Castex : en voiture Simone, mais.. En Marche arrière !

Le Premier ministre a renoncé à sa virée dans son Gers natal, mais pas à dépanner le futur métro de Moudenc en panne de financement

Patatras ! Le « come back » de Jeannot lou Gascon est tombé à l’eau. Jean Castex, natif du Gers, devait effectuer son grand retour dans le département de son enfance. Mais la mort d’une policière, tuée la veille à Rambouillet, est venu chambouler son agenda au dernier moment. On a bien aperçu le premier ministre à Toulouse samedi matin, mais il a été contraint de faire une croix sur son échappée campagnarde au profit de la visite-express du commissariat central de la capitale régionale pour réconforter les policiers avant de regagner Paris. Security fisrt ! Le bonheur attendra dans le pré des jours meilleurs…

Le premier ministre, qui s’est éloigné de la Gascogne depuis son implantation électorale dans les Pyrénées Catalanes, avait prévu de labourer une nouvelle fois « ses terres occitanes » (comme l’écrivent les « canards du midi »… de Baylet), encore perceptibles dans son accent. Une semaine après avoir refait surface à Prades, où les méchantes langues soulignaient qu’on ne l’avait plus revu depuis sa nomination à Matignon, l’ancien Mr Déconfinement d’Emmanuel Macron devait visiter le centre de vaccination installé dans la salle Simone Castex de Vic-Fezensac. Cela ne suffira pas à remettre sur pied la fameuse féria de Pentecôte, annulée pour la deuxième année pour cause de Covid. Ce pèlerinage sur ses terres natales devait surtout mettre un peu de baume au cœur des macronistes locaux, un peu perdus dans ce terroir rad-soc d’Armagnac.

Mamie Simone était l’épouse de Marc, son grand-père, maire et conseiller général de la bourgade pendant une bonne vingtaine d’année. Sans étiquette politique précise, Papy Castex, héritier d’une entreprise de matériel agricole familiale, fut vaguement soutenu par les radicaux du coin quand il vendait des tracteurs aux paysans contre les propriétaires de grands domaines, avant de tourner casaque et de prendre la marque UDF de Giscard pour se faire élire en 1980 au Sénat… où il ne prendra jamais la parole. Marc Castex, ancêtre et archétype de l’élu « en marche » : un peu à gauche, beaucoup à droite ?

La 3ème ligne de métro de Moudenc

Si sa virée dans le Gers a été annulée sine die, Jean Castex a toutefois maintenu un rapide crochet matinal à Toulouse pour dépanner l’incontournable Jean-Luc Moudenc. Le maire (LR) de la ville rose, en compétition avec son homologue (PS) de Montpellier dans le rôle de meilleur fayot de Macron au pays du radicalisme-cassoulet, ne sait plus trop comment financer la troisième ligne de métro qu’il a promis à ses électeurs (et à Airbus). Surtout depuis l’épidémie de Covid, qui a dramatiquement fait chuter les recettes de Tisséo, le syndicat mixte des transports en commun de l’agglo. Le projet avoisine officiellement les 3 milliards et fait régulièrement tousser la chambre régionale des comptes de Montpellier, effrayée par l’endettement de Tisséo qui dépasse le milliard avant même de lancer le chantier. Castex a donc confirmé que l’Etat versera royalement 200 millions, à charge pour les élus toulousains de convaincre l’Europe et les banques de bien vouloir boucler un plan de financement qualifié de « pari risqué » par les magistrats financiers avant même l’arrivée du méchant virus chinois. Le chèque de Castex peut sembler un peu chiche. Le département de la Haute-Garonne a prévu à lui seul d’apporter 201 millions dans la corbeille. Le président (PS) du conseil départemental précise toutefois qu’il n’y aura finalement que 102 millions pour la troisième ligne de Moudenc. Le reste est destiné à ses amis socialistes du Sicoval pour prolonger la deuxième ligne vers Labège, ou à des bus vers Portet-sur-Garonne. Les élections approchent, on ne se fait plus de cadeaux !

Une « Arlésienne » routière entre Toulouse et Auch

En route vers Vic, le premier ministre avait aussi prévu initialement de faire étape à Gimont pour un ultime dépannage. Il s’agissait cette fois de débloquer les fonds pour la mise à 2×2 voies de la route entre Toulouse et Auch. Le chantier, qui s’éternise depuis 40 ans, est devenue la véritable Arlésienne de l’ex-région Midi-Pyrénées. Le dernier tronçon entre L’Isle-Jourdain, à la sortie de l’aire urbaine toulousaine, et la petite ville de Gimont, réputée pour son marché hivernal aux foies gras, devait coûter 95 millions, selon les panneaux de chantier qui narguent les automobilistes pressés, coincés derrière un camion ou un tracteur sur la vieille route nationale tournicotant dans les coteaux vallonnés du Gers. Mais ce chiffre est « obsolète », selon Jean-René Cazeneuve, député LREM du département. Le chef de file régional des élus macronistes estimait la facture actualisée à 120 millions. Elle serait même de 142 millions selon Jean Castex, qui promet dans une pleine page d’interview accordée à La Dépêche du Midi de lâcher 46 millions pour boucler le chantier « au premier trimestre 2022 ». Un coup d’accélérateur financier avant un autre scrutin ?

Stocker l’eau sous pression politique

Pas facile de trouver une issue entre pro et anti-barrage à Sivens (Tarn). Surtout dans un contexte pré-électoral. Contrairement aux attentes de Maryline Lherm, maire de L’Isle-sur-Tarn et conseillère départementale, le gouvernement n’a pas tranché le nœud gordien en imposant la construction d’une nouvelle retenue dans la vallée du Tescou pour irriguer les cultures. « Pas question de passer en force » a répondu le 30 mars Bérangère Abba. La secrétaire d’Etat à la biodiversité assistait en télé-conférence à une réunion de l’instance de co-construction (ICC) mise en place après la mort de Rémi Fraisse en 2014 sur le chantier du projet initial.

