Lareine électrise le théâtre Garonne

Lareine Chamonix
De toutes les matières, c’est les watts qu’il préfère. Eric Lareine, 65 ans au compteur (Linky), a fait péter le mythe du père fondateur de la « Houille Blanche » sur la scène du théâtre Garonne. On ne pouvait rêver meilleur endroit que cette ancienne usine de pompage de l’eau du fleuve à Toulouse pour évoquer la vie d’Aristide Bergès, fils de papetier ariégeois qui fit fortune dans les Alpes en installant les premiers barrages hydro-électriques au XIXème siècle.
Cravaté et vêtu d’un improbable manteau-blouse d’époque, le chanteur-performer va au charbon avec son complice Pascal Maupeu et trois autres musiciens pour raconter l’exil de cet ingénieur pyrénéen dans le Dauphiné et sa rencontre avec “la fée électricité”. « Tous les faits sont réels », insiste à plusieurs reprises le conteur électrique, qui s’amuse à rajouter une muse aux pieds palmés à la biographie officielle de l’industriel.
Lareine Berges 2
Entre deux chansons et instrumentaux aux accents de rock bruitiste, Lareine renoue avec son ancien métier de peintre en lettres en dessinant sur un drôle de tableau surtout pas noir, mais d’une couleur laiteuse grâce à des éponges imbibées de Blanc d’Espagne. Cet unique accessoire de scène a été fabriqué par Matthieu Bony. Créateur de décors d’opéra et des spectacles de rue du Royal de Luxe, il a réussi à insérer des tuyaux invisibles entre deux feuilles de plexiglas pour que de l’eau vienne périodiquement effacer les œuvres graphiques éphémères du chanteur, dans un ruissellement digne des ardoises magiques de notre enfance.
La mise en scène de ce spectacle qui épouse davantage la forme d’un concert « classique » que d’une pièce de théâtre a été confiée à Christophe Lafargue, alias Garniouze, autre adepte des spectacles de rue. Arpentant la scène en soliloquant dans son costume d’ingénieur positiviste, Lareine revient toujours au pied de son micro planté au milieu de la scène, comme aimanté. « On a pensé à utiliser un micro-casque pour les séquences narratives, mais je l’aurais fait péter en 5 minutes » explique le trépidant chanteur de blues en blouse. Il ne manquera d’ailleurs pas de sortir un harmonica de sa poche pour y souffler ses tripes habituelles. On ne se refait pas à 65 ans, même quand on joue un respectable industriel en cravate et montre-gousset sur plastron.
Lareine Bergès
Né par hasard à Charleville-Mézières, le plus rimbaldien des artistes toulousains confesse volontiers la part autobiographique de ce spectacle historico-électrique. « Mon père était ingénieur EDF ». Le paternel fut même diplômé de l’école fondée par Aristide Bergès du coté de Grenoble. Antinucléaire revendiqué, Lareine s’interroge en artiste sur ces ingénieurs et « leur confiance aveugle en la science ». Plutôt que de raconter les véritables déboires de l’inventeur de la “houille blanche” avec les riverains dauphinois de ses barrages qui lui firent un procès pour avoir détourné leur eau, il préfère dire que l’industriel a « trahi » la fée qui lui avait enseigné comment capter l’énergie des chutes d’eau. Le morceau de bravoure du spectacle est une longue épopée lyrique sur « la chute des corps » où Lareine peut donner le plein de sa démesure.
Un disque (vinyle) est annoncé en 2020 avec les chansons et la musique composée par Pascal Maupeu pour ce spectacle onirique original.

Des balles en caoutchouc contre les ours dans les Pyrénées

Ourse ourson

Alors que la polémique bat son plein sur l’usage des lanceurs de balles de défense (LBD) par les forces de l’ordre, les gardes de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) pourraient être autorisés à tirer des balles en caoutchouc pour éloigner les ours des troupeaux cet été. Cette mesure-choc est issue d’un rapport d’experts des ministères de l’agriculture et de l’écologie. Après avoir auditionné les éleveurs ariégeois les plus remontés contre les attaques des plantigrades qui se concentrent sur le département, ils devaient présenter leurs solutions ce lundi à la préfecture de Toulouse. Las, les associations d’éleveurs, qui n’ont pas digéré la réintroduction de deux nouvelles femelles en Béarn au mois d’octobre dernier, ont préféré boycotter la réunion. Ils estiment que la présence de l’ours est incompatible avec le pastoralisme.

