Le choix d’Airbus pour améliorer « l’aérodynamique capitalistique » de l’aéroport de Toulouse-Blagnac

Blagnac Idrac Champion

L’aéroport de Toulouse-Blagnac (ATB) se porte bien. Trop bien ? Sa « cagnotte » est devenue un sujet hautement politique, surtout en ces temps de disette et de rigueur budgétaire. Les actionnaires avaient près de 14 millions de bénéfices à affecter cette année, soit presque le double de l’an dernier. Si aucun éclat de voix n’est sorti de l’assemblée générale, on sait que les actionnaires publics locaux (ville, département, région et CCI) se sont une nouvelle fois opposés aux actionnaires chinois, soutenus par l’Etat. Les deux représentants de l’Etat n’ont pas dit non à la redistribution de 100% des bénéfices, alors que les élus locaux préconisaient prudemment d’affecter la moitié de cette somme aux réserves constituées pour les futurs investissements, comme il était de mise avant l’ouverture du capital. C’est la preuve de l’existence du « pacte secret » entre l’Etat et les actionnaires chinois révélé par Médiapart, ont aussitôt dénoncé Marc Péré et François Lépineux, maires (DVG) de l’Union et Brax.

Il s’agit de simples « frottements » a tenu à minimiser Anne-Marie Idrac, présidente du conseil de surveillance sur le départ. L’ancienne ministre des Transports, qui va rejoindre Air France-KLM, s’apprête à passer la main à Charles Champion, un cadre d’Airbus qui a piloté le lancement de l’A380 à Toulouse. Pour cet ingénieur de haut niveau, qui a vécu les affres techniques de l’industrialisation du gros porteur entre Toulouse et Hambourg, le problème est essentiellement d’ordre culturel. « On a connu ça avec l’implantation de notre usine en Chine. Il faut apprendre à se connaître ». La désignation d’un cadre d’Airbus à la présidence d’ATB est un signe d’apaisement. L’avionneur européen avait été le premier à s’inquiéter de la privatisation de l’aéroport, qui dessert ses usines et ses bureaux, et dont il demeure l’un des premiers clients. Charles Champion devra, en bon ingénieur, s’atteler à réduire les turbulences entre actionnaires.

Les investisseurs chinois, qui ont déboursé plus de 300 millions pour prendre le contrôle de 49% d’ATB, veulent récupérer leur mise. Cette année, ils ont réussi à doubler leurs dividendes sans puiser dans les réserves. Pour obtenir ce résultat exceptionnel qui représente plus d’un euro par passager (9 millions en 2017), ATB n’a pas seulement pu compter sur la croissance du trafic. La société a modifié ses règles comptables en adoptant des normes internationales, plutôt que les règles de calcul françaises jusqu’ici en vigueur. Cette nouvelle comptabilité, qui joue notamment sur la durée des amortissements, doit permettre aux actionnaires de multiplier les bénéfices par cinq d’ici 2021.

Même si Emmanuel Macron, qui pilotait le dossier de l’ouverture du capital d’ATB lorsqu’il était encore à Berçy, a (provisoirement ?) renoncé à leur céder les 10% d’actions que l’Etat détient encore, les nouveaux actionnaires chinois ne sont pas prêts à faire leurs valises. Ceux qui misaient sur ce veto présidentiel pour voir ces néo-capitalistes rouges revendre leur part en seront pour leurs frais. « Nous sommes un investisseur de long-terme », a tenu à répéter Mike Poon dans une interview exclusive à La Tribune. Le représentant des actionnaires chinois, regroupés au sein de Casil Europe, avait déjà choisi ce média en ligne pour démentir les rumeurs de revente de leurs actions distillées par le quotidien régional. Il en profite pour tenter de reprendre langue avec le maire de Toulouse. Mike Poon se déclare toujours prêt à étudier la meilleure façon de contribuer au financement de son projet de troisième ligne de métro, qui doit desservir l’aéroport en 2024 à la place du tramway actuel. Anne-Marie Idrac affirmait que cela n’était juridiquement pas possible, tout ne critiquant le choix des élus toulousains de « navettes » à la manière d’Orly-Val, qui ne permettront de pas relier directement l’aéroport au centre-ville et à la gare Matabiau. Les actionnaires chinois espèrent aussi ouvrir dès l’an prochain une ligne aérienne directe entre Toulouse et Tianjin, la ville où Airbus a construit son usine en Chine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un « champion français » pour remplacer les Chinois à l’aéroport de Toulouse-Blagnac ?

