Ours tué en Ariège : un tir contre son camp ?

chasseurs ours ariège

Le cadavre d’un ours a été retrouvé au-dessus de la petite station de ski de Guzet (Ariège). L’animal a été abattu par balles, précise la ministre de la Transition Ecologique qui a diffusé l’information sur Twitter. « L’ours est une espèce protégée, cet acte est illégal et profondément condamnable. L’Etat va porter plainte » ajoute Elisabeth Borne. Un collectif d’associations pro-ours a aussitôt réagi en condamnant « un braconnage ». Les associations demandent à la ministre « de confirmer dès maintenant que l’Etat respectera son engagement de remplacer rapidement tout ours mort de cause humaine et procédera donc à un lâcher pour compenser ce tir illégal et inacceptable ».

La présidente (PS) du conseil départemental de l’Ariège a elle aussi réagi sur les réseaux sociaux. « Nous savions tous que cela allait arriver », écrit Christine Téqui sur Facebook. Elue de ce canton de montagne, l’ex-maire de Seix ne cache pas son hostilité à la présence du plantigrade. « Depuis des années trop de monde joue à « l’apprenti sorcier » en voulant réintroduire un animal qui n’a plus sa place dans nos montagnes », estime Mme Téqui.

légitime défense ?

On ignore encore les circonstances précises de la mort de l’animal, dont la dépouille a été transférée à l’école nationale vétérinaire de Toulouse pour autopsie. Il s’agit d’un jeune mâle âgé de 4 à 5 ans et pesant entre 150 et 180 kilos, selon la préfète de l’Ariège qui s’est rendue sur place avec le procureur de la République. Une piste carrossable permet d’accéder depuis la station de ski au col de l’Escot, où des troupeaux viennent passer l’été en estive. Ils arrivent de la vallée voisine d’Ustou. Un groupement pastoral de 14 éleveurs y mènent chaque année environ 500 brebis, une centaine de vaches et un dizaine de chevaux. Les techniciens du groupe ours s’y sont rendus le 7 juin pour procéder à l’expertise d’une jeune brebis qui aurait été attaquée par un ours. Le troupeau, qui venait de s’installer depuis trois jours sur l’estive, a été attaqué en dépit de la présence des éleveurs et de la bergère, selon l’ASPAP, fer de lance des éleveurs ariégeois opposés à l’ours.

L’hypothèse qu’un des éleveurs du groupement pastoral d’Ustou soit le tireur est la plus probable. L’ouverture de la chasse a été repoussée au 1er juillet par la fédération des chasseurs de l’Ariège. « Il faut que des gens soient à bout pour commettre des actes illégaux comme ça », déclare Philippe Lacube, président de la chambre d’agriculture de l’Ariège à l’AFP. Ancien porte-parole de l’ASPAP, Philippe Lacube évoque un possible acte de « légitime défense ».

commando masqué

L’Ariège est le département où la tension entre pro et anti-ours dans les Pyrénées est la plus vive. Des opposants au plantigrade avaient diffusé une vidéo, en cagoule et tenues de chasse de camouflage, pour annoncer très explicitement en 2017 la manière dont ils entendaient régler radicalement le problème. Philippe Lacube et des militants de l’ASPAP ont été auditionnés à plusieurs reprises par les gendarmes de l’Ariège dans le cadre d’une enquête, toujours en cours, pour tenter d’identifier les membre de ce mystérieux commando. De façon moins spectaculaire, certains se vantent en petit comité d’avoir déjà réglé leur compte à des ours portés disparus. Les techniciens chargés du suivi de la population ont perdu la trace de six animaux en 2019. Mais ils ne sont pas officiellement considérés comme morts. Coté français, c’est en Ariège que se concentre le plus grand nombre de la cinquantaine d’ours recensés dans la cordillère franco-espagnole… mais aussi des attaques contre les troupeaux.

Plus de 1000 bêtes ont été tuées par des ours en 2019, selon les chiffres officiels. Les dégâts ont tendance à être sur-estimés pour faciliter l’indemnisation financière des éleveurs, explique Farid Benhamou, qui a consacré une remarquable thèse aux conflits entre éleveurs et grands prédateurs. Philippe Lacube évoque pour sa part le chiffre de 1.500 animaux disparus. Au yeux de l’éleveur anti-ours, c’est la preuve que les techniques de protection des troupeaux préconisées par l’Etat ne fonctionnent pas. Les associations pro-ours font au contraire valoir que les éleveurs ariégeois, hostiles à la cohabitation avec l’animal sauvage, rechignent à mettre en place des mesures comme le regroupement des troupeaux la nuit ou la pose de clôtures électrifiées.