Les experts ont formulé une liste de propositions largement inspirées des pratiques déjà en cours en Béarn, où l’ours n’a jamais disparu contrairement à l’Ariège. Ils préconisent ainsi la plantation d’arbres fruitiers pour éloigner les ours des estives en les « fixant » dans la forêt, la construction de nouvelles cabanes ou l’amélioration de la couverture du réseau de téléphonie mobile pour les bergers. Le rapport souligne que les indemnisations sont désormais conditionnées à la présence permanente de gardiens et la mise en place de mesures de protection des troupeaux. Il accorde un délai supplémentaire d’un an aux éleveurs qui s’y refusent, notamment en Ariège et dans les Hautes-Pyrénées.

Pour diminuer le nombre de prédations, les experts proposent d’équiper les bergers de « moyens d’effarouchement sonores ou lumineux ». Mais contrairement au loup, pas question de sortir les fusils pour « réguler » la présence des ours, dont les effectifs sont estimés à une quarantaine dans les Pyrénées. Les gardes de l’ONCFS, et éventuellement des lieutenants de louveteries des départements, seraient seuls habilités à tirer sur le plantigrade ; mais pas à balle réelle. Le protocole « ours à problème », qui doit également être révisé, ne prévoit l’abattage d’un ours qu’en dernière extrémité. L’ours Goiat, accusé d’attaques à répétition contre des troupeaux de chevaux, a ainsi été capturé et équipé d’un nouveau collier GPS avant d’être relâché cet automne coté espagnol. Ce mâle originaire de Slovénie a été réintroduit en 2016 par la Catalogne pour remplacer le vénérable Pyros, père de la plupart des oursons nés dans les Pyrénées depuis le début du plan ours, qui aurait 30 ans cette année mais n’a plus donné de signe de vie depuis avril 2017.

L’usage de chiens spécialement dressés pour faire fuir les ours est également envisagé. Les chiens de Carélie viendraient ainsi à la rescousse des Patous, ces gros chiens blancs utilisés pour la défense des troupeaux. Toutes ces propositions doivent encore recueillir l’avis du Conseil National de Protection de la Nature. Elles vont rapidement faire l’objet d’une consultation publique afin de pouvoir être mise en ouvre dès la montée des troupeaux en estive, le mois prochain. Les élus régionaux et les associations environnementales pourraient se prononcer dès cette semaine : ils ont rendez-vous jeudi à Toulouse pour une réunion du comté de massif. Le tir de balles en caoutchouc a été expérimenté l’an dernier pour effaroucher des loups à la frontière de l’Autriche et de la République tchèque.

Des ours même sans Hulot dans les Pyrénées ?

ours Balès

La démission-surprise du ministre de l’Ecologie laisse opposants et partisans de l’ours dans l’expectative. Le départ de Nicolas Hulot pourrait-il signifier l’abandon de la réintroduction de deux femelles dans les vallées du Haut-Béarn (Pyrénées Atlantiques) cet automne ? Fin juillet au ministère, Nicolas Hulot avait laissé entendre aux parlementaires du département que sa démission était dans la balance pour tenir sa promesse, annoncée en mars dernier. D’autres élus, majoritairement hostiles au projet, ont directement fait valoir leurs arguments à Emmanuel Macron lors de sa visite à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) à l’occasion du passage du Tour de France. Le président de la République et son premier ministre se sont bien gardés de dire jusqu’à présent s’ils avaient donné un feu vert ou rouge à l’opération, aussi symbolique que politique.

Les opposants, qui avait adressé une lettre ouverte à l’Elysée dès le lendemain de l’annonce de Nicolas Hulot pour lui demander de ne pas « rallumer la guerre de l’ours », ont une nouvelle fois manifesté ce mercredi à Etsaut, l’un des rares villages de la vallée d’Aspe ouvertement favorable aux plantigrades. La manifestation était prévue de longue date, dans l’espoir d’y croiser Nicolas Hulot qui avait annoncé sa visite sur le terrain. A défaut de pouvoir interpeller le ministre, des cadavres de brebis mortes ont été déposés devant la mairie et des poches de sang lancées sur la façade. La maire, Elisabeth Médard (PS), a annoncé son intention de porter plainte.