Mariage parodique Blagnac
Les opposants à la privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac avaient organisé un mariage parodique en avril 2015

L’Etat ne cédera pas en avril sa part de capital (10,1%) qu’il détient encore au sein de la société concessionnaire de l’aéroport de Toulouse-Blagnac à ses nouveaux actionnaires chinois. Une source gouvernementale a confirmé à l’AFP le véto de l’agence de participation de l’Etat, annoncée et débattue sur le plateau de BFM-TM lundi 26 janvier.

La nouvelle, bien que semi-officielle, a provoqué localement un concert de soulagements. « Si elle se confirme, c’est une bonne nouvelle qui va dans le sens de l’intérêt général », a prudemment réagit Jean-Luc Moudenc, maire (LR) de Toulouse, actuellement en vacances, dans un communiqué. « C’était une question de souveraineté nationale » a renchérit la présidente (PS) de la région Occitanie, Carole Delga, depuis le salon de l’Agriculture. La privatisation partielle de l’aéroport stipulait pourtant que les nouveaux actionnaires étaient prioritaires pour le rachat des dernières actions de l’Etat. Les investisseurs chinois, regroupés au sein de la société Casil Europe, étaient en quelque sorte en période d’essai depuis décembre 2014, avant de prendre définitivement les commandes de l’aéroport en 2018. Un dispositif mis en place par Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie.

Chauzy réclame le départ des Chinois

Mais le comportement des nouveaux actionnaires, accusés de vouloir récupérer leur mise (308 millions d’euros) en puisant dans les caisses de l’aéroport, a suscité la défiance des actionnaires locaux. Jean Luc Moudenc et Carole Delga ont écrit avant Noël au premier ministre pour lui demander de renoncer à vendre ses parts. Le courrier, co-signé par le président (PS) du département de la Haute-Garonne et le président (Medef) de la chambre de commerce et d’industrie de Toulouse, dénonçait « une vision seulement financière de cet outil stratégique ». Le pool des actionnaires locaux, qui représentent 40% du capital de Toulouse-Blagnac, a été entendu sur ce point. Un homme enfonce encore un peu plus le clou. Jean-Louis Chauzy, président du conseil économique social et environnemental régional (Ceser) réclame ouvertement le départ des Chinois et leur remplacement par « un champion national des transports ». Reste à savoir comment Casil Europe va réagir à ce camouflet.

Des rumeurs de désengagement de Casil Europe courent à Toulouse depuis plusieurs mois. Elles sont entretenues par le gouvernement lui-même. Interrogé à l’Assemblée Nationale par Jean-Luc Lagleize, député MoDem de Toulouse, Bruno Le Maire avait publiquement laissé entendre que les actionnaires chinois étaient peut-être sur le départ. Selon BFM TV, des géants du BTP, comme Vinci ou Eiffage, mais aussi des fonds d’investissements ont été discrètement contactés par Berçy pour racheté leurs parts. Le représentant chinois de Casil Europe, Mike Poon, a été contraint de faire une apparition-surprise à Blagnac au début de l’année pour affirmer qu’il n’était pas vendeur.

De l’eau dans le gaz à la tour de contrôle

Officiellement, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes à Blagnac. Un peu pincée, Anne-Marie Idrac assurait encore lors des vœux de l’aéroport qu’il n’y avait aucune mésentente au sein du conseil d’administration. Parachutée à la tête du conseil de surveillance pour rassurer les esprits inquiets de voir l’aéroport de Toulouse (et d’Airbus) passer sous pavillon chinois, l’ancienne ministre des Transports va pourtant quitter son poste dans le courant de l’année pour rejoindre Air France. Le directeur de l’aéroport est également sur le départ. Jean-Michel Vernhes a été poussé vers la sortie, un an avant l’âge prévu de sa retraite. Le ballet des deux dirigeants, qui ne se sont pas adressé la parole et ont tout fait pour s’éviter lors de la cérémonie des vœux, le mois dernier, confirme qu’il y a de l’eau dans le gaz dans la tour de contrôle de Blagnac.