Un médiateur va être nommé et d’ultimes études sont en cours pour répertorier précisément les zones humides dans le bassin versant de cette petite rivière, régulièrement à sec en été, qui se jette dans le Tarn à l’entrée de Montauban (Tarn-et-Garonne). Les associations environnementalistes associées à la concertation avec les agriculteurs au sein de l’ICC sont prêtes à reconnaître un déficit hydraulique estimé à 700.000 m3. Un « consentement », à défaut d’un réel consensus. Les naturalistes et les écologistes refusent toujours qu’un ouvrage soit érigé sur des zones qui font office d’éponges naturelles. Le chantier du précédent projet avait abouti à la destruction de 18ha de zones humides à l’orée de la forêt de Sivens, en dépit de l’occupation par des zadistes. Après le déboisement et le passage des bulldozers, des travaux de génie écologique ont été lancés pour tenter de restaurer 5ha de zones humides.

Pour des élus locaux comme Maryline Lherm, qui partage la présidente de l’ICC avec le maire de La Salvetat Belmontet (Tarn-et-Garonne), cette lente diplomatie de l’eau renvoyant encore la décision finale après les scrutins départementaux et régionaux, prévus en juin, n’a que trop duré. L’urgence climatique s’accorderait mal aux « palabres ». Les réunions de l’ICC devaient initialement être expédiées en six mois seulement. Le temps d’élaborer un « projet de territoire », préalable désormais obligatoire à tout projet de retenues à l’échelle de chaque bassin versant. On en recense déjà une quarantaine sur l’ensemble du bassin Adour-Garonne.

A Sivens, le projet de territoire a fait émerger des perspectives intéressantes pour une agriculture « de proximité » en circuit court. Il semble plus facile de négocier de l’eau pour du maraichage destiné aux cantines scolaires ou aux produits bio vendus sur les marchés du coin que pour du maïs destiné à l’ensilage pour nourrir des vaches ou des semences livrées à une grosse coopérative.

Mais l’ICC ne peut outrepasser la fonction pacificatrice de concertation qui lui a été assigné. L’idée d’un syndicat mixte pour passer à la phase opérationnelle du « projet de territoire » fait son chemin. Il appartiendra aux nouveaux conseillers du Tarn et du Tarn-et-Garonne, avec les maires élus en 2020 dans les 14 communes traversées par le Tescou (dont une en Haute-Garonne), de s’accorder sur une gouvernance. En association, ou pas, avec les agriculteurs et associations de protection de l’environnement. C’est ce syndicat qui pourrait enfin assurer la maîtrise d’ouvrage d’un futur ouvrage de stockage, dont la capacité serait réduite de moitié par-rapport au projet initial de barrage à Sivens (1,2 millions de m3).

FaIre payer l’eau pour les poissons ?

« L’abandon de ce projet constitue une illustration des conflits d’usage de l’eau, marqué par l’affrontement entre les intérêts agricoles et les défenseurs de l’environnement », estime la Cour des Comptes dans son rapport d’activité 2020. Les magistrats financiers ont repris, en version soft, les vives critiques de leurs homologues de la chambre régionale d’Occitanie. Ces dernier jugent très sévèrement la fuite en avant de la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne (CACG), porteuse du projet dans le Tarn mais aussi des nombreuses « bassines » en Poitou-Charentes. Au bord de la faillite, cette société d’économie mixte basée à Tarbes (Hautes-Pyrénées), fondée sous Napoléon III pour répartir historiquement l’eau des gaves pyrénéens vers la Gascogne via le canal de la Neste, va être recapitalisée par les régions Occitanie et Nouvelle Aquitaine. Les nouveaux conseillers régionaux élus en juin auront aussi leur mot à dire dans la gestion de l’eau dans le grand Sud Ouest. Les départements sont aussi invités à « cracher au bassinet » par les magistrats financiers qui siègent à Montpellier.

La Cour fait enfin état d’une proposition audacieuse pour redresser durablement les comptes de la CACG. Celle-ci ne « valorise » selon ses calculs que 200 millions de m3 auprès des agriculteurs, alors qu’elle « gère » un volume annuel estimé à plus de 500 millions de m3. Pourquoi donc ne pas faire payer l’eau non plus seulement pour l’irrigation, mais aussi pour « le soutien d’étiage » ? C’est peu ou prou déjà le cas pour EDF, dédommagée quand ses barrages hydroélectriques sont mobilisés pour « déstocker » de l’eau en été afin de soutenir le niveau de la Garonne. Sauf que l’électricien a pu faire valoir que cela représentait un « manque à gagner » en kilowatts pour se faire indemniser. Comment calculer le prix de l’eau destinée simplement à ce que les poissons ne meurent pas dans une rivière menacée d’assèchement ? Et qui paiera ?

«  Les bases règlementaires autorisant cette facturation sont inexistantes », reconnaît la Cour des Comptes. Il faudrait donc « repenser la gestion de l’eau en tant que bien commun », s’est contenté de glisser Pierre Moscovici. L’ ancien ministre (PS) de l’Economie et commissaire européen a été nommé à la tête de l’institution par Emmanuel Macron en juin 2020.

Pourquoi Moudenc voit rouge

Mais quelle mouche a piqué le maire de la ville rose, abandonnant soudain le chauffeur de sa voiture de fonction pour venir arracher une affiche placardée sur les vitres du théâtre de la Cité ? Le théâtre est occupé par un collectif d’intermittents, comme beaucoup d’autres en France. A Toulouse, ils ont été rejoint par les artistes du collectif Mix Art, anciens squatteurs à nouveau SDF depuis que la ville a brutalement fermé la friche industrielle où ils étaient installés avec la bénédiction de Philippe Douste-Blazy. Les critiques contre sa politique culturelle se multiplient dans la rue et les médias. Les activistes d’Act Up ont édité pour l’occasion de grandes affiches avec la photo du maire, et ce slogan ravageur : « Moudenc est à la Culture ce que Monsanto est à l’Agriculture ».

«  J’ai trouvé cette affiche injuste » dit le maire, qui explique « se battre » avec ses collègues des autres grandes villes de France pour obtenir la réouverture des lieux culturels auprès de Roselyne Bachelot. Manifestement, l’élu n’avait pas prévu que ce geste rageur pour laver son honneur serait filmé en direct par les occupants du théâtre. « Cela a permis de me distraire », lâche le maire face à la caméra des intermittents qui le poursuit alors qu’il regagne la nouvelle voiture électrique mise à disposition par Toulouse Métropole en finissant de froisser l’objet du litige. La vidéo du « laveur de vitres » amateur est devenue virale sur les réseaux sociaux.