Effarouchement et promesse présidentielle

En guise d’apaisement, l’Etat avait accepté d’expérimenter l’an dernier dans les Pyrénées des mesures d’effarouchement réclamées par les éleveurs, mais combattues par les associations environnementalistes. Inspirée des techniques employées pour tenter de maintenir les loups à distance des troupeaux, cette nouvelle doctrine prévoit un effarouchement graduel pouvant aller jusqu’au tir de balles en caoutchouc. Mais en aucun cas par des « tirs de prélèvement », comme cela se pratique pour limiter la population de loups.

La mort violente de l’ours en Ariège est la troisième par arme à feu dans l’histoire récente et la deuxième de l’année dans les Pyrénées. Un autre mâle a été retrouvé mort dans le Val d’Aran en avril. Les autorités espagnoles ont refusé de dévoiler les résultats de l’autopsie, réalisée à l’université de Barcelone. Les autorités locales aranaises prétendent que l’animal aurait fait une chute mortelle après s’être battu avec un congénère, mais des associations environnementalistes soupçonnent un empoisonnement. Etablir les causes de la mort n’est pas anodin. Le programme de réintroduction de l’ours dans les Pyrénées, financé par l’Union Européenne, prévoit en effet de remplacer chaque animal disparu volontairement à cause de l’homme. Les récents lâchers de deux femelles en Béarn se justifient ainsi par la mort de Canelle, tuée par un chasseur en 2004.

Emmanuel Macron aurait assuré aux éleveurs les plus remontés qu’il n’y aurait plus d’importations d’ours dans les Pyrénées. La promesse présidentielle devait être gravée dans le marbre de la nouvelle mouture du plan ours, en cours de préparation. Mais les balles qui ont fauché l’ours au-dessus de Guzet pourraient remettre en cause cet engagement en remettant la pression sur le gouvernement sur l’obligation légale de remplacer l’animal. Et si le « braconnier » de l’estive du col d’Estots avait tiré contre son camp ?

Lareine électrise le théâtre Garonne

Lareine Chamonix
De toutes les matières, c’est les watts qu’il préfère. Eric Lareine, 65 ans au compteur (Linky), a fait péter le mythe du père fondateur de la « Houille Blanche » sur la scène du théâtre Garonne. On ne pouvait rêver meilleur endroit que cette ancienne usine de pompage de l’eau du fleuve à Toulouse pour évoquer la vie d’Aristide Bergès, fils de papetier ariégeois qui fit fortune dans les Alpes en installant les premiers barrages hydro-électriques au XIXème siècle.
Cravaté et vêtu d’un improbable manteau-blouse d’époque, le chanteur-performer va au charbon avec son complice Pascal Maupeu et trois autres musiciens pour raconter l’exil de cet ingénieur pyrénéen dans le Dauphiné et sa rencontre avec “la fée électricité”. « Tous les faits sont réels », insiste à plusieurs reprises le conteur électrique, qui s’amuse à rajouter une muse aux pieds palmés à la biographie officielle de l’industriel.
Lareine Berges 2
Entre deux chansons et instrumentaux aux accents de rock bruitiste, Lareine renoue avec son ancien métier de peintre en lettres en dessinant sur un drôle de tableau surtout pas noir, mais d’une couleur laiteuse grâce à des éponges imbibées de Blanc d’Espagne. Cet unique accessoire de scène a été fabriqué par Matthieu Bony. Créateur de décors d’opéra et des spectacles de rue du Royal de Luxe, il a réussi à insérer des tuyaux invisibles entre deux feuilles de plexiglas pour que de l’eau vienne périodiquement effacer les œuvres graphiques éphémères du chanteur, dans un ruissellement digne des ardoises magiques de notre enfance.
La mise en scène de ce spectacle qui épouse davantage la forme d’un concert « classique » que d’une pièce de théâtre a été confiée à Christophe Lafargue, alias Garniouze, autre adepte des spectacles de rue. Arpentant la scène en soliloquant dans son costume d’ingénieur positiviste, Lareine revient toujours au pied de son micro planté au milieu de la scène, comme aimanté. « On a pensé à utiliser un micro-casque pour les séquences narratives, mais je l’aurais fait péter en 5 minutes » explique le trépidant chanteur de blues en blouse. Il ne manquera d’ailleurs pas de sortir un harmonica de sa poche pour y souffler ses tripes habituelles. On ne se refait pas à 65 ans, même quand on joue un respectable industriel en cravate et montre-gousset sur plastron.
Lareine Bergès
Né par hasard à Charleville-Mézières, le plus rimbaldien des artistes toulousains confesse volontiers la part autobiographique de ce spectacle historico-électrique. « Mon père était ingénieur EDF ». Le paternel fut même diplômé de l’école fondée par Aristide Bergès du coté de Grenoble. Antinucléaire revendiqué, Lareine s’interroge en artiste sur ces ingénieurs et « leur confiance aveugle en la science ». Plutôt que de raconter les véritables déboires de l’inventeur de la “houille blanche” avec les riverains dauphinois de ses barrages qui lui firent un procès pour avoir détourné leur eau, il préfère dire que l’industriel a « trahi » la fée qui lui avait enseigné comment capter l’énergie des chutes d’eau. Le morceau de bravoure du spectacle est une longue épopée lyrique sur « la chute des corps » où Lareine peut donner le plein de sa démesure.
Un disque (vinyle) est annoncé en 2020 avec les chansons et la musique composée par Pascal Maupeu pour ce spectacle onirique original.