L’épisode rappelle une manifestation similaire organisée à Arbas (Haute-Garonne) en 2006, lors des dernières réintroductions d’ours en provenance de Slovénie. Cinq plantigrades (4 femelles et un mâle) avaient alors été relâchés dans les Pyrénées Centrales(Haute-Garonne et Hautes-Pyrénées), dans un contexte tendu. La plupart des huit ours importés depuis 1996 sont aujourd’hui décédés, parfois de mort violente. Mais leur descendance, relativement prolixe, a assuré à ce jour la présence d’une quarantaine d’ours dans les Pyrénées Centrales. En moyenne, la population a cru de 13,5% par an. C’est encore trop peu pour garantir une population viable aux yeux des spécialistes du Muséum d’Histoires Naturelles, qui insistent depuis des années sur l’urgence de relâcher des femelles dans le dernier noyau des Pyrénées Occidentales, où ne subsistent que deux mâles depuis la mort de Cannelle, tuée par un chasseur en vallée d’Aspe en 2004. Mais c’est déjà trop pour de nombreux éleveurs. Surtout en Ariège, où se concentrent l’essentiel des ours… et des attaques. L’arrivée annoncée du loup vient encore renforcer le refus du retour des prédateurs dans la montagne. Même les vautours, rapaces nécrophages, sont suspectés d’être devenus carnivores par des éleveurs pour qui le sujet est devenu ultra-sensible.

Dans ce contexte pré-hystérique, les associations favorables à l’ours font profil bas. « On est inquiet » reconnaît Alain Reynes, directeur de l’association Adet-Pays de l’ours qui a mené les premières réintroductions en Haute-Garonne. Le militant se souvient de l’annonce de la réintroduction d’une femelle dans le Béarn par Chantal Jouanno en 2010, démentie par Nathalie Kosciusko-Morizet qui lui avait succédé en 2011. Comme Jérôme Ouillon, son homologue du FIEP (Fond d’intervention éco-pastoral) basé à Oloron (Pyrénées Atlantiques), il veut croire que Nicolas Hulot avait bien obtenu un arbitrage gouvernemental avant d’annoncer le lâcher des deux femelles au printemps dernier. Les associations peuvent aussi s’appuyer sur les résultats de la concertation organisée par le préfet des Pyrénées Atlantiques qui révèle une adhésion majoritaire (près de 90%) au projet, y compris dans les communes montagnardes du Haut-Béarn (58%). A Pau, la préfecture fait comme si le projet n’était pas remis en cause. Elle a fait preuve d’une certaine transparence en publiant l’épais dossier technique sur son site Internet. On y apprenait que le budget de l’opération était évalué à 110.600 €, dont 45.000 € pour les opérations de piégeage en Slovénie et 15.000 € pour le transport. Le document précisait également que l’opération pourrait être reportée au printemps 2019 si nécessaire.

 

La transhumance motorisée des saumons de la Garonne

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alevin de saumon au Bazacle

 

D’Agen à Toulouse, remonter la Garonne revient à traverser “le triangle des Bermudes” pour les saumons. Depuis le début de l’année, on a comptabilisé 77 de ces grands poissons migrateurs dans l’ascenseur à poissons de Golfech (Tarn-et-Garonne), inauguré en 1986 par EDF pour favoriser le retour des saumons dans le fleuve. Mais seulement huit de ces poissons ont été recensés à ce jour à l’usine hydroélectrique du Bazacle à Toulouse, une centaine de kilomètres en amont. Six autres saumons ont été transférés par la route à Crampagna, au sud de Foix (Ariège). Cette transhumance motorisée de 170 kilomètres a débuté il y a quatre ans. Au total, 181 saumons ont bénéficié de cette assistance mécanisée depuis 2014.

L’association Migado, chargée du retour des poissons migrateurs dans la Garonne et la Dordogne depuis 1989, a pris cette décision face aux importantes pertes constatées d’une année sur l’autre entre les barrages de Golfech et Toulouse. Le radio-pistage de 146 saumons entre 2002 et 2006 a montré que seulement 39 poissons avaient réussi à passer le Bazacle à Toulouse. La plupart renoncent, victimes de la pollution et de la chaleur. On a relevé des températures supérieures à 29° dans la Garonne, alors que le seuil létal commence à 25° pour ces migrateurs qui grossissent du coté du Groenland, mais ne s’alimentent plus quand ils reviennent en eau douce. Parmi les plus motivés ayant réussi à dépasser Toulouse, 50% sont décédés ou ont fait demi-tour avant la période de reproduction, qui se déroule au début de l’hiver (novembre-décembre). Les premières frayères se situent pourtant à une petite dizaine de kilomètres en amont, à la confluence de la Garonne et de l’Ariège.

