« Nos boutiques sont le vrai réseau social »

Le plaidoyer du libraire de Rodez en faveur des commerces « de centralité »

Benoît Bougerol photographié par Ulrich Lebeuf à La Maison du Livre de Rodez en mai 2020, à la fin du premier confinement

A Rodez, le maire (LREM) a finalement décidé de retirer son arrêté municipal qui bravait le confinement imposé par le gouvernement aux commerces « non essentiels ». « Grâce à l’action des maires qui se sont mobilisés (…), les élus de la majorité tiennent à féliciter le Premier ministre qui a immédiatement pris en compte ces attentes et a annoncé a fermeture des rayons « non alimentaires » des grandes surfaces », se félicite Christian Teyssèdre dans un communiqué. « Je l’ai croisé dans la rue samedi et je l’ai félicité d’avoir osé tapé du poing sur la table » rapporte Benoît Bougerol. Le patron de La Maison du Livre ne crie toute fois pas victoire. Il s’apprête à mettre en place dès mardi le système de commandes et livraisons (« clicks and collect ») déjà expérimenté lors du premier confinement, mais ne s’attend guère à réaliser plus de 20% de son chiffre d’affaire habituel.

« Je ne peux pas me permettre de perdre 300.000€ » dit le libraire en expliquant à quel point les deux derniers mois de l’année sont cruciaux pour équilibrer les comptes. « On réalise habituellement autant de chiffre en novembre que pendant les deux mois du printemps touchés par le premier confinement, et plus encore en décembre ». Sa boutique peut enregistrer jusqu’à 20% de son chiffre d’affaire lors des dernières semaines avant Noël. « Une librairie c’est rentable en décembre, c’est le mois qui bouche les trous creusés pendant les autres mois », résume Benoît Bougerol.

L’ancien président du syndicats de la librairie a bon espoir d’arracher à Jean Castex une réouverture d’ici le12 novembre « sans que le gouvernement perdre la face ». Mais le libraire aveyronnais s’inquiète aussi pour son voisin, qui tient un magasin de jouets. Elu consulaire, Benoît Bougerol plaide plus généralement la cause de tous les commerçants du centre-ville. Pas seulement avec des arguments tirés du tiroir-caisse. « Les commerçants font vivre les rues, les gens ont besoin de se voir, se parler ». Alors que la ville de Rodez propose d’aider les commerçants à vendre leurs produits sur sa page Facebook, le libraire relativise la solution de la numérisation du commerce vendue comme une panacée. « Je n’ai pas envie de commander mes chaussettes ou une boîte de chocolat par écran interposé. Nos commerces sont le vrai réseau social au contraire des réseaux virtuels dits sociaux », affirme cet ancien ingénieur commercial chez IBM.

Benoît Bougerol veut donc croire que d’autres commerces que le sien seront prochainement autorisés à relever leurs rideaux. Quitte pour cela à revoir, encore et toujours, les mesures de précaution pour limiter la propagation du virus. Le libraire de Rodez en profite pour montrer du doigt cet autre mal qui a dévitalisé tant de villes au profit des centres-commerciaux installés en périphérie. « Le livre est l’un des rares secteurs où les petits commerces indépendants tiennent encore la majorité du marché. Pour les autres commerces, nous devons presque être contents de capter encore 15% du chiffre d’affaire au centre de Rodez. Dans d’autres villes, c’est beaucoup moins », souligne l’élu de la CCI. Cette spirale centrifuge qui transforme les centre-villes en astres morts à la manière de trous noirs semble sans fin. « Les grandes surfaces elles-même se rendent compte qu’elle vivent aussi sous la menace d’Amazon », constate Benoît Bougerol.

Lagraulet et son maire, mousquetaire du bio

Agriculteur installé depuis 1984 à Lagraulet (Gers), Nicolas Méliet a converti la ferme familiale à l’agriculture biologique en 1992. Mais il a aussi imposé au forceps des repas 100% bio à la cantine scolaire de son village de Gascogne ; en six mois seulement. Réélu maire pour un 4ème mandat en mars dernier, ce solide gaillard à la carrure de rugbyman est un fonceur. Il gère le bourg de 600 habitants du canton d’Armagnac-Ténarèze comme Bio Gascogne, son entreprise de travaux agricoles spécialisée dans les grandes cultures bio qui encadre la production d’une trentaine de fermes dans le Gers et les départements voisins des Landes et du Lot-et-Garonne sur plusieurs milliers d’hectares de grandes cultures. Si Nicolas Méliet surfe professionnellement sur la niche du « sans gluten », il avoue personnellement ne pas vouloir renoncer à « une bonne côte de boeuf ».

« Je suis bio mais surtout pas écolo », précise ce personnage aussi haut en couleur que le château d’eau décoré d’une fresque colorée et reconverti en gîte rural de la commune. Lagraulet est la dernière marque de fabrique « labellisée » par Nicolas Méliet, et la mairie son nouveau siège social. Elu en 2001, il a commencé par rapatrier la mairie au centre du bourg, transfiguré au fil de ses mandats au point de prendre l’allure d’un petit « club-Med » transposé dans les coteaux de Gascogne, en dehors des grands flux touristiques. Un gîte de 7 chambres a été aménagé sur deux étages dans une grande maison voisine, un autre bâtiment récemment rénové accueille depuis octobre dernier un cabinet d’infirmières et une dizaine de professions para-médicales (kinésithérapie, ostéopathie, naturopathie, etc) qui viennent donner quelques consultations toutes les semaines en s’acquittant d’un loyer horaire (25€ /jour) à la manière des espaces de co-working fleurissant dans les centres urbains. Pour ce chantier mené à terme en moins de deux ans, il a fallu un peu forcer la main de la préfecture et de l’Agence régionale de santé, qui tentent de mailler le territoire du département en « maisons de santé » pour lutter contre les déserts médicaux. « Mon idée cachée, c’est d’attirer maintenant un médecin généraliste », concède le madré promoteur de cette « maison des médecines douces », baptisé « Naturopole ».