Des balles en caoutchouc contre les ours dans les Pyrénées

Ourse ourson

Alors que la polémique bat son plein sur l’usage des lanceurs de balles de défense (LBD) par les forces de l’ordre, les gardes de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) pourraient être autorisés à tirer des balles en caoutchouc pour éloigner les ours des troupeaux cet été. Cette mesure-choc est issue d’un rapport d’experts des ministères de l’agriculture et de l’écologie. Après avoir auditionné les éleveurs ariégeois les plus remontés contre les attaques des plantigrades qui se concentrent sur le département, ils devaient présenter leurs solutions ce lundi à la préfecture de Toulouse. Las, les associations d’éleveurs, qui n’ont pas digéré la réintroduction de deux nouvelles femelles en Béarn au mois d’octobre dernier, ont préféré boycotter la réunion. Ils estiment que la présence de l’ours est incompatible avec le pastoralisme.

Les experts ont formulé une liste de propositions largement inspirées des pratiques déjà en cours en Béarn, où l’ours n’a jamais disparu contrairement à l’Ariège. Ils préconisent ainsi la plantation d’arbres fruitiers pour éloigner les ours des estives en les « fixant » dans la forêt, la construction de nouvelles cabanes ou l’amélioration de la couverture du réseau de téléphonie mobile pour les bergers. Le rapport souligne que les indemnisations sont désormais conditionnées à la présence permanente de gardiens et la mise en place de mesures de protection des troupeaux. Il accorde un délai supplémentaire d’un an aux éleveurs qui s’y refusent, notamment en Ariège et dans les Hautes-Pyrénées.

Pour diminuer le nombre de prédations, les experts proposent d’équiper les bergers de « moyens d’effarouchement sonores ou lumineux ». Mais contrairement au loup, pas question de sortir les fusils pour « réguler » la présence des ours, dont les effectifs sont estimés à une quarantaine dans les Pyrénées. Les gardes de l’ONCFS, et éventuellement des lieutenants de louveteries des départements, seraient seuls habilités à tirer sur le plantigrade ; mais pas à balle réelle. Le protocole « ours à problème », qui doit également être révisé, ne prévoit l’abattage d’un ours qu’en dernière extrémité. L’ours Goiat, accusé d’attaques à répétition contre des troupeaux de chevaux, a ainsi été capturé et équipé d’un nouveau collier GPS avant d’être relâché cet automne coté espagnol. Ce mâle originaire de Slovénie a été réintroduit en 2016 par la Catalogne pour remplacer le vénérable Pyros, père de la plupart des oursons nés dans les Pyrénées depuis le début du plan ours, qui aurait 30 ans cette année mais n’a plus donné de signe de vie depuis avril 2017.

L’usage de chiens spécialement dressés pour faire fuir les ours est également envisagé. Les chiens de Carélie viendraient ainsi à la rescousse des Patous, ces gros chiens blancs utilisés pour la défense des troupeaux. Toutes ces propositions doivent encore recueillir l’avis du Conseil National de Protection de la Nature. Elles vont rapidement faire l’objet d’une consultation publique afin de pouvoir être mise en ouvre dès la montée des troupeaux en estive, le mois prochain. Les élus régionaux et les associations environnementales pourraient se prononcer dès cette semaine : ils ont rendez-vous jeudi à Toulouse pour une réunion du comté de massif. Le tir de balles en caoutchouc a été expérimenté l’an dernier pour effaroucher des loups à la frontière de l’Autriche et de la République tchèque.

