Les « roitelets » déchus de la nuit toulousaine et leur empereur inconnu

Comme les Trois Mousquetaires, ils sont quatre. Quatre quadras qui aiment le fric et la fiesta. Un peu penauds, ces jeunes gens bien mis, fils de bonnes familles ou diplômés de Sup de Co, ont été pris la main dans le sac en train de détourner une partie de l’argent liquide qui coulait à flot dans leurs restos branchés, leurs bistrots à la mode et leurs guinguettes éphémères où la jeunesse dorée de Toulouse allait se trémousser avant qu’un méchant virus vienne tout gâcher. « On a déconné », reconnaissent-ils devant le tribunal correctionnel de Toulouse

Le trio d’associés du groupe All for You, gestionnaires de 7 établissements de la ville rose revendiquant un confortable chiffre d’affaire de 16 millions d’euros en 2020, aurait réussi l’exploit de détourner jusqu’à 45.000 euros de liquide tous les mois. Soit un préjudice de plus de 2 millions sur quatre ans, selon les calculs du Parquet qui leur réclamait des comptes. Nos trois patrons flambeurs, amateurs de belles bagnoles et de voyages dans les îles, encourent 3 ans de prison, dont un ferme. Comme leur ami Nicolas Sarkozy, venu déjeuner dans le navire-amiral de leur petit empire de la restauration festive lors de son dernier passage à Toulouse !

Plus gênant pour la suite de leurs exploits entrepreneuriaux, nos golden boys des tapas risquent de tomber sous le couperet d’une interdiction immédiate de gestion. Le quatrième larron, ancien associé et fils d’un ancien président du Stade Toulousain, a droit à un traitement particulier : prison avec sursis seulement, mais toujours cette satanée interdiction de gérer qui menace ses affaires en cours sur la place du Capitole ou au sein du Théâtre de la Cité. « Mon client n’a plus triché depuis qu’il a quitté ses anciens associés », fait valoir son défenseur recruté par papa, également avocat d’affaires. Tout ce petit monde sera fixé sur son sort le 2 avril.

Fin de l’histoire ? Que nenni ! Il n’y avait pas 4, mais 8 personnes dans le box des accusés du tribunal. Le quotidien régional, qui a partiellement rapporté les débats, a curieusement oublié de citer les autres personnes mises en cause. Cette différence de traitement interroge, alors que les noms de ceux qui sont présentés comme « les rois de la nuit » toulousaine sont jetés en pâture. Tout juste saura-t-on que le détournement de fonds a été rendu possible grâce à un logiciel, baptisé Vega. Cette suite informatique, mise au point et commercialisée par des informaticiens toulousains qui connaissent parfaitement le milieu professionnel de l’hôtellerie, est la solution logicielle de gestion la plus utilisée dans tous les hôtels-restaurants de France et de Navarre. Si une option cachée de ce « logiciel magique » est capable de dissimuler au fisc une partie des recettes de quelques patrons de resto branchés de la ville rose, à combien pourrait se monter l’addition à l’échelle nationale ? Mystère et boule de gomme !

Le petit génie inventeur de Vega, qui opère depuis un discret pavillon planqué au bout d’une impasse de l’autre coté du périphérique toulousain, ne risque aucune peine de prison ferme et ne s’expose qu’à une amende de 230.000€. Une broutille pour cet informaticien ingénieux et ses associés. La réussite commerciale de l’informaticien anonyme est telle à l’échelle nationale qu’il était devenu le principal associé financier de nos trois mousquetaires dans la plupart de leurs affaires les plus juteuses. Un « empereur inconnu » plus fort que les roitelets déplumés de la nuit toulousaine ?

La gauche de Delga dénonce les risques industriels de « la privatisation » de Port La Nouvelle

Le recours n’a de « gracieux » que le nom. Dans une lettre au vitriol adressée le 4 février à Carole Delga, l’avocat toulousain Christophe Léguevaques attaque le contrat de concession que la région Occitanie a signé en catimini juste avant Noël avec un consortium industriel et financier mi-belge, mi-néerlandais pour gérer les futures installations portuaires de Port-La-Nouvelle pendant 40 ans. La présidente de région affiche de grandes ambitions pour ce petit port aux portes de Narbonne, destiné à recevoir les premières éoliennes flottantes XXL qui doivent être mouillées au large des stations touristiques de Gruissan (Aude) et du Barcarès (Pyrénées Orientales).

Pour Carole Delga, il s’agit de transformer la station balnéaire populaire et un brin surannée de La Nouvelle, qui vivotait à l’ombre de sa cimenterie en abritant quelques petits cargos venus charger des céréales et décharger du pétrole, en « port de la transition écologique ». Mais le modèle économique proposé par les partenaires industriels de la région est contradictoire avec cette ambition, assène M° Léguevaques dans son courrier. « C’est du greenwashing » dénoncent les jeunes opposants d’Extinction Rebellion, qui tentent avec d’autres associations (Greenpeace, les Amis de la terre, etc) de mobiliser la population contre les premiers travaux pharaoniques (199 millions d’euros) confiés à Bouygues pour l’extension du port. La société mixte (SEMOP) créée par la région avec les groupes belges Deme et Europort est « un Franckestein juridique » ajoute Guilhem Serieys, conseiller régional de la France Insoumise.

