Une policière pour arrêter Baylet à Valence d’Agen

affiche Dubois

A les entendre, on pourrait presque croire que ce ce sont deux candidats forcés qui s’affrontent pour la mairie de Valence d’Agen, gros bourg de 5.000 habitants qui a grossi à l’ombre de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne). « On est venu me chercher »   assure Corinne Dubois, 47 ans, officier de police judiciaire au commissariat central de Toulouse, qui s’est installée dans la commune il y a huit ans. Elle raconte avoir participé à plusieurs réunions d’habitants mécontents de la municipalité sortante avant d’accepter de prendre la tête de liste. « Personne ne voulait s’exposer ». Même ses parents, originaires d’un hameau à quelques kilomètres de là, auraient tenté de l’en dissuader. « J’ai l’habitude d’un métier à risque », rétorque la policière.

Corinne Dubois n’a pourtant pas eu besoin de gilet pare-balles pour aller saluer Jean-Michel Baylet sur le marché. Après un repli stratégique comme simple conseiller municipal du charmant village perché de Montjoi (165 habitants), le patron de La Dépêche du Midi se présente à nouveau sous le feu direct des électeurs pour reprendre en main le fief familial. Il avait confié les clés de la mairie en 2001 à Jacques Bousquet, un fidèle de la dynastie républicaine qui règne sur Valence d’Agen depuis la Libération. « Jacques m’avait prévenu qu’il voulait jeter l’éponge il y a deux ans, mais je ne l’ai pas cru ». A 73 ans, ce vieux routier de la politique savait pertinemment qu’il était attendu au tournant. A ses yeux, la candidature de Corinne Dubois est un guet-apens tendu par ses opposants. « C’est un coup d’Astruc », affirme Baylet en désignant son voisin de Dunes. Il n’a toujours pas digéré la manière dont l’ancien maire de ce village de 1.000 habitants lui a ravi la présidence du département, en s’alliant à la maire (LR) de Montauban et à des radicaux dissidents.

La policière toulousaine jure être à mille lieux de ces anciens règlements de comptes locaux. « Je suis un chien sans maîtres », assure Corinne Dubois. Dans le camp Baylet, certains la soupçonnent même d’être un sous-marin de l’extrême-droite. La candidate s’est en effet affichée dans les colonnes du Petit Journal, féroce concurrent de La Dépêche du Midi dans le département, avec l’armurier de Valence d’Agen, l’un de ses colistiers, qui affiche sur sa page Facebook des propos très radicaux. Un discours qui rencontre un écho certain dans une commune où Marine Le Pen a réunit 40% des voix face à Emmanuel Macron. Corinne Dubois, qui se présente sans étiquette, assure qu’elle a dosé personnellement sa liste. Elle prend soin de ne pas s’afficher comme la candidate « anti-Baylet », préférant mettre en avant le « bol d’air démocratique » apportée par une deuxième liste à Valence d’Agen. Du jamais vu depuis plus de vingt ans. « En 2014, j’avais voté blanc », souligne la policière toulousaine. On avait alors comptabilisé 460 bulletins blancs ou nuls et 46% d’abstention dans la commune.

Si le duel de Valence se réglera comme un coup de pistolet à un seul coup, le deuxième tour se jouera autour de la présidence de la communauté d’agglomération constituée pour répartir la manne fiscale de la centrale de Golfech à 28 communes alentour. Jean-Michel Baylet, président sortant, refuse de confirmer les intentions qu’on lui prête de repartir à la conquête de son mandat perdu de sénateur. « Step by step », dit l’ancien homme fort du département qui doit d’abord sortir vivant de cette drôle de souricière démocratique.

Cyclistes et piétons réunissent la gauche à Toulouse

Tricycle à batterie

Petite « vélorution » ce vendredi soir place du Capitole : les têtes des trois principales listes de gauche se sont retrouvées devant la façade l’hôtel de ville à l’invitation de 2 Pieds 2 Roues, qui organisait une première « convergence » nocturne de cyclistes et de piétons à 15 jours des élections. L’association historique des cyclistes urbains a innové en élargissant son objet social à la marche à pied en 2013. Antoine Maurice (EELV), Nadia Pellefigue (PS) et l’ancien maire Pierre Cohen (Générations) ont brièvement pris le micro avant de passer leur « grand oral » samedi devant les responsables de l’association, qui invite rituellement tous les candidats à « plancher » sur leur programme en matière de « mobilités douces » avant chaque scrutin municipal. Un représentant de Franck Biasotto, candidat centriste dissident soutenu par le Modem, a également pris la parole.

La liste du maire, Jean-Luc Moudenc (LR, soutenu par LREM), a brillé par son absence. Philippe Dufetelle, ancien adjoint de Dominique Baudis, était pourtant présent dans l’assistance. « C’est moi qui ait ouvert les premières pistes cyclables à Toulouse », dit cet ancien animateur de la campagne présidentielle de Brice Lalonde en 1981. Désormais rivé à son fauteuil roulant, l’ancien élu qui a vainement tenté de rallier la liste Archipel Citoyen d’Antoine Maurice a proposé ses services au maire sortant. La municipalité, qui a beaucoup misé sur son projet de troisième ligne de métro, est accusée de ne pas assez prendre en compte les cyclistes et les piétons. 2 Pieds 2 Roues s’est départie de sa neutralité habituelle en attaquant la révision du plan de déplacements urbains concocté par Jean-Luc Moudenc devant la justice administrative.

A l’applaudimètre, Antoine Maurice devance largement ses autres concurrents de gauche, confirmantle premier sondage IFOP qui lui accorde 25% des intentions de vote, devant Nadia Pellefigue (14%) et Pierre Cohen (7,5%). La tête de liste d’Archipel Citoyen, qui rassemble des militants d’EELV, de la France Insoumise et des socialistes dissidents, a reçu le soutien de Julien Bayou. « Le seul vote utile, c’est le vote vert », a déclaré le secrétaire national du parti écologiste. Julien Bayou s’est ensuite discrètement mêlé aux manifestants. Pas question de parader, comme Jean-Luc Mélenchon venu la semaine dernière et qui n’a soutenu que du bout des lèvres le candidat à l’élection municipale, tout à son combat contre la réforme des retraites.

Il faut dire que les quelques centaines de cyclistes, parfois venus en famille, faisait un bien maigre cortège comparé aux milliers de manifestants des syndicats. 2 Pieds 2 Roues revendique plus d’un millier de participants (750 cyclistes, 300 piétons). Les gilets jaunes ou oranges fluo arborés par une majorité de cyclistes avaient une fonction purement sécuritaire, non revendicative. Au moins quatre accidents mortels de cyclistes sont à déplorer depuis un peu plus d’un an à Toulouse. Un cinquième mort est venu s’ajouter à ce triste bilan une semaine avant la manifestation, sur le passage-piéton de la sortie d’un échangeur du périphérique. Le défilé nocturne, qui se voulait festif avec une fanfare pour les piétons et un drôle de tricycle musical équipé d’une batterie plus percutante qu’électrique, a commencé par une minute de silence en mémoire de ces victimes de la rue.