Des ours même sans Hulot dans les Pyrénées ?

ours Balès

La démission-surprise du ministre de l’Ecologie laisse opposants et partisans de l’ours dans l’expectative. Le départ de Nicolas Hulot pourrait-il signifier l’abandon de la réintroduction de deux femelles dans les vallées du Haut-Béarn (Pyrénées Atlantiques) cet automne ? Fin juillet au ministère, Nicolas Hulot avait laissé entendre aux parlementaires du département que sa démission était dans la balance pour tenir sa promesse, annoncée en mars dernier. D’autres élus, majoritairement hostiles au projet, ont directement fait valoir leurs arguments à Emmanuel Macron lors de sa visite à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) à l’occasion du passage du Tour de France. Le président de la République et son premier ministre se sont bien gardés de dire jusqu’à présent s’ils avaient donné un feu vert ou rouge à l’opération, aussi symbolique que politique.

Les opposants, qui avait adressé une lettre ouverte à l’Elysée dès le lendemain de l’annonce de Nicolas Hulot pour lui demander de ne pas « rallumer la guerre de l’ours », ont une nouvelle fois manifesté ce mercredi à Etsaut, l’un des rares villages de la vallée d’Aspe ouvertement favorable aux plantigrades. La manifestation était prévue de longue date, dans l’espoir d’y croiser Nicolas Hulot qui avait annoncé sa visite sur le terrain. A défaut de pouvoir interpeller le ministre, des cadavres de brebis mortes ont été déposés devant la mairie et des poches de sang lancées sur la façade. La maire, Elisabeth Médard (PS), a annoncé son intention de porter plainte.

L’épisode rappelle une manifestation similaire organisée à Arbas (Haute-Garonne) en 2006, lors des dernières réintroductions d’ours en provenance de Slovénie. Cinq plantigrades (4 femelles et un mâle) avaient alors été relâchés dans les Pyrénées Centrales(Haute-Garonne et Hautes-Pyrénées), dans un contexte tendu. La plupart des huit ours importés depuis 1996 sont aujourd’hui décédés, parfois de mort violente. Mais leur descendance, relativement prolixe, a assuré à ce jour la présence d’une quarantaine d’ours dans les Pyrénées Centrales. En moyenne, la population a cru de 13,5% par an. C’est encore trop peu pour garantir une population viable aux yeux des spécialistes du Muséum d’Histoires Naturelles, qui insistent depuis des années sur l’urgence de relâcher des femelles dans le dernier noyau des Pyrénées Occidentales, où ne subsistent que deux mâles depuis la mort de Cannelle, tuée par un chasseur en vallée d’Aspe en 2004. Mais c’est déjà trop pour de nombreux éleveurs. Surtout en Ariège, où se concentrent l’essentiel des ours… et des attaques. L’arrivée annoncée du loup vient encore renforcer le refus du retour des prédateurs dans la montagne. Même les vautours, rapaces nécrophages, sont suspectés d’être devenus carnivores par des éleveurs pour qui le sujet est devenu ultra-sensible.

Dans ce contexte pré-hystérique, les associations favorables à l’ours font profil bas. « On est inquiet » reconnaît Alain Reynes, directeur de l’association Adet-Pays de l’ours qui a mené les premières réintroductions en Haute-Garonne. Le militant se souvient de l’annonce de la réintroduction d’une femelle dans le Béarn par Chantal Jouanno en 2010, démentie par Nathalie Kosciusko-Morizet qui lui avait succédé en 2011. Comme Jérôme Ouillon, son homologue du FIEP (Fond d’intervention éco-pastoral) basé à Oloron (Pyrénées Atlantiques), il veut croire que Nicolas Hulot avait bien obtenu un arbitrage gouvernemental avant d’annoncer le lâcher des deux femelles au printemps dernier. Les associations peuvent aussi s’appuyer sur les résultats de la concertation organisée par le préfet des Pyrénées Atlantiques qui révèle une adhésion majoritaire (près de 90%) au projet, y compris dans les communes montagnardes du Haut-Béarn (58%). A Pau, la préfecture fait comme si le projet n’était pas remis en cause. Elle a fait preuve d’une certaine transparence en publiant l’épais dossier technique sur son site Internet. On y apprenait que le budget de l’opération était évalué à 110.600 €, dont 45.000 € pour les opérations de piégeage en Slovénie et 15.000 € pour le transport. Le document précisait également que l’opération pourrait être reportée au printemps 2019 si nécessaire.