La suspension du processus de privatisation de l’aéroport de Toulouse intervient alors que l’Etat songe à vendre sa participation dans les aéroport parisiens en 2018, après avoir cédé le contrôle des aéroports de Lyon et Nice l’an dernier.

 

Un Orly-Val à la place du tramway pour Toulouse-Blagnac

tram Blagnac

Surprise mercredi 5 juillet au conseil syndical de Tisséo  : deux ans seulement après sa mise en service, en avril 2015, le tramway qui dessert l’aéroport de Toulouse-Blagnac est envoyé sur une voie de garage. Plus surprenant encore, ce petit événement pourtant lourd de significations a été «  noyé  » sous la présentation du tracé définitif de la ligne de métro Toulouse Aerospace Express (TAE), qui doit relier Colomiers à Labège en 2024. La branche (T2) de la ligne de tram reliant Toulouse à Blagnac (T1) sera pourtant bel et bien coupée avec l’arrivée de la troisième ligne de métro voulue par Jean-Luc Moudenc. Le programme, voté à l’unanimité (moins une abstention), annonce pudiquement la retraite anticipée des rames du tram construit par Pierre Cohen, son prédécesseur (PS) à la mairie de Toulouse (et à Toulouse Métropole).

le tram sur une voie de garage

Le texte de la délibération évoque de futures « navettes à haute fréquence »  qui « emprunteront les infrastructures  » de l’actuelle ligne de tram toutes les cinq minutes avec “ du matériel roulant adapté aux voyageurs se rendant à l’aéroport ”. En clair, les rames actuelles du Citadis d’Alstom seront recyclées sur la ligne T1, qui doit être prolongée vers le futur parc des expo de Beauzelle. Actuellement, un tram sur trois en direction de Blagnac est « dévié » vers l’aéroport, soit une rame toutes les 15 minutes. Moins de 3.000 personnes empruntent le tram au terminus de l’aéroport de Blagnac. Plus lent mais mais moins cher que la navette de bus qui relie l’aéroport au centre de Toulouse, le tram “Envol” s’est crashé en bout de piste. Les trois stations de cette “virgule” de 2.375m ajoutée tardivement à l’unique ligne de tramway de l’agglomération sont davantage fréquentées par les salariés d’Airbus et des entreprises de la zone aéroportuaire que par des passagers des compagnies aériennes, qui n’ont aucun endroit pour déposer leurs bagages dans les rames. Son remplacement par un métro automatique de type « hectométrique » (personal movers en anglais) va entraîner la construction d’une nouvelle gare multimodale métro+tram à la lisière entre les communes de Toulouse et Blagnac. La future station Jean Mauga se présente déjà comme la sœur jumelle de la station des Arènes pour accéder au «  Far Ouest  » aéronautique de Toulouse.

la fin d’une guerre de 30 ans

Le plus étonnant, c’est que le PS et la gauche toulousaine n’ont pas eu un mot pour tenter de sauver le tram de l’aéroport. Serait-ce le signe de la paix des braves dans le long combat opposant depuis 30 ans à Toulouse le métro «  de droite  » au tramway «  de gauche  » ? Seul Bernard Keller, maire (PRG) de Blagnac, a publiquement regretté que les futures navettes automatiques de l’aéroport seront plus chères pour l’usager qu’un simple ticket de métro. La délibération n’a pas fixé le prix exact du billet, qui devrait se situer entre un trajet simple (1,60 euros aujourd’hui) et celui de navette de bus actuelle (8 euros). Ce bémol n’a pas empêché le maire de Blagnac de voter la délibération qui enterre le tramway à l’aéroport.