Le prochain projet du maire-entrepreneur de Lagraulet est de confier la salle des fêtes en gérance à un restaurateur pour y développer une sorte de café-restaurant municipal. Une mini concession de service public-privé qui ne dit pas son nom. « La salle des fêtes n’est utilisée que trois fois par an, je préfère la louer pour avoir de l’activité à l’année », plaide Nicolas Méliet. L’élu a passé une petite annonce cet été pour recruter un cuisinier sur le site de « Un plus Bio », réseau national qui milite pour des cantines bio et locales. « J’ai reçu 25 CV de toute la France en un mois », se félicite le maire de Lagraulet. Nicolas Méliet cherchait à remplacer la jeune cantinière qui prépare les repas des 40 enfants de l’école, et quelques anciens du village qui peuvent déjeuner à la cantine pour 8€. « Je ne peux pas payer plus qu’un petit mi-temps de 28h par semaine, je cherche le mouton à 5 pattes, » confie le maire, qui espérait trouver un(e) candidat(e) avec l’esprit « start-up » pour développer une activité de restauration permanente à Lagraulet, en plus de la cantine. La commune dispose déjà de la cuisine, flambant neuve et labellisée par Ecocert et offre des facilités pour le logement. Il a finalement arrêté son choix sur Laurence, une ancienne restauratrice gersoise de 57 ans, qui arrivera de Perpignan en novembre.

Nicolas Méliet a procédé sensiblement de la même façon pour recruter, sans même passer d’annonce, un « maraîcher municipal ». Il raconte avoir acheté une ferme en 2019 pour produire en direct les légumes servis à la cantine. « Les petits producteurs préfèrent aller vendre leurs légumes plus chers au marché, et les gros ne s’intéressent pas à une petite commune comme Lagraulet », explique le maire. Il a donc embauché un jeune du coin en tant « qu’agent technique », mais en stipulant sur son contrat qu’il devrait faire l’agriculteur. Bio, naturellement. « Je trouve ça plus intelligent que de dépenser de l’argent public pour arroser des fleurs sur des ronds-points », balance le mousquetaire du bio. Employé polyvalent, Sébastien conduit aussi le bus de ramassage scolaire et montre aux enfants comment poussent les légumes. Le « potager municipal » en régie directe de Lagraulet a tapé dans l’oeil de plusieurs médias qui ont raconté l’histoire. « Cela a fait le buzz, mais ce n’est pas la finalité » assure Nicolas Méliet, qui vise méthodiquement à créer une filière cohérente de bio en circuit court, de la ferme à l’assiette.

Le maire de Lagraulet espérait initialement convaincre les élus de la communauté de communes de la Ténarèze (26 communes autour de Condom, 15.000 habitants) de le suivre dans son entreprise. « J’avais loué un bus à Agen pour aller voir comment ils font à Mouans-Sartoux » raconte Nicolas Méliet. L’agriculteur gersois avait entendu parler par son réseau professionnel de la régie agricole mise en place par cette commune pionnière des Alpes Maritimes. Mais aucun des maires qui se disaient intéressés ne s’est présenté pour faire le voyage, rapporte l’élu, dépité. « Je n’ai eu que deux adjoints et quelques techniciens ». Une déception qui nourrit sa défiance envers le personnel politique. « J’ai une sainte horreur des postures politiques » proclame le maire de Lagraulet, revendiquant pour seule étiquette « le bon sens agricole ».

Nicolas Méliet brocarde même ses collègues « qui veulent sauver leur écharpe pour 400€ mensuel ». « La plupart des petites communes rurales vont disparaître, sauf si elles sont utiles » proclame l’élu-entrepreneur, avec un sens très gascon de la provocation. « C’est vrai que je suis volontairement provocateur, mais ça porte ses fruits aujourd’hui » dit-il, fier d’avoir pratiquement fait doubler la population de la commune depuis son premier mandat, « après 20 ans de galère » à lutter contre les tendances « conservatrices » de ses concitoyens. Toujours entre deux rendez-vous dans toute l’Europe, le maire-patron de Lagraulet gare sa Tesla à l’une des bornes électriques installées à l’entrée du village. L’agriculteur-entrepreneur a aussi planté du gazon dans la ruelle semi-piétonne qui serpente entre les bâtiments retapés. En attendant le café-restaurant, et à défaut d’une improbable boulangerie dans un village sans attrait touristique particulier, le parking abrite même un distributeur automatique de pain pour les résidents. Bio, bien entendu.

