20 millions pour officiellement aider les communes de montagne à se transformer en « stations 4 saisons ». Le remplacement de la télécabine de Luchon, qui relie depuis 1993 la station thermale à Superbagnères, devrait absorber à lui seul 15 millions. L’utilisation d’hélicoptères pour la transhumance mécanique des flocons n’est pas une première. La station de Montclar (Alpes de Haute-Provence)a déjà eu recours à des héliportages de neige en décembre dernier et Sainte-Foy-Tarentaise (Savoie) avait inauguré la technique en 2015. Déclenchant à chaque fois des avalanches de critiques sur les réseaux sociaux.

Les images de l’héliportage filmé par un commerçant de Luchon et diffusées par France 3, qui a révélé l’information, n’ont pas manqué à la règle. La neige qui tombe artificiellement des airs a fait réagir jusqu’au sommet de l’Etat. « On marche sur la tête » a réagi Emmanuel Wargon sur Twitter. La secrétaire d’Etat chargée de la transition écologique a repris les termes d’un écologiste local, élu municipal dans le sud de la Haute-Garonne. Sur place à Luchon, l’heure est toutefois davantage au soulagement. « Certes l’usage de l’hélicoptère n’est pas exemplaire, loin s’en faut, mais c’est là la seule solution pour faire face à une urgence », défend le maire (DVG) de la petite ville touristique. « C’est l’économie de la vallée qu’il faut sauver et cela vaut bien ce petit écart environnemental », plaide Louis Ferré. L’élu de Luchon rétorque aux urbains amateurs de montagne qui critiquent cette décision que c’est généralement un hélicoptère qui a livré la bière commandée le soir au refuge. La ministre qui a remplacé Nicolas Hulot au ministère de l’Ecologie a elle aussi réagit dimanche aux images de la télévision régionale. « Enneiger des station par hélicoptère n’est pas une voie possible », estime Elisabeth Borne qui annonce une prochaine réunion « avec les acteurs concernés » et le secrétaire d’Etat chargé du Tourisme.

article du samedi 15 février, MAJ lundi 17 avec les réactions du maire de Luchon et de la ministre de l’Ecologie

Le sentier oublié du muséum de Toulouse à Borderouge

jardin oublié

C’est un « trou de verdure », aurait dit le poète. Rimbaldien de nature, l’étroit sentier qui serpente entre les les fourrés d’arbres, les ronces et les hautes herbes conduit à un petit étang pratiquement asséché en cet fin d’été. La promenade se veut toutefois plus pédagogique que bucolique. « On a sorti plusieurs bidons de cette ancienne gravière qui servait de décharge », raconte Olivier Puertas, responsable des Jardins du Muséum.

Le site a été aménagé en même temps que l’urbanisation du quartier de Borderouge sur les anciennes terres maraîchères du nord de la ville. Il accueille environ 30.000 visiteurs par an, mais seuls quelques petits groupes d’une dizaine de personnes sont autorisés à pénétrer sur les 3ha de cet ancien jardin où la nature retrouve progressivement ses droits. Une escouade de 7 médiateurs se relaie pour accompagner les visites dans un milieu qui peut paraître à première vue banal, voire franchement hostile à un public citadin.

« On a recensé ici jusqu’à 110 espèces d’oiseaux, soit deux fois plus qu’en ville ou dans les campagnes » assure pourtant Olivier Puertas depuis le sommet d’une tour de guet en bois. Cet observatoire surélevé offre un point de vue privilégié sur la roselière, une  « oasis » connue d’une poignée de naturalistes qui ont convaincu la ville et les promoteurs qu’elle méritait d’être conservée quand les immeubles ont commencé à pousser à Borderouge. Toute la pluie recueillie par les toitures des nouvelles constructions est même dirigée vers la roselière pour l’alimenter en eau. En vain. « Il ne pleut pas assez », explique Olivier Puertas.