échanges musclés avec l’aéroport

La critique la plus ferme du choix des élus de la métropole et de Tisséo est venu du conseil d’administration de l’aéroport de Toulouse-Blagnac (ATB). « À l’heure où l’aéroport investit fortement pour devenir une porte d’entrée internationale aux plus hauts standards de qualité, l’absence de liaison directe avec la gare SNCF et les pôles économiques de Toulouse nous semble préjudiciable à l’attractivité du territoire », écrit Anne-Marie Idrac, présidente du Conseil de surveillance d’ATB. Les élus de la ville de Toulouse ont aussitôt réagit au communiqué incendiaire de l’ex-patronne de la RATP et de la SNCF en rendant publique une lettre qu’ils lui avait adressée la veille. «  A l’horizon de la mise en service de TAE, l’aéroport sera à 24 minutes de la gare Matabiau et à 20 minutes de la gare de Colomiers  », écrivent Jean-Luc Moudenc et Jean-Michel Lattes, président de Tisséo.

les Chinois déclinent la « privatisation »

Le maire de Toulouse et son premier adjoint justifient le choix d’une ligne spécifique de navettes dédiées, à la manière de la liaison Orly-VAL, par des considérations financières. L’investissement serait de seulement 45 millions d’euros, contre 250 millions pour une ligne directe. Une troisième hypothèse, qui envisageait une “fourche” avec une branche du métro reliant l’aéroport à la manière de ligne actuelle du tram T2, était évaluée à 110 millions d’euros. Lors du conseil syndical du 5 juillet, jean-Luc Moudenc a également laissé entendre qu’il était prêt à sortir les futures navettes de l’aéroport de la régie des transports pour en confier l’exploitation à une entreprise sous concession. Mais Anne-Marie Idrac et les nouveaux actionnaires chinois n’ont pas saisi la perche tendue par le maire de Toulouse, qui souhaitait que l’aéroport participe financièrement à TAE. Du coté de l’aéroport, on affirme qu’il n’était pas possible juridiquement d’investir en dehors du périmètre aéroportuaire. Le bras de fer entre les élus et les nouveaux actionnaires privés de Toulouse-Blagnac ne fait que commencer.

et à la fin, c’est Siemens qui gagne ?

Le choix d’une ligne et d’un matériel spécifique pour relier l’aéroport donne un coup d’avance pour la troisième ligne de métro à Siemens, qui équipe déjà les deux lignes de métro existantes à Toulouse . Le constructeur allemand, qui a repris la production du VAL inventé par Matra dans les années 80, a déménagé le siège de cette branche de Lille vers la ville rose. Siemens a inscrit à son catalogue une version spécialement adaptée aux aéroports de son dernier modèle de métro automatique. Mais d’autres constructeurs de “personal movers” pourraient se mettre sur les rangs quand l’appel d’offre sera lancé. Le budget total de la troisième ligne de métro toulousaine, baptisée Toulouse Aerospace Express (TAE), est estimé à 2, 33 milliards d’euros en incluant son “annexe” vers l’aéroport, baptisée pour sa part “Aéroport Express”.

 

« Toulouse doit être un moteur, pas un aspirateur »

Bougerol père fille

Un pied à Rodez, un autre à Toulouse depuis qu’il a racheté la vénérable librairie Privat de la rue des Arts, confiée à sa fille Anne, Benoît Bougerol siège à la nouvelle chambre régionale de commerce et d’industrie d’Occitanie. Ce commerçant (presque) comme les autres porte un regard original sur l’attractivité de la capitale régionale. Interview.

De votre point de vue, est-ce la métropole toulousaine ou la grande région qui doit « tirer » le développement économique ?

On a souvent évoqué par le passé  « Toulouse et le désert midi-pyrénéen ». La situation est moins contrastée dans l’ex-Languedoc-Roussillon, où tout un réseau de villes moyennes a pu se développer à proximité de Montpellier. On a longtemps présenté Toulouse comme « le plus gros village de France », capitale d’une région agricole sans véritable tradition industrielle avant la décision d’y implanter l’usine de l’ONIA loin de la frontière du Rhin après la première guerre mondiale. Je me souviens d’un ouvrage de l’INSEE publié par la maison Privat qui plaidait pour « un développement harmonieux » de Midi-Pyrénées avec la déclinaison locale de la politique nationale de déconcentration pour éviter que Paris ne mange tout. Au début des années 60 , Toulouse a été choisi pour devenir le pôle aérospatial français. Mais ensuite au niveau régional, cet objectif d’irrigation, de répartition, a été un peu raté. Ni Rodez, ni Tarbes n’ont par exemple réussi à devenir des « petites métropoles d’équilibre ». C’est un peu dommage car aucune grande ville ne peut réellement vivre sans son arrière-pays. Toulouse n’est pas une ville-Etat, ce n’est pas Singapour ! Il n’est pas bon d’avoir une région dominée par une seule ville, pas plus qu’avec une industrie unique. On ne pourra pas se contenter, demain, de concentrer la population sur Toulouse ou sur le littoral méditerranéen, dans une grande région Occitanie exagérément bipolaire.