 

La transhumance motorisée des saumons de la Garonne

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alevin de saumon au Bazacle

 

D’Agen à Toulouse, remonter la Garonne revient à traverser “le triangle des Bermudes” pour les saumons. Depuis le début de l’année, on a comptabilisé 77 de ces grands poissons migrateurs dans l’ascenseur à poissons de Golfech (Tarn-et-Garonne), inauguré en 1986 par EDF pour favoriser le retour des saumons dans le fleuve. Mais seulement huit de ces poissons ont été recensés à ce jour à l’usine hydroélectrique du Bazacle à Toulouse, une centaine de kilomètres en amont. Six autres saumons ont été transférés par la route à Crampagna, au sud de Foix (Ariège). Cette transhumance motorisée de 170 kilomètres a débuté il y a quatre ans. Au total, 181 saumons ont bénéficié de cette assistance mécanisée depuis 2014.

L’association Migado, chargée du retour des poissons migrateurs dans la Garonne et la Dordogne depuis 1989, a pris cette décision face aux importantes pertes constatées d’une année sur l’autre entre les barrages de Golfech et Toulouse. Le radio-pistage de 146 saumons entre 2002 et 2006 a montré que seulement 39 poissons avaient réussi à passer le Bazacle à Toulouse. La plupart renoncent, victimes de la pollution et de la chaleur. On a relevé des températures supérieures à 29° dans la Garonne, alors que le seuil létal commence à 25° pour ces migrateurs qui grossissent du coté du Groenland, mais ne s’alimentent plus quand ils reviennent en eau douce. Parmi les plus motivés ayant réussi à dépasser Toulouse, 50% sont décédés ou ont fait demi-tour avant la période de reproduction, qui se déroule au début de l’hiver (novembre-décembre). Les premières frayères se situent pourtant à une petite dizaine de kilomètres en amont, à la confluence de la Garonne et de l’Ariège.

Le transport des saumons par la route n’est pas une nouveauté pour Migado. L’association utilise cette technique depuis de nombreuses années à Carbonne, dans le sud de Haute-Garonne. Le barrage sur la Garonne est ici infranchissable du fait de l’absence de passe à poissons. Les rares saumons qui arrivent au pied de cet ouvrage sont capturés et relâchés en amont, essentiellement dans la Pique du coté de Luchon. D’autres saumons piégés à Golfech sont acheminés chaque année à Bergerac (Dordogne), dans une pisciculture chargée de conserver les géniteurs dans des bassins. Cette année, neuf poisons ont déjà rejoint ce « centre de reconditionnement » des saumons. Les œufs fécondés sont ensuite transférés vers d’autres piscicultures. Les jeunes saumons sont élevés dans le Tarn avant d’être relâchés à différents stades, alevins ou plus âgés, dans la Garonne ou l’Ariège. Mais pas dans la Pique, à cause d’un barrage qui hache menu 60% des jeunes saumons qui entament leur dévalaison vers l’océan. C’est aussi pour éviter les turbines des barrages de la Garonne-amont que 35.000 « smolts » ont été capturés l’an dernier au sud de la Haute-Garonne pour être transférés dans un camion spécialement équipé jusqu’à Golfech.

Les abstentionnistes, vainqueurs du premier tour ?

Le « parti des pêcheurs à la ligne » progresse dans les campagnes et l’emporte dans les métropoles

Jour Debout

En dépit d’un « match à quatre » qui s’annonçait serré, les instituts de sondage ont pronostiqué dès 20h un deuxième tour Macron/Le Pen pour le 7 mai. Mais les premiers résultats définitifs de la soirée ont fugitivement dessiné d’autres duels possibles selon les départements. Comment vont réagir les électeurs lotois, qui auraient préféré un match Macron/Mélenchon ? Ou les Lozériens, qui auraient voulu opposer François Fillon à l’ancien ministre de l’économie de François Hollande ?

Dans les dix départements à dominante rurale de la région Occitanie qui avaient terminé le dépouillement des bulletins de vote avant minuit, seul le Tarn avait retenu la combinaison gagnante au niveau national (avec un ballotage légèrement favorable à la candidate du FN sur le leader d’En Marche). Partout ailleurs, toutes les autres combinaisons étaient possibles. Emmanuel Macron bascule en tête dans quatre départements (Aveyron, Gers, Lot, Hautes-Pyrénées), Marine Le Pen dans quatre autres (Aude, Pyrénées Orientales, Tarn, Tarn-et-Garonne).