Interpellé par son opposition lors du dernier conseil municipal, Moudenc enfonce le clou. Il s’étrangle quand on ose évoquer une atteinte à la liberté d’expression des artistes. « Arracher des affiches, c’est ma liberté d’expression à moi », balance le maire. Régulièrement brocardé pour son ultra-centrisme parfois jugé trop modéré dans une ville où « même les mémés aiment la castagne », « Moumoudenc » s’est laissé aller à confier sur l’air de la confidence… ne pas en être à son coup d’essai. On ignore si l’affiche d’Act Up, roulée en boule mais soigneusement déposée sur la banquette arrière de sa Zoé électrique, est allé rejoindre une improbable collection de dazibao gauchistes arrachés depuis ses jeunes années de président de la Corpo de Droit à l’université. Mais on ne peut que féliciter le geste écolo du « maire Monsanto » : il n’a pas jeté de rage le papier honni dans la rue…au risque d’être verbalisé.

Il faut croire que le récent soutien de Moudenc à Aurélien Pradié, le « sulfateur » choisi par Les Républicains pour couper l’herbe sous le pied de la liste macroniste du néo-centriste Novès, a réveillé ses ardeurs militantes. A 60 ans, le combat contre « les khmers rouges et verts » d’Antoine Maurice et sa liste « pastèques » aux dernières municipales avait déjà fait office de Viagra politique. L’épisode est aussi une réponse au jeune coq lotois, qui ne dédaigne pas faire le coup de poing avec l’extrême-droite de Garraud, et à qui l’on prête déjà l’intention de lorgner sur sa succession au Capitole. Qu’on se le dise, Moudenc n’est pas une poule mouillée : il peut lui aussi monter sur ses ergots pour « Reynié » en maître sur sa basse-cour.

Pradié/Novès : le match de deux cadets pour éviter le KO de Garraud

La fumée blanche est enfin sortie des états-majors de la droite républicaine et du nouveau centre macronien. Les deux formations politiques entretenaient un vrai-faux suspens sur leurs têtes de listes respectives qui tenteront de se qualifier au deuxième tour du duel d’ors et déjà annoncé entre Carole Delga et le Rassemblement National aux prochaines élections régionales. Sans surprise, Les Républicains (LR) ont sélectionné Aurélien Pradié, 35 ans. Le jeune et fringuant député du Lot a officialisé sa candidature en accordant une interview « exclusive » à La Dépêche du Midi, lundi 9 mars. Manière de couper l’herbe sous le pied de Vincent Terrail-Novès, 42 ans, maire de Balma et conseiller régional sortant, qui devait tenir le même jour une conférence de presse à Toulouse.

Discrètement divorcé de l’ancien parti de Nicolas Sarkozy depuis 2017, le fils adoptif de Guy Novès repousse l’annonce officielle de ses fiançailles avec celui d’Emmanuel Macron. Il se présente en « candidat libre » et sans étiquette, mais les macronistes régionaux ont aussitôt laisser éclater leur joie sur les réseaux sociaux d’avoir enfin un candidat prêt à aller au casse-pipe. Un sondage commandé par LR lui accorde un score flirtant dangereusement avec les 10%, barre à franchir impérativement pour se qualifier au deuxième tour. Avec 13% des intentions de vote, Aurélien Pradié n’aurait théoriquement pas à redouter cette humiliation. Mais au vu de l’énorme marge d’erreur sur le faible échantillon (1.013 personnes interrogées par l’Ifop du 23 février au 1er mars), pas de quoi pavoiser. Les deux jeunes champions qui vont s’aligner pour ce concours de saut à la perche de tous les dangers sont de toutes manières largués par le vétéran Jean-Paul Garraud, 65 ans. Ce magistrat retraité, ancien député LR, a été préféré par le Rassemblement National au jeune maire de Beaucaire Julien Sanchez (38 ans) pour clouer le bec à ces « gamins » qui jouent en deuxième division.

Tout l’enjeu du « match dans le match » entre les deux cadets de la droite et du centre sera donc de déterminer qui arrivera en tête pour contraindre l’autre à une éventuelle fusion. Officiellement, pas question de tendre la main aujourd’hui aux « traitres » macronnistes du coté des Républicains, qui ont largement rejeté une alliance avec les candidats En Marche sous la pression de Wauquiez, Pécresse et Bertrand, trois « barons »régionaux de droite qui pensent déjà s’offrir le scalp du locataire de l’Elysée en 2022. A Toulouse, Moudenc, le plus Macron-compatible des ténors locaux, a vite compris qu’il serait illusoire de reconduire l’alliance du lapin macronniste et de la carpe républicaine qui lui a permis de conserver Le Capitole. Interrogé, Novès frappe habilement en touche quand on lui demande s’il serait possible de fusionner avec les troupes de Pradié entre les deux tours pour éviter une déculottée comparable à celle subie par Dominique Reynié, candidat unique officiel de la droite et du centre en 2015 (21%, douze points derrière l’extrême-droite). Mais il va tout faire pour décrocher les centristes de l’UDI de l’orbite de LR, afin de prendre l’avantage dans cette primaire qui ne dit pas son nom.