 

Comment ce discours est-il perçu à la chambre régionale de commerce et d’industrie ?
Il est bien reçu par les élus des départements ruraux, mais aussi je crois par les Toulousains qui comprennent qu’il ne peut pas y avoir leur métropole comme unique horizon. Entendons-nous bien : c’est une chance d’avoir une ville-moteur comme Toulouse, avec l’image mondiale dont elle bénéficie dans l’industrie aéronautique. Mais il faut absolument réussir à faire vivre tout le territoire. Eviter à tout prix que Montauban et Albi deviennent des villes-dortoirs. Toulouse doit être un moteur, pas un aspirateur.

 

Vous avez travaillé chez IBM avant de reprendre la librairie familiale. A l’heure où l’on célèbre les nouvelles technologies, le livre ne serait donc pas si « ringard » ?
Si on n’est pas capable d’apporter une dimension culturelle à l’homme par la lecture, le théâtre ou le cinéma, nous deviendrons tous des robots. Savez-vous que les Chinois ont réalisé une étude parce qu’ils s’inquiétaient d’un déficit de créativité avec les USA ou l’Europe ? L’étude a conclu que c’était parce que leurs enfants lisaient moins qu’ailleurs. Ils ont en conséquence lancé un énorme programme de développement de la lecture pour les jeunes à travers tout le pays  !

 

A propos des Chinois, êtes-vous de ceux qui regrettent de les avoir désormais comme actionnaires de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, ou y voyez-vous une preuve et une chance supplémentaire pour l’attractivité de la ville et de la région ?
Je me pose la même question que lorsque l’Etat a vendu sa participation dans les sociétés autoroutières. Est-ce qu’on n’a pas vendu les bijoux de famille pour tenter de réduire un peu les déficits publics ? L’inconvénient, c’est que c’est un fusil à un coup. Il aurait sans doute été préférable de conserver une entreprise saine et rentable, qui dégage chaque année des bénéfices, et par exemple investir dans des aéroports comme celui de Rodez pour l’équilibre de la région. Pour autant, je suis favorable à un monde ouvert et je ne vois pas pourquoi on aurait interdit à ces investisseurs de devenir actionnaires, dès lors que la vente a été décidée.

 

Qu’est-ce qui manque encore à Toulouse pour être au niveau de métropoles comme Lyon ou Marseille à l’échelle nationale, ou Barcelone et Hambourg à l’échelle européenne ?
On ne va pas rattraper des métropoles qui rayonnent en Europe depuis des siècles en 50 ans. Je ne suis d’ailleurs pas certain que devenir une métropole aussi grande que Barcelone soit un objectif en soi. L’aire urbaine de Toulouse atteint le million d’habitants, il me semble plus important d’y cultiver la qualité de vie que de vouloir continuer à la faire grossir à tout prix. Ce qui est intéressant, c’est qu’on peut y constater le début d’une culture entrepreneuriale, comme ce qui a pu se passer dans les bourgeoisies commerçantes et industrielles de Lyon ou Bordeaux par le passé. Et il faut mailler tout notre territoire en faisant rayonner cette énergie, y compris dans sa dimension culturelle.

 

version longue d’un entretien pour un dossier du Point consacré à l’attractivité de Toulouse métropole

Pierre Cohen attend Christiane Taubira

 

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L’ancien maire (PS) de Toulouse a passé une mauvaise journée, vendredi au Capitole. « Je vis la double peine de la fin d’un cycle », confesse Pierre Cohen. Il redoute de voir le parti socialiste se déliter après la perte de l’Elysée, comme après sa défaite à la mairie de Toulouse en 2015. Alors que son successeur ne l’a guère épargné durant la nouvelle séance-marathon (9h30, 0h10) des débats municipaux, lui repense au congrès d’Epinay et à François Mitterrand, « quel que soit le jugement qu’on pouvait avoir sur l’homme ».

un homme seul ?