A la vérité, c’est un troisième larron qui rafle la mise en Occitanie : le parti des « pêcheurs à la ligne ». Les abstentionnistes pèsent entre 15% (Gers) et 21% (Pyrénées Orientales) des électeurs inscrits. Le phénomène enregistre une hausse moyenne de 2 à 3 points par-rapport au premier tour de l’élection présidentielle de 2012. Les suffrages non-exprimés sont parfois plus nombreux que ceux qui se sont portés sur le candidat arrivé en deuxième position. Si les scores étaient exprimés par rapport aux électeurs inscrits, il faudrait qualifier le « parti des pêcheurs à la ligne » dans cinq départements sur dix (Aude, Ariège, Hautes-Pyrénées, Pyrénées Orientales, Tarn-et-Garonne). Les Ariégeois auraient qualifié le seul Jean-Luc Mélenchon, alors que les Audois, les Catalans et les habitants du Tarn-et-Garonne se seraient contentés du FN.

Les urbains ont été encore plus nombreux à bouder les urnes. Avec respectivement 26,52% des inscrits à Toulouse qu’aucun scrutateur n’a vu passer dans les bureaux de vote et 25,04% à Montpellier, les abstentionnistes apparaissent comme les grands vainqueurs de ce premier tour,. Ils sont loin devant les partisans de Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, les deux candidats préférés des citadins qui prennent encore le temps d’aller voter. Dans la « ville rose », où le candidat du PS chute à 10% des suffrages exprimés (7,48% des inscrits), l’abstention a fait un bond de cinq points en cinq ans. La seule satisfaction des derniers des Mohicans du PS de François Mitterrand aura été de rester devant le FN (6,77% des inscrits) à Toulouse… mais pas à Montpellier.

L’Unesco contre la légende des châteaux « cathares »

Carcassonne cité

La Cité de Carcassonne va-t-elle rejoindre le Mont Saint-Michel ou la cathédrale de Reims dans le club très fermé des monuments classés deux fois par l’Unesco ? L’ancienne ville forte des vicomtes de Trencavel, assiégée lors de la guerre contre les cathares et rattachée à la couronne de France à l’issue de cette curieuse « croisade » menée loin de la Terre Sainte, vient en effet d’être inscrite par la ministre de la Culture sur la liste indicative des biens à présenter au patrimoine mondial. Déjà inscrite en 1997, la Cité restaurée par Viollet-le-Duc au XIXe siècle se présente cette fois devant le jury en compagnie des forteresses d’Aguilar, Puilaurens, Peyrepertuse, Quéribus et Termes, dans les Corbières (Aude). A ces cinq « fils de Carcassonne », pour reprendre l’expression des sergents de la garnison dans un mémoire rédigé en 1483, s’ajoutent les quatre châteaux en ruine de Lastours, perdus dans le Minervois à proximité de l’ancienne mine d’or de Salsigne, et la triste carcasse de Montségur perchée sur son « pog » en Ariège, célèbre à cause des 225 « hérétiques » qui périrent sur le bûcher en refusant d’abjurer leur foi à l’issue d’un siège épique, le 16 mars 1244.

Inscrites depuis 1862 sur la liste des monuments historiques, quelques temps après les remparts de Carcassonne, les ruines de Montségur ne sont classées qu’en mars 1989 en tant que « château cathare ». Une appellation battue en brèche dans le document de présentation du dossier de candidature à l’Unesco, qui dénonce « un grand malentendu ». « En effet, la plupart de ces châteaux ont été réaménagés et même le plus souvent reconstruits après la Croisade contre les Albigeois, et ce à l’initiative du roi de France qui souhaitait alors consolider sa frontière avec le royaume d’Aragon. L’exploitation touristique des forteresses, qui commence dans les années 60, repose sur ce contresens », peut-on lire dans cet épais document de 167 pages rédigé par un comité scientifique de 14 personnalités, qui planche discrètement sur le sujet depuis 2013.