Le « monopoly de Saint-Jory » fait irruption à Toulouse Métropole

Les affaires immobilières de Thierry Fourcassier, maire (LR) de Saint-Jory, ont suscité un bref instant de malaise à Toulouse Métropole. En cause, une délibération technique qui prévoyait l’achat d’une parcelle à la famille du maire pour la somme de 140.000€ afin de permettre le raccordement de la future caserne des pompiers au nouveau rond-point aménagé à l’entrée nord de Saint-Jory. N’y a t-il pas là un risque de conflit d’intérêt, a demandé presque naïvement en fin de séance Aymeric Deheurles, élu tiré au sort sur la liste Archipel Citoyen à Toulouse ? « Tout est légal » a affirmé Jean-Luc Moudenc, tout en assurant comprendre « le malaise » du nouvel élu. Le président de séance a ensuite demandé à Thierry Fourcassier de quitter la salle, afin de respecter la règle qui interdit à un élu de prendre part au vote quand ses propres intérêt sont en jeu.

Le maire de Toulouse s’est enfin tourné sur sa droite en demandant au maire (PS) de Tournefeuille, également conseiller départemental, de rassurer son opposant toulousain. C’est en effet le département qui doit construire la nouvelle caserne de pompiers de Saint-Jory sur un terrain cédé pour l’euro symbolique au SDIS (service départemental d’incendie et de secours). « J’ai conscience de ne pas répondre complètement à la question » a finit par lâcher Dominique Fouchier, visiblement un peu embarrassé par cette patate chaude. Karine Traval-Michelet, maire (PS) de Colomiers et future présidente du groupe socialiste, a ensuite créé la surprise en annonçant que certains membres de son groupe ne voteraient pas la délibération. Il s’agit là d’une première entorse au pacte de gouvernance passé entre Jean-Luc Moudenc et les maires socialistes de Toulouse Métropole. Au total, 42 élus se sont abstenus.

Les élus socialistes ont été alertés par Victor Denouvion, le candidat PS opposé à Thierry Fourcassier aux dernières élections municipales. Egalement conseiller départemental et vice-président du SDIS, M Denouvion remet en cause la légalité de l’opération. Il explique que les 140.000€ versés à la famille Fourcassier vont permettre de rendre constructible un terrain de 3 hectares appartenant au maire en le désenclavant. Sur sa page Facebook, le maire de Saint-Jory ajoute que le futur rond-point sur l’ancienne route nationale 20, transférée par le département à la métropole, va également permettre de construire un bowling, une salle de jeux et une salle des fêtes. Les travaux, financés à hauteur de 1,5 millions d’euros par Toulouse Métropole, ont commencé cet été. Ils doivent s’étaler jusqu’à la fin de l’année

« J’ai fait interrompre le chantier car les engins empiétaient sur les buttes édifiées pour isoler la propriété familiale de la route », rapporte Thierry Fourcassier. L’élu, dont la famille possède plusieurs terrains dans la commune, indique avoir déjà perdu une « haie de sapinettes de 8 mètres de haut » dans l’affaire. Le maire de Saint-Jory se défend en expliquant avoir vendu ses terres au prix de 30€ le m2, soit « deux fois moins que mes voisins ». Il explique que c’est son prédécesseur (DVG) à la mairie qui avait choisi l’emplacement de la caserne. « Quand j’ai été élu (en 2014), je suis allé voir les pompiers pour leur proposer un autre terrain près de la gare. Ils n’en ont pas voulu », raconte Thierry Fourcassier. Selon lui, c’est le SDIS qui a exigé de construire le nouvel accès routier jusqu ‘au rond-point qui va rendre sa parcelle constructible. Un autre rond-point a été aménagé quelques centaines de mètres plus loin pour desservir un petit centre commercial.

Jusqu’alors président de la commission Urbanisme, le maire de Saint-Jory préside désormais la commission Voirie de Toulouse Métropole. Réélu avec 94 voix d’avance en mars dernier dans sa commune, le maire de droite est menacé par un recours déposé par son opposant socialiste.

Un arrêté anti-bivouacs « explosif » contre la mafia albanaise à Toulouse

Moudenc rentrée

Les boulevards de Toulouse ne sont pas un camping, même humanitaire. Face à la récente mais persistante multiplication des campements sauvages sur les trottoirs de la ville rose, Jean-Luc Moudenc s’est décidé à prendre le taureau par les cornes. Lors de sa rentrée politique, le maire (LR) a annoncé un arrêté « anti-bivouacs » assorti de commentaires acides qui risquent de faire quelques vagues, à quelques mois des élections municipales.

Sans prononcer le mot de « mafia », M Moudenc a pointé du doigt « des réseaux organisés en lien avec l’Albanie » qui auraient volontairement mis en place ces campements « dans des endroits bien visibles ». « C’est un phénomène nouveau », observe le maire de Toulouse, qui a comptabilisé un roulement permanent « entre 5 et 26 tentes » depuis le début de l’année. Il opère un distingo avec les campements de roumains ou de bulgares, installés généralement en périphérie, et que la ville s’attache à résorber en coopération avec la préfecture et des associations caritatives. Contrairement à ces ressortissants d’autres pays de l’Est, l’Albanie n’est pas membre de l’Union Européenne observe le maire de Toulouse. Il a pris soin de d’accorder son violon avec la préfecture avant de lancer sa charge, explosive. Lors de sa propre conférence de presse de rentrée, le préfet Guyot avait déjà mentionné deux jours plus tôt la problématique de ces campements sauvages en plein centre-ville. « Il faut distinguer les demandeurs d’asile, à qui nous devons proposer un logement correct, des autres qui doivent être raccompagnés à la frontière », précisait Etienne Guyot.