L’addition des intentions de vote en faveur de Novès et Pradié ne laisse in fine guère d’espoir de revenir au score face à Garraud. Dès lors, les deux jeunes cadets, qui se sont jadis croisés dans l’hémicyle régional avant de mener des carrières politiques aux antipodes, vont être contraints de taper comme des sourds contre leurs adversaires respectifs en tentant d’éviter le coup fatal sous la ceinture de son allié pontentiel qui pourrait envoyer prématurément l’un ou l’autre au tapis. Le duel à distance entre Pradié et Novès confirme que le vieux rève de l’union de la droite et du centre au sein de feu-l’UMP, où ils effectuèrent leurs premières armes, a volé en éclat. Le premier incarne une droite « pure et dure » qui va tenter de reprendre des voix supposées « égarées » à l’extrême-droite. Mais « Battling Pradié », rare élu de droite sur les terres radicales du Queçy, n’aime rien tant que d’envoyer quelques crochets du gauche en se réclamant ostensiblement du « gaullisme social ». L’autre se présente comme le représentant d’une droite « modérée » cherchant à soustraire la « gauche raisonnée » à l’attraction du PS. Novès, qui a repris la mairie de Balma à un cacique du PS toulousain, s’active pour remettre « en marche » les réseaux de l’ex-maire PS de Montpellier Philippe Saurel, qui avait tenté de faire cavalier seul face à Delga en 2015 avec ses bérets rouges des « Citoyens du Midi », qualifiés de « prémisses » d’un macronisme qui couvait déjà sous les cendres de l’Impérator Néron-Frêche dans l’antique « Septimanie ».

Les « roitelets » déchus de la nuit toulousaine et leur empereur inconnu

Comme les Trois Mousquetaires, ils sont quatre. Quatre quadras qui aiment le fric et la fiesta. Un peu penauds, ces jeunes gens bien mis, fils de bonnes familles ou diplômés de Sup de Co, ont été pris la main dans le sac en train de détourner une partie de l’argent liquide qui coulait à flot dans leurs restos branchés, leurs bistrots à la mode et leurs guinguettes éphémères où la jeunesse dorée de Toulouse allait se trémousser avant qu’un méchant virus vienne tout gâcher. « On a déconné », reconnaissent-ils devant le tribunal correctionnel de Toulouse

Le trio d’associés du groupe All for You, gestionnaires de 7 établissements de la ville rose revendiquant un confortable chiffre d’affaire de 16 millions d’euros en 2020, aurait réussi l’exploit de détourner jusqu’à 45.000 euros de liquide tous les mois. Soit un préjudice de plus de 2 millions sur quatre ans, selon les calculs du Parquet qui leur réclamait des comptes. Nos trois patrons flambeurs, amateurs de belles bagnoles et de voyages dans les îles, encourent 3 ans de prison, dont un ferme. Comme leur ami Nicolas Sarkozy, venu déjeuner dans le navire-amiral de leur petit empire de la restauration festive lors de son dernier passage à Toulouse !

Plus gênant pour la suite de leurs exploits entrepreneuriaux, nos golden boys des tapas risquent de tomber sous le couperet d’une interdiction immédiate de gestion. Le quatrième larron, ancien associé et fils d’un ancien président du Stade Toulousain, a droit à un traitement particulier : prison avec sursis seulement, mais toujours cette satanée interdiction de gérer qui menace ses affaires en cours sur la place du Capitole ou au sein du Théâtre de la Cité. « Mon client n’a plus triché depuis qu’il a quitté ses anciens associés », fait valoir son défenseur recruté par papa, également avocat d’affaires. Tout ce petit monde sera fixé sur son sort le 2 avril.

Fin de l’histoire ? Que nenni ! Il n’y avait pas 4, mais 8 personnes dans le box des accusés du tribunal. Le quotidien régional, qui a partiellement rapporté les débats, a curieusement oublié de citer les autres personnes mises en cause. Cette différence de traitement interroge, alors que les noms de ceux qui sont présentés comme « les rois de la nuit » toulousaine sont jetés en pâture. Tout juste saura-t-on que le détournement de fonds a été rendu possible grâce à un logiciel, baptisé Vega. Cette suite informatique, mise au point et commercialisée par des informaticiens toulousains qui connaissent parfaitement le milieu professionnel de l’hôtellerie, est la solution logicielle de gestion la plus utilisée dans tous les hôtels-restaurants de France et de Navarre. Si une option cachée de ce « logiciel magique » est capable de dissimuler au fisc une partie des recettes de quelques patrons de resto branchés de la ville rose, à combien pourrait se monter l’addition à l’échelle nationale ? Mystère et boule de gomme !

Le petit génie inventeur de Vega, qui opère depuis un discret pavillon planqué au bout d’une impasse de l’autre coté du périphérique toulousain, ne risque aucune peine de prison ferme et ne s’expose qu’à une amende de 230.000€. Une broutille pour cet informaticien ingénieux et ses associés. La réussite commerciale de l’informaticien anonyme est telle à l’échelle nationale qu’il était devenu le principal associé financier de nos trois mousquetaires dans la plupart de leurs affaires les plus juteuses. Un « empereur inconnu » plus fort que les roitelets déplumés de la nuit toulousaine ?

La gauche de Delga dénonce les risques industriels de « la privatisation » de Port La Nouvelle

Le recours n’a de « gracieux » que le nom. Dans une lettre au vitriol adressée le 4 février à Carole Delga, l’avocat toulousain Christophe Léguevaques attaque le contrat de concession que la région Occitanie a signé en catimini juste avant Noël avec un consortium industriel et financier mi-belge, mi-néerlandais pour gérer les futures installations portuaires de Port-La-Nouvelle pendant 40 ans. La présidente de région affiche de grandes ambitions pour ce petit port aux portes de Narbonne, destiné à recevoir les premières éoliennes flottantes XXL qui doivent être mouillées au large des stations touristiques de Gruissan (Aude) et du Barcarès (Pyrénées Orientales).

Pour Carole Delga, il s’agit de transformer la station balnéaire populaire et un brin surannée de La Nouvelle, qui vivotait à l’ombre de sa cimenterie en abritant quelques petits cargos venus charger des céréales et décharger du pétrole, en « port de la transition écologique ». Mais le modèle économique proposé par les partenaires industriels de la région est contradictoire avec cette ambition, assène M° Léguevaques dans son courrier. « C’est du greenwashing » dénoncent les jeunes opposants d’Extinction Rebellion, qui tentent avec d’autres associations (Greenpeace, les Amis de la terre, etc) de mobiliser la population contre les premiers travaux pharaoniques (199 millions d’euros) confiés à Bouygues pour l’extension du port. La société mixte (SEMOP) créée par la région avec les groupes belges Deme et Europort est « un Franckestein juridique » ajoute Guilhem Serieys, conseiller régional de la France Insoumise.