Ce ne sont donc pas d’improbables châteaux « cathares » qui seront proposés à la reconnaissance de l’Unesco, mais des forteresses militaires édifiées par le roi Philippe Auguste, sur le modèle du Crac des Chevaliers édifié par les Croisés dans l’actuelle Syrie. Les spécialistes évoquent un « modèle d’architecture militaire philippienne », à l’oeuvre à Carcassonne et dans ses « châteaux sentinelles de montagne ». Ce qui frappe aujourd’hui, c’est surtout le contraste entre les parkings bondés de la Cité de Carcassonne ripolinée par Viollet-le-Duc, où plus de 500.000 visiteurs se sont pressés en 2015, et l’isolement des ces « citadelles du vertige » décrites en 1966 par Michel Roquebert, journaliste de La Dépêche du Midi devenu écrivain de « L’épopée cathare » (5 tomes publiés de 1970 à 1988, éditions Privat puis Perrin), membre du comité scientifique. La Cité, qui a vu sa fréquentation baisser de 300.000 visiteurs en trois ans, doit enfin bénéficier d’un classement national au titre des « Grands Sites ».

Le front anti-ours se lézarde dans les Pyrénées

 

Lacube

Ségolène Royal décidera-t-elle de relâcher une ou deux femelles pour sauver les derniers ours dans le Béarn ? Alors que les éleveurs opposés aux plantigrades manifestaient une nouvelle fois à Toulouse pendant que les écologistes, épaulés par les scientifiques du Muséum d’Histoire Naturelle, plaidaient dans les salons de la préfecture pour l’arrivée d’au moins six nouveaux animaux sur toute la chaîne franco-espagnole, cette proposition médiane a fait bouger les lignes.
André Berdou, ancien maire (PS) de Laruns (Pyrénées Atlantiques), s’est exprimé en faveur d’un « renforcement » a minima dans ses vallées béarnaises, hantées par seulement deux mâles. « J’étais contre une introduction mal préparée comme en 2006. Introduire un ou deux ours à l’ouest et aucun dans les Pyrénées centrales, sans contrainte supplémentaire, c’est acceptable et sauve le noyau occidental », a expliqué l’ex-président du parc national des Pyrénées. Le revirement de l’élu de la vallée d’Ossau a été applaudi à l’intérieur, mais conspué sur le parvis de la préfecture où les opposants se souviennent qu’André Berdou manifestait jadis à leur coté. « Les collègues basques et béarnais vont sentir le vent du boulet », réagit au micro Philippe Lacube, éleveur de bovins en Ariège, devant la centaine de manifestants clamant bruyamment leur désapprobation dans un concert de sonnailles.
La position d’André Berdou, élu au conseil départemental des Pyrénées Atlantiques, est partagée par le conseil régional de la Nouvelle Aquitaine. Elle était défendue par un éleveur basque. « J’ai voulu aller au-delà des clichés et des postures », explique Andde Sainte-Marie. « La présence de l’ours en haut-Béarn a été et est un atout pour le maintien des bergers en montagne », a tenu à souligner le nouvel élu régional dans son discours. Il affirme disposer de l’assentiment de cinq maires de la vallée d’Aspe et de 15 bergers transhumants sur les 28 répertoriés dans la zone à ours des Pyrénées Atlantiques.

Naudy
« Beaucoup se sont engouffrés dans la brèche » relate, dépité, Alain Naudy, maire (PS) de la petite commune d’Orlu et du grand canton de la Haute-Ariège. Les élus socialistes du département apparaissent politiquement isolés de leurs camarades des deux grandes régions. « Plus on est loin, plus on est pour l’ours », lâche Alain Naudy à ses troupes pour tenter de les requinquer. Visiblement, le coup est rude pour les opposants. « On a sauvé les meubles » résume Philippe Lacube, le porte-parole historique des anti-ours ariégeois.

un match nul considéré comme une victoire

Trois scénarios étaient proposés au vote des élus du comité de massif. Les opposants à tout « renforcement » ont obtenu 15 voix, à égalité avec les partisans de la réintroduction d’une ou deux femelles en Béarn. Les quatre partisans les plus farouches de l’ours, qui avaient obtenu le droit de ne pas choisir un seul scénario, ont validé ce compromis tout en continuant à préconiser un renforcement « maximum ». Ils considèrent le match nul obtenu comme une quasi-victoire. « Lors du vote précédent, on était à seulement 8 contre 15 », fait valoir Marc Maillet, représentant des associations environnementales. Les opposants à l’ours dénoncent « l’ambiguïté » de ce scrutin qui a permis à leurs ennemis jurés de voter deux fois.
L’avis du comité de massif n’étant que consultatif, il revient désormais à la ministre de l’Ecologie de décider. Ségolène Royal a toujours dit qu’elle ne voulait pas choisir les ours contre les éleveurs. « Lâcher une ou deux ourses n’auraient rien de révolutionnaire. Ce serait juste revenir à la situation qui prévalait en Béarn avant le décès des deux dernières femelles », fait valoir Andde Sainte-Marie, lui-même éleveur transhumant de moutons.