Mais selon le maire de Toulouse, 80% des expulsions prononcées par la justice ne sont pas exécutées, faute de moyens. Certains « campeurs » refuseraient même de déposer une demande d’asile, selon M Moudenc qui y décèle une nouvelle preuve d’un comportement mafieux. « C’est l’Etat qui est responsable, mais c’est moi que les gens interpellent » ajoute Jean-Luc Moudenc, qui redoute que l’exposition de la misère au centre de Toulouse et l’impuissance manifeste à y remédier fasse « prospérer les extrêmes » à l’approche du scrutin municipal.

Offensif, le maire de Toulouse dénonce également « les associations politisées » qui font, à ses yeux, le jeu de cette mafia en leur apportant une assistance.  « Le Cedis31 ne se sent pas concerné », a rapidement réagit sur Twitter l’une des principales organisations qui travaille sur le sujet à Toulouse. « Ce sont avant tout l’Etat et les pouvoirs qui font le jeu des réseaux organisés en bafouant les droits les plus fondamentaux. N’inversons pas les rôles, ne reprochons pas aux exclus d’être exclus », ajoute ce collectif de travailleurs sociaux, qui collabore régulièrement avec la ville et la préfecture pour résorber les bidonvilles de migrants. « Je ne veux pas cibler une association, mais un comportement » explique de son coté M Moudenc, pressé de préciser ses accusations.

A Toulouse, le microcosme a parfaitement compris que le maire s’attaquait, sans le nommer, au porte-parole du DAL, qui vient de démissionner pour être candidat aux élections municipales. « Les propos de M Moudenc sont dignes de ceux de Matéo Salvini et de l’extrême-droite en Italie. A Toulouse, les réfugiés ne sont pas noyés dans la mer, mais sous le béton » réagit vivement François Piquemal. L’ancien porte-parole du DAL souligne qu’il avait alerté la municipalité sur la présence de familles « livrées à des marchands de sommeil de la mafia albanaise » dans un squat démantelé il y a deux ans dans le quartier des Arènes.

Le « Gilet Bleu » a-t-il été délibérément bousculé par un policier à Toulouse ?

Gilets bleus et BAC
Des « Gilets Bleus » de l’Observatoire des pratiques policières et des policiers de la BAC à Toulouse (archives)

 » Je n’ai rien vu venir, j’étais en train de filmer un type qui s’est pris des lacymos à seulement 15cm du visage par un policier armé d’une gazeuse « , témoigne Pascal Gassiot. Ce militant de la fondation Copernic, un think-tank de la gauche « anti libérale », est l’un des principaux animateurs de l’observatoire des pratiques policières (OPP) à Toulouse. Il a été blessé à la tête samedi lors d’une charge de la police à la fin de la rituelle manifestation des Gilets Jaunes. C’est la deuxième fois qu’un membre de l’OPP est blessé dans la ville rose. En février déjà, un autre de ces observateurs qui portent souvent des chasubles bleues sous leurs gilets fluos pour se distinguer des manifestants avait reçu un projectile sur son casque.

Pascal Gassiot  » a été poussé à terre par l’un des policiers qui l’a visé directement et l’a fait chuter au cours d’une charge inutile et excessive.  Sa tête a alors heurté le sol, entraînant un saignement important et une prise en charge par les Streets médics, puis une évacuation par les pompiers aux urgences de Purpan « , déplore l’observatoire dans un communiqué. Le directeur départemental de la sécurité publique de Haute-Garonne nie que ses troupes ont délibérément ciblé le militant. «  Il est bien connu de l’ensemble des policiers et parfaitement reconnaissable. Il n’est jamais visé « , affirme Nelson Bouard dans le quotidien régional. Le patron des flics toulousains laisse entendre que Pascal Gassiot est une victime collatérale qui se trouvait trop près de l’action.

 » Ils voudraient qu’on reste loin «  réagit le militant de l’OPP, peu flatté d’être comparé « à un délinquant multi-récidiviste » par l’expression consacrée « bien connu des services de police ». Pascal Gassiot ne croit pas une seconde à une bousculade involontaire.  » Ce n’est pas un CRS venu de Marseille ou d’ailleurs qui a fait ça. Les flics de la BAC nous balancent régulièrement des gentillesses en passant quand ils chargent, comme des coups de boucliers », raconte-t-il.

Gassiot et OPP
Pascal Gassiot (au centre) lors de la présentation du dernier bilan de l’OPP, très critique vis à vis de l’action des policiers de la BAC lors des manifestations à Toulouse

Il faut dire que l’OPP n’est pas tendre avec les policiers de la brigade anti-criminalité, chargés des interpellations lors des manifestations. L’observatoire estime que ces policiers, en civil mais généralement casqués, ne sont pas formés au maintien de l’ordre, contrairement à leurs collègues CRS ou de la gendarmerie mobile.  » Ils créent des tensions inutiles dans une logique de recherche de l’affrontement « , dénonce l’OPP dans son communiqué.

Pascal Gassiot, qui redoute d’avoir des côtes cassées, ne sait pas encore s’il va porter plainte.  » Je suis en grande discussion avec moi-même ». Il souligne que la plainte déposée par le premier militant de l’OPP blessé en février est demeurée sans suite à ce jour. L’enquête devait établir si le projectile reçu sur son casque venait bien des forces de l’ordre.