Fracturation hydraulique à gauche et risques d’explosion

Le parti de Mélenchon est en pointe pour dénoncer « une privatisation qui ne dit pas son nom » à Port-La-Nouvelle. Les trois élus LFI, qui siègent dans l’opposition au conseil régional d’Occitanie, ont été rejoint par EELV. Les élus écolos, officiellement alliés à Carole Delga dans l’assemblée sortante, se sont divisés sur le sujet. Les tonnes de béton de Port-La-Nouvelle ont fait office de fracturation hydraulique : il y a ceux qui suivent le toulousain Antoine Maurice dans sa candidature contre Delga et le PS au premier tour des futures élections régionales, et ceux qui ont préféré rester dans le giron de la présidente de région. Les élus communistes, de leur coté, soutiennent officiellement le projet au nom des milliers d’emplois promis par la majorité. En première ligne contre un projet de « scierie industrielle » dans les Pyrénées, le PC régional a manifestement choisi de ne pas faire de vague en Méditerranée.

Le choix des opposants de faire appel à un avocat pour déposer un recours en forme d’ultimatum n’est pas anodin. Si la présidente de région dispose officiellement de deux mois pour y répondre, l’argumentation développée sur 21 pages préfigure d’ors et déjà une plainte devant le tribunal administratif en avril, soit quelques semaines avant la date prévue du scrutin (sauf nouveau report pour cause de Covid). La désignation de Christophe Léguevaques est encore moins innocente. Ancien militant du PS et rival déclaré de Martin Malvy quand l’ex-président de Midi-Pyrénées faisait mine de partir à la conquête de la mairie de Toulouse au siècle dernier, Me Léguevaques fut aussi l’avocat de la ville rose dans le procès AZF.

Beyrouth-bis ou nouveau Fos-sur-Mer des carburants verts

Bon connaisseur des finesses juridiques de l’industrie chimique lourde, l’avocat militant n’a pas manqué de relever dans sa lettre la concentration des sites classés Seveso à Port La Nouvelle. Il s’interroge notamment sur les actuels stockage de pétrole, de gaz ou d’engrais, mais aussi sur les futurs stocks d’hydrogène du « grand port vert » promis par Carole Delga. La présidente de région, qui mise beaucoup sur ce carburant d’avenir pour faire rouler des trains, en attendant les avions de demain, a récemment expliqué que l’électricité des futures éoliennes flottantes de Port-La-Nouvelle pourraient être « mise en conserve » grâce à des électrolyseurs. Les risques d’explosion de l’hydrogène, brandis régulièrement depuis le spectaculaire incendie du dirigeable Hindenbourg en 1937, pourraient-ils faire craindre une catastrophe similaire à celle qui a ravagé le port de Beyrouth dans l’Aude ?

Au-delà de cette vision d’apocalypse, les nouveaux concessionnaires belges donnent un aperçu de la dimension mondiale envisagée à La Nouvelle dans leur « plan stratégique » : importer des tonnes d’hydrogène produites par des centrales solaires construites au Maroc, en Tunisie ou dans le lointain désert du sultanat d’Oman et stockés dans de l’ammoniac, du méthanol ou du benzène. Pour faire bonne mesure, ils suggèrent d’importer aussi du « bio-ethanol » produit en Amérique Latine et dans les pays de l’Est. Bref, le futur bassin en eau profonde de La Nouvelle sera bien le futur Fos-sur-Mer occitan, et sa « darse pétrolière » convertie aux bienfaits des carburants « verts ». Mais assez éloigné d’une agriculture bio et « paysanne », de l’écologie des petits oiseaux de la LPO, des pêcheurs d’anguilles et des flamands roses des étangs du parc naturel régional de la Narbonnaise. Ou trop près ?

Transports urbains : le « plan le plus ambitieux de France » plombé au tribunal

Coup de tonnerre ou coup d’épée dans l’eau ? Les 4 milliards qui devaient être investis d’ici 2030 à Toulouse et dans une centaine de communes de banlieue avec la double promesse de circuler sans bouchons et d’épargner les poumons de plus d’un million d’habitants ont été rayés d’un trait de plume. Le tribunal administratif de Toulouse a donné raison à l’association 2 Pieds 2 Roues (2P2R) qui avait déposé un recours en juillet 2018 contre le nouveau plan des déplacements urbains (PDU), révisé à la demande de Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, pour y inclure son projet de 3ème ligne de métro, qui doit relier les sites Airbus de la métropole, de Colomiers à Labège. L’association historique des cyclistes urbains estime que ce plan fait la part trop belle aux modes de transports lourds – 3 milliards pour la ligne de métro baptisée Toulouse Aerospace Express (TAE) – au détriment des modes « doux » : quelques millions par an pour le vélo.

A la barre du tribunal administratif, début janvier, le président de l’association a surtout souligné que la future ligne de métro ne permettrait pas de réduire suffisamment les émissions de gaz à effet de serre. Pour Boris Kozlow, l’urgence climatique ne peut attendre la mise en service de TAE, repoussée fin 2028 par Jean-Luc Moudenc en raison des effets secondaires du coronivrus sur l’économie et les finances de la métropole. Le militant associatif décrit une agglomération tentaculaire, asphyxiée par la thrombose automobile qui gagne du terrain sur les routes inadaptées des communes et quartiers périphériques, sans trottoirs ni pistes cyclables. Il rejoint en cela les critiques émises lors de la dernière campagne électorale par Antoine Maurice (EELV), tête de liste d’Archipel Citoyen, et son homologue Nadia Pellefigue (PS), qui réclamaient de concert un « plan d’urgence » pour lutter contre la pollution atmosphérique et les embouteillages. Du local au global, l’enjeu est aussi planétaire : il s’agit de mettre Toulouse en conformité avec les engagements internationaux de la COP 21 pour freiner d’urgence le réchauffement climatique, sans attendre l’arrivée du métro aux portes des sites Airbus. Le président de 2P2R ne peut pas être suspecté d’être un « ultra » écolo Amish opposé à l’industrie aéronautique : il travaille dans le civil comme ingénieur pour le groupe aérospatial européen.