Fracturation hydraulique à gauche et risques d’explosion

Le parti de Mélenchon est en pointe pour dénoncer « une privatisation qui ne dit pas son nom » à Port-La-Nouvelle. Les trois élus LFI, qui siègent dans l’opposition au conseil régional d’Occitanie, ont été rejoint par EELV. Les élus écolos, officiellement alliés à Carole Delga dans l’assemblée sortante, se sont divisés sur le sujet. Les tonnes de béton de Port-La-Nouvelle ont fait office de fracturation hydraulique : il y a ceux qui suivent le toulousain Antoine Maurice dans sa candidature contre Delga et le PS au premier tour des futures élections régionales, et ceux qui ont préféré rester dans le giron de la présidente de région. Les élus communistes, de leur coté, soutiennent officiellement le projet au nom des milliers d’emplois promis par la majorité. En première ligne contre un projet de « scierie industrielle » dans les Pyrénées, le PC régional a manifestement choisi de ne pas faire de vague en Méditerranée.

Le choix des opposants de faire appel à un avocat pour déposer un recours en forme d’ultimatum n’est pas anodin. Si la présidente de région dispose officiellement de deux mois pour y répondre, l’argumentation développée sur 21 pages préfigure d’ors et déjà une plainte devant le tribunal administratif en avril, soit quelques semaines avant la date prévue du scrutin (sauf nouveau report pour cause de Covid). La désignation de Christophe Léguevaques est encore moins innocente. Ancien militant du PS et rival déclaré de Martin Malvy quand l’ex-président de Midi-Pyrénées faisait mine de partir à la conquête de la mairie de Toulouse au siècle dernier, Me Léguevaques fut aussi l’avocat de la ville rose dans le procès AZF.

Beyrouth-bis ou nouveau Fos-sur-Mer des carburants verts

Bon connaisseur des finesses juridiques de l’industrie chimique lourde, l’avocat militant n’a pas manqué de relever dans sa lettre la concentration des sites classés Seveso à Port La Nouvelle. Il s’interroge notamment sur les actuels stockage de pétrole, de gaz ou d’engrais, mais aussi sur les futurs stocks d’hydrogène du « grand port vert » promis par Carole Delga. La présidente de région, qui mise beaucoup sur ce carburant d’avenir pour faire rouler des trains, en attendant les avions de demain, a récemment expliqué que l’électricité des futures éoliennes flottantes de Port-La-Nouvelle pourraient être « mise en conserve » grâce à des électrolyseurs. Les risques d’explosion de l’hydrogène, brandis régulièrement depuis le spectaculaire incendie du dirigeable Hindenbourg en 1937, pourraient-ils faire craindre une catastrophe similaire à celle qui a ravagé le port de Beyrouth dans l’Aude ?

Au-delà de cette vision d’apocalypse, les nouveaux concessionnaires belges donnent un aperçu de la dimension mondiale envisagée à La Nouvelle dans leur « plan stratégique » : importer des tonnes d’hydrogène produites par des centrales solaires construites au Maroc, en Tunisie ou dans le lointain désert du sultanat d’Oman et stockés dans de l’ammoniac, du méthanol ou du benzène. Pour faire bonne mesure, ils suggèrent d’importer aussi du « bio-ethanol » produit en Amérique Latine et dans les pays de l’Est. Bref, le futur bassin en eau profonde de La Nouvelle sera bien le futur Fos-sur-Mer occitan, et sa « darse pétrolière » convertie aux bienfaits des carburants « verts ». Mais assez éloigné d’une agriculture bio et « paysanne », de l’écologie des petits oiseaux de la LPO, des pêcheurs d’anguilles et des flamands roses des étangs du parc naturel régional de la Narbonnaise. Ou trop près ?

Transports urbains : le « plan le plus ambitieux de France » plombé au tribunal

Coup de tonnerre ou coup d’épée dans l’eau ? Les 4 milliards qui devaient être investis d’ici 2030 à Toulouse et dans une centaine de communes de banlieue avec la double promesse de circuler sans bouchons et d’épargner les poumons de plus d’un million d’habitants ont été rayés d’un trait de plume. Le tribunal administratif de Toulouse a donné raison à l’association 2 Pieds 2 Roues (2P2R) qui avait déposé un recours en juillet 2018 contre le nouveau plan des déplacements urbains (PDU), révisé à la demande de Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, pour y inclure son projet de 3ème ligne de métro, qui doit relier les sites Airbus de la métropole, de Colomiers à Labège. L’association historique des cyclistes urbains estime que ce plan fait la part trop belle aux modes de transports lourds – 3 milliards pour la ligne de métro baptisée Toulouse Aerospace Express (TAE) – au détriment des modes « doux » : quelques millions par an pour le vélo.

A la barre du tribunal administratif, début janvier, le président de l’association a surtout souligné que la future ligne de métro ne permettrait pas de réduire suffisamment les émissions de gaz à effet de serre. Pour Boris Kozlow, l’urgence climatique ne peut attendre la mise en service de TAE, repoussée fin 2028 par Jean-Luc Moudenc en raison des effets secondaires du coronivrus sur l’économie et les finances de la métropole. Le militant associatif décrit une agglomération tentaculaire, asphyxiée par la thrombose automobile qui gagne du terrain sur les routes inadaptées des communes et quartiers périphériques, sans trottoirs ni pistes cyclables. Il rejoint en cela les critiques émises lors de la dernière campagne électorale par Antoine Maurice (EELV), tête de liste d’Archipel Citoyen, et son homologue Nadia Pellefigue (PS), qui réclamaient de concert un « plan d’urgence » pour lutter contre la pollution atmosphérique et les embouteillages. Du local au global, l’enjeu est aussi planétaire : il s’agit de mettre Toulouse en conformité avec les engagements internationaux de la COP 21 pour freiner d’urgence le réchauffement climatique, sans attendre l’arrivée du métro aux portes des sites Airbus. Le président de 2P2R ne peut pas être suspecté d’être un « ultra » écolo Amish opposé à l’industrie aéronautique : il travaille dans le civil comme ingénieur pour le groupe aérospatial européen.

Désavoué par les juges administratifs, le syndicat mixte Tisséo, a réagit par un bref communiqué très sibyllin. Le bras-armé de Toulouse Métropole pour gérer le réseau de bus et de métro considère que le PDU n’a pas été censuré sur le fond. La sanction serait de pure forme, comme l’a effectivement souligné le rapporteur public dans ses conclusions. Florian Jazeron, qui représentait le gouvernement derrière la la vitre en plexiglas anti-Covid du tribunal, reproche à Tisséo d’avoir oublié de mentionner des « solutions alternatives raisonnables ». Plus sévère, Pierre Bentilola, explicite très concrêtement cette notion juridique un peu floue dans son jugement. Le président de la 6ème chambre du tribunaL rappelle qu’une «  étude concernant un projet « d’étoile ferroviaire » comprenant trois lignes de réseau express régional » avait été lancée suite « au débat public relatif à la troisième ligne de métro ». Mais elle ne figure pas dans les 8 tomes de l’étude environnementale. « Une telle omission a nécessairement eu pour effet de nuire à l’information complète de la population et a donc été susceptible d’exercer une influence sur les résultats de l’enquête publique, et, par voie de conséquence, sur le contenu même du plan de déplacements urbains adopté », conclue le tribunal administratif en dénonçant un « abus de pouvoir ».

Une « balle dans le pied » des cyclistes, le métro épargné ?

Tisséo n’annonce curieusement pas s’il fera, ou non, appel de ce camouflet. « Je dois d’abord réunir les juristes » indique Jean-Michel Lattes, président du syndicat et fidèle adjoint au maire de Toulouse. L’avocate de 2P2R, elle, fait le pari que Tisséo ne prendra pas le risque de retarder encore le calendrier par de nouvelles procédures juridiques. Toute la question est en effet de savoir si tous les projets de transports de l’agglomération sont suspendus par l’annulation du PDU. La réponse est bien entendu négative. Seuls les nouveaux projets inscrits dans la révision du PDU sont concernés : la 3ème ligne de métro…mais aussi les « autoroutes cyclables » du REV (Réseau Express Vélo) qui prévoit d’investir 250 millions dans 13 « lignes » permettant de relier les communes périphériques en pédalant en en toute sécurité. L’avocat de Tisséo n’avait pas manqué de souligné devant le tribunal que l’association des cyclistes se tirait une balle dans le pied en réclamant l’annulation du PDU. C’est ce que Jean-Michel Lattes appelle « un accord perdant-perdant ».

Le maire de Toulouse considère, pour sa part, que son projet de métro n’est pas impacté. «  La ligne TAE a une vie juridique propre » assure Jean-Luc Moudenc, interrogé lors de ses vœux à la presse. Les « juristes » de Tisséo devront confirmer, ou pas, cette « exception métropolitaine ». L’affirmation du maire repose sur la déclaration d’utilité publique de la troisième ligne, signée en février 2020 par le préfet. Dès la signature du contrat de fourniture des rames avec Alstom en décembre dernier, Jean-Luc Moudenc n’a pas manqué de rencontrer à nouveau Etienne Guyot, spécialiste des questions de transports urbains et ancien directeur de la société du Grand Paris chargé de construire les 4 nouvelles lignes de métro automatiques de la région parisienne pour les JO de 2024. Le maire de Toulouse sait pourtant très bien qu’il ne peut juridiquement pas lancer le chantier tant que l’enquête environnementale, annoncée dans le courant de l’année 2021, n’a pas eu lieu. C’est la raison pour laquelle il a paradoxalement claironné à la fin de l’année 2020 que la mise en service du métro était financièrement repoussée « fin 2028 »…. tout en affirmant que le projet n’était techniquement pas « retardé ».

La revanche de Pierre Cohen et du tramway ?

En vérité, il serait plus simple, plus rapide et moins cher de lancer sans attendre les travaux d’extension de la ligne B du métro vers Labège, voire du tramway vers la gare Matabiau. Ces projets figurent dans l’ancienne version du PDU, élaboré sous le mandat de Pierre Cohen. L’annulation de la révision du PDU a rescucité juridiquement le plan de l’ex-maire socialiste de la ville rose, qui faisait la part belle aux lignes de tram pour mieux faire reculer l’emprise de la voiture en ville. « C’est une véritable bombe sur la vie politique toulousaine » s’est aussitôt félicité l’ancien élu, qui pense tenir sa revanche. Dans un communiqué co-signé par ses derniers fidèles, Pierre Cohen demande à Jean-Luc Moudenc de « ne plus s’entêter à mettre Toulouse et Tisséo dans une impasse juridique et dogmatique ». L’actuel maire de la ville, qui avait mobilisé ses troupes contre son prédécésseur en organisant la résistance des quartiers contre des tramways et des lignes de bus en site propre accusés de créer des bouchons, évoque pour sa part une « régression ». Jean-Luc Moudenc souligne que le PDU de Cohen, chiffré à environ 2 milliards, était « moins favorable aux cyclistes et efficace contre la pollution atmosphérique ». Il continue d’affirmer haut et fort que son plan est « le plus ambitieux de France, hors Paris ».

La tonalité du communiqué de Pierre Cohen, dernier opposant déclaré à la troisième ligne de métro, tranche toutefois avec les réactions des autres acteurs du dossier « transport » de l’agglomération. L’association 2P2R se garde de crier victoire, préférant tendre la main à Jean-Michel Lattes pour signer la paix des braves, moyennant une rallonge (40 millions) au budget vélo afin d’accéler le REV et pérénisser les « corona-pistes » cyclables apparues à la sortie du premier confinement. Enfourchant la même ligne de modération, les élus de la liste Archipel de Toulouse se déclarent « force de proposition auprès de la majorité dans l’esprit d’une réussite collective au service des habitants ». Marc Péré, maire L’Union et candidat déclaré aux prochaines élections départementales, se démarque quelque peu d’Antoine Maurice, désigné tête de liste aux élections régionales par EELV, en proposant dans La Dépêche du Midi de couper la poire en deux : 6 lignes de RER et une ligne de métro raccourcie à sa partie Colomiers-Matabiau, pour un coût évalué à 3 milliards.

Moudenc et Delga jouent au ping-pong sur les rails

L’association Rallumons l’Etoile se garde bien de prendre parti. Se cantonnant sur un registre plus technique que politique, ce collectif constitué en « lobby pro-RER » estime possible, dès 2022, de cadencer des « omnibus » toutes les 30 minutes sur l’ancienne « ligne C » entre la gare des Arènes et Colomiers, et des trains toutes les heures sur une ligne Montauban-Castelnaudary en traversant la gare Matabiau. Mais la région Occitanie, compétente en matière ferroviaire, hésite à s’engager financièrement dans un super syndicat mixte à l’échelle péri-urbaine sur le modèle du STIF, qui gère les RER de la région parisienne. « Delga ne veut pas mettre un doigt dans Tisséo. Elle se contente de jouer au ping-pong avec Moudenc, comme Malvy avant elle » constate Pierre Cohen.

Il semble plus facile pour la région et la métropole de réclamer une LGV au gouvernement que de s’accorder sur « les trains du quotidien ». En attendant, le tramway T2 qui desservait l’aéroport de Blagnac depuis 2015 va bel et bien cesser de circuler en 2022. Un nouveau terminus provisoire va être aménagé devant le centre culturel Odyssud de Blagnac, le temps de construire la nouvelle station Jean Maga de la troisième ligne de métro, précise une délibération votée en catimini lors de la dernière réunion syndicale de Tisséo, à la veille de Noël. Les rames du tram seront remplacées à l’issue du chantier par de nouvelles « navettes automatiques ». Ce n’est même plus un scoop.

Occitanie : diviser pour mieux Reynié

Qui se souvient de Dominique Reynié, « politologue » médiatique qui délaissa provisoirement les studios de télé pour tenter d’offrir la présidence de la région Occitanie sur un plateau à la droite supposée unie de Nicolas Sakozy ? Jugé trop « mou », le centriste aveyronnais fut mis KO d’emblée par une partie de son camp qui lui renvoya une « bonne droite ». L’histoire va-t-elle se répéter en 2021… si le scrutin, repoussé en juin sur les conseils de Jean-Louis Debré, n’est pas une nouvelle fois renvoyé ?

On ne se bouscule pas chez Les Républicains pour monter sur le ring face à l’extrême-droite. Le nom du flamboyant député lotois Aurélien Pradié est avancé, mais le maire de Beaucaire Julien Sanchez n’en ferait qu’une bouchée, selon un sondage Ifop réalisé en septembre dernier (25% contre 14%). L’Ifop vient donc de tester la candidature de l’obscur député aveyronnais Arnaud Viala… dont le score frôle dangereusement l’élimination dès le premier tour (11%). Selon ce sondage réalisé pour Sud Radio, la seule solution serait d’envoyer au front Brigitte Barèges, la très sarkozyste maire de Montauban. Alliée à Robert Ménard au sein d’une « liste d’intérêt régional » (sic), l’ancienne tête de liste de la droite en Midi-Pyrénées face à Martin Malvy obtiendrait un meilleur score (14%) que le candidat officiel de la droite. Une prime à la dissidence qui valide au passage la stratégie du maire de Béziers, plaidant inlassablement pour un « rassemblement des droites » en siphonnant la carpe républicaine et le lapin nationaliste. Les derniers auditeurs en gilet jaune de l’ex-radio sudiste qui applaudissent les accents populistes du nouveau boss de ls station, l’ultra-Trumpien Didier Maïsto, ont pu se pâmer à la perspective d’un tel « pou-putsch » !

Brigitte Barèges, qui sait parfaitement détourner les voix de l’extrême-droite à son profit par quelques saillies bien choisies, a toutefois un léger handicap pour suivre la voie de son homologue de Béziers : l’élue de Montauban est sous la menace d’une peine d’inéligibiiIté de 5 ans pour avoir employé un scribouillard chargé de chanter ses louanges dans des feuilles de choux locales. Le verdict du tribunal de Toulouse sera connu le 9 février. Brigitte Barèges, qui s’était pourtant ostensiblement affichée avec Ménard à Montauban en octobre, fait semblant de ne pas être au courant de ce qui se trame en coulisses. Au détour d’un long et inattendu entretien confié à La Dépêche du Midi – qui la flingue pourtant à longueur de colonnes – elle assure même vouloir plutôt se présenter aux élections départementales dans le Tarn-et-Garonne.

Au Rassemblement National, personne n’est dupe. Inquiet de la manœuvre orchestrée par Ménard, le parti de Marine Le Pen envisage lui aussi de changer de cheval. Exit le petit taureau gardois Sanchez, conseiller régional sortant. Sur les conseils avisés de Louis Aliot, qui joue désormais les « notables » à Perpignan, l’extrême-droite mise désormais sur l’ancien juge Alain Marsaud, venu des rangs de l’UMP. Ce farouche concurrent d’Alain Juppé à Bordeaux avait jadis fondé « la Droite Populaire » avec Alain Mariani, ancien ministre de François Fillon et Nicolas Sarkozy,…et une certaine Brigitte Barèges. Une liste dissidente à droite risque en effet d’affaiblir le score du RN au premier tour, qui passerait de 25% à 16% selon l’Ifop. Cédant au passage la première place à Carole Delga (25%).

Les stratèges socialistes de la présidente sortante peuvent sortir le champagne… et ressortir la petite blague blindée de Staline au Vatican : la droite, combien de divisions ?

La troisième ligne de métro de Toulouse repoussée « fin 2028 »

Quand l’industrie aéronautique tousse, même le métro s’enrhume à Toulouse. La mise en service de la nouvelle ligne de métro de l’agglomération n’interviendra pas « avant fin 2028 » a annoncé Jean-Luc Moudenc, maire (LR) de Toulouse et président de Toulouse Métropole, lors d’une télé-conférence de presse. Projet-phare de M Moudenc qui lui avait permis de regagner la mairie de Toulouse en 2014, cette 3ème ligne de métro automatique était initialement promise pour 2024. Elle avait été reportée une première fois « à l’horizon 2025 » après affinage du tracé, qui doit relier Colomiers à Labège (27 kms). Le maire de Toulouse justifie ce nouveau dérapage du calendrier par la crise du Covid et des « capacités financières amoindries ». Le coût estimé de ce grand projet est passé de 1,7 milliards à plus de 2,2 milliards, en incluant la prolongation de l’actuelle ligne B vers Labège et une branche pour desservir l’aéroport de Toulouse-Blagnac à la place du tramway actuelle (ligne T2).

« On ne retarde pas le projet, on le décale dans le temps » souligne Jean-Luc Moudenc, qui maintient un lancement effectif du chantier dès 2022. Le maire de Toulouse, qui était aux cotés de son adjoint aux finances Sacha Briand, précise que d’autres grands projets, notamment dans la culture, seront repoussés pour tenir compte de la baisse des recettes. Ce trou d’air est évalué à 900 millions jusqu’en 2022. Sacha Briand espère un « retour à la normale » en 2023. Trop tard pour inaugurer le projet-phare du maire de Toulouse avant la fin de son mandat, en 2026.

L’opposition municipale, qui ne cachait pas son scepticisme face au calendrier très volontariste affiché par M Moudenc, pense tenir sa revanche après une campagne électorale qui avait de nouveau placé le projet de métro au centre des débats. « Bizarre que Supermenteur ne découvre le problème qu’après les élections », a aussitôt réagi sur Twitter Odile Maurin, élue sur la liste Archipel Citoyen. L’annonce de ce nouveau report confortera aussi l’analyse des magistrats de la chambre régionale des comptes, qui pointaient du doigt un « pari financier » avant même l’apparition de l’épidémie du coronavirus. Les hypothèses de financement de cette ligne, présentée par le maire de Toulouse comme « le plus gros chantier de transport en commun hors Paris », reposaient essentiellement sur la poursuite de la croissance d’Airbus, premier contributeur du versement transport de l’agglomération.

Rejetant les scénarios les plus noirs qui font déjà de la ville rose un nouveau Détroit, terrassée par une crise comme l’ancienne capitale de l’industrie automobile américaine, Jean-Luc Moudenc a symboliquement prévu de signer dès aujourd’hui le contrat de fourniture des rames et des automatismes avec le patron d’Als tom. Le constructeur français a été préféré à son concurrent allemand Siemens, qui équipe les deux lignes de métro existantes. Le montant de la commande s’élève à 713 millions de commande ferme, assortie d’options payantes supplémentaires pour alléger la facture.

Les comptes masqués de la région Occitanie

Carole Delga est une petite cachotière. Les services de la région Occitanie ont refusé de répondre aux journalistes de la cellule d’investigation de Radio France qui ont demandé les factures des millions de masques commandés par les collectivités dans tout le pays. Au nom d’un soit-disant « secret des affaires ». La présidente socialiste de la région n’est pas la seule élue à faire de la rétention d’information. Ses homologues Laurent Wauquiez (Auvergne-Rhône-Alpes) et Xavier Bertrand (Hauts-de-France) ont aussi traîné des pieds pour répondre. Les collègues de Radio-France ont très bien expliqué lors de l’émission Secrets d’Infos, diffusée samedi 5 décembre (et disponible en podcast), comment ces deux rivaux à l’investiture pour la prochaine élection présidentielle de 2022 à droite ont orchestré les distributions de ces petits bouts de tissus lavables dans leurs régions respectives pour mieux se positionner dans la course à l’Elysée. Delga prépare pour sa part activement sa reconduction à la tête de la région Occitanie.

Les journalistes du service public ont été contraints de faire appel à la CADA (commission d’accès aux documents administratifs) pour obtenir des précisions sur ces marchés exceptionnels, passés sans appel d’offre. Pour offrir deux masques à chaque habitant de la région avant la levée du premier confinement au printemps dernier comme elle s’y était engagée, Carole Delga a officiellement passé commande de 6 millions de masques. A qui ? A quel(s) prix ? Mystère et boule de gomme ! Interrogés à l’époque, les services de la région n’ont jamais répondu précisément. Cultivant le flou entre masques chirurgicaux en papier importés de Chine et masques textiles garantis « made in Occitanie », mais aussi entre sa propre commande et celle de 8 des 13 départements de la région qui en avait déjà commandé 4 millions, la région a préféré comme à son habitude privilégier la communication à l’information. On ne peut donc que saluer l’obstination des collègues de Radio-France, qui n’ont pas lâché l’affaire.

Au final, le bras de fer entre Secrets d’Infos et le « secret des affaires » brandi par la région Occitanie n’a pas permis d’améliorer la transparence. Contrairement au maire de Toulouse, qui avait fini par avouer que les masques commandés à une entreprise de Rhône-Alpes étaient en réalité fabriqués en Asie (au Pakistan pour être précis), Carole Delga a toujours prétendu avoir fait appel à un tissu d’entreprises régionales… mais sans jamais le prouver, documents à l’appui. Le président (PS) du Gers a « mangé le morceau » : « Tous les masques grand public commandés par la Région et le Département l’ont été auprès d’entreprises françaises et sont fabriqués à partir de tissus produits en France, mais sont ensuite assemblés à l’étranger comme tous les masques distribués en France », a fini par reconnaître Philippe Martin. L’enquête de Secrets d’Infos a établi que la région avait reçu des masques chirurgicaux fabriqués en Chine par un curieux intermédiaire basé à Monaco et disposant de comptes off-shore aux Seychelles. Cet homme d’affaires a reçu « un accompte » de 1,3 millions fin avril. Nous voilà rassurés sur la destination de nos impôts !

La région Occitanie, qui a passé de nouvelles commandes de masques depuis que ceux-ci sont obligatoires un peu partout, même dans rue, préfère désormais mettre en avant une filière « 100% régionale » avec deux entreprises ariégeoises : l’une fabrique le tissu, l’autre le découpe et rajoute l’élastique. Selon nos informations, une troisième entreprise du Tarn serait également intégrée épisodiquement à ces masques régionaux en « circuit court ». Prix de revient unitaire : environ 2 euros ; soit le double des masques « pakistanais » de Toulouse commandés par Jean-Luc Moudenc, mais aussi Georges Méric, président (PS) du département de la Haute-Garonne. Une information tellement « sensible » que Carole Delga préférait ne pas la voir diffuser à la radio ?

La revanche (par procuration) de Maurice sur Moudenc

Les maires écolos prêts à voter pour la maire PS de Nantes à France Urbaine

Si le maire de Toulouse a pu se rallier ses homologues socialistes de l’agglomération, qui ont signé un « pacte de gouvernance » lors de son élection à la présidence de Toulouse Métropole, il n’en va pas de même au niveau national. Jean-Luc Moudenc, président sortant de France Urbaine qui fédère toutes les grandes agglomérations et métropoles de France, devrait avoir une concurrente en la personne de Johanna Roland, maire (PS) de Nantes. C’est Eric Piolle, maire (EELV) de Grenoble, qui fait ouvertement campagne contre le maire de Toulouse… à la demande d’Antoine Maurice.

Le chef de file des écologistes toulousains a expliqué à son camarade de parti, qui s’apprêtait à reconduire le président de France Urbaine, que Moudenc était moins consensuel qu’il n’y paraît. Johanna Roland, réélue après avoir fusionné avec les Verts nantais, est plus écolo-compatible. Jean-Luc Moudenc prend la menace au sérieux après la « vague verte » qui a remporté plusieurs grandes villes : Eric Piolle, jusqu’alors isolé, se retrouve à la tête d’un groupe de 11 élus en position charnière à France Urbaine.

Le maire de Toulouse espère toutefois compter sur d’autres grands élus socialistes, comme le maire de Dijon, opposés à la ligne officielle du PS qui privilégie les alliances avec les écologistes. C’est aussi le cas de Carole Delga, qui a soutenu en sous-main l’alliance des socialistes toulousains avec Moudenc contre l’avis de la fédération du PS de Haute-Garonne. « On a bien vu à Blois qu’il y avait deux lignes au PS », analyse le maire de Toulouse après l’université d’été des socialistes dans le Loir-et-Cher.

Antoine Maurice prendra-t-il sa revanche par procuration à France Urbaine ? Réponse le 24 septembre.

Le « monopoly de Saint-Jory » fait irruption à Toulouse Métropole

Les affaires immobilières de Thierry Fourcassier, maire (LR) de Saint-Jory, ont suscité un bref instant de malaise à Toulouse Métropole. En cause, une délibération technique qui prévoyait l’achat d’une parcelle à la famille du maire pour la somme de 140.000€ afin de permettre le raccordement de la future caserne des pompiers au nouveau rond-point aménagé à l’entrée nord de Saint-Jory. N’y a t-il pas là un risque de conflit d’intérêt, a demandé presque naïvement en fin de séance Aymeric Deheurles, élu tiré au sort sur la liste Archipel Citoyen à Toulouse ? « Tout est légal » a affirmé Jean-Luc Moudenc, tout en assurant comprendre « le malaise » du nouvel élu. Le président de séance a ensuite demandé à Thierry Fourcassier de quitter la salle, afin de respecter la règle qui interdit à un élu de prendre part au vote quand ses propres intérêt sont en jeu.

Le maire de Toulouse s’est enfin tourné sur sa droite en demandant au maire (PS) de Tournefeuille, également conseiller départemental, de rassurer son opposant toulousain. C’est en effet le département qui doit construire la nouvelle caserne de pompiers de Saint-Jory sur un terrain cédé pour l’euro symbolique au SDIS (service départemental d’incendie et de secours). « J’ai conscience de ne pas répondre complètement à la question » a finit par lâcher Dominique Fouchier, visiblement un peu embarrassé par cette patate chaude. Karine Traval-Michelet, maire (PS) de Colomiers et future présidente du groupe socialiste, a ensuite créé la surprise en annonçant que certains membres de son groupe ne voteraient pas la délibération. Il s’agit là d’une première entorse au pacte de gouvernance passé entre Jean-Luc Moudenc et les maires socialistes de Toulouse Métropole. Au total, 42 élus se sont abstenus.

Les élus socialistes ont été alertés par Victor Denouvion, le candidat PS opposé à Thierry Fourcassier aux dernières élections municipales. Egalement conseiller départemental et vice-président du SDIS, M Denouvion remet en cause la légalité de l’opération. Il explique que les 140.000€ versés à la famille Fourcassier vont permettre de rendre constructible un terrain de 3 hectares appartenant au maire en le désenclavant. Sur sa page Facebook, le maire de Saint-Jory ajoute que le futur rond-point sur l’ancienne route nationale 20, transférée par le département à la métropole, va également permettre de construire un bowling, une salle de jeux et une salle des fêtes. Les travaux, financés à hauteur de 1,5 millions d’euros par Toulouse Métropole, ont commencé cet été. Ils doivent s’étaler jusqu’à la fin de l’année

« J’ai fait interrompre le chantier car les engins empiétaient sur les buttes édifiées pour isoler la propriété familiale de la route », rapporte Thierry Fourcassier. L’élu, dont la famille possède plusieurs terrains dans la commune, indique avoir déjà perdu une « haie de sapinettes de 8 mètres de haut » dans l’affaire. Le maire de Saint-Jory se défend en expliquant avoir vendu ses terres au prix de 30€ le m2, soit « deux fois moins que mes voisins ». Il explique que c’est son prédécesseur (DVG) à la mairie qui avait choisi l’emplacement de la caserne. « Quand j’ai été élu (en 2014), je suis allé voir les pompiers pour leur proposer un autre terrain près de la gare. Ils n’en ont pas voulu », raconte Thierry Fourcassier. Selon lui, c’est le SDIS qui a exigé de construire le nouvel accès routier jusqu ‘au rond-point qui va rendre sa parcelle constructible. Un autre rond-point a été aménagé quelques centaines de mètres plus loin pour desservir un petit centre commercial.

Jusqu’alors président de la commission Urbanisme, le maire de Saint-Jory préside désormais la commission Voirie de Toulouse Métropole. Réélu avec 94 voix d’avance en mars dernier dans sa commune, le maire de droite est menacé par un recours déposé par son opposant socialiste.

Bénis soient les « mélokos »

Linou tournefeuille

Ce n’est pas une blague. Stéphane Linou, ancien élu local (EELV) de Castelnaudary (Aude), s’attache désormais à convertir le pays à sa « religion » laïque : le locavorisme. Ce diable d’homme, qui avait attiré l’attention médiatique il y a une dizaine d’années en s’alimentant exclusivement de produits issus d’un rayon de 15 à 150 kms de son domicile pendant un an, fait des adeptes en s’invitant à la table des particuliers ou des professionnels prêts à relever le même défi le temps d’un repas. Ce vendredi 26 juin à midi, rendez-vous dans une improbable cuisine sans restaurant tapie dans une zone industrielle entre Tournefeuille et Colomiers. Clémentine Renaud et ses associées sont aux fourneaux d’un « tiers-lieu » qui se présente comme « le premier co-working culinaire » de l’agglomération toulousaine. Au menu : des légumes de saison (courgettes, tomates, aubergines) en entrée, du poulet accompagné d’une purée de pois chiches et une île flottante aux fraises au dessert. Pas de café pour respecter la règle des 50 kilomètres édictée par le locavore du Lauragais, et une addition inférieure à 10€ par personne.

Linou Tournefeuille 1

La plupart des produits sont bio, mais la principale difficulté était de les préparer avec des ingrédients purement locaux. Clémentine explique avoir remplacé le sucre par du miel, et le citron de son tartare de courgettes par  » le vinaigre de mon papa « .  » Tout le monde peut faire son vinaigre chez soi « , assure la cuisinière qui n’a pas appris la recette à l’école hôtelière, mais dans son enfance en Côte d’Ivoire. Pour tenir le budget imposé par Stéphane Linou, l’astucieuse mitronne a incorporé les fanes de carottes dans ses petits pains à la farine d’épeautre préparés spécialement pour l’occasion. Cette expérimentation boulangère suscite l’intérêt du maraîcher toulousain qui a fournit les légumes, et qui a été convié à partager le repas.  » J’avoue que je mange pas les fanes, mais j’ai une cliente qui m’en a demandé pour nourrir ses lapins pendant le confinement «  raconte Florent Sassé.

 » Ce ne sont pas les produits locaux qui manquent, c’est le savoir-faire et le temps de les préparer « , résume Stéphane Linou. Proche d’Yves Cochet et des « collapsologues » qui redoutent « un grand effondrement » de nos civilisations trop urbaines, le militant locavore de Castelnaudary estime que le pays n’est pas passé loin de la catastrophe à cause du Covid. Avant même l’apparition du coronavirus, il a écrit un petit livre préfacé par un ancien militaire pour tirer la sonnette d’alarme.  Son argumentaire a convaincu une sénatrice (ex-PRG) de Haute-Garonne, qui a déposé une proposition de loi consacrée à la « résilience alimentaire des territoires ».  » Le texte a été repoussé à 16 voix près, il obtiendrait aujourd’hui une majorité « , assure Stéphane Linou.

Ours tué en Ariège : un tir contre son camp ?

chasseurs ours ariège

Le cadavre d’un ours a été retrouvé au-dessus de la petite station de ski de Guzet (Ariège). L’animal a été abattu par balles, précise la ministre de la Transition Ecologique qui a diffusé l’information sur Twitter. « L’ours est une espèce protégée, cet acte est illégal et profondément condamnable. L’Etat va porter plainte » ajoute Elisabeth Borne. Un collectif d’associations pro-ours a aussitôt réagi en condamnant « un braconnage ». Les associations demandent à la ministre « de confirmer dès maintenant que l’Etat respectera son engagement de remplacer rapidement tout ours mort de cause humaine et procédera donc à un lâcher pour compenser ce tir illégal et inacceptable ».

La présidente (PS) du conseil départemental de l’Ariège a elle aussi réagi sur les réseaux sociaux. « Nous savions tous que cela allait arriver », écrit Christine Téqui sur Facebook. Elue de ce canton de montagne, l’ex-maire de Seix ne cache pas son hostilité à la présence du plantigrade. « Depuis des années trop de monde joue à « l’apprenti sorcier » en voulant réintroduire un animal qui n’a plus sa place dans nos montagnes », estime Mme Téqui.

légitime défense ?

On ignore encore les circonstances précises de la mort de l’animal, dont la dépouille a été transférée à l’école nationale vétérinaire de Toulouse pour autopsie. Il s’agit d’un jeune mâle âgé de 4 à 5 ans et pesant entre 150 et 180 kilos, selon la préfète de l’Ariège qui s’est rendue sur place avec le procureur de la République. Une piste carrossable permet d’accéder depuis la station de ski au col de l’Escot, où des troupeaux viennent passer l’été en estive. Ils arrivent de la vallée voisine d’Ustou. Un groupement pastoral de 14 éleveurs y mènent chaque année environ 500 brebis, une centaine de vaches et un dizaine de chevaux. Les techniciens du groupe ours s’y sont rendus le 7 juin pour procéder à l’expertise d’une jeune brebis qui aurait été attaquée par un ours. Le troupeau, qui venait de s’installer depuis trois jours sur l’estive, a été attaqué en dépit de la présence des éleveurs et de la bergère, selon l’ASPAP, fer de lance des éleveurs ariégeois opposés à l’ours.

L’hypothèse qu’un des éleveurs du groupement pastoral d’Ustou soit le tireur est la plus probable. L’ouverture de la chasse a été repoussée au 1er juillet par la fédération des chasseurs de l’Ariège. « Il faut que des gens soient à bout pour commettre des actes illégaux comme ça », déclare Philippe Lacube, président de la chambre d’agriculture de l’Ariège à l’AFP. Ancien porte-parole de l’ASPAP, Philippe Lacube évoque un possible acte de « légitime défense ».

commando masqué

L’Ariège est le département où la tension entre pro et anti-ours dans les Pyrénées est la plus vive. Des opposants au plantigrade avaient diffusé une vidéo, en cagoule et tenues de chasse de camouflage, pour annoncer très explicitement en 2017 la manière dont ils entendaient régler radicalement le problème. Philippe Lacube et des militants de l’ASPAP ont été auditionnés à plusieurs reprises par les gendarmes de l’Ariège dans le cadre d’une enquête, toujours en cours, pour tenter d’identifier les membre de ce mystérieux commando. De façon moins spectaculaire, certains se vantent en petit comité d’avoir déjà réglé leur compte à des ours portés disparus. Les techniciens chargés du suivi de la population ont perdu la trace de six animaux en 2019. Mais ils ne sont pas officiellement considérés comme morts. Coté français, c’est en Ariège que se concentre le plus grand nombre de la cinquantaine d’ours recensés dans la cordillère franco-espagnole… mais aussi des attaques contre les troupeaux.

Plus de 1000 bêtes ont été tuées par des ours en 2019, selon les chiffres officiels. Les dégâts ont tendance à être sur-estimés pour faciliter l’indemnisation financière des éleveurs, explique Farid Benhamou, qui a consacré une remarquable thèse aux conflits entre éleveurs et grands prédateurs. Philippe Lacube évoque pour sa part le chiffre de 1.500 animaux disparus. Au yeux de l’éleveur anti-ours, c’est la preuve que les techniques de protection des troupeaux préconisées par l’Etat ne fonctionnent pas. Les associations pro-ours font au contraire valoir que les éleveurs ariégeois, hostiles à la cohabitation avec l’animal sauvage, rechignent à mettre en place des mesures comme le regroupement des troupeaux la nuit ou la pose de clôtures électrifiées.

Effarouchement et promesse présidentielle

En guise d’apaisement, l’Etat avait accepté d’expérimenter l’an dernier dans les Pyrénées des mesures d’effarouchement réclamées par les éleveurs, mais combattues par les associations environnementalistes. Inspirée des techniques employées pour tenter de maintenir les loups à distance des troupeaux, cette nouvelle doctrine prévoit un effarouchement graduel pouvant aller jusqu’au tir de balles en caoutchouc. Mais en aucun cas par des « tirs de prélèvement », comme cela se pratique pour limiter la population de loups.

La mort violente de l’ours en Ariège est la troisième par arme à feu dans l’histoire récente et la deuxième de l’année dans les Pyrénées. Un autre mâle a été retrouvé mort dans le Val d’Aran en avril. Les autorités espagnoles ont refusé de dévoiler les résultats de l’autopsie, réalisée à l’université de Barcelone. Les autorités locales aranaises prétendent que l’animal aurait fait une chute mortelle après s’être battu avec un congénère, mais des associations environnementalistes soupçonnent un empoisonnement. Etablir les causes de la mort n’est pas anodin. Le programme de réintroduction de l’ours dans les Pyrénées, financé par l’Union Européenne, prévoit en effet de remplacer chaque animal disparu volontairement à cause de l’homme. Les récents lâchers de deux femelles en Béarn se justifient ainsi par la mort de Canelle, tuée par un chasseur en 2004.

Emmanuel Macron aurait assuré aux éleveurs les plus remontés qu’il n’y aurait plus d’importations d’ours dans les Pyrénées. La promesse présidentielle devait être gravée dans le marbre de la nouvelle mouture du plan ours, en cours de préparation. Mais les balles qui ont fauché l’ours au-dessus de Guzet pourraient remettre en cause cet engagement en remettant la pression sur le gouvernement sur l’obligation légale de remplacer l’animal. Et si le « braconnier » de l’estive du col d’Estots avait tiré contre son camp ?