 

 

La 3ème ligne de métro de Toulouse confrontée au crash commercial de l’A380 d’Airbus

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Le maire de Toulouse a-t-il vu trop grand pour sa troisième ligne de métro, annoncée pour 2024 pour relier Colomiers et Labège ? Officiellement repoussé d’un an, le projet de Jean-Luc Moudenc vient d’être sévèrement étrillé par la Cour des Comptes, qui le considère comme « un pari incertain ». La chambre régionale des comptes de Montpellier estime même qu’elle ne pourrait pas aboutir avant 2027. Cette ligne de 27 kms doit notamment connecter les usines et les bureaux de l’industrie aéronautique et spatiale disséminés entre l’ouest et le sud-est de l’agglomération. Baptisée Toulouse Aerospace Express (TAE), elle répond en priorité à la demande pressante d’Airbus qui ne cachait plus son irritation de voir des milliers de ses salariés coincés quotidiennement dans les bouchons. Mais le PDG du groupe européen vient d’annoncer la fin de la production de son super-jumbo A380 pour 2021. La nouvelle, ajoutée aux réserves de la Cour des Comptes, a fait l’effet d’une douche froide sur TAE. Quand Airbus tousse, c’est Toulouse qui s’enrhume.

Sacha et le pot-au-lait

La principale critique des magistrats financiers porte sur le plan de financement de la troisième ligne de métro. Pour s’offrir un investissement pesant plusieurs milliards d’euros, les élus toulousains auraient tendance à sur-estimer les recettes de fonctionnement de Tisséo, le syndicat mixte des transports de l’agglomération. La principale ressource financière de Tisséo, avant même les recettes de billetterie, repose sur le « versement transport » réglé par toutes les entreprises de 11 salariés et plus. En 2016, cet impôt avait rapporté 245 millions. Il devrait rapporter plus du double en 2030, selon les calculs de Sacha Briand, le grand argentier du Capitole et de Tisséo. Ce pronostic financier n’est pas sans rappeler une fameuse fable de Lafontaine, avec Airbus dans le rôle de la cruche de Perrette, la fermière qui allait au marché avec un pot-au-lait sur la tête en rêvant par avance aux bénéfices qu’elle allait réaliser.

Quelle masse salariale en 2030 ?

Selon un premier plan de financement présenté en juin 2017, Sacha Briand escomptait un versement transport (VT) de 397 millions en 2030. Les magistrats de la chambre régionale des comptes le trouvait déjà présomptueux, relevant qu’un cabinet d’expert estimait de son coté les recettes du VT dans une fourchette comprise entre 343 et 383 millions « dans l’hypothèse la plus optimiste ». Cette variation du VT s’explique par son mode de calcul : il repose sur la masse salariale distribuée par les entreprises assujetties à cette taxe. Faisant fi des critiques des juges de Montpellier, Sacha-Perrette a présenté une nouvelle étude de « soutenabilité financière » encore plus optimiste qui table sur une augmentation annuelle de 42,5 millions du VT. Elle estime que 10.000 emplois vont affluer d’ici 2025 dans la métropole du simple fait de l’annonce de la construction du nouveau métro et que 3.000 emplois supplémentaires seront encore créés chaque année à partir de 2030. Faute de pouvoir augmenter lui-même le VT, dont le taux a atteint en juillet 2011 le plafond maximum (2%) fixé par la loi, Sacha Briand compte enfin sur la prodigalité d’Airbus et des autres chefs d’entreprises de l’agglomération qui devraient augmenter les salaires de 2,25% par an dès 2019. Verra-t-on l’adjoint aux finances du maire de Toulouse manifester avec la CGT pour « consolider » ses prévisions budgétaires ?

« crash test » financier

Mais que se passerait-il si Airbus et toute la filière aéronautique, qui pèse 70.000 emplois dans l’agglomération, venait à battre de l’aile ? La question est tabou à Toulouse. L’arrêt de la construction de l’A380 dans l’usine géante construite spécialement à la sortie de Blagnac va pourtant « impacter » entre 3.000 et 3.500 emplois, de l’aveu même de Tom Enders, le PDG d’Airbus. De la même façon que le constructeur d’avions soumet chaque nouveau modèle à de sévères essais pour obtenir sa certification, les financiers qui seront sollicités pour prêter les 3 à 4 milliards nécessaires pour financer le futur métro et les autres investissements prévus dans la nouveau « plan de mobilités » de l’agglomération vont faire subir au plan de Sacha Briand des « crash-test », comme disent les banquiers. La fin annoncée de l’A380 en est un, grandeur nature. L’agglomération s’était pourtant fortement endettée pour accueillir le super-jumbo, inaugurant pour la circonstance une première ligne de tramway jusqu’à Blagnac. C’est à se demander qui pilote vraiment le métro automatique de Toulouse : les élus de l’agglo et de Tisséo, ou les dirigeants d’Airbus ?

La très discrète fermeture d’un site Seveso de Toulouse

Fenouillet gaz
Les deux grandes cuves semi-enterrées et végétalisées de propane et de butane sont vides. Le centre d’emplissage Finagaz de Fenouillet, au nord de Toulouse, a officiellement fermé ses portes le 31 juillet. Une partie des 15 salariés du site, classé Sévéso, devait être transférés vers Antargaz à Boussens, au sud de la Haute-Garonne.  Mais aucun n’a souhaite déménagé. Les deux entreprises sont la propriété du groupe américain UGI, qui a racheté l’activité GPL de Total en 2015. Les nouveaux propriétaires ont annoncé leur départ de la banlieue toulousaine dans un courrier électronique lapidaire adressé le 21 juin à la DREAL (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) d’Occitanie. La nouvelle a surpris car le préfet venait d’adopter en juin 2017 le plan de prévention des risques technologiques (PPRT), après dix ans de procédure.