gare Andorre

Le train quotidien qui dessert chaque jour la principauté d’Andorre est un modeste TER qui part de Toulouse. Outre le train de nuit partant la veille de Paris-Austerlitz, le petit paradis fiscal des Pyrénées est desservi en semaine par cinq autorails qui remontent la vallée de l’Ariège jusqu’à la gare de L’Hospitalet, au pied du col de Puymorens. Des bus assurent la liaison finale en grimpant les derniers lacets jusqu’au Pas de la Case, sa station de ski et ses supermarchés détaxés. Mais le 15 octobre 2014, la région Midi-Pyrénées a interrompu ce dernier maillon de la ligne en invoquant des questions de sécurité  : trop d’altercations avec des passagers, parfois ivres et violents, attirés par le trafic d’alcool et de tabac bon marché. Surnommé « le train du jaune » par les cheminots de la région, par comparaison avec le petit train qui traverse la Cerdagne voisine, le dernier TER de l’Ariège s’est découvert une vocation de tourisme social inattendue avec les billets gratuits généreusement offerts par la région aux chômeurs. La gare du village de L’Hospitalet (90 habitants), rénovée avec l’aide du gouvernement andorran, a vu passer 49.767 passagers en 2014.

les bus ont repris la route

Discrète sur ce sujet sensible, la direction régionale de la SNCF refuse de communiquer les chiffres de 2015. Le « train du jaune » est devenu le symbole d’une certaine délinquance ferroviaire qui ne serait plus réservée aux RER de la région parisienne. La préfecture de l’Ariège, qui avait tiré la sonnette d’alarme en 2013, a recensé 64 infractions par les forces de police et de gendarmerie et 118 incidents relevés par la SNCF. La région indique que la gratuité des billets a été retirée à 4 bénéficiaires, suites aux incidents. Officiellement, tout serait rentré dans l’ordre avec la suppression des bus. Mais en juin 2015, deux contrôleuses portent plainte à Toulouse. Elles expliquent à la police avoir été bousculées et insultées dans le train. En réaction, la préfecture a suspendu une nouvelle fois les autocars de l’entreprise ariégeoise qui assurait le service entre la gare de l’Hospitalet et le Pas de la Case. Daniel Leurès proteste. « Je ne suis pas responsable de ce qui se passe dans le train », se défend l’autocariste de Tarascon-sur-Ariège. « On exploite la ligne entre Pamiers et l’Andorre depuis quarante ans. Il y a toujours eu des passagers qui exagèrent un peu avec les quantités autorisés par les Douanes, mais ce n’est pas comme ça qu’on va arrêter les trafiquants ». Le chef d’entreprise a contesté la décision du préfet devant le tribunal administratif. Ses bus ont repris du service en septembre. Ils évitent simplement de se garer sur le parking de la gare. Un transporteur andorran grimpe aussi trois fois par jour jusqu’à la capitale de la principauté, mais ses bus ne permettent pas de faire l’aller-retour avec Toulouse dans la journée, assure la région.

des caméras dans les trains

La SNCF pense avoir trouvé une parade contre les incivilités à bord de ses trains régionaux. Les nouvelles rames Régiolis d’Alstom sont équipées de caméras. Mais les syndicats de cheminots sont dubitatifs. « La solution, c’est la présence humaine », affirme Yann Puech, délégué de Sud Rail. Il redoute que la généralisation de la vidéosurveillance soit un prétexte pour supprimer les contrôleurs, « comme sur les RER ». Selon la région, le trafic a baissé de 3,5% sur la ligne en 2015. Non pas à cause des problèmes de sûreté qui ont fait couler beaucoup d’encre, mais pour un incident « indépendant de la volonté » de la SNCF. La circulation des trains a été interrompue pendant deux mois à partir de Foix en raison d’un glissement de terrain à Luzenac. L’éboulement n’a pas touché les rails, mais la route voisine. La déviation mise en place a contraint la SNCF à étayer en urgence un pont qui enjambe la voie de chemin de fer. Les trains étaient donc à l’arrêt pour laisser passer le trafic routier. Les trains sont à nouveau partiellement remplacés par des bus en ce début d’année pour rénover la voie, achevée en 1929. A la SNCF, on ne badine pas avec la sécurité.

article à retrouver en ligne dans un dossier sur la grande misère des trains régionaux du Point