Un starchitecte dessine le nouveau visage du Cap d’Agde

Agde Wilmotte

Les « engrenages » de Jean-Michel Wilmotte seront au Cap d’Agde ce que les fameuses « pyramides » de Jean Balladur furent à la Grande Motte au siècle passé. L’architecte a dessiné quatre grands bâtiments circulaires qui vont spectaculairement marquer l’entrée de la station balnéaire de l’Hérault. « J’aurais été incapable de faire des bâtiments rectilignes sur ce site », raconte Jean-Michel Wilmotte sous le chapiteau écrasé de chaleur dressé au milieu d’un immense rond-point en plein chantier. C’est là, à quelques encablures du port de plaisance, que le fameux architecte-designer qui travaille dans le monde entier a imaginé ses constructions de béton blanc, rondes, moutonnées d’arbres et de plantes qui dégringolent de larges terrasses en gradins. A ses yeux, ces quatre bâtiments en forme d’arènes végétalisées sont comme autant de « rouages » pour « faire marcher tout le quartier ».

Le maire de la commune, qui avait lancé l’idée d’une grande opération immobilière pour revaloriser l’image d’une station construite ex-nihilo dans les années 70 entre Sète et Béziers, est ravi. « C’est un joyau architectural qui va conforter notre rang de plus grande station balnéaire de France », se félicite Gilles d’Ettore. L’élu a prévu de déménager le casino dès 2018 et d’ériger un nouveau palais des congrès d’ici 2020 sur ce site de 10 hectares. Jean-Michel Wilmotte a tracé une « rambla » arborée de 300 mètres pour relier le nouveau quartier au port. Tous les bâtiments prévus s’articulent autour de cet axe piétonnier que l’architecte imagine déjà bordé d’échoppes et de terrasses de café. « Il y aura de la vie toute l’année, même la nuit », promet l’architecte à la centaine d’invités venus découvrir les plans du quartier.

Pour le maire comme pour le promoteur, il s’agit d’élargir l’offre immobilière et de proposer de nouveaux services à une population qui vit désormais toute l’année dans la station. « Les années 80 sont dépassées » affirme Jacques Rubio, directeur général du groupe Kaufman & Broad pour le Grand Sud Ouest. Le promoteur, qui a commencé sa carrière chez Malardeau, promet des appartements de standing de plus de 200 m2, dotés de terrasses de 150 m2 avec vue sur la mer dès le 3ème étage. Le programme, qui s’étend sur 25.000 m2 et 3.000 m2 de commerces et services, comprend la construction de 217 logements, mais aussi une résidence de tourisme et une résidence senior d’une centaine de lits chacune. Le calendrier prévoit la livraison d’une première tranche de travaux au premier semestre 2020.

« Saurelgrad », le nouveau quartier du maire de Montpellier

Mogère gare et autoroute

Depuis le sommet du nouvel hôtel de ville dessiné par Jean Nouvel et François Fontès, l’incontournable architecte de Montpellier, Philippe Saurel peut surveiller l’inexorable avancée de l’agglomération vers la Méditerranée. Le toit de la future gare TGV émerge au-dessus d’une forêt de pins et de grues, avec le cordon lagunaire des étangs pour horizon. Le maire de la ville veut aussi voir pousser ici un nouveau stade, un « campus numérique » et des milliers de logements autour d’un nouveau « parc urbain » de 30 hectares. Bienvenue dans le futur quartier Cambacérès, vitrine de la métropole du XXIe siècle  ! «  Cambacérès est le plus grand personnage que Montpellier a enfanté  » s’enflamme le maire, féru d’histoire. Philippe Saurel tient à rendre hommage à ce fils d’un ancien maire de la ville qui fut le principal rédacteur du Code Civil sous Bonaparte, franc-maçon notoire et homosexuel supposé.

Georges Frêche avait choisi des références à l’Antiquité gréco-latine (Antigone, le Corum, Odysséum) pour marquer la ville de son empreinte. Son dauphin se veut impérial, napoléonien… et soviétique. Baroque, le maire de Montpellier n’envisage pas d’ériger une statue à la gloire de Cambacérès dans le nouveau morceau de ville qui va émerger sur ces anciens domaines viticoles bordant jadis l’autoroute A9. Non, c’est Youri Gagarine qui surplombera bientôt le double ruban de fer et de goudron de la nouvelle autoroute et de la LGV. La statue en bronze du cosmonaute soviétique sera suivie par celle de la première femme envoyée dans l’espace et de la chienne Leïka, premier être vivant à avoir expérimenté l’apesanteur, détaille Philippe Saurel. Autant de symboles d’une ville qui veut encore et toujours croire à la science et au progrès, aux yeux de celui qui a repris le flambeau du frêchisme triomphant. «  Je suis crypto-communiste  », s’amuse Philippe Saurel.

le magicien d’Oz

Géographe retraité et chroniqueur acéré de la vie régionale, Georges Roques se déclare atterré. « J’étais d’accord avec Saurel quand il critiquait la ZAC prévue autour de la gare et de l’autoroute, mais il retombe dans les même ornières. On va faire des aménagements très coûteux pour construire sur des zones partiellement inondables. Lui et son adjointe à l’urbanisme restent dans la ligne de Frêche, qui a quand même fait des erreurs », regrette l’ancien universitaire, qui prépare un nouveau livre sur les collectivités locales de son cher Languedoc. Même jugement sévère de l’influent ancien président de la chambre de commerce et d’industrie  : « On mange des terrains agricoles entre deux autoroutes alors qu’on nous alerte sur la montée des eaux de la mer. C’est aberrant ! », s’alarme Gérard Borras, qui ferraillait déjà contre les projets jugés pharaoniques de Georges Frêche. A la mairie, Alex Larue enfonce le clou. «  Saurel reconstitue OZ sans le dire  », dénonce le jeune avocat des Républicains qui tente de s’imposer comme le chef de file d’une opposition politique à un maire cultivant le  » flou macronien », au-delà des partis.