Jean-Luc Moudenc (LR) ne s’est pas privé de s’appuyer sur le vote unanime des élus de l’agglomération réunis durant la semaine adoptant la nouvelle grille tarifaire des transports en commun pour mieux souligner l’isolement politique de Pierre Cohen. Alors que son rival déclaré, Claude Raynal, sénateur et président du groupe PS de Toulouse-Métropole, se félicitait d’avoir « fait reculer la droite » en obtenant le maintien du tarif jeune à 10 euros/mois instauré par Pierre Cohen, l’ancien maire de Toulouse fait la moue. « Les élus socialistes et ceux du Muretain ont cédé au chantage de Moudenc », juge-t-il. « Vous êtes dans la posture politique » lui répond François Chollet, alors que Jean-Luc Moudenc félicite les « amis  » politiques de Pierre Cohen qui ont fait « le pas qu’il fallait » à l’issue d’un « dialogue » constructif.

Le maire de Toulouse enfonce le clou en brandissant les propos sévères d’un ancien adjoint de Pierre Cohen qui juge « désastreux » le bilan transport de l’ancien maire socialiste. « Tout le monde sait que Pierre Cohen ne sera pas la future tête de liste de la gauche toulousaine mais personne ne lui dit », fait mine de s’indigner Nicolas Tissot, l’un des frondeurs du PS local, dans une lettre ouverte au vitriol. « J’ai dit à Moudenc qu’il faut arrêter ce petit jeu. S’il veux jouer à ça, je pourrais moi aussi sortir des déclarations de certains de ses anciens adjoints qui ont rejoint le FN », bougonne Pierre Cohen.

 » les gouvernements Hollande ont fait une faute politique  » Pierre Cohen

Son chemin de croix ne s’arrête pas là. Après les tickets de métro, Jean-Luc Moudenc ne s’est pas fait prié pour rappeler à Pierre Cohen qui lui reprochait d’avoir « négocié » avec les nouveaux actionnaires chinois pour ponctionner « le bas de laine » de l’aéroport que c’est Arnaud Montebourg qui avait lancé cette vraie-fausse privatisation. L’ancien maire PS de Toulouse rétorque en lançant une nouvelle pique… au président de la République. « Avec ou sans Macron, les gouvernements de François Hollande ont fait une faute politique », déclare Pierre Cohen au micro du conseil municipal.

Ce n’est pas la première fois que l’ex-maire de Toulouse, soutien de Martine Aubry, s’en prend à ce qu’il considère comme une dérive « social-libérale » de l’ex-secrétaire général du PS. Ecarté sans ménagement de la présidence de la fédération des élus socialistes et républicains, l’élu toulousain travaille désormais à l’organisation des primaires dans son camp. « On risque d’avoir Valls, Mélenchon et Rivasi, qui est une amie, opposés au premier tour », se désole l’ancien maire de Toulouse, qui attribue sa défaite à la désunion de la gauche. A ses yeux, trois femmes peuvent aujourd’hui remplacer le trio Mitterrand-Deferre-Chevènement qui avait refondé le parti socialiste en 1971 : Martine Aubry, Anne Hidalgo et Christiane Taubira. Sachant que les maires de Lille et Paris ne semblent pas disposées, pour des raisons différentes, à se (re)lancer dans la bataille des primaires, les derniers espoirs de l’ancien maire de Toulouse semblent reposer sur l’ex-ministre de la Justice. Déjà candidate du PRG en 2002, la volcanique Guyanaise a été invitée au carrefour des gauches et de l’écologie prévue le 26 novembre à Paris par les ami(e)s de Martine Aubry. « Elle n’a pas répondu à ce jour », confie Pierre Cohen.

De la « cagnotte » de la ville de Toulouse à celle de l’aéroport de Blagnac

Moudenc Capitole

On achève bien les conseillers municipaux. A 23 h, le maire (LR) de Toulouse conserve un brin d’humour. « Quand il s’agit de l’intérêt de #Toulouse, nous n’avons pas peur de passer la #NuitDebout » écrit Jean-Luc Moudenc sur Twitter. Après dix heures de débats quasiment non-stop, les élus municipaux sont en passe d’achever l’examen des 187 délibérations inscrites à l’ordre du jour. Il ne reste plus que six vœux à discuter. Il est presque minuit quand la majorité et l’opposition s’écharpe une dernière fois sur les 20 millions d’euros que le nouvel actionnaire chinois voulait prélever aujourd’hui dans les caisses de l’aéroport de Toulouse-Blagnac.