Désavoué par les juges administratifs, le syndicat mixte Tisséo, a réagit par un bref communiqué très sibyllin. Le bras-armé de Toulouse Métropole pour gérer le réseau de bus et de métro considère que le PDU n’a pas été censuré sur le fond. La sanction serait de pure forme, comme l’a effectivement souligné le rapporteur public dans ses conclusions. Florian Jazeron, qui représentait le gouvernement derrière la la vitre en plexiglas anti-Covid du tribunal, reproche à Tisséo d’avoir oublié de mentionner des « solutions alternatives raisonnables ». Plus sévère, Pierre Bentilola, explicite très concrêtement cette notion juridique un peu floue dans son jugement. Le président de la 6ème chambre du tribunaL rappelle qu’une «  étude concernant un projet « d’étoile ferroviaire » comprenant trois lignes de réseau express régional » avait été lancée suite « au débat public relatif à la troisième ligne de métro ». Mais elle ne figure pas dans les 8 tomes de l’étude environnementale. « Une telle omission a nécessairement eu pour effet de nuire à l’information complète de la population et a donc été susceptible d’exercer une influence sur les résultats de l’enquête publique, et, par voie de conséquence, sur le contenu même du plan de déplacements urbains adopté », conclue le tribunal administratif en dénonçant un « abus de pouvoir ».

Une « balle dans le pied » des cyclistes, le métro épargné ?

Tisséo n’annonce curieusement pas s’il fera, ou non, appel de ce camouflet. « Je dois d’abord réunir les juristes » indique Jean-Michel Lattes, président du syndicat et fidèle adjoint au maire de Toulouse. L’avocate de 2P2R, elle, fait le pari que Tisséo ne prendra pas le risque de retarder encore le calendrier par de nouvelles procédures juridiques. Toute la question est en effet de savoir si tous les projets de transports de l’agglomération sont suspendus par l’annulation du PDU. La réponse est bien entendu négative. Seuls les nouveaux projets inscrits dans la révision du PDU sont concernés : la 3ème ligne de métro…mais aussi les « autoroutes cyclables » du REV (Réseau Express Vélo) qui prévoit d’investir 250 millions dans 13 « lignes » permettant de relier les communes périphériques en pédalant en en toute sécurité. L’avocat de Tisséo n’avait pas manqué de souligné devant le tribunal que l’association des cyclistes se tirait une balle dans le pied en réclamant l’annulation du PDU. C’est ce que Jean-Michel Lattes appelle « un accord perdant-perdant ».

Le maire de Toulouse considère, pour sa part, que son projet de métro n’est pas impacté. «  La ligne TAE a une vie juridique propre » assure Jean-Luc Moudenc, interrogé lors de ses vœux à la presse. Les « juristes » de Tisséo devront confirmer, ou pas, cette « exception métropolitaine ». L’affirmation du maire repose sur la déclaration d’utilité publique de la troisième ligne, signée en février 2020 par le préfet. Dès la signature du contrat de fourniture des rames avec Alstom en décembre dernier, Jean-Luc Moudenc n’a pas manqué de rencontrer à nouveau Etienne Guyot, spécialiste des questions de transports urbains et ancien directeur de la société du Grand Paris chargé de construire les 4 nouvelles lignes de métro automatiques de la région parisienne pour les JO de 2024. Le maire de Toulouse sait pourtant très bien qu’il ne peut juridiquement pas lancer le chantier tant que l’enquête environnementale, annoncée dans le courant de l’année 2021, n’a pas eu lieu. C’est la raison pour laquelle il a paradoxalement claironné à la fin de l’année 2020 que la mise en service du métro était financièrement repoussée « fin 2028 »…. tout en affirmant que le projet n’était techniquement pas « retardé ».

La revanche de Pierre Cohen et du tramway ?

En vérité, il serait plus simple, plus rapide et moins cher de lancer sans attendre les travaux d’extension de la ligne B du métro vers Labège, voire du tramway vers la gare Matabiau. Ces projets figurent dans l’ancienne version du PDU, élaboré sous le mandat de Pierre Cohen. L’annulation de la révision du PDU a rescucité juridiquement le plan de l’ex-maire socialiste de la ville rose, qui faisait la part belle aux lignes de tram pour mieux faire reculer l’emprise de la voiture en ville. « C’est une véritable bombe sur la vie politique toulousaine » s’est aussitôt félicité l’ancien élu, qui pense tenir sa revanche. Dans un communiqué co-signé par ses derniers fidèles, Pierre Cohen demande à Jean-Luc Moudenc de « ne plus s’entêter à mettre Toulouse et Tisséo dans une impasse juridique et dogmatique ». L’actuel maire de la ville, qui avait mobilisé ses troupes contre son prédécésseur en organisant la résistance des quartiers contre des tramways et des lignes de bus en site propre accusés de créer des bouchons, évoque pour sa part une « régression ». Jean-Luc Moudenc souligne que le PDU de Cohen, chiffré à environ 2 milliards, était « moins favorable aux cyclistes et efficace contre la pollution atmosphérique ». Il continue d’affirmer haut et fort que son plan est « le plus ambitieux de France, hors Paris ».

La tonalité du communiqué de Pierre Cohen, dernier opposant déclaré à la troisième ligne de métro, tranche toutefois avec les réactions des autres acteurs du dossier « transport » de l’agglomération. L’association 2P2R se garde de crier victoire, préférant tendre la main à Jean-Michel Lattes pour signer la paix des braves, moyennant une rallonge (40 millions) au budget vélo afin d’accéler le REV et pérénisser les « corona-pistes » cyclables apparues à la sortie du premier confinement. Enfourchant la même ligne de modération, les élus de la liste Archipel de Toulouse se déclarent « force de proposition auprès de la majorité dans l’esprit d’une réussite collective au service des habitants ». Marc Péré, maire L’Union et candidat déclaré aux prochaines élections départementales, se démarque quelque peu d’Antoine Maurice, désigné tête de liste aux élections régionales par EELV, en proposant dans La Dépêche du Midi de couper la poire en deux : 6 lignes de RER et une ligne de métro raccourcie à sa partie Colomiers-Matabiau, pour un coût évalué à 3 milliards.