Dans les méandres des courants post-socialistes locaux, plus tortueux que le cours endigué du Lez vers la mer, Philippe Saurel se défend de suivre les rails de Jean-Pierre Moure, l’ancien maire (PS) de Cournonsec installé à la tête de l’agglomération par Georges Frêche. « La ZAC OZ était prévue sur 320 hectares, je l’ai ramené à 60 hectares. On a fait ce qu’on a dit ». Le campus universitaire, puis le nouveau stade, sont venus s’ajouter au fil de la pensée d’un maire qui est surtout fier d’avoir  « construit » politiquement une métropole, avec des élus de toute obédience. L’opposition municipale s’insurge toutefois contre le projet de stade destiné à remplacer celui de la Mosson.  » Ce dernier a 50 ans, il est en zone rouge du plan de prévention des inondations et les assurances ne veulent plus payer « , justifie le maire. Des arguments que rejette Alex Larue, qui a demandé en vain à Philippe Saurel un référendum pour valider cet investissement, estimé à 150 millions d’euros.  » La priorité, ce n’est pas le stade, mais le renouvellement de la voirie, la rénovation de l’Ecusson et la rénovation urbaine « , abonde le socialiste Michaël Delafosse.

la « gare betterave » a mangé le Mas Rouge

Sur le pont Gagarine qui vient d’être inauguré, un couple de retraités de la SNCF venus de Saône-et-Loire a fait un détour pour contempler le chantier de la gare. Ils avouent ne pas bien comprendre l’importance d’un tel édifice « pour seulement quatre TGV par jours », loin du centre-ville. Ancien « compagnon de route » de Philippe Saurel, Jean-Pierre Touchat, président du syndicat des commerçants des halles et des marchés de Montpellier, dénonce une future « gare betterave ». A l’inverse, la trentaine d’architectes, artistes ou informaticiens un peu bohèmes qui avaient acheté collectivement en juin 2007 le domaine Fitzgerald, à Lattes, pour vivre et travailler (presque) à la campagne, sont aujourd’hui rattrapés par l’urbanisation à grande vitesse de la métropole. Le chantier de la LGV et de l’autoroute a déjà « mangé » 6 hectares de cet ancien domaine viticole transformé en « résidence d’artistes ». Le nouveau stade de 25.000 places sera érigé à seulement 300 mètres de ces vieux bâtiments bucoliques hantés par des chats en liberté, bientôt frôlés par les TGV et à portée d’oreille de la nouvelle A9. « Les élus locaux sont trop liés au BTP. Ils détestent la critique et décident sans concertation », grince Olivier Gounon Ascain, architecte retraité de l’atypique phalanstère du Mas Rouge. Ces pionniers du co-working et de l’habitat participatif peuvent être d’autant plus amers qu’ils sont le « cœur de cible » revendiqué par Philippe Saurel pour son nouveau quartier, qui doit faire la part belle aux  » industries créatives « . Mais pas à la même échelle.

Mogère Mas Rouge
la future gare TGV de la Mogère vue du Mas Rouge à Lattes

Le maire de Montpellier a retenu l’agence XDGA pour dessiner le visage de son futur quartier. Xaveer de Geyter n’est peut-être pas Ricardo Boffil, mais il travaille déjà sur le campus technologique de Paris-Saclay. L’architecte belge s’est contenté pour l’instant d’esquisser les lignes du futur « bâtiment totem » de la French Tech, une  » halle  » de 12.000 m2 qui doit faire la jonction entre Odysseum et la nouvelle gare, à la manière du Polygone entre la Comédie et Antigone. L’idée est de faire co-exister les jeunes pousses du numériques qui s’épanouissent actuellement dans l’ancienne mairie, des universitaire et des chercheurs sous une sorte de  » serre-usine « . Contrairement à la tour de Saint-Roch qui sera verticale, le  » totem  » de Cambacérès sera horizontal. Une sorte de  » centre commercial  » sans commerces ni bureaux fixes, à mi-chemin entre le parc des expositions et les  » campus  » californiens de Google ou Facebook dans la Silicon Valley. «Un hôtel de coworking  » résume Philippe Saurel. L’architecte belge a aussi dessiné le parvis de la future gare, plantée aujourd’hui au milieu des champs, qui accueillera en 2020 la prolongation de la ligne 1 du tramway.

Dans l’esprit de Philippe Saurel, la gare TGV n’est pas le terminus du tram, qui devra s’étendre à terme jusqu’à l’aéroport. « J’ai obtenu l’accord de principe de la communauté d’agglomération du pays de l’Or. On ne se fait plus la guerre », se félicite le maire de Montpellier, qui rêve tout haut de réaliser  » le hub  » voulu en son temps par Georges Frêches pour regrouper le fer, la route et les airs à deux pas de la mer. « C’est la grande affaire des cinquante années à venir  ». La question des terres inondables est balayé d’un revers de la main par celui qui se voit déjà membre du syndicat mixte des étangs du littoraux, dont le siège est à Villeneuve-lès-Maguelone. « J’ai survolé la zone en hélico avec mon fils, ingénieur. Les travaux de transparence hydraulique et les bassins de rétention sont bien dimensionnés », assure-t-il. Le tzar lui-même s’est-il arrêté aux marais pour construire Saint-Pétersbourg  ? Derrière  » Saurelgrad « , c’est bien l’extension du domaine de la métropole jusqu’à la mer qui reste l’objectif.