un déménagement évalué à 24 millions par Total

Les élus locaux, marqués par l’explosion de l’usine AZF de Toulouse en septembre 2001, réclamaient unanimement la fermeture du site depuis des années. Mais la solution d’un déménagement, évalué à 24 millions par Total, n’avait pas été retenue par le préfet. Dans un arrêté signé le 6 décembre 2017, le représentant de l’Etat se contentait de demander au nouvel exploitant d’étudier la mise en place d’un « système d’alerte à destination des gestionnaires du réseau ferré et des axes routiers ». Le site, approvisionné par wagons-citernes, est en effet bordé par l’ancienne route nationale 20, qui passe à seulement 10m de ses grilles. La circulation automobile est intense à l’entrée nord de Toulouse, qui voit passer 30.000 véhicules par jour. Un système de feux de signalisation automatisé pour couper la route entre deux rond-points en cas de fuite de gaz était envisagé. Coût estimé : 140.000 euros, selon les services de Toulouse-Métropole, qui a hérité de l’ancienne nationale transférée dans un premier temps au département.

Le centre commercial s’est rapproché

Le risque industriel n’a toutefois pas empêché l’extension du centre commercial Casino voisin, qui a inauguré entre 2015 et 2016 une nouvelle galerie marchande de 130 boutiques sur 90.000 m2 et un multiplexe de 8 salles de cinéma. Ce nouveau centre commercial géant, avec son parking de 2.600 places, se trouve désormais à 500m seulement du site gazier. Le dernier exercice de secours, organisé en décembre 2016, aurait révélé des difficultés d’évacuation, selon un habitant membre d’une association de riverains. La consigne en cas d’accident est d’évacuer la zone à pied. Mais le site, coincé entre la route d’un coté, les voies ferrées et le canal latéral de l’autre, n’offre aucune échappatoire.

La SNCF a refusé de racheter le site

Un nouveau risque est enfin apparu avec le projet de LGV entre Toulouse et Bordeaux prévoyant la construction de deux nouvelles voies ferrées qui auraient frôlé le site à une centaine de mètres seulement. Le coût pour protéger les trains s’annonçait lourd : entre 14 et 40 millions, selon les premières estimations. Il était question de recouvrir les voies dans une sorte de tunnel, ou de construire des « sarcophages » en béton pour protéger les trains de voyageurs. Une centaine de trains passent chaque jour à proximité du site, sans compter les nombreux trains de marchandises de la gare de triage de Saint-Jory, en pleine restructuration. Il fut même question de vendre les 3 hectares du site gazier à la SNCF, mais l’entreprise publique n’a pas donné suite. Finagaz disposait de son propre embranchement ferré pour approvisionner le site de Fenouillet. En 2015, 735 wagons-citernes ont servi à remplir 1 million de bouteilles de gaz, distribuées par un peu moins de 3.000 camions dans toute la région. La direction de l’entreprise invoque la baisse de la consommation de GPL pour justifier la fermeture de son site de Fenouillet. Elle se refuse à tout autre commentaire. Il reste deux autres sites pétroliers classés Seveso au nord de Toulouse.

Christophe Debard, #HumainMaintenant

Debard Quai des Savoirs

Il est entré de son vivant « au musée ». Christophe Debard, 38 ans, est ingénieur chez Airbus. Amputé d’une jambe à 13 ans, ce grand gaillard barbu a relooké lui-même sa prothèse à l’aide d’une imprimante 3D, et l’expertise de nombreux bénévoles. L’objet, qui flashe dans la semi-pénombre grâce à une peinture fluo, trône dans une vitrine de l’exposition #HumainDemain, conçue conjointement par le Muséum de Toulouse et le Quai des Savoirs. Christophe se souvient avoir été contacté par Maja Wasyluk, la coordinatrice de l’expo, par une amie commune en mai 2017. « J’ai trouvé que c’était une super opportunité de faire passer mon message, qui est de donner une image positive du handicap ».

Le prototype de la jambe de Christophe voisine avec le bras « bionique » de James Young, un jeune anglais qui s’est fait offrir une prothèse futuriste à 90.000 € par un producteur de jeux vidéos. Comme tout visiteur appelé, grâce à un bracelet connecté, à « voter » pour l’innovation de son choix dans chacun des cinq showrooms qui composent l’exposition, l’ingénieur amputé d’Airbus préfère ces petites mains en plastiques colorés à destination des enfants exposées dans une autre vitrine. « Je connais leurs concepteurs. Comme moi, ils ont à cœur de développer un projet social. Nous faisons appel à des «  makers  » pour que nos solutions soient accessibles à ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir des prothèses luxueuses ».

Christophe Debard ne se prend pas pour Steve Austin, le fameux héros d’une série télévisée des années 70 (L’homme qui valait 3 milliards). Mais l’exposition laisse clairement percevoir que de l’homme « réparé » à l’homme « augmenté », il n’y a qu’un pas. Les sportifs des jeux paralympiques seront-ils demain plus performants que les athlètes valides grâce à la technologie  ? « Hugh Herr, un chercheur du MIT amputé des deux jambes après un accident d’alpinisme, prédit que l’on finira par se faire volontairement amputer pour être plus performant », raconte l’ingénieur toulousain, qui précise ne pas partager cette vision transhumaniste.