Moudenc et Delga jouent au ping-pong sur les rails

L’association Rallumons l’Etoile se garde bien de prendre parti. Se cantonnant sur un registre plus technique que politique, ce collectif constitué en « lobby pro-RER » estime possible, dès 2022, de cadencer des « omnibus » toutes les 30 minutes sur l’ancienne « ligne C » entre la gare des Arènes et Colomiers, et des trains toutes les heures sur une ligne Montauban-Castelnaudary en traversant la gare Matabiau. Mais la région Occitanie, compétente en matière ferroviaire, hésite à s’engager financièrement dans un super syndicat mixte à l’échelle péri-urbaine sur le modèle du STIF, qui gère les RER de la région parisienne. « Delga ne veut pas mettre un doigt dans Tisséo. Elle se contente de jouer au ping-pong avec Moudenc, comme Malvy avant elle » constate Pierre Cohen.

Il semble plus facile pour la région et la métropole de réclamer une LGV au gouvernement que de s’accorder sur « les trains du quotidien ». En attendant, le tramway T2 qui desservait l’aéroport de Blagnac depuis 2015 va bel et bien cesser de circuler en 2022. Un nouveau terminus provisoire va être aménagé devant le centre culturel Odyssud de Blagnac, le temps de construire la nouvelle station Jean Maga de la troisième ligne de métro, précise une délibération votée en catimini lors de la dernière réunion syndicale de Tisséo, à la veille de Noël. Les rames du tram seront remplacées à l’issue du chantier par de nouvelles « navettes automatiques ». Ce n’est même plus un scoop.

Occitanie : diviser pour mieux Reynié

Qui se souvient de Dominique Reynié, « politologue » médiatique qui délaissa provisoirement les studios de télé pour tenter d’offrir la présidence de la région Occitanie sur un plateau à la droite supposée unie de Nicolas Sakozy ? Jugé trop « mou », le centriste aveyronnais fut mis KO d’emblée par une partie de son camp qui lui renvoya une « bonne droite ». L’histoire va-t-elle se répéter en 2021… si le scrutin, repoussé en juin sur les conseils de Jean-Louis Debré, n’est pas une nouvelle fois renvoyé ?

On ne se bouscule pas chez Les Républicains pour monter sur le ring face à l’extrême-droite. Le nom du flamboyant député lotois Aurélien Pradié est avancé, mais le maire de Beaucaire Julien Sanchez n’en ferait qu’une bouchée, selon un sondage Ifop réalisé en septembre dernier (25% contre 14%). L’Ifop vient donc de tester la candidature de l’obscur député aveyronnais Arnaud Viala… dont le score frôle dangereusement l’élimination dès le premier tour (11%). Selon ce sondage réalisé pour Sud Radio, la seule solution serait d’envoyer au front Brigitte Barèges, la très sarkozyste maire de Montauban. Alliée à Robert Ménard au sein d’une « liste d’intérêt régional » (sic), l’ancienne tête de liste de la droite en Midi-Pyrénées face à Martin Malvy obtiendrait un meilleur score (14%) que le candidat officiel de la droite. Une prime à la dissidence qui valide au passage la stratégie du maire de Béziers, plaidant inlassablement pour un « rassemblement des droites » en siphonnant la carpe républicaine et le lapin nationaliste. Les derniers auditeurs en gilet jaune de l’ex-radio sudiste qui applaudissent les accents populistes du nouveau boss de ls station, l’ultra-Trumpien Didier Maïsto, ont pu se pâmer à la perspective d’un tel « pou-putsch » !

Brigitte Barèges, qui sait parfaitement détourner les voix de l’extrême-droite à son profit par quelques saillies bien choisies, a toutefois un léger handicap pour suivre la voie de son homologue de Béziers : l’élue de Montauban est sous la menace d’une peine d’inéligibiiIté de 5 ans pour avoir employé un scribouillard chargé de chanter ses louanges dans des feuilles de choux locales. Le verdict du tribunal de Toulouse sera connu le 9 février. Brigitte Barèges, qui s’était pourtant ostensiblement affichée avec Ménard à Montauban en octobre, fait semblant de ne pas être au courant de ce qui se trame en coulisses. Au détour d’un long et inattendu entretien confié à La Dépêche du Midi – qui la flingue pourtant à longueur de colonnes – elle assure même vouloir plutôt se présenter aux élections départementales dans le Tarn-et-Garonne.

Au Rassemblement National, personne n’est dupe. Inquiet de la manœuvre orchestrée par Ménard, le parti de Marine Le Pen envisage lui aussi de changer de cheval. Exit le petit taureau gardois Sanchez, conseiller régional sortant. Sur les conseils avisés de Louis Aliot, qui joue désormais les « notables » à Perpignan, l’extrême-droite mise désormais sur l‘ancien juge Jean-Paul Garraud, venu des rangs de l’UMP. Ce farouche concurrent d’Alain Juppé à Bordeaux avait jadis fondé « la Droite Populaire » avec Alain Mariani, ancien ministre de François Fillon et Nicolas Sarkozy,…et une certaine Brigitte Barèges. Une liste dissidente à droite risque en effet d’affaiblir le score du RN au premier tour, qui passerait de 25% à 16% selon l’Ifop. Cédant au passage la première place à Carole Delga (25%).

Les stratèges socialistes de la présidente sortante peuvent sortir le champagne… et ressortir la petite blague blindée de Staline au Vatican : la droite, combien de divisions ?

La troisième ligne de métro de Toulouse repoussée « fin 2028 »

Quand l’industrie aéronautique tousse, même le métro s’enrhume à Toulouse. La mise en service de la nouvelle ligne de métro de l’agglomération n’interviendra pas « avant fin 2028 » a annoncé Jean-Luc Moudenc, maire (LR) de Toulouse et président de Toulouse Métropole, lors d’une télé-conférence de presse. Projet-phare de M Moudenc qui lui avait permis de regagner la mairie de Toulouse en 2014, cette 3ème ligne de métro automatique était initialement promise pour 2024. Elle avait été reportée une première fois « à l’horizon 2025 » après affinage du tracé, qui doit relier Colomiers à Labège (27 kms). Le maire de Toulouse justifie ce nouveau dérapage du calendrier par la crise du Covid et des « capacités financières amoindries ». Le coût estimé de ce grand projet est passé de 1,7 milliards à plus de 2,2 milliards, en incluant la prolongation de l’actuelle ligne B vers Labège et une branche pour desservir l’aéroport de Toulouse-Blagnac à la place du tramway actuelle (ligne T2).