Mélenchon manifeste à Toulouse contre les retraites

20.000 manifestants selon les organisateurs, moins de 3.000 selon la préfecture. Plus un.

Mélenchon manif retraites

Jean-Luc Mélenchon s’est offert un bain de foule et de soleil dans la ville rose. Avant d’animer un meeting contre la réforme des retraites, prévu en soirée avec le député européen Manuel Bompard, le leader de La France Insoumise (LFI) a arpenté les rues de la ville au milieu des manifestants. Le parcours du cortège intersyndical a été modifié pour l’occasion, partant du canal du midi pour passer devant le palais des congrès où devait se tenir la réunion politique. Pendant deux bonne heures, Jean-Luc Mélenchon s’est mêlé avec un plaisir visible au cortège. On l’a même vu pousser la chansonnette avec des avocats, entonnant la chanson des Gilets Jaunes : « on est là… ».

Entouré d’une nuée de photographes et de caméras, il a multiplié les conversations et les entretiens en aparté avec tous ceux qui voulaient lui serrer la main. « Merci pour ton combat », lui glisse un vieil homme, visiblement ému, avant de lui donner l’accolade. La manifestation a réuni plusieurs milliers de personnes en cette période de congés scolaires. La participation a fondu comme neige au soleil par-rapport aux cortèges-monstres du début de l’hiver. Les manifestants, toujours précédés de quelques centaines de Gilets Jaunes, se sont dispersés presque sans heurts, loin du centre-ville. Quelques grenades lacrymogènes ont été tirées à Arnaud Bernard pour disperser les derniers irréductibles après le départ du leader de La France Insoumise. Un cortège de CRS accompagné d’un camion à eau avait pris position devant le palais des congrès.

La salle du meeting avait été envahie le mois dernier lors d’une précédente manifestation à l’occasion d’une cérémonie des vœux organisée par le maire (LR) de Toulouse, soutenu par la République en Marche. Jean-Luc Moudenc avait alors dénoncé « la chienlit ». Jean-Luc Mélenchon a indirectement répondu au maire de Toulouse lors d’un point-presse informel à l’heure du déjeuner en invitant les électeurs à « sanctionner La République en Marche » lors des élections municipales. Le meeting du leader de LFI pouvait paraître comme une réponse au « meeting unitaire » de la gauche organisé un mois plus tôt à Tournefeuille sous l’égide du parti communiste et de L’Humanité. Il n’en est rien assure Manuel Bombard, qui explique l’absence remarquée de sa formation politique le 14 janvier par une bête question d’agenda. La galaxie Insoumise était représentée par la conseillère régionale Myriam Martin, ancienne dirigeante du NPA, fait remarquer le député européen.

La véritable histoire de la « ligne XXL » du métro de Toulouse

inaugau métro Balladur Bosson Baudis

Le maire sortant de Toulouse l’a rappelé lors de son meeting de campagne devant 1.300 supporters : le doublement de la ligne A du métro était annoncée « depuis 20 ans ». Elle a enfin commencé à devenir une réalité le 10 janvier dernier. Initialement prévue pour le dernier trimestre 2019, la mise en service de « cette ligne XXL » a été une dernière fois reportée début janvier à cause d’un incendie dans un transformateur électrique. Ce chantier qui a viré au chemin de croix « a été livré sans dérapage, ni budgétaire, ni calendaire », s’est malgré tout félicité le maire de Toulouse lors de ses vœux à la presse. Mais la chambre régionale des comptes (CRC) d’Occitanie joue une nouvelle fois les troubles-fêtes. Selon les magistrats financiers de Montpellier, la facture globale devrait dépasser les 180 millions annoncés. La CRC avait déjà émis des doutes sur la date de livraison de la future troisième ligne de métro, programme-phare de Jean-Luc Moudenc.

Au-delà de ces querelles de chiffres, les travaux « de raccommodage » de la première ligne de métro, inaugurée en 1993, écornent au passage la réputation d’excellence des concepteurs du métro toulousain. Ils furent pourtant applaudis à l’époque pour avoir, déjà, livré la ligne en respectant à la fois le calendrier et le budget. Un « exploit » qu’il convient toutefois de relativiser. Pour quelles raisons a-t-il été nécessaire d’arrêter le métro pendant deux étés consécutifs, en 2017 et 2018, avant de multiplier les coupures nocturnes en 2019 afin de mener à bien ce chantier ? Les ingénieurs du syndicat mixte des transports en commun (SMTC) de l’agglomération toulousaine, qui travaillaient main dans la main avec ceux de Matra, concepteur du métro automatique VAL, avaient bien anticipé dès les années 90 que les rames de 26m pourraient être doublées pour transporter plus de 300 passagers… Sauf pour 4 stations initiales de la ligne A, prolongée en décembre 2003 jusqu’à Balma. « On ne peut que regretter que les travaux de génie civil n’aient pas été diligentés dès l’origine », écrit sobrement le commissaire enquêteur Alain Salles, ingénieur à la retraite nommé pour conduire l’enquête publique en 2016.

Les raisons de ce fâcheux et coûteux « oubli » sont plurielles. Elles demeurent volontairement obscures pour le grand public. Robert Marconis, universitaire spécialiste des transports, a partiellement répondu à la question posée par David Saint-Sernin lors du lancement des travaux. Le commissaire-enquêteur se contente d’évoquer avec mansuétude « des contraintes de réalisation », mentionnant entre parenthèses qu’elles auraient eu « des conséquences sur les coûts et les délais ». Francis Grass confirme. Ce polytechnicien, à l’époque directeur de la Semvat qui exploitait le réseau métro-bus du SMTC, évoque de mémoire « un surcoût de plusieurs dizaines de millions d’euros ». La chambre régionale des comptes met de son coté l’accent sur le calendrier, citant « le souhait de ne pas pénaliser les délais de réalisation ». En clair, Edouard Balladur et Dominique Baudis n’auraient pas pu inaugurer la ligne A dans la liesse populaire et sous le soleil du 26 juin 1993, si la petite station de Fontaine-Lestang et sa voisine baptisée Mermoz avaient d’emblée eu la même dimension que les autres, plus fréquentées.

Selon les magistrats financiers de la CRC, ce ne sont pas des problèmes techniques, mais des risques juridiques de contentieux qui auraient pu retarder les travaux. Ils font silence en revanche sur un rapport plus ancien de leurs collègues de la Cour des Comptes, qui éclaire dès 1997 d’un jour nouveau l’imbroglio technico-juridique et financier des stations « oubliées » de la ligne A  : les élus toulousains du SMTC avaient concédé le futur métro et l’exploitation des lignes de bus pour 30 ans à une société d’économie mixte, MT Développement (MTD), en échange d’un engagement à livrer la ligne avant le 1er juillet 1993 pour une somme forfaitaire de 3,3 milliards de francs de l’époque (505 millions €). Le « deal » était simple et rassurant  : en cas de dépassement des délais ou du budget, c’est MTD, associant la Caisse des Dépôts et Consignation et plusieurs de ses filiales à la Semvat (25%), Matra (19%) et un pool bancaire, qui payait. Critiqué par la Cour des Comptes, ce  partenariat public-privé pionnier « à la toulousaine » a été abandonné lors du choix politique d’exploiter les transports en commun de l’agglomération toulousaine en régie directe. MTD a été liquidée en 2002. Tisséo, nouvelle marque du SMTC, a alors versé 210 millions à MTD, relèvent les magistrats de Montpellier chargés de surveiller les comptes publics.

La société chargé de construire la ligne A n’a donc pas été sanctionnée pour son « oubli » des quatre stations. Elle a même été récompensée pour son travail. « A l’époque, il n’y a pas eu de débat politique », souligne Francis Grass, désormais adjoint au maire de Toulouse et président de Tisséo-ingénierie, le bras armé du SMTC pour conduire les chantiers. De fait, les élus de droite favorables au métro choisi par Dominique Baudis comme ceux de gauche, qui préféraient le tramway, n’ont rien trouvé à redire lorsque les ingénieurs ont proposé de raccourcir quatre stations pour tenir les délais. Les bénéfices de MTD ont été partagés entre la ville, de droite, et le département, socialiste.

Les travaux lourds de génie civil, terminés l’an dernier, ont été chiffrés à 63 millions. Il a fallu ajouter 65 millions pour actualiser les automatismes du VAL, racheté par le groupe allemand Siemens. Et encore 60 millions pour la sécurité des stations (évacuations, désenfumage du tunnel), la réglementation étant devenu plus sévère qu’en 1993. Au total, la facture pour réparer «  l’oubli  » de 1993 devrait atteindre 240 millions, selon les calculs de la chambre régionale des comptes. Les arrêts à répétition de la ligne A pour cause de chantier ont également occasionnés une perte d’exploitation évaluée à 1,6 millions d’euros HT dans les caisses de Tisséo.

Sans compter l’agacement des voyageurs, déjà serrés comme des sardines aux heures de pointe, parfois contraints de laisser passer des rames bondés où il est impossible de monter… quand elles roulent. Les pannes et les bugs se sont en effet multiplié en effet, notamment à cause du délicat chantier d’extension mené sans arrêter totalement la circulation. Pour éviter tout «  couac  » dans la dernière ligne droite, Tisséo a préféré reporter prudemment la mise en service de cette ligne «  XXL  » en 2020. Il faudra ajouter encore quelques millions pour acheter de nouvelles rames à Siemens afin de réellement doubler la capacité de la ligne A. Depuis le 10 janvier, les rames doubles de la ligne A peuvent certes embarquer 600 personnes au lieu de 300 aux heures de pointe… mais elles passent moins souvent, comme le souligne Franck Biasotto, ancien adjoint au maire de Toulouse qui conduit une liste concurrente pour les élections de mars prochain.

Toulouse : une deuxième liste au centre, une troisième à gauche (et un sapin)

La campagne des municipales s’emballe dans la ville rose. A une semaine de Noël, les Toulousains ont découvert deux nouveaux prétendants au pied du grand sapin focalisant l’attention sur les nouvelles « ramblas jardin » des allées Jean Jaurès. Coup sur coup, un adjoint au maire qui se réclame du parti d’Emmanuel Macron et l’ancien maire socialiste qui a rejoint Benoît Hamon se sont lancés à quelques minutes d’intervalle dans la course au Capitole. Il souffle comme un vent de folie sur cette élection presque trop sage, qui avait vu le maire sortant, Jean-Luc Moudenc (LR), affronter trois adversaires convenus (l’extrême-droite et deux listes de gauche) la semaine dernière lors d’unpremier débat organisé par France Bleu Occitanie à l’occasion de l’inauguration, finalement reportée à cause des intempéries, des fameuses « ramblas » à la mode toulousaine.

sapin pompiers
Constitué par l’assemblage de 385 sapins cultivés dans le Morvan, l’abre de Noël géant focalise l’attention sur les nouvelles « ramblas jardin » des allées Jean Jaurès

L’irruption de Pierre Cohen dans le débat n’est pas une surprise, même si ses motivations paraissent déroutantes. Battu de 6000 voix en 2014, l’ancien maire socialiste qui jure ne pas vouloir prendre de revanche personnelle face à Jean-Luc Moudenc se faisait jusqu’à,présent le chantre de l’union de toutes les gauches, affirmant qu’il ne serait pas possible de regagner la mairie sans accord de tous les partis dès le premier tour. Le champion solitaire d’une liste « unitaire » a finalement décidé d’aggraver la confusion ambiante dans son camp en ajoutant une troisième liste entre l’union de la gauche à l’ancienne menée par le PS avec le PC et le PRG, et la « nouvelle gauche » des écologistes alliés à la France Insoumise dans une liste « citoyenne ».

Cohen Florida
Pierre Cohen (à droite) a présenté sa liste au Florida, face au Capitole, aux cotés d’Ahmed Dahrour (au centre), qui préparait une liste des quartiers

« Je suis le seul capable de réunir les deux dynamiques et faire gagner la gauche » réaffirme Pierre Cohen. Il se base sur un sondage payé par Génération-s, qui le crédite d’une meilleure notoriété que Nadia Pellefigue, la jeune conseillère régionale choisie par le PS, et Antoine Maurice, conseiller municipal EELV élu aux forceps à la tête de la liste Archipel Citoyen. Boudé par toutes les autres formations politiques, le représentant local du micro-parti de Benoît Hamon a choisi de livrer à 69 ans son dernier combat avec des candidats des quartiers périphériques qui voulaient constituer leur propre liste. En 2014, une liste « des quartiers » soutenue par le NPA avait obtenu 1,67% des voix. « Vous ne nous ferez pas l’affront de nous demander si on dépassera la barre des 5% », s’exclame Pierre Cohen.

Si Jean-Luc Moudenc ne peut que se féliciter de l’éparpillement de la gauche, le maire sortant réputé « Macron compatible » voit ses efforts de rassembler la droite et le centre contestés par le Modem. Le parti de François Bayrou a donné son feu vert à la création d’une liste concurrente. Elle sera menée par Franck Biasotto, adjoint au logement et maire des quartiers du grand Mirail. Nouveau venu en politique, cet agent immobilier de 50 ans a rejoint les rangs de La République en Marche (LREM) en 2016. Problème : le parti présidentiel soutient officiellement Moudenc, qui a intégré 8 de ses membres (dont 5 en position éligible) sur sa liste. Biasotto, qui avait créé un petit groupe d’élus macronistes au Capitole contre l’avis du maire, se présente donc en dissident, un peu à la manière de Cédric Villani à Paris.

Biasotto Lagleize
Franck Biasotto (au centre) conduira la liste soutenue par le Modem de Jean-Luc Lagleize (à droite) et Marthe Marty (à gauche) mais ne sera postulera pas à la présidence de la Métropole, réservé à un candidat « mystère »

« Moudenc n’est plus au centre, il s’est droitisé » regrette son ancien adjoint en pointant les 19 places réservées au parti du maire sortant « sans compter les LR déguisés ». Le véritable instigateur de cette liste concurrente est Jean-Luc Lagleize, qui a du abandonner son poste d’adjoint au maire de Toulouse depuis qu’il a été élu député du Modem. Le parti centriste, qui avait lancé des négociations avec LREM pour constituer une liste autonome, s’est fait doubler sur sa gauche par l’accord signé par Moudenc avec Jean-François Portarrieu, autre député macroniste et ancien directeur adjoint du cabinet de Pierre Cohen. « C’est un accord électoral, pas un accord politique », fulmine Biasotto.

Le maire sortant, qui a accéléré le tempo en présentant sa liste dès la semaine dernière, a prévenu qu’il ne passerait aucun accord entre les deux tours. Jean-Luc Moudenc garde un mauvais souvenir de l’élection municipale de 2008, quand il avait fusionné sa liste avec celle du Modem de Jean-Luc Lagleize pour finalement perdre le Capitole pour 1200 voix au bénéfice de Pierre Cohen. Les opposants centristes à Moudenc n’auront donc pas d’autre issue que de tenter de s’allier avec le PS, dans l’hypothèse où ils arriveront à passer la barre fatidique des 10%. « Notre objectif est d’être présent au 2ème tour » confirme Lagleize, qui refuse de se projeter au-delà. A gauche, la liste de Pierre Cohen a davantage vocation à s’allier avec Archipel, que l’ancien maire couvre d’éloges : « un dispositif collectif intéressant », juge l’ancien maire. On aura compris que c’est la tête de liste confiée à Antoine Maurice, son ancien adjoint écologiste, qui ne lui revient pas.

Au-delà des querelles personnelles, la soudaine irruption de ces deux nouvelles listes pose la question de la meilleure stratégie à adopter pour gagner Toulouse et le « paradoxe » politique d’une ville réputée de gauche et frondeuse, mais qui s’est donnée une longue lignée de maires centristes depuis les Baudis, père et fils. « Toulouse se gagne à gauche » martèle Pierre Cohen. « Toulouse se gagne au centre », corrige Jean-Luc Lagleize. En 2014, Jean-Luc Moudenc l’avait pourtant emporté sur une ligne très sarkozyste, promettant policiers et caméras de surveillance dans une ville marquée par les attentats attribués à Mohamed Merah. Le maire sortant fait désormais campagne pour planter davantage d’arbres et se veut aux petits soins des quartiers périphériques après avoir embelli le centre historique. Le thème de la « fracture sociale » cher à Jacques Chirac sera aussi déterminant que celui de l’écologie, que tous les candidats ont désormais inscrite à leur agenda, dans une métropole qui vit depuis un an au rythme des manifestations hebdomadaires des gilets jaunes. En priant pour que les plus radicaux ne brûlent pas le fameux sapin des ramblas.

La 3ème ligne de métro lance la campagne des municipales à Toulouse

couv TAE

La préfecture de Haute-Garonne a (enfin) mis en ligne l’avis de la commission d’enquête sur le projet de troisième ligne de métro de Toulouse, ainsi que son appendice vers l’aéroport de Blagnac et la prolongation de la ligne B au-delà de son terminus actuel à Ramonville pour franchir l’autoroute et se rapprocher du quartier d’affaires du Sicoval, l’équivalent horizontal de La Défense pour l’agglomération. Le président de la commission d’enquête a officiellement mis un point final à la volumineuse synthèse (258 pages) des nombreuses observations (1.882) receuillies pendant l’enquête dès le 26 juillet et rédigé ses conclusions (45 pages) le 19 septembre dans sa lointaine commune aveyronnaise aux portes de Rodez. Mais le préfet, Etienne Guyot, a involontairement nourri un début de polémique en différant la publication de ces documents très attendus, le temps que le tribunal administratif en fasse une lecture juridique approfondie. Les « complotistes » qui imaginaient déjà une « censure » de la commission d’enquête pour atténuer d’éventuelles critiques trop acérées en seront pour leur frais. Le document final accorde un large satisfecit au projet baptisé Toulouse Aerospace Express (TAE) et ses annexes, se contentant de deux « réserves » qui apparaissent minimes eu égard à l’ampleur d’un chantier de plus de 20 kilomètres entre Labège et Colomiers.

Jean-Luc Moudenc (LR), qui a reconquis le Capitole en 2014 grâce à ce projet inattendu face aux projets de tramways de Pierre Cohen, maire socialiste de l’époque, s’est aussitôt réjoui de ce feu vert sans (presque) aucun clignotant d’alerte. Il compte transformer le prochain scrutin municipal de mars 2020 en référendum pour ou contre son métro.  » La troisième ligne de métro ne verra pas le jour si jamais mes opposants remportent les élections « , prévient-il dans une interview. Le maire sortant cible particulièrement la liste Archipel Citoyen, qui regroupe des écologistes d’EELV, des Insoumis et des dissidents du PS et qui  » a le vent en poupe « , selon lui. Les adversaires préférés de M Moudenc, qui évitent soigneusement les « sujets qui fâchent » en privilégiant une méthode originale pour désigner ses candidat(e)s par tirages au sort et « plébiscites », semblent en réalité ne pas être pressés de trancher la question. Seul Jean-Charles Valadier (EELV) s’est exprimé publiquement contre le métro au nom des Amis de la Terre. Cet ancien adjoint de Pierre Cohen préfère investir dans un réseau de RER. Mais le collectif associatif qui porte ce projet de trains périurbains « en étoile » autour de la capitale régionale souligne qu’il n’est pas une « alternative » au métro, préférant le présenter comme « complémentaire » au projet TAE et ses annexes.

Le tandem choisi par le parti socialiste pour mener la bataille contre Jean-Luc Moudenc a réagit en ordre dispersé à la publication des conclusions de la commission d’enquête. Le sénateur Claude Raynal, président du groupe des élus socialistes de Toulouse Métropole, est déçu que les commissaires ne l’aient pas suivi dans sa démonstration sur les risques financiers du projet, évalué à 2,7 milliards d’euros. Sans remettre en cause le métro sur le fond, l’ancien maire de Tournefeuille entendait attirer l’attention sur la capacité financière de la métropole et de Tisséo, le syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération, à rembourser les emprunts sans augmenter les impôts.  » Nous prenons acte de cet avis qui permet au projet de 3eme ligne de ne pas prendre plus de retard sans, pour autant, répondre aux incertitudes qui, elles, demeurent « , conclue Claude Raynal.

Plus offensive dans le ton employé, Nadia Pellefigue préfère s’appuyer sur les réserves et les recommandations relevés dans le rapport de la commission d’enquête pour critiquer le projet du maire sortant. La jeune conseillère régionale, qui a réaffirmé qu’elle serait bien tête de liste face à Jean-Luc Moudenc dans une longue interview au quotidien régional, compte bien relayer les inquiétudes exprimées tout au long du tracé par des associations de quartier contre l’abattage des arbres ou le nombre de places de parking, pour mener campagne. La troisième ligne de métro est « une solution qui n’en est pas une », estime Mme Pellefigue en soulignant à l’envie la pollution de l’air et les bouchons qui seront toujours le quotidien d’ici 2025, date annoncée de la livraison de TAE. La candidate présentera ses propres solutions pour un « plan d’urgence » le 17 octobre prochain dans un lieu symbolique : le Vélo Sentimental, emblême des « mobilités douces » situé face à la gare Matabiau et ses transports « lourds » par train financés par la région.

 

Canicule et fermeture de la centrale nucléaire de Golfech : un non-évènement ?

rejets Golfech

C’est une première en France, mais EDF fait tout pour relativiser l’évènement : les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne) ont été mis en veilleuse mardi 23 juillet. Une première en France. EDF évoquait dès lundi dans un communiqué national un « arrêt pour contraintes environnementales » . En clair, la Garonne est à la fois trop basse et surtout trop chaude pour refroidir la centrale. La température du fleuve dépasse en effet les 27° en amont de la centrale. Elle risque de dépasser le seuil fatidique des 28°, fixé depuis la mise en service de la centrale en 1993 comme une limite à ne pas dépasser. Le redémarrage de l’unique centrale nucléaire d’Occitanie, construite dans les années 80, est suspendu au niveau du fleuve. Il ne devrait pas être possible avant la fin de la semaine, confie Mathieu Albugues, conseiller départemental et président de la commission locale d’information (CLI) de Golfech.

Un arrêt à contre-coeur

La direction de la centrale de Golfech a précisé presque à contre-coeur les modalités de fermeture mardi matin, après avoir laissé planer le doute sur l’application complète de cette mesure radicale : un premier réacteur a été fermé dès 15h, l’autre qui devait s’arrêter durant la nuit l’a suivi quelques heures plus tard. « Les centrales de Blaye (Gironde) et Civaux (Vienne) pourront prendre le relais sans poser de problème d’alimentation électrique à la région », assure M Albugues. Même si EDF affirme qu’il est courant de réduire l’activité de ses centrales, voire stopper un réacteur en période de sécheresse, c’est bien la première fois que les deux réacteurs de Golfech sont arrêtés simultanément. D’autres centrales pourraient connaître le même sort dans les jours à venir, selon Le Monde qui évoque notamment les 14 réacteurs au bord du Rhône.

Golfech en concurrence avec Civaux ?

Ce sont en réalité les centrales comme Golfech ou Civaux (Vienne), situées sur les berges de fleuves au débit moins importants que le Rhône ou la Loire , qui sont en première ligne face à la canicule. La fermeture de Civaux a même été envisagée dès le 3 juillet, après le premier épisode caniculaire de la fin-juin, selon un élu de l’agglomération de Limoges. Dans le cas de la centrale du Tarn-et-Garonne, EDF avait pris la précaution de construire dès les années 70 un barrage au fil de l’eau équipé d’une centrale hydroélectrique à Malause, en amont de Golfech, afin de disposer d’une réserve d’eau en période estivale. L’électricien dispose même d’une réserve supplémentaire, curieusement située sur le minuscule cours d’eau gascon de la Gimone à Lunax (Gers), pour « compenser » officiellement la consommation de sa centrale nucléaire. Golfech avale 200 millions de m3 par an, dont 40 partent dans les panaches des deux immenses tours aéroréfrigérantes de plus de 170m de haut, visibles de loin dans la vallée de la Garonne.

Mais la question se pose désormais moins en terme de quantité d’eau disponible pour refroidir les réacteurs que de qualité. Le panache hydraulique des rejets de Golfech, moins visible que ses rejets dans l’atmosphère, est surveillé de près depuis la canicule de 2003. En réchauffant le fleuve, la centrale est soupçonnée d’empêcher la remontée des poissons migrateurs comme le saumon. La canicule de 2003 s’était traduite l’année suivante par une hécatombe dans les les populations d’aloses, un autre migrateur jadis abondant dans la Garonne. EDF nie toute responsabilité. L’électricien affirme respecter le vieil arrêté préfectoral de 1993 qui lui impose de ne pas rejeter de l’eau à une température supérieure de 1,25° à celle de la Garonne en période estivale. Selon les chiffres communiqués à la CLI de Golfech par la direction de la centrale, l’eau qui sort des six orifices de l’émissaire débouchant dans la Garonne plusieurs centaines de mètres en aval ne réchaufferait le fleuve que de 0,2° « après dilution ».

L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) mentionnait pourtant des eaux chaudes de 33° dans l’émissaire en 2003. A l’époque, seul un des deux réacteurs avait été mis à l’arrêt. EDF avait demandé une dérogation à l’ASN pour s’affranchir de ses contraintes de températures réglementaires, mais avait dépassé les bornes fixées par le « gendarme du nucléaire » à plusieurs reprises, en juillet et en août ; sans que cela soit considéré comme un « incident ». « On n’allait quand même pas fermer la centrale pour un degré », clamait alors le maire de Golfech. « Les mentalités ont évolué. Le Tarn-et-Garonne est en crise, il faut s’adapter sur le long terme » dit aujourd’hui Mathieu Albugues. Ce jeune élu départemental a remplacé l’inamovible maire de la commune à la présidence de la CLI à la faveur du déboulonnage de Jean-Michel Baylet à la tête du Tarn-et-Garonne. La puissance politique locale du PDG de La Dépêche du Midi se mesurait jadis autant en mégawatts produits à Golfech qu’en millions d’euros de retombées fiscales. Le quotidien régional a consacré à peine un entrefilet mercredi à la fermeture totale de la centrale, considéré comme un non-évènement.

A Toulouse, les tours poussent plus vite que les arbres autour de la gare Matabiau

Moudenc N&B Matabiau
La commission d’enquête sur le futur visage du quartier de la gare Matabiau de Toulouse (projet TESO) a rendu son rapport le 4 juillet dernier. Sans surprise, la présidente de la commission et ses deux assesseurs donnent leur feu vert au projet, très discuté, de la tour d’Occitanie surplombant les voies de chemin de fer et le canal du midi à Marengo. Sabine Nascinguerra avait elle-même suggéré la construction d’un gratte-ciel pouvant s’élever jusqu’à 150m sur l’emplacement de l’ancien tri postal lors d’une précédente enquête publique, comme l’avait relevé Médiacités.
Sensible aux critiques qui pointent l’absence de logements sociaux dans cette tour de prestige, réservée à des immeubles de standing, un hôtel de luxe et des bureaux, la commission recommande toutefois que le promoteur contribue financièrement à la construction de logements accessibles à des ménages modestes dans ce quartier en pleine recomposition urbaine. Les commissaires-enquêteurs s’inquiètent également des expropriations qui vont toucher environ 500 personnes du faubourg Bonnefoy, notamment au bas de l’avenue de Lyon et l’étroite rue des Cheminots. “ Le projet TESO aura un impact humain considérable dès la première phase, largement passé sous silence dans le dossier soumis à enquête ”, souligne le rapport qui ne s’aventure pas pour autant à faire le procès d’une “gentrification” du quartier instruit par certain(e)s.
Non à des immeubles de 60m
Mais si le maire de Toulouse se réjouit d’avoir obtenu un “feu vert” pour son projet de gratte-ciel et s’apprête à délivrer sans tarder le permis de construire, Jean-Luc Moudenc s’est vu décerner un “feu orange clignotant” pour d’autres immeubles de grande hauteur dans le secteur. La commission d’enquête s’oppose en effet à la construction d’immeubles de 60m de haut le long de l’avenue de Lyon. “ La Commission constate que de telles hauteurs ne sont pas conformes à la version initiale du PGU (plan guide urbain, NDR) et qu’elles résultent d’une évolution récente peu expliquée au public. Elles sont en rupture très nette avec les hauteurs fixées par le PLU ou par le PLUiH qui vient d’être approuvé par la Métropole lesquelles varient selon les zones entre 15 et 30 mètres ”, soulignent les commissaires-enquêteurs.
Sabine Nascinguerra et ses deux assesseurs réclament davantage d’espaces verts dans ce secteur, soulignant “ le peu d’ambition ” de la ville en la matière. La plantation d’arbres “en pleine terre” est recommandée à la place des grandes tours projetées. De façon peu habituelle, le rapport fait état d’un entretien avec le maire de Toulouse qui défendait la construction d’immeubles de 60m de haut pour avoir plus de place au sol destinée aux espaces verts. “ Or, c’est justement la grande hauteur des immeubles le long de l‘avenue de Lyon qui contribue aux îlots de chaleur urbain et qui heurte un grand nombre de contributeurs en raison d’une transformation trop radicale du quartier , rétorquent les commissaires-enquêteurs. Presque un désaveu pour Jean-Luc Moudenc, qui aime à se présenter dans l’optique des prochaines élections municipales comme “l’homme qui plantait des arbres”.

Transports urbains : la gratuité, ou les gratuités ?

tram Blagnac

A l’approche des élections municipales, la question de la gratuité des transports urbains refait surface. Sachant que le prix d’un ticket de bus ou de métro ne couvre que très partiellement les frais de fonctionnement des réseaux, pourquoi ne pas s’affranchir totalement de la billetterie pour inciter les automobilistes à prendre les transports en commun, suggèrent ses partisans ? La question se pose avec encore plus d’acuité à l’aulne du réchauffement climatique, qui incite à réduire la place de la voiture en ville.

A Toulouse, un collectif constitué de syndicalistes retraités annonce son intention de lancer une pétition cet été avant d’interpeller tous les candidats à la rentrée. Il fait implicitement campagne pour La France Insoumise, qui a décidé de faire de la question une « ligne rouge » dans ses négociations avec les autres formations de gauche, à Toulouse comme à Bordeaux. Et du parti communiste. A Strasbourg, c’est l’unique élu communiste de la métropole qui a mis la question sur le tapis. Idem à Bordeaux. Au parti socialiste comme chez les écologistes, la gratuité ne fait pas l’unanimité. Offrir la gratuité dans des métros ou des tramways déjà saturés ne peut pas donner envie aux automobiliste d’abandonner leur cocon climatisé, fait-on valoir de l’autre coté de la barre.

A Paris, Anne Hidalgo a fait mine d’étudier la question avant de se résoudre à limiter la gratuité aux enfants de moins de 12 ans. A Nantes, la maire (PS) innove en proposant de limiter la gratuité aux week-end. Car la gratuité a un coût : 80 à 100 millions par an à Toulouse, 200 millions à Marseille selon un rapport destiné à « enterrer » la question posée par la dauphine (LR) désignée par Gaudin pour lui succéder et jusqu’à 300 millions à Bordeaux, selon un élu communiste. « Si on renonce à faire payer l’usager, il faudra solliciter le contribuable et augmenter les impôts », prévient Jean-Michel Lattes, adjoint au maire de Toulouse chargé des transports. C’est la réponse habituelle de la plupart des responsables des réseaux de transports urbains, toutes étiquettes politiques confondues, réunis au sein du GART. La gratuité serait-elle uniquement une promesse démagogique de campagne électorale ?

Dans la ville rose, la gratuité pourrait bien délimiter une ligne de fracture entre deux gauches, « radicale » contre « gestionnaire ». « Il y a des gratuités nécessaires » juge Pierre Cohen, l’ancien maire socialiste. Désormais membre de Générations, le parti de Benoît Hamon, l’homme qui ne désespère pas prendre sa revanche en 2020 estime qu’il faut a minima rétablir les mesures de gratuité « ôtées par Jean-Luc Moudenc ». Le maire (LR) de Toulouse n’a pas hésité à supprimer la gratuité offerte dans les années 70 par la première municipalité Baudis aux retraités. L’abonnement « illimité » à 10 euros par mois offert par la municipalité Cohen aux jeunes de moins de 25 ans a également été rognée au profit d’une tarification « solidaire » qui prend en compte les revenus plutôt que les tranches d’âges. « Nous voulions nous aussi mettre en place une tarification proportionnelle aux revenus mais Moudenc a détourné notre étude », accuse l’ancien maire. Outre les transports, Pierre Cohen cite également la gratuité des cantines scolaires comme un autre « marqueur » de la future campagne électorale.

La gratuité des transports pourrait a minima être appliquée en cas de pics de pollution, suggèrent de leur cotés les écologistes. Pas question répond Jean-Michel Lattes, qui défend les recettes de Tisséo pour pouvoir financer la 3ème ligne de métro. L’adjoint au maire préfère étudier la mise en place d’un tarif réduit dédié (4€). Le président de Tisséo fait valoir que la RATP s’est rangé à cette solution à Paris. A Toulouse, la question ne s’est pas posée concrètement car la circulation alternée prévue en cas de pics de pollution n’a encore jamais été mise en œuvre. Mais l’opposition de gauche semble cette fois unie pour réclamer cette gratuité minimale, temporaire et « climatique ».

Les Tops et les Flops de Moudenc à Toulouse

Un an avant les élections municipales, Le Point tire le bilan du mandat du maire de Toulouse dans un supplément spécial. Retrouvez les bons et les mauvais points de Jean-Luc Moudenc sur 10 dossiers essentiels.

Le Point lacrymo

La troisième ligne de métro

Les tunneliers n’ont pas commencé à creuser le projet-phare de la campagne du candidat Moudenc de 2014, mais le principe d’une troisième ligne de métro est désormais acté. Pierre Cohen peste régulièrement contre cette ligne « virtuelle » qui s’affiche déjà dans les rames actuelles, mais la plupart des opposants au maire de Toulouse ne menacent plus de renvoyer le métro sur une voie de garage pour ressortir les tramways chers à l’ancien maire socialiste. Claude Raynal, chef de file des élus socialistes à Toulouse-Métropole, a fait savoir qu’il ne remettrait pas en cause ce nouveau métro en cas de victoire. Cela ne l’empêche pas de tirer à boulets rouges sur son coût, jugé dispendieux. Le projet, initialement chiffré à 1,2 milliard par M Moudenc, est désormais estimé à 2,6 milliards. La Cour des Comptes elle-même s’en est émue dans son rapport annuel, jugeant la troisième ligne comme « un pari dont le financement reste à stabiliser ».

Le maire de Toulouse a bénéficié d’emblée du soutien d’Airbus, sensible à la desserte de plusieurs de ces sites de Colomiers jusqu’aux portes de Labège. Il a déminé les réticences des élus du Sicoval, qui redoutaient que cette nouvelle ligne remette en cause le prolongement de la ligne B, laissant à son 1er adjoint, Jean-Michel Lattes, le soin d’affiner le tracé et de répondre aux critiques d’un collectif qui réclame de passer davantage au centre ville.
La tour d’Occitanie

Une  » forêt verticale  » qui s’enroule en spirale autour d’un building de 40 étages entre la gare Matabiau et l’arche Marengo. L’audacieux projet de la tour d’Occitanie dessiné par l’architecte Daniel Libeskind est incontestablement la plus grande surprise du mandat. Ce gratte-ciel de 155m de haut ne figurait pas dans les promesses de campagne de Jean-Luc Moudenc. Le maire est toutefois bien décidé à délivrer sans tarder un permis de construire à la Compagnie de Phalsbourg, qui prévoit d’y loger un hôtel Hilton, une centaine d’appartements de standing, des bureaux et des commerces dans la base de la tour qui s’avance comme la proue d’un navire au bord du canal du midi, sur le terrain de l’ancien tri postal qui appartient à la SNCF.

L’enquête publique qui devait s’achever le 30 avril montre une population très partagée. La moitié des avis recueillis sur le registre numérique applaudit  : « ce projet va faire passer Toulouse d’une métropole à une mégapole », se félicite ainsi Augustin Gauthier. L’autre moitié d’indigne  : « ce building n’est pas du tout dans le style local, il va complètement défigurer la ville et rompre son harmonie » estime Fabien Mitton. La focalisation de ces avis très tranchés sur la tour a fait passer au second plan la mue annoncée de tout le quartier de la gare. La tour d’Occitanie est un peu l’arbre qui cache la forêt des immeubles qui pourront atteindre 60m de haut dans le cadre du projet TESO (Toulouse Euro Sud-Ouest), également soumis à enquête publique. Jean-Luc Moudenc espère que le projet Libeskind fera école. « J’attends que d’autres urbanistes et architectes proposent d’autres immeubles végétalisés », dit le maire dans l’entretien qu’il nous a accordé.
L’eau « la moins chère de France »

A partir du mois de mars, les habitants des 37 communes de Toulouse paieront le même prix pour l’eau. La facture sera inférieure à 3 euros le m3 (2,91€). «  Le tarif le plus bas de France  », assure Toulouse-Métropole. Il comprend l’eau du robinet (1,57€) distribué par Veolia, et le coût de l’assainissement (1,65€) désormais assuré par Suez. Le concurrent de Veolia va donc assurer la gestion de la station d’épuration de Ginestous, mais cette petite révolution sera transparente pour l’abonné, qui ne réglera qu’une seule facture, en baisse dans toutes les communes. Cela représente une économie annuelle de 120€ pour une consommation moyenne de 120m3 à Toulouse, et de 45 à 240€ dans les autres communes. Une harmonisation «  par le bas  » qui vient clore l’éternel débat entre gestion publique en régie et délégation à un groupe privé.

Les opposants au maire de Toulouse voulaient chasser Veolia de Toulouse avec un argument simple  : une régie est forcément moins chère, puisqu’elle n’a pas de profits à distribuer à ses actionnaires. Stupeur  : l’étude comparative confiée à un cabinet spécialisé par Jean-Luc Moudenc a finalement révélé que Suez et Veolia étaient les mieux-disants. Le maire de Toulouse a confié parallèlement le soin de négocier le renouvellement de la concession à Pierre Trautmann, l’homme qui avait déjà conclu le contrat avec Veolia il y 30 ans. L’ancien directeur des services de Dominique Baudis a su habilement tirer parti de cette double concurrence. Mais la baisse spectaculaire laisse dubitative Nadia Pellefigue. « Est-ce qu’on n’a pas payé l’eau trop cher pendant des années », s’interroge la candidate qui brigue le Capitole en 2020  ?

Le Minotaure

Minotaure Montaudran

Plus de 800.000 personnes sont tombées sous le charme du Minotaure lors de sa déambulation dans les rues de Toulouse lors du long week-end de la Toussaint. Depuis cette parade enchantée, saluée jusque dans les colonnes du New-York Times, la mécanique géante conçue par François Delarozière a rejoint d’autres inventions de cet artiste-ingénieur hors-normes à Montaudran. Le public s’y presse pour monter à bord de l’imposante machine de 47 tonnes et 14m de haut. Le curieux baldaquin fixé définitivement sur son dos à l’issue du spectacle de rue peut embarquer jusqu’à 50 personnes. On y grimpe à l’aide d’un escalator et d’un quai d’embarquement semblable à celui des aéroports.

Le Minotaure sort plusieurs fois par jour pour fouler l’ancienne piste d’envol des pionniers de l’Aéropostale. Lorsqu’il était dans l’opposition, Jean-Luc Moudenc avait vivement critiqué ce choix de Pierre Cohen. C’est en effet l’ancien maire socialiste qui avait passé commande du Minotaure, puis fait construire le grand bâtiment vitré pour abriter les créations de Delarozière. A la grande fureur de plusieurs associations de défense du patrimoine aéronautique toulousain. A son retour au Capitole, le maire n’a finalement pas rayé le projet de son prédécesseur d’un trait de plume. Tout en renégociant les conditions financières avec Delarozière, il a réussi à concilier le Minotaure avec la mémoire de Latécoère. Fair-play, Jean-Luc Moudenc a même rendu hommage à Pierre Cohen lors de l’inauguration de la Halle de La Machine.
Saint-Sernin sans voitures

Le grand chantier mené autour de la basilique Saint-Sernin depuis deux ans est en passe de se terminer. Le changement le plus spectaculaire est la disparition du parking devant le lycée, partiellement remplacé par un bosquet d’arbres. Débarrassée de toute circulation automobile, la place s’intègre à l’extension du  » plateau piétonnier  » mené par Joan Busquets. L’architecte catalan a fait disparaître les 160 places de stationnement, planté une nouvelle fontaine sur le parvis et retiré les grilles qui corsetait la basilique. Pour Jean-Luc Moudenc, le nouveau visage de la place est un élément supplémentaire pour la candidature du centre historique de Toulouse au patrimoine mondial de l’Unesco.

Mais la centaine d’arbres plantés par Busquets ne sont pas du goût de tous. Des passionnés d’archéologie redoutent que leurs racines endommagent des trésors enfouis. Ils auraient voulu profiter du chantier pour mener des fouilles plus approfondies. Les arbres sont aussi accusés de cacher la vue de la basilique. Un argument à la limite de la mauvaise foi quand on sait que ces amoureux des vieilles pierres voulaient ériger un nouveau bâtiment, avec cafeteria sur le toit, pour étendre le musée Saint-Raymond à la place des arbres.

Saint Sernin parvis

Hausse des impôts

En dépit de ses promesses électorales, Jean-Luc Moudenc a augmenté de 15% le taux de la taxe d’habitation dès 2015. Une augmentation identique, mais lissée sur deux ans, est votée à Toulouse Métropole. Cette décision tranche avec les années de stabilité fiscale qui furent la marque de fabrique des années Baudis. Le maire de Toulouse a beau rejeter la faute sur la gestion de son prédécesseur et le tour de vis imposé aux collectivités par le gouvernement socialiste, la pilule est dure à avaler. Ses opposants ne manqueront pas de lui rappeler en 2020. Claude Raynal, chef de file des élus PS à la Métropole, dénonce « le mensonge fiscal » de Moudenc. Lors de la dernière assemblée de Toulouse Métropole, Sacha Briand, adjoint aux Finances, a tenté d’expliquer que cette hausse était rétrospectivement judicieuse, puisque le gouvernement d’Edouard Philippe a décidé la suppression pure et simple de la taxe d’habitation.

L’augmentation des impôts s’est accompagnée d’une révision à la hausse de plusieurs tarifs municipaux. L’opposition dénonce une dégradation générale des services publics. « On paie plus sans en avoir plus », résume Romain Cujives, autre prétendant socialiste au Capitole. En guise d’exemple, la fermeture de la piscine d’Ancely est régulièrement brandie par les élus communistes. La suppression de la gratuité dans les cantines ou dans les bus et le métro pour les retraités, est aussi beaucoup commentée.
Les bouchons

En attendant la troisième ligne de métro, dont la mise en service a déjà été reportée d’un an (2025) par Tisséo, les embouteillages sont le lot quotidien de plus en plus de Toulousains. Les bouchons ont même tendance à s’aggraver selon l’étude annuelle de l’Inrix, un institut qui mesure le trafic routier à l’échelle mondiale. Avec 130 heures passés en moyenne dans les bouchons en 2018, Toulouse est moins bien classée que Los Angelès (128h)  ! « On ne peut pas dire aux gens coincés dans les bouchons qu’il suffira d’attendre le futur métro » pointe Nadia Pellefigue, vice-présidente (PS) du conseil régional et candidate déclarée au Capitole.

Pour tenter de résorber à terme la thrombose automobile, Toulouse Métropole a voté le 14 février dernier un important programme routier de 1,8 milliards sur 20 ans. Le PARM (programme d’aménagements routiers métropolitains) est le pendant automobile du PDU, qui prévoit les investissements pour les transports en commun. C’est surtout un succédané à la  » deuxième rocade « , que le maire de Toulouse réclame en vain pour éloigner le trafic de transit de la ville. Le département a accepté de co-financer le PARM, et notamment le nouveau pont qui doit traverser la Garonne du coté de Saint-Jory. « Je risque d’attendre 20 ans pour voir un rond-point sur ma commune » réagit François Lépineux, maire de Brax, qui siège avec les élus écologistes à Toulouse-Métropole. A l’opposé de tous ces projets routiers, plusieurs associations réclament avec instance la suppression de la circulation automobile sur le pont Neuf et la rue de Metz. Jean-Luc Moudenc a demandé une étude avant de se prononcer.

LGV : ça rame

Quand il a été élu en 2014, Jean-Luc Moudenc avait encore l’espoir que la ligne à grande vitesse (LGV) reliant Paris via Bordeaux arrive en 2024 à Matabiau. Alain Juppé a obtenu un TGV qui met sa ville à deux heures de la capitale, mais il en faut plus de double pour Toulouse. La LGV a été stoppée en juillet 2017 à Bordeaux-Saint-Jean d’une simple phrase de Nicolas Hulot  : la prolongation de la ligne n’est plus « une priorité ». Depuis, le maire de Toulouse rame pour que la LGV ne soit pas complètement abandonnée. Il n’est pas seul dans cette galère. Carole Delga, présidente (PS) de la région, partage son combat. En donnant la priorité aux  » trains du quotidien « , le ministère des Transports a décidé de tronçonner les investissements. La LGV est repoussée à l’horizon 2037. Pour ne rien arranger, les tribunaux administratifs ont annulé les déclarations d’utilité publique des travaux prévus au nord de Toulouse et au sud de Bordeaux, faute de plan de financement.

Les nouveaux modes de financement (taxes poids lourds et taxes sur les bureaux) proposés par Carole Delga et Jean-Luc Moudenc n’ont pas convaincu Berçy. Le maire de Toulouse tente de sauver sa taxe en usant de ses relations auprès de parlementaires pour glisser un amendement à la future loi Mobilités (LOM) de la ministre des Transports. Lors de la dernière assemblée de Toulouse Métropole, Régis Godec (EELV) s’est toutefois étonné  : la future tour d’Occitanie, construite sur un terrain de la SNCF à Matabiau, serait exemptée de cette hypothétique taxe sur les bureaux pour payer la LGV.
OPA ratée sur le département

L’idée d’Emmanuel Macron de fusionner métropoles et départements sur le modèle expérimenté par Gérard Collomb à Lyon a fait pschitt. Président de France Urbaine, l’association qui regroupe les grandes villes et leurs intercommunalités, Jean-Luc Moudenc était à la manœuvre pour faire bouger les lignes avec Macron et Collomb, alors ministre de l’Intérieur. Les élus socialistes au sein de Toulouse Métropole lui ont reproché de négocier sans avoir sollicité leur avis. « Vous essayez de gagner sur tapis vert ce que vous avez échoué à remporter dans les urnes » lui a lancé Claude Raynal lors du vote d’une motion pro-métropolisation qui a remporté un succès mitigé auprès des maires de l’agglomération. Le sénateur PS faisait référence aux dernières élections départementales de 2015, où plusieurs adjoints au maire de Toulouse étaient candidats pour tenter de faire basculer la majorité socialiste. Jean-Luc Moudenc a enterré la hache de guerre en signant avec Georges Méric, président (PS) du département, un  » protocole de coopération  » portant sur plusieurs centaines de millions d’euros de financements croisés.

Moudenc métropole

Le « parvis » Matabiau

Le maire de Toulouse s’est finalement résolu à couvrir l’écluse Matabiau qui fait face à la gare. Contre l’avis d’un inspecteur des Monuments Historiques, qui voulait profiter du chantier lancé pour la future gare TGV pour restaurer l’ancienne écluse double en brique de Riquet. Trop cher a estimé Jean-Luc Moudenc. Outre le prix (environ 50 millions d’euros), les délais de ce lourd chantier de restauration n’étaient pas compatibles avec le calendrier de livraison du futur  » parvis  » de la gare. L’affaire est similaire au chantier du parvis de Saint-Sernin. Pour rassurer l’Unesco, qui a classé le canal au patrimoine mondial, Jean-Luc Moudenc assure que la couverture en bois de l’écluse sera « réversible ». Sauf que contrairement aux abords de la basilique, le parvis de Matabiau ne sera pas piétonnier. Le flot automobile continuera de couler devant la gare.

« Joan Busquets voulait fermer le robinet automobile du canal » souligne Guillaume Drijard, président de l’Union des comités de Quartier. L’architecte catalan choisi par Pierre Cohen avait travaillé à la demande de l’ancien maire sur l’hypothèse de la prolongation du tramway jusqu’à la gare. Jean-Luc Moudenc, qui s’est fait élire en dénonçant « la chasse aux voitures » de la municipalité socialiste, assume le changement de direction : «  j’ai dit à Busquets qu’il fallait davantage s’attacher au patrimoine  ». Mais où vont passer les voitures détournées derrière la gare dans le projet TESO, s’inquiète Guillaume Drijard  ?