« Est-ce qu’un smartphone n’est pas déjà une augmentation du cerveau humain », se demande Christophe Debard en passant dans un autre espace de l’exposition, consacré aux data et aux objets connectés. « Je n’éprouve pas le besoin de monitorer en permanence mon rythme cardiaque ou mon sommeil », ajoute l’ingénieur toulousain, qui se montre en revanche très sensible aux aspects économiques et financiers décrits par l’exposition. « Si tout ça ne sert qu’à des fins commerciales, c’est regrettable ». Dans un autre showroom consacré aux robots, les monstres mécaniques de Boston Dynamics sont présentés à coté de robots compagnons en forme de peluches ou de jouets, pour les enfants ou les personnes âgées. Christophe Debard préfère visiblement les seconds aux premiers, qu’il juge plus « étranges » qu’inquiétants. Maja Wasyluck n’ayant pas sélectionné pour l’exposition les premiers robots humanoïdes japonais introduits sur une chaîne de montage d’Airbus à Cadix (Andalousie), on se saura pas s’il les considère comme des «  collègues  » ou des concurrents…

Christophe Debard se fait plus prolixe sur le stand de l’exposition consacré à la médecine. La perspective de vivre centenaire, voire de viser l’immortalité, le laisse froid. Eradiquer les maladies  ? L’ingénieur cherche ses mots pour tenter d’expliquer ce qu’il a retenu du cancer qui l’a frappé quand il était encore un enfant. « C’est une expérience de vie. J’ai beaucoup appris à travers cette épreuve, qui m’a apporté une certaine sagesse. J’ai eu la chance de m’en sortir, mais je peux dire au final que je ne regrette pas d’être passé par là ». Christophe Debard vient de prendre la direction du Protospace d’Airbus à Toulouse.

 

 

Pyrénées : protéger « en même temps »  les ours et les moutons

ours Balès

Emmanuel Macron va-t-il donner son feu vert à Nicolas Hulot pour remettre des ours en Béarn au printemps ? Cette mesure, réclamée depuis des années par des scientifiques et des écologistes de tous poils, demeure décriée localement par des éleveurs et des élus locaux avec la même vigueur. Soupçonnant le gouvernement de vouloir procéder à deux nouveaux lâchers de femelles dans les Pyrénées Atlantiques où ne subsisterait plus qu’un ou deux mâles, des éleveurs transhumants du secteur ont écrit directement au président de la République pour lui demander d’en finir avec « cette épée de Damoclès ». « Evitons-nous cette guerre », écrivent les opposants qui estiment que « les dernières introductions d’ours sur des territoires voisins se sont toutes soldées par des cuisants échecs, pour les éleveurs et pour les ours ».

Ce n’est pas l’avis des magistrats du tribunal administratif de Toulouse, qui viennent de donner raison à deux associations de protection de l’ours reprochant à l’Etat d’avoir suspendu toute réintroduction depuis 2006. Dans leurs attendus, les magistrats toulousains relèvent que la population des ours a certes repris du poil de la bête dans les Pyrénées (moins de 10 ours avant le « plan ours » de François Mitterrand en 1981, une trentaine actuellement), mais que « les perspectives futures demeurent défavorables ». Le jugement bât en brèche la doctrine des gouvernements successifs, qui misait sur un accroissement naturel grâce aux naissances enregistrées chaque année parmi la population d’ours importés de Slovénie. Il s’alarme d’une première baisse de la population en 2015 et du « risque génétique », la plupart des oursons ayant le même géniteur. La crainte de la consanguinité a conduit le gouvernement régional catalan a réintroduire un nouveau mâle coté espagnol en 2016. Les juges estiment enfin les dégâts causés aux troupeaux « relativement mesurés » et dégonflent les rodomontades des éleveurs : « il n’est pas établi que les oppositions locales feraient obstacle à toute opération de réintroduction efficace ».

Il reste à Nicolas Hulot à démontrer à Emmanuel Macron, habitué à venir chaque été en vacances chez sa grand-mère de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), que les avantages écologiques de nouveaux lâchers seraient supérieurs aux inconvénients politiques locaux. Un sondage Ifop commandé par un collectif d’associations écologistes a confirmé que les Français sont majoritairement favorables aux réintroductions. Les élus de la région Nouvelle Aquitaine semblent désormais plus enclins à tenter l’expérience que leurs voisins de la région Occitanie, où se concentrent l’essentiel des ours (et des problèmes) actuellement. Le Béarn abrite enfin depuis 1975 une association discrète mais efficace, le fond d’intervention éco-pastoral (FIEP) qui a la singularité de ne pas opposer l’ours et les bergers. Basé à Pau, le FIEP consacre davantage de crédits au pastoralisme (héliportages, radiotéléphones, promotion du fromage de montagne, etc) qu’à la faune sauvage. Son slogan historique, « pour que l’ours et le berger puisse vivre ensemble dans les Pyrénées », résonne aujourd’hui à l’unisson du fameux « en même temps » macronien.

Montpellier : les mannequins connectés de la nouvelle fac de médecine

Montpellier médecine fac

Carole Delga va être surprise. C’est une nouvelle gare que la présidente de région viendra officiellement inaugurer aujoud’hui aux cotés de François Fontès. L’incontournable architecte montpelliérain a dessiné pour la nouvelle faculté de médecine un immense hall d’accueil traversant dont la hauteur sous plafond n’est pas sans rappeler l’intérieur de la gare Saint-Roch. Les 3.600 étudiants ne font que passer dans cette vaste salle vitrée des pas perdus, aussi sonore que lumineuse, avant de s’engouffrer dans l’un des cinq amphithéâtres du rez-de-chaussée ou rejoindre la cafétéria. Le grand escalier qui conduit aux salles de cours dans les étages paraît minuscule dans cette ruche vibrionnante, bruyante et disproportionnée. Des ouvriers s’affairent encore aux dernières finitions de ce bâtiment flambant neuf, recouvert d’inox luisant comme un miroir, qui a coûté plus de 45 millions à la région.