« On ne retarde pas le projet, on le décale dans le temps » souligne Jean-Luc Moudenc, qui maintient un lancement effectif du chantier dès 2022. Le maire de Toulouse, qui était aux cotés de son adjoint aux finances Sacha Briand, précise que d’autres grands projets, notamment dans la culture, seront repoussés pour tenir compte de la baisse des recettes. Ce trou d’air est évalué à 900 millions jusqu’en 2022. Sacha Briand espère un « retour à la normale » en 2023. Trop tard pour inaugurer le projet-phare du maire de Toulouse avant la fin de son mandat, en 2026.

L’opposition municipale, qui ne cachait pas son scepticisme face au calendrier très volontariste affiché par M Moudenc, pense tenir sa revanche après une campagne électorale qui avait de nouveau placé le projet de métro au centre des débats. « Bizarre que Supermenteur ne découvre le problème qu’après les élections », a aussitôt réagi sur Twitter Odile Maurin, élue sur la liste Archipel Citoyen. L’annonce de ce nouveau report confortera aussi l’analyse des magistrats de la chambre régionale des comptes, qui pointaient du doigt un « pari financier » avant même l’apparition de l’épidémie du coronavirus. Les hypothèses de financement de cette ligne, présentée par le maire de Toulouse comme « le plus gros chantier de transport en commun hors Paris », reposaient essentiellement sur la poursuite de la croissance d’Airbus, premier contributeur du versement transport de l’agglomération.

Rejetant les scénarios les plus noirs qui font déjà de la ville rose un nouveau Détroit, terrassée par une crise comme l’ancienne capitale de l’industrie automobile américaine, Jean-Luc Moudenc a symboliquement prévu de signer dès aujourd’hui le contrat de fourniture des rames et des automatismes avec le patron d’Als tom. Le constructeur français a été préféré à son concurrent allemand Siemens, qui équipe les deux lignes de métro existantes. Le montant de la commande s’élève à 713 millions de commande ferme, assortie d’options payantes supplémentaires pour alléger la facture.

Les comptes masqués de la région Occitanie

Carole Delga est une petite cachotière. Les services de la région Occitanie ont refusé de répondre aux journalistes de la cellule d’investigation de Radio France qui ont demandé les factures des millions de masques commandés par les collectivités dans tout le pays. Au nom d’un soit-disant « secret des affaires ». La présidente socialiste de la région n’est pas la seule élue à faire de la rétention d’information. Ses homologues Laurent Wauquiez (Auvergne-Rhône-Alpes) et Xavier Bertrand (Hauts-de-France) ont aussi traîné des pieds pour répondre. Les collègues de Radio-France ont très bien expliqué lors de l’émission Secrets d’Infos, diffusée samedi 5 décembre (et disponible en podcast), comment ces deux rivaux à l’investiture pour la prochaine élection présidentielle de 2022 à droite ont orchestré les distributions de ces petits bouts de tissus lavables dans leurs régions respectives pour mieux se positionner dans la course à l’Elysée. Delga prépare pour sa part activement sa reconduction à la tête de la région Occitanie.

Les journalistes du service public ont été contraints de faire appel à la CADA (commission d’accès aux documents administratifs) pour obtenir des précisions sur ces marchés exceptionnels, passés sans appel d’offre. Pour offrir deux masques à chaque habitant de la région avant la levée du premier confinement au printemps dernier comme elle s’y était engagée, Carole Delga a officiellement passé commande de 6 millions de masques. A qui ? A quel(s) prix ? Mystère et boule de gomme ! Interrogés à l’époque, les services de la région n’ont jamais répondu précisément. Cultivant le flou entre masques chirurgicaux en papier importés de Chine et masques textiles garantis « made in Occitanie », mais aussi entre sa propre commande et celle de 8 des 13 départements de la région qui en avait déjà commandé 4 millions, la région a préféré comme à son habitude privilégier la communication à l’information. On ne peut donc que saluer l’obstination des collègues de Radio-France, qui n’ont pas lâché l’affaire.

Au final, le bras de fer entre Secrets d’Infos et le « secret des affaires » brandi par la région Occitanie n’a pas permis d’améliorer la transparence. Contrairement au maire de Toulouse, qui avait fini par avouer que les masques commandés à une entreprise de Rhône-Alpes étaient en réalité fabriqués en Asie (au Pakistan pour être précis), Carole Delga a toujours prétendu avoir fait appel à un tissu d’entreprises régionales… mais sans jamais le prouver, documents à l’appui. Le président (PS) du Gers a « mangé le morceau » : « Tous les masques grand public commandés par la Région et le Département l’ont été auprès d’entreprises françaises et sont fabriqués à partir de tissus produits en France, mais sont ensuite assemblés à l’étranger comme tous les masques distribués en France », a fini par reconnaître Philippe Martin. L’enquête de Secrets d’Infos a établi que la région avait reçu des masques chirurgicaux fabriqués en Chine par un curieux intermédiaire basé à Monaco et disposant de comptes off-shore aux Seychelles. Cet homme d’affaires a reçu « un accompte » de 1,3 millions fin avril. Nous voilà rassurés sur la destination de nos impôts !

La région Occitanie, qui a passé de nouvelles commandes de masques depuis que ceux-ci sont obligatoires un peu partout, même dans rue, préfère désormais mettre en avant une filière « 100% régionale » avec deux entreprises ariégeoises : l’une fabrique le tissu, l’autre le découpe et rajoute l’élastique. Selon nos informations, une troisième entreprise du Tarn serait également intégrée épisodiquement à ces masques régionaux en « circuit court ». Prix de revient unitaire : environ 2 euros ; soit le double des masques « pakistanais » de Toulouse commandés par Jean-Luc Moudenc, mais aussi Georges Méric, président (PS) du département de la Haute-Garonne. Une information tellement « sensible » que Carole Delga préférait ne pas la voir diffuser à la radio ?