Le transport des saumons par la route n’est pas une nouveauté pour Migado. L’association utilise cette technique depuis de nombreuses années à Carbonne, dans le sud de Haute-Garonne. Le barrage sur la Garonne est ici infranchissable du fait de l’absence de passe à poissons. Les rares saumons qui arrivent au pied de cet ouvrage sont capturés et relâchés en amont, essentiellement dans la Pique du coté de Luchon. D’autres saumons piégés à Golfech sont acheminés chaque année à Bergerac (Dordogne), dans une pisciculture chargée de conserver les géniteurs dans des bassins. Cette année, neuf poisons ont déjà rejoint ce « centre de reconditionnement » des saumons. Les œufs fécondés sont ensuite transférés vers d’autres piscicultures. Les jeunes saumons sont élevés dans le Tarn avant d’être relâchés à différents stades, alevins ou plus âgés, dans la Garonne ou l’Ariège. Mais pas dans la Pique, à cause d’un barrage qui hache menu 60% des jeunes saumons qui entament leur dévalaison vers l’océan. C’est aussi pour éviter les turbines des barrages de la Garonne-amont que 35.000 « smolts » ont été capturés l’an dernier au sud de la Haute-Garonne pour être transférés dans un camion spécialement équipé jusqu’à Golfech.

Les abstentionnistes, vainqueurs du premier tour ?

Le « parti des pêcheurs à la ligne » progresse dans les campagnes et l’emporte dans les métropoles

Jour Debout

En dépit d’un « match à quatre » qui s’annonçait serré, les instituts de sondage ont pronostiqué dès 20h un deuxième tour Macron/Le Pen pour le 7 mai. Mais les premiers résultats définitifs de la soirée ont fugitivement dessiné d’autres duels possibles selon les départements. Comment vont réagir les électeurs lotois, qui auraient préféré un match Macron/Mélenchon ? Ou les Lozériens, qui auraient voulu opposer François Fillon à l’ancien ministre de l’économie de François Hollande ?

Dans les dix départements à dominante rurale de la région Occitanie qui avaient terminé le dépouillement des bulletins de vote avant minuit, seul le Tarn avait retenu la combinaison gagnante au niveau national (avec un ballotage légèrement favorable à la candidate du FN sur le leader d’En Marche). Partout ailleurs, toutes les autres combinaisons étaient possibles. Emmanuel Macron bascule en tête dans quatre départements (Aveyron, Gers, Lot, Hautes-Pyrénées), Marine Le Pen dans quatre autres (Aude, Pyrénées Orientales, Tarn, Tarn-et-Garonne).

A la vérité, c’est un troisième larron qui rafle la mise en Occitanie : le parti des « pêcheurs à la ligne ». Les abstentionnistes pèsent entre 15% (Gers) et 21% (Pyrénées Orientales) des électeurs inscrits. Le phénomène enregistre une hausse moyenne de 2 à 3 points par-rapport au premier tour de l’élection présidentielle de 2012. Les suffrages non-exprimés sont parfois plus nombreux que ceux qui se sont portés sur le candidat arrivé en deuxième position. Si les scores étaient exprimés par rapport aux électeurs inscrits, il faudrait qualifier le « parti des pêcheurs à la ligne » dans cinq départements sur dix (Aude, Ariège, Hautes-Pyrénées, Pyrénées Orientales, Tarn-et-Garonne). Les Ariégeois auraient qualifié le seul Jean-Luc Mélenchon, alors que les Audois, les Catalans et les habitants du Tarn-et-Garonne se seraient contentés du FN.

Les urbains ont été encore plus nombreux à bouder les urnes. Avec respectivement 26,52% des inscrits à Toulouse qu’aucun scrutateur n’a vu passer dans les bureaux de vote et 25,04% à Montpellier, les abstentionnistes apparaissent comme les grands vainqueurs de ce premier tour,. Ils sont loin devant les partisans de Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, les deux candidats préférés des citadins qui prennent encore le temps d’aller voter. Dans la « ville rose », où le candidat du PS chute à 10% des suffrages exprimés (7,48% des inscrits), l’abstention a fait un bond de cinq points en cinq ans. La seule satisfaction des derniers des Mohicans du PS de François Mitterrand aura été de rester devant le FN (6,77% des inscrits) à Toulouse… mais pas à Montpellier.