Montpellier médecine

Dans le calme feutré de son bureau de l’ancienne faculté, le doyen Mondain est satisfait à la perspective d’inaugurer enfin un bâtiment ultra-moderne que quatre de ses prédécesseurs ont appelé de leurs vœux. « J’étais interne en 1985 quand l’hôpital Le Peyronie a été ouvert. Mon service qui était encore à l’hôpital Saint-Charles a été le dernier à rejoindre le campus en 1988, on était un peu déconnecté », se souvient le médecin, spécialisé en ORL. A ses yeux, le rapprochement de la faculté avec le CHU était « une évidence ». Mais pas question d’abandonner l’ancien palais épiscopal accolé à la cathédrale pour une faculté qui revendique fièrement sa création par un légat du Pape en 1220. Les étudiants de deuxième et de sixième année continueront de suivre des cours autour de l’ancien cloître. La soutenance des thèses et tous les événements solennels seront toujours célébrés dans les bâtiments historiques de la plus ancienne faculté de médecine de France après Paris.

 » les cours en amphi, c’est fini « 

La construction de la nouvelle faculté ouvre un nouveau chapitre d’une longue histoire. Si la bibliothèque de la faculté conserve des manuscrits rares qui remontent au Moyen-Age derrière les murs de pierre du centre-ville, le béton du nouveau campus se veut en prise directe avec la modernité. Les amphithéâtres sont équipés de caméras, reliées à une régie qui fonctionne comme une chaîne de télévision. Les étudiants peuvent ainsi suivre les cours, diffusés en podcast, en différé. « Les cours en amphi, c’est fini. Nous avons intégré cette évolution de la diffusion du savoir universitaire dès la conception du nouveau bâtiment », dit Michel Mondain. Le doyen de la faculté est toutefois conscient du risque de « déshumanisation » de la transmission des connaissances à l’ère numérique. « Nous mettons l’accent sur la généralisation du tutorat et la pratique clinique. Il est tout de même plus appréciable d’apprendre à exécuter certains geste médicaux sur des mannequins plutôt que sur des patients ».

Montpellier médecine simulation

Bluffant de réalisme, l’un de ces mannequins de nouvelle génération pousse un soupir sur le sol d’une salle de « déchoquage » reconstituée au quatrième étage de la nouvelle faculté. Un autre est installé sur un lit-brancard dans une autre salle. C’est une femme, elle « respire » en faisant légèrement bouger le drap qui la recouvre. Ces mannequins peuvent coûter jusqu’à 150.000 euros. « C’est extra de constater comment le matériel pédagogique a évolué », se félicite Blaise Debien, médecin urgentiste. Directeur du CESU (centre d’enseignement du soin d’urgence), il a déménagé son service, ses mannequins et son ordinateur du CHU pour s’installer dans le nouveau bâtiment de la faculté. De la salle d’accouchement à la chambre du malade, un hôpital fictif a été reconstitué au quatrième étage. Fictif, mais avec tout le matériel authentique qui équipe chacune des salles dite de « simulation ». Ici, étudiants en médecine et futurs infirmiers s’entraînent ensemble à tous les pires scénarios auxquels ils seront bientôt confrontés dans la réalité. « Une première en France », souligne le Blaise Debien.

De la même façon qu’on ne devient pas pilote de ligne uniquement avec des logiciels de simulateurs de vols, on n’apprend pas les gestes qui sauvent en cas d’urgence uniquement sur un écran d’ordinateur. Les nouveaux mannequins « haute-fidélité » du Dr Debien sont équipés du WiFi pour être manipulés à distance par le formateur, mais la technologie ne fait pas tout. « La simulation, ça se joue à 90% lors du débriefing » dit le directeur du CESU. Là aussi, les salles de simulation sont équipées de caméras pour visionner aussitôt le scénario qui a été joué durant l’exercice dans une salle de cours séparée. Il ne s’agit pas de disséquer chaque scène au ralenti, plutôt d’analyser ce qui s’est passé lors d’un dialogue en les apprenants et les formateurs. L’urgentiste « accouche » le ressenti des étudiants, assis en demi-cercle dans son bureau, en compagnie d’une enseignante de l’école d’infirmières. Il n’hésite pas à partager des cas de conscience qui se sont parfois posés à lui lors d’interventions délicate pour aborder les questions éthiques derrière la technique. Ce n’est pas une leçon, il n’y a ni copie, ni crayon. Des tablettes sont toutefois sorties à la fin du cours pour renvoyer à des connaissances et un petit exercice d’évaluation finale. Au fil des ans, le CESU de l’Hérault, né en marge du Samu, a développé ses propres outils pédagogiques. Blaise Debien souhaite désormais partager ses cours, stockés sur son ordinateur, flambant neuf, avec d’autres CHU, facultés de médecine ou instituts de formation para-médicaux, comme ceux de Toulouse. « Nous sommes un laboratoire de recherches pédagogiques », résume l’urgentiste passionné.