Le directeur des Jardins du Muséum sait que la roselière, qui s’étend actuellement sur 1 hectare, est condamnée à terme  : des arbres commencent à pousser au milieu des « phragmites », nom savant de ces roseaux que certains visiteurs ignares en botanique confondent avec du maïs. Conformément à la philosophie du lieu, Olivier Puertas s’est résolu à ne pas entreprendre de lourds travaux pour sortir la vase qui permettra aux arbres de supplanter les roseaux « dans 50 ou 100 ans ». En attendant, il observe avec plaisir le retour de quelques hérons qui avaient fuit quand les engins de chantier construisaient le nouveau Borderouge. Un écureuil virevolte d’une branche à l’autre. « Ils sont arrivés depuis trois ans », note-t-il. Une espèce rare de crapaud s’est aussi installée sur place. Les nouveaux locataires de la roselière et ses abords sont la preuve que le site n’est pas une simple « oasis » déconnectée de son milieu. Olivier Puertas insiste sur l’importance des « corridors » pour relier entre elles ces zones que les naturalistes tentent de protéger. La nouvelle piste cyclable qui passe à proximité peut ainsi servir aux hérissons à traverser sans risquer de se faire écraser.

Alors que des riverains se plaignent parfois du concert nocturne des grenouilles à la saison des amours, la « réserve naturelle » de poche du Muséum à Borderouge a même eu la surprise d’entendre le chant d’une « grenouille taureau ». Cette espèce importée de Floride peut dépasser le kilo. Dans son milieu d’origine, elle n’hésite pas s’attaquer à des bébés alligators pour satisfaire son insatiable appétit. Des gardes de l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) sont aussitôt venus camper dans le sentier oublié de Borderouge pour détruire cette espèce, classée « invasive », à coup de fusil.

Au delà de cette alerte, la présence des moustiques semble être l’une des principales préoccupations des habitants du quartier à l’égard de cette mini « forêt vierge » maintenue à leurs portes. « On en a bien sûr, mais on a aussi tout ce qu’il faut pour réguler leur population » répond le maître des lieux, qui sait pouvoir compter sur les batraciens et les chauves-souris pour juguler la prolifération des insectes qui piquent. C’est aussi efficace et infiniment plus économique que de pulvériser un traitement chimique, banni des Jardins du Muséum depuis leur ouverture en 2008. « Notre principal enjeu, c’est l’acceptation du cycle du vivant », résume Olivier Puertas. Il aura encore beaucoup de travail pour rendre les moustiques sympathiques, mais les jardiniers eux-mêmes qui aiment les potagers « au carré » verront cette « friche » autrement en sortant du sentier oublié.

 

reportage pour un supplément du Point consacré à Toulouse

Canicule et fermeture de la centrale nucléaire de Golfech : un non-évènement ?

rejets Golfech

C’est une première en France, mais EDF fait tout pour relativiser l’évènement : les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne) ont été mis en veilleuse mardi 23 juillet. Une première en France. EDF évoquait dès lundi dans un communiqué national un « arrêt pour contraintes environnementales » . En clair, la Garonne est à la fois trop basse et surtout trop chaude pour refroidir la centrale. La température du fleuve dépasse en effet les 27° en amont de la centrale. Elle risque de dépasser le seuil fatidique des 28°, fixé depuis la mise en service de la centrale en 1993 comme une limite à ne pas dépasser. Le redémarrage de l’unique centrale nucléaire d’Occitanie, construite dans les années 80, est suspendu au niveau du fleuve. Il ne devrait pas être possible avant la fin de la semaine, confie Mathieu Albugues, conseiller départemental et président de la commission locale d’information (CLI) de Golfech.

Un arrêt à contre-coeur

La direction de la centrale de Golfech a précisé presque à contre-coeur les modalités de fermeture mardi matin, après avoir laissé planer le doute sur l’application complète de cette mesure radicale : un premier réacteur a été fermé dès 15h, l’autre qui devait s’arrêter durant la nuit l’a suivi quelques heures plus tard. « Les centrales de Blaye (Gironde) et Civaux (Vienne) pourront prendre le relais sans poser de problème d’alimentation électrique à la région », assure M Albugues. Même si EDF affirme qu’il est courant de réduire l’activité de ses centrales, voire stopper un réacteur en période de sécheresse, c’est bien la première fois que les deux réacteurs de Golfech sont arrêtés simultanément. D’autres centrales pourraient connaître le même sort dans les jours à venir, selon Le Monde qui évoque notamment les 14 réacteurs au bord du Rhône.

Golfech en concurrence avec Civaux ?

Ce sont en réalité les centrales comme Golfech ou Civaux (Vienne), situées sur les berges de fleuves au débit moins importants que le Rhône ou la Loire , qui sont en première ligne face à la canicule. La fermeture de Civaux a même été envisagée dès le 3 juillet, après le premier épisode caniculaire de la fin-juin, selon un élu de l’agglomération de Limoges. Dans le cas de la centrale du Tarn-et-Garonne, EDF avait pris la précaution de construire dès les années 70 un barrage au fil de l’eau équipé d’une centrale hydroélectrique à Malause, en amont de Golfech, afin de disposer d’une réserve d’eau en période estivale. L’électricien dispose même d’une réserve supplémentaire, curieusement située sur le minuscule cours d’eau gascon de la Gimone à Lunax (Gers), pour « compenser » officiellement la consommation de sa centrale nucléaire. Golfech avale 200 millions de m3 par an, dont 40 partent dans les panaches des deux immenses tours aéroréfrigérantes de plus de 170m de haut, visibles de loin dans la vallée de la Garonne.

Mais la question se pose désormais moins en terme de quantité d’eau disponible pour refroidir les réacteurs que de qualité. Le panache hydraulique des rejets de Golfech, moins visible que ses rejets dans l’atmosphère, est surveillé de près depuis la canicule de 2003. En réchauffant le fleuve, la centrale est soupçonnée d’empêcher la remontée des poissons migrateurs comme le saumon. La canicule de 2003 s’était traduite l’année suivante par une hécatombe dans les les populations d’aloses, un autre migrateur jadis abondant dans la Garonne. EDF nie toute responsabilité. L’électricien affirme respecter le vieil arrêté préfectoral de 1993 qui lui impose de ne pas rejeter de l’eau à une température supérieure de 1,25° à celle de la Garonne en période estivale. Selon les chiffres communiqués à la CLI de Golfech par la direction de la centrale, l’eau qui sort des six orifices de l’émissaire débouchant dans la Garonne plusieurs centaines de mètres en aval ne réchaufferait le fleuve que de 0,2° « après dilution ».

L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) mentionnait pourtant des eaux chaudes de 33° dans l’émissaire en 2003. A l’époque, seul un des deux réacteurs avait été mis à l’arrêt. EDF avait demandé une dérogation à l’ASN pour s’affranchir de ses contraintes de températures réglementaires, mais avait dépassé les bornes fixées par le « gendarme du nucléaire » à plusieurs reprises, en juillet et en août ; sans que cela soit considéré comme un « incident ». « On n’allait quand même pas fermer la centrale pour un degré », clamait alors le maire de Golfech. « Les mentalités ont évolué. Le Tarn-et-Garonne est en crise, il faut s’adapter sur le long terme » dit aujourd’hui Mathieu Albugues. Ce jeune élu départemental a remplacé l’inamovible maire de la commune à la présidence de la CLI à la faveur du déboulonnage de Jean-Michel Baylet à la tête du Tarn-et-Garonne. La puissance politique locale du PDG de La Dépêche du Midi se mesurait jadis autant en mégawatts produits à Golfech qu’en millions d’euros de retombées fiscales. Le quotidien régional a consacré à peine un entrefilet mercredi à la fermeture totale de la centrale, considéré comme un non-évènement.

A Toulouse, les tours poussent plus vite que les arbres autour de la gare Matabiau

Moudenc N&B Matabiau
La commission d’enquête sur le futur visage du quartier de la gare Matabiau de Toulouse (projet TESO) a rendu son rapport le 4 juillet dernier. Sans surprise, la présidente de la commission et ses deux assesseurs donnent leur feu vert au projet, très discuté, de la tour d’Occitanie surplombant les voies de chemin de fer et le canal du midi à Marengo. Sabine Nascinguerra avait elle-même suggéré la construction d’un gratte-ciel pouvant s’élever jusqu’à 150m sur l’emplacement de l’ancien tri postal lors d’une précédente enquête publique, comme l’avait relevé Médiacités.
Sensible aux critiques qui pointent l’absence de logements sociaux dans cette tour de prestige, réservée à des immeubles de standing, un hôtel de luxe et des bureaux, la commission recommande toutefois que le promoteur contribue financièrement à la construction de logements accessibles à des ménages modestes dans ce quartier en pleine recomposition urbaine. Les commissaires-enquêteurs s’inquiètent également des expropriations qui vont toucher environ 500 personnes du faubourg Bonnefoy, notamment au bas de l’avenue de Lyon et l’étroite rue des Cheminots. “ Le projet TESO aura un impact humain considérable dès la première phase, largement passé sous silence dans le dossier soumis à enquête ”, souligne le rapport qui ne s’aventure pas pour autant à faire le procès d’une “gentrification” du quartier instruit par certain(e)s.
Non à des immeubles de 60m
Mais si le maire de Toulouse se réjouit d’avoir obtenu un “feu vert” pour son projet de gratte-ciel et s’apprête à délivrer sans tarder le permis de construire, Jean-Luc Moudenc s’est vu décerner un “feu orange clignotant” pour d’autres immeubles de grande hauteur dans le secteur. La commission d’enquête s’oppose en effet à la construction d’immeubles de 60m de haut le long de l’avenue de Lyon. “ La Commission constate que de telles hauteurs ne sont pas conformes à la version initiale du PGU (plan guide urbain, NDR) et qu’elles résultent d’une évolution récente peu expliquée au public. Elles sont en rupture très nette avec les hauteurs fixées par le PLU ou par le PLUiH qui vient d’être approuvé par la Métropole lesquelles varient selon les zones entre 15 et 30 mètres ”, soulignent les commissaires-enquêteurs.
Sabine Nascinguerra et ses deux assesseurs réclament davantage d’espaces verts dans ce secteur, soulignant “ le peu d’ambition ” de la ville en la matière. La plantation d’arbres “en pleine terre” est recommandée à la place des grandes tours projetées. De façon peu habituelle, le rapport fait état d’un entretien avec le maire de Toulouse qui défendait la construction d’immeubles de 60m de haut pour avoir plus de place au sol destinée aux espaces verts. “ Or, c’est justement la grande hauteur des immeubles le long de l‘avenue de Lyon qui contribue aux îlots de chaleur urbain et qui heurte un grand nombre de contributeurs en raison d’une transformation trop radicale du quartier , rétorquent les commissaires-enquêteurs. Presque un désaveu pour Jean-Luc Moudenc, qui aime à se présenter dans l’optique des prochaines élections municipales comme “l’homme qui plantait des arbres”.

Les ours à l’heure des soustractions dans les Pyrénées

Ourse ourson

Les deux oursons de Sorita, l’une des deux femelles importées de Slovénie et réintroduites l’automne dernier dans les Pyrénées Atlantiques, sont probablement décédés. Ils avaient été aperçus pour la première fois le 17 avril par un agent de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) sur les hauteurs de Luz Saint-Sauveur (Hautes-Pyrénées), mais leurs dernières traces dans la neige remontent au 1er mai. Les petits ont probablement été tués par un ours qui cherche à se reproduire, indique l’ONCFS dans un communiqué. Des agents ont en effet aperçu la femelle en compagnie d’un ours mâle le 8 mai dernier et ont remarqué que ses déplacements étaient incompatibles avec la présence des oursons à ses cotés.

Le décès des deux oursons, qui doit encore être confirmé par des recherches sur le terrain, arrive comme un bémol supplémentaire à la nouvelle vague de réintroduction des plantigrades dans les Pyrénées. Annoncée par Nicolas Hulot, alors ministre de l’Ecologie, mais fortement contestée par la plupart des éleveurs, l’opération consiste à renforcer le noyau béarnais où aucune naissance d’ourson n’a a été constaté depuis des années, faute de femelles. Il ne subsisterait plus que deux mâles dans le secteur. Selon les derniers comptages, on recensait 40 ours « détectés » dans les Pyrénées en 2018, contre 43 en 2017. Plusieurs ours manquent à l’appel, morts ou trop discrets pour avoir été repérés. Depuis le début des opérations de réintroductions dans les années 90, la population augmentait chaque année par le jeu des naissances, supérieures aux décès enregistrés.

Un ou des ours « à problèmes » ?

Parmi les ours disparus figure Pyros, père de la plupart des ours nés dans les Pyrénées. C’est pour remplacer ce mâle jugé trop dominant, à cause des risques de consanguinité, qu’un premier lâcher a eu lieu en 2016 coté espagnol. Las, son successeur baptisé Goiat, est considéré comme « un ours à problème ». L’animal s’est attaqué à plusieurs reprises à des chevaux, des proies bien plus imposantes que les brebis qui tombent régulièrement sous les griffes des plantigrades. Des éleveurs réclament son retrait, coté français et espagnol. Le 9 mai, l’ONCFS a confirmé le comportement « anormalement prédateur » de Goiat. Le préfet des Hautes-Pyrénées s’appuie sur ce rapport pour envisager des « tirs d’effarouchement » avec des balles en plastique. Contrairement au loup, l’espèce  n’est pas considéré comme suffisamment « viable » pour autoriser un abattage pur et simple. Il peut être envisagé en dernier recours de capturer l’animal, mais pas de le tuer. Les Espagnols ont déjà capturé Goiat l’an dernier pour lui poser une nouvelle balise GPS avant de le relâcher, au grand désespoir des éleveurs anti-ours. « Étant donné que la viabilité à long terme de la population ursine n’est pas assurée, en cas d’élimination, le remplacement de l’individu éliminé par un nouvel individu sera effectué », précise le protocole « ours à problème ».

La révision de ce protocole offre l’occasion d’une nouvelle passe d’armes entre pro et anti-ours. Soucieux de donner l’impression aux éleveurs qu’ils sont entendus, le gouvernement envisage de généraliser les « effarouchements » y compris en Ariège, où sont concentrés la plupart des ours… et des anti-ours les plus virulents. Ceux-ci avaient déjà « accueillis » les précédentes réintroductions à coups de casseroles dans la montagne et de coups de fusil… en l’air. Consulté, le conseil national de protection de la nature (CNPN) a donné un avis négatif. Aux yeux de ces spécialistes, permettre les effarouchements en Ariège constitue « une dérive dangereuse laissant entendre que tous les ours sont considérés comme des «ours à problème ». A l’appel des associations pro-ours, des milliers de personne ont également fait connaître leur désapprobation sur le site internet ouvert à la consultation jusqu’au 14 juin. Le préfet de la région Occitanie doit présenter la « feuille de route » pastoralisme et ours jeudi 6 juin à Toulouse, mais à qui ? Les associations pro-ours ont annoncé qu’elles boycotteraient ce plan de « fausse route ». Les associations d’éleveurs anti-ours manifesteront également leur désapprobation en jouant la politique de la chaise vide.

Les lacrymos plus forts que les gaz à effet de serre à Toulouse

Marx climat
Drôle de climat à Toulouse. Le collectif citoyen pour le climat a préféré appeler ses troupes à manifester vendredi soir avec les jeunes dans la ville rose, plutôt que samedi comme dans la plupart des villes de France. Une banderole de ce collectif, né au lendemain de la démission de Nicolas Hulot du gouvernement, figurait pourtant bel et bien dans le traditionnel cortège des Gilets Jaunes qui a défilé sur les boulevards dès le début de l’après-midi. Mais elle a disparu avant la fin de journée, qui s’est achevée en dépit d’un soleil éclatant sous un nuage de gaz lacrymogène. Comme d’habitude.

Les écologistes qui refusent de choisir entre «  la fin du monde et la fin du mois  » avaient à cœur de manifester aux cotés des Gilets Jaunes. C’est le cas de Michaël, 32 ans, qui a retrouvé pour l’occasion des amis de Lannemezan (Hautes-Pyrénées) portant la chasuble fluo. « Eux, ce sont de vrais écolos » affirme ce jeune homme barbu qui habite dans une petite commune périphérique au sud de la métropole. Michaël explique n’avoir pas voulu rejoindre les Gilets Jaunes sur les ronds points de Roques-sur-Garonne. Il est venu avec un panneau proclamant « manger tue », déjà brandie la veille dans les rues de Toulouse. Au verso de son carton, Michaël affiche son soutien à la campagne contre les pesticides agricoles lancée par Fabrice Nicolino réclamant « des coquelicots ». La pancarte a attiré Véronique, une ancienne conseillère municipale de gauche qui occupe tous les week-ends un rond-point au nord de Toulouse et a également signé l’appel du journaliste militant de Charlie Hebdo  ; ça crée des liens.

Les autres sympathisants de la cause climatique ont préféré défilé avec les lycéens la veille au soir. Ils étaient plusieurs milliers en dépit du mauvais temps. Ceux-là ne sont pas revenus samedi, malgré le retour d’un soleil printanier. Les ponts sont coupés avec les Gilets Jaunes depuis le 8 décembre dernier. Dès les premiers pas de cette première manifestation commune, des éléments incontrôlés avaient provoqué les policiers qui ont aussitôt riposté par une pluie de gaz lacrymogène, coupant l’imposant cortège en deux. De nombreux manifestants n’ont pas compris ce qui s’était passé. Ils n’ont pas davantage compris pourquoi deux journées de manifestations étaient proposées cette fois à Toulouse. « Le contexte local nous impose de penser différemment », a tenté d’expliquer le collectif citoyen pour le climat. Les militants bénévoles du collectif ne voulaient pas prendre la responsabilité d’une manifestation risquant de dégénérer dans l’un des bastions des Gilets Jaunes. Ils regrettent surtout le climat de violence qui s’est installé depuis des semaines dans la ville rose, interdisant selon eux de manifester en famille, avec les enfants.

scouts climat (2)

Dorothée est pourtant venue avec son fils et sa fille, âgés de moins de huit ans. Jonathan, l’aîné, a confectionné lui-même une petite pancarte décorée de deux feuilles de laurier. « Je ne pouvais pas venir vendredi soir parce que je travaillais, mais j’avais promis à Jonathan qu’on irait manifester pour la planète » explique la jeune maman. Dorothée a prévu de s’esquiver avant la fin du défilé afin de ne pas exposer ses enfants. Un groupe d’une dizaine de scouts en uniformes rejoint aussi le cortège en cours de route. « Nous étions plus nombreux hier » confie Jean-Paul, 25 ans. « Certains parents ne sont pas d’accord avec les Gilets Jaunes et ont refusé qu’on amène leurs enfants aujourd’hui », ajoute le chef de patrouille.
Moudenc conspué et Rouillan incognito
Minoritaires, les pancartes pour le climat sont submergées dès le début du défilé par les chants et les slogans habituels des Gilets Jaunes. Les militants d’extrême-gauche, qui se sont imposés en tête de cortège, affirment à plein poumon qu’ils sont « plus chauds qu’un lacrymo », ou encore que « tout le monde déteste la police ». Pour preuve, des projectiles sont lancés en direction des forces de l’ordre déployés devant la cathédrale et la préfecture. Mais les gendarmes mobiles ne bronchent pas. Jean-Marc Rouillan passe à deux pas d’un militaire dont le bouclier est maculé de peinture jaune. L’ancien leader toulousain d’Action Directe s’est mêlé incognito à la foule de plusieurs milliers de personnes qui défilent dans une ambiance globalement bon enfant. Un peu plus loin, sur les bords de la Garonne, le cortège croise le maire de Toulouse, soutien affiché d’Emmanuel Macron, qui vient de rendre visite à un stand de la Croix Rouge installé sur le quai de la Daurade. Les quolibets et les insultes fusent, mais aussi quelques projectiles. « En polystyrène », précise Jean-Luc Moudenc. « Je refuse de m’interdire de sortir car cette minorité ne doit pas installer un climat de terreur », ajoute-t-il sur sa page Facebook. Le maire de la ville a reçu le soutien de nombreux élus, y compris de gauche. « Je condamne ferment cette violence » a rapidement réagit Pierre Cohen, son prédécesseur socialiste au Capitole, sur Twitter.

gaz climat

Les véritables heurts ont commencé une heure plus tard, non loin de l’église Saint-Sernin, quand des pétards et des feux d’artifice sont tirés vers des policiers qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes. Le cortège, qui a fondu au soleil après plus de 2 heures de marche autour du centre-ville, est coupé en deux  : une partie des manifestants se dirige vers la place du Capitole alors que l’autre, poussé par 13 fourgons de CRS, gyrophares allumés, poursuit son chemin sur les boulevards. Le camion à eau finit de disperser la dernière poignée de manifestants. L’hélicoptère de la gendarmerie, appelé comme chaque samedi pour surveiller la dispersion des différents groupes qui jouent au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, a encore survolé la ville pendant une vingtaine de minutes jusqu’à la tombée de la nuit.

Des balles en caoutchouc contre les ours dans les Pyrénées

Ourse ourson

Alors que la polémique bat son plein sur l’usage des lanceurs de balles de défense (LBD) par les forces de l’ordre, les gardes de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) pourraient être autorisés à tirer des balles en caoutchouc pour éloigner les ours des troupeaux cet été. Cette mesure-choc est issue d’un rapport d’experts des ministères de l’agriculture et de l’écologie. Après avoir auditionné les éleveurs ariégeois les plus remontés contre les attaques des plantigrades qui se concentrent sur le département, ils devaient présenter leurs solutions ce lundi à la préfecture de Toulouse. Las, les associations d’éleveurs, qui n’ont pas digéré la réintroduction de deux nouvelles femelles en Béarn au mois d’octobre dernier, ont préféré boycotter la réunion. Ils estiment que la présence de l’ours est incompatible avec le pastoralisme.

Les experts ont formulé une liste de propositions largement inspirées des pratiques déjà en cours en Béarn, où l’ours n’a jamais disparu contrairement à l’Ariège. Ils préconisent ainsi la plantation d’arbres fruitiers pour éloigner les ours des estives en les « fixant » dans la forêt, la construction de nouvelles cabanes ou l’amélioration de la couverture du réseau de téléphonie mobile pour les bergers. Le rapport souligne que les indemnisations sont désormais conditionnées à la présence permanente de gardiens et la mise en place de mesures de protection des troupeaux. Il accorde un délai supplémentaire d’un an aux éleveurs qui s’y refusent, notamment en Ariège et dans les Hautes-Pyrénées.

Pour diminuer le nombre de prédations, les experts proposent d’équiper les bergers de « moyens d’effarouchement sonores ou lumineux ». Mais contrairement au loup, pas question de sortir les fusils pour « réguler » la présence des ours, dont les effectifs sont estimés à une quarantaine dans les Pyrénées. Les gardes de l’ONCFS, et éventuellement des lieutenants de louveteries des départements, seraient seuls habilités à tirer sur le plantigrade ; mais pas à balle réelle. Le protocole « ours à problème », qui doit également être révisé, ne prévoit l’abattage d’un ours qu’en dernière extrémité. L’ours Goiat, accusé d’attaques à répétition contre des troupeaux de chevaux, a ainsi été capturé et équipé d’un nouveau collier GPS avant d’être relâché cet automne coté espagnol. Ce mâle originaire de Slovénie a été réintroduit en 2016 par la Catalogne pour remplacer le vénérable Pyros, père de la plupart des oursons nés dans les Pyrénées depuis le début du plan ours, qui aurait 30 ans cette année mais n’a plus donné de signe de vie depuis avril 2017.

L’usage de chiens spécialement dressés pour faire fuir les ours est également envisagé. Les chiens de Carélie viendraient ainsi à la rescousse des Patous, ces gros chiens blancs utilisés pour la défense des troupeaux. Toutes ces propositions doivent encore recueillir l’avis du Conseil National de Protection de la Nature. Elles vont rapidement faire l’objet d’une consultation publique afin de pouvoir être mise en ouvre dès la montée des troupeaux en estive, le mois prochain. Les élus régionaux et les associations environnementales pourraient se prononcer dès cette semaine : ils ont rendez-vous jeudi à Toulouse pour une réunion du comté de massif. Le tir de balles en caoutchouc a été expérimenté l’an dernier pour effaroucher des loups à la frontière de l’Autriche et de la République tchèque.

Deux citernes de gaz condamnées par le préfet à Boussens

Boussens auberge de l'ours
Contrairement à l’ancien site Seveso de Finagaz de Fenouillet, personne ne demande ouvertement la fermeture d’Antargaz à Boussens. Seul le maire de Roquefort-sur-Garonne, commune située de l’autre coté du fleuve, raconte avoir demandé le transfert du site vers la zone industrielle de Lannemezan (Hautes-Pyrénées). Mais sans insister. « Le gaz fait partie de notre ADN » reconnaît Jean-Bernard Portet. Il faut dire que c’est ici, dans le sud de la Haute-Garonne, qu’on a découvert le premier gisement français en 1939. Avant même le gaz de Lacq (Pyrénées Atlantiques). Le dernier puits de forage du Comminges a été fermé en 2009. Comme à Fenouillet, le gaz arrive donc désormais sous forme liquide (GPL) en wagon-citerne depuis la Méditerranée avant d’être livré, en vrac ou en bouteilles, par une noria de camions. Mais contrairement au site du nord de Toulouse, les cuves de Boussens ne sont pas à moitié enterrées sous des talus végétalisés pour réduire les risques en cas d’explosion. Les six citernes blanches sont à l’air libre.

 

L’ancienne entrée du site a été condamnée. Elle a été déplacée une centaine de mètres plus loin, avant le pont sur la Garonne. Un ancien restaurant situé au carrefour est muré. Le propriétaire a été exproprié, comme le stipule un avis placardé le 15 octobre par le maire de la commune voisine de Mancioux. Une maison d’habitation de l’autre coté de la route a également fermé définitivement ses volets en application du plan de prévention des risques technologiques (PPRT), approuvé en 2015 par le préfet. Au total, 5 bâtiments sont inclus dans le secteur délimité pour les expropriations à Mancioux. Le site Seveso étant situé à la sortie de Boussens, ce sont surtout les communes voisines qui sont impactées. A Roquefort, 11 maisons sont inscrites «  en délaissement  »  : « je dois aller voir les familles chaque année pendant six ans pour leur demander si elles souhaitent vendre et déménager », explique le maire. Trois propriétaires ont accepté de partir à ce jour. « Pour le préfet et l’administration, ce ne sont que des numéros sur un plan », soupire Jean-Bernard Portet.
Un PPRT jugé « insuffisant »
Coup de théâtre supplémentaire, trois maisons du hameau du Fourc, situé juste en face du dépôt de gaz sur la rive droite de la Garonne, ont été inscrites en novembre 2017 dans la zone rouge des  » effets létaux significatifs « . Les études de danger de l’industriel ont été revues à la hausse par l’administration à l’occasion de leur révision quinquennale réglementaire. Le PPRT est jugé  » insuffisant  » par l’inspection des installations classées. « Une sous-estimation des intensités de certains phénomènes dangereux, évaluées dans l’étude de 2009, est avérée », écrivent notamment les deux inspecteurs dans leur rapport du 17 octobre 2017. Le maire de Roquefort tombe des nues. L’élu assure que les services de l’Etat ne l’ont pas prévenu. « Le hameau du Fourc existait pourtant avant l’exploitation du gaz », fait valoir Jean-Bernard Portet.

Au total, huit bâtiments supplémentaires figurent dans le  » périmètre des effets létaux  » d’Antargaz après le nouveau rapport des inspecteurs des installations classées. L’usine de l’équipementier automobile Continental, qui s’est installée sur l’ancien site d’Elf-Aquitaine, est notamment impactée : un bâtiment où travaille une trentaine de salariés se retrouve dans la zone rouge des « effets forts + « . Pour éviter le tollé que ne manquerait pas de provoquer la publication de leurs conclusions, le préfet a pris en janvier 2018 une mesure radicale : il a fermé provisoirement deux des quatre citernes de propane du site de Boussens. Amputé d’autorité d’une part significative de sa capacité de stockage, le site Seveso voit mécaniquement son périmètre de danger se réduire dans les limites antérieures du PPRT.

L’arrêté préfectoral du 21 décembre 2018, présenté comme provisoire en attendant que l’industriel investisse pour réduire le danger à la source, n’a toujours pas été révisé. Une réunion technique entre les ingénieurs de l’Etat et de d’Antargaz était programmée en décembre 2018. Un exercice de sécurité civile a également été organisé en décembre dernier à Boussens. Il concernait le site gazier, mais également l’usine chimique BASF, elle aussi classée Seveso. A la demande des industriels, les caméras ont été déclarées indésirables ce jour-là dans la petite bourgade du sud de la Haute-Garonne.