L’Unesco contre la légende des châteaux « cathares »

Carcassonne cité

La Cité de Carcassonne va-t-elle rejoindre le Mont Saint-Michel ou la cathédrale de Reims dans le club très fermé des monuments classés deux fois par l’Unesco ? L’ancienne ville forte des vicomtes de Trencavel, assiégée lors de la guerre contre les cathares et rattachée à la couronne de France à l’issue de cette curieuse « croisade » menée loin de la Terre Sainte, vient en effet d’être inscrite par la ministre de la Culture sur la liste indicative des biens à présenter au patrimoine mondial. Déjà inscrite en 1997, la Cité restaurée par Viollet-le-Duc au XIXe siècle se présente cette fois devant le jury en compagnie des forteresses d’Aguilar, Puilaurens, Peyrepertuse, Quéribus et Termes, dans les Corbières (Aude). A ces cinq « fils de Carcassonne », pour reprendre l’expression des sergents de la garnison dans un mémoire rédigé en 1483, s’ajoutent les quatre châteaux en ruine de Lastours, perdus dans le Minervois à proximité de l’ancienne mine d’or de Salsigne, et la triste carcasse de Montségur perchée sur son « pog » en Ariège, célèbre à cause des 225 « hérétiques » qui périrent sur le bûcher en refusant d’abjurer leur foi à l’issue d’un siège épique, le 16 mars 1244.

Inscrites depuis 1862 sur la liste des monuments historiques, quelques temps après les remparts de Carcassonne, les ruines de Montségur ne sont classées qu’en mars 1989 en tant que « château cathare ». Une appellation battue en brèche dans le document de présentation du dossier de candidature à l’Unesco, qui dénonce « un grand malentendu ». « En effet, la plupart de ces châteaux ont été réaménagés et même le plus souvent reconstruits après la Croisade contre les Albigeois, et ce à l’initiative du roi de France qui souhaitait alors consolider sa frontière avec le royaume d’Aragon. L’exploitation touristique des forteresses, qui commence dans les années 60, repose sur ce contresens », peut-on lire dans cet épais document de 167 pages rédigé par un comité scientifique de 14 personnalités, qui planche discrètement sur le sujet depuis 2013.

Ce ne sont donc pas d’improbables châteaux « cathares » qui seront proposés à la reconnaissance de l’Unesco, mais des forteresses militaires édifiées par le roi Philippe Auguste, sur le modèle du Crac des Chevaliers édifié par les Croisés dans l’actuelle Syrie. Les spécialistes évoquent un « modèle d’architecture militaire philippienne », à l’oeuvre à Carcassonne et dans ses « châteaux sentinelles de montagne ». Ce qui frappe aujourd’hui, c’est surtout le contraste entre les parkings bondés de la Cité de Carcassonne ripolinée par Viollet-le-Duc, où plus de 500.000 visiteurs se sont pressés en 2015, et l’isolement des ces « citadelles du vertige » décrites en 1966 par Michel Roquebert, journaliste de La Dépêche du Midi devenu écrivain de « L’épopée cathare » (5 tomes publiés de 1970 à 1988, éditions Privat puis Perrin), membre du comité scientifique. La Cité, qui a vu sa fréquentation baisser de 300.000 visiteurs en trois ans, doit enfin bénéficier d’un classement national au titre des « Grands Sites ».

Le front anti-ours se lézarde dans les Pyrénées

 

Lacube

Ségolène Royal décidera-t-elle de relâcher une ou deux femelles pour sauver les derniers ours dans le Béarn ? Alors que les éleveurs opposés aux plantigrades manifestaient une nouvelle fois à Toulouse pendant que les écologistes, épaulés par les scientifiques du Muséum d’Histoire Naturelle, plaidaient dans les salons de la préfecture pour l’arrivée d’au moins six nouveaux animaux sur toute la chaîne franco-espagnole, cette proposition médiane a fait bouger les lignes.
André Berdou, ancien maire (PS) de Laruns (Pyrénées Atlantiques), s’est exprimé en faveur d’un « renforcement » a minima dans ses vallées béarnaises, hantées par seulement deux mâles. « J’étais contre une introduction mal préparée comme en 2006. Introduire un ou deux ours à l’ouest et aucun dans les Pyrénées centrales, sans contrainte supplémentaire, c’est acceptable et sauve le noyau occidental », a expliqué l’ex-président du parc national des Pyrénées. Le revirement de l’élu de la vallée d’Ossau a été applaudi à l’intérieur, mais conspué sur le parvis de la préfecture où les opposants se souviennent qu’André Berdou manifestait jadis à leur coté. « Les collègues basques et béarnais vont sentir le vent du boulet », réagit au micro Philippe Lacube, éleveur de bovins en Ariège, devant la centaine de manifestants clamant bruyamment leur désapprobation dans un concert de sonnailles.
La position d’André Berdou, élu au conseil départemental des Pyrénées Atlantiques