« Un hold-up », s’emporte Pierre Cohen, ancien maire (PS) de la ville. A droite, on se contente de considérer cette distribution de dividendes comme « inopportune ». Mais pas illégale. Jean-Luc Moudenc explique que la minorité de blocage négociée par les collectivités au sein du « pacte d’actionnaires » n’a aucune valeur juridique. Le maire de Toulouse entendait l’inscrire ce mardi dans les statuts de la société de gestion de l’aéroport. Il ne veut pas s’opposer pas au versement des dividendes, mais pose un « préalable » : le lancement « effectif » des investissements annoncés par les Chinois à Blagnac.  « Un coup de canif au bloc territorial », dénonce Isabelle Hardy, qui présentait le voeu au nom des élus PS. « Vous ne savez pas comment financer votre troisième ligne de métro et vous êtes prêts à accepter l’argent d’où qu’il vienne », accuse Régis Godec (EELV).

d’une « cagnotte » à l’autre

Cette ultime flambée politique nocturne autour de la « cagnotte » de l’aéroport arrive après les vives passes d’armes autour de celle de la municipalité. Les élus de l’opposition comptaient bien profiter de l’examen du compte administratif 2015 pour démontrer que les augmentations d’impôts (+15%) et de tarifs municipaux décidées par Jean-Luc Moudenc ont été excessives. Selon les calculs de Joël Carreiras (PS), ex-grand argentier de Pierre Cohen, le niveau d’épargne brute de la ville a augmentée de 155% et l’épargne nette atteint 68 millions d’euros. « Il n’y a pas de cagnotte, nous avons juste réussi à combler le tonneau des Danaïdes des frais de fonctionnement de l’ancienne équipe », lui répond François Chollet, président du groupe majoritaire.
Cette bataille de chiffres fut noyée dans le marathon des mots. Est-il bien raisonnable d’évoquer une question aussi importante que celle la position de la ville au conseil d’administration de l’aéroport à minuit ? Une nouvelle fois, l’opposition a réclamé davantage de conseils municipaux pour alléger l’ordre du jour. Sous la mandature de Pierre Cohen, les élus se réunissaient tous les mois, ou presque. Jean-Luc Moudenc s’en tient au strict minimum, soit trois à quatre séances par an seulement. Le personnel municipal est-il fatigué de faire des heures supplémentaires ? A 00h10, la retransmission vidéo en direct a été brutalement coupée. La prochaine fois, le maire de Toulouse devra-t-il prévoir d’ouvrir un compte #periscope ?

trop de « chinoiseries » ?

Epilogue (provisoire) de cette folle soirée au Capitole : à 8h45 mardi matin, l’aéroport de Toulouse-Blagnac fait savoir que le conseil d’administration est reporté.  » Constatant que des considérations extérieures à l’entreprise pourraient interférer avec les débats, Casil Europe a demandé le report de l’assemblée générale, les conditions ne lui semblant pas réunies pour tenir cette réunion dans un climat serein « , stipule le communiqué.

Idrac

« Il n’y a pas de cagnotte à l’aéroport », affirme à son tour Anne-Marie Idrac, présidente du conseil de surveillance. L’ex-ministre des Transports d’Alain Juppé se dit choquée par les mots employés par les opposants à la vraie-fausse privatisation de l’aéroport. Elle met en garde contre la future concurrence des aéroports de Lyon et Nice, qui seront prochainement vendus à des investisseurs privés. Anne-Marie Idrac relativise les sommes en jeu à Toulouse-Blagnac. Le « prélèvement » de moins de 20 millions sur les 67 millions de « réserves » qui était à l’ordre du jour aurait rapporté 9 millions aux nouveaux co–propriétaires chinois de l’aéroport. « Cela fait beaucoup de salive pour 9 millions », estime-t-elle. Mme Idrac précise que la décision de reporter le conseil d’administration a été prise avant la fin du conseil municipal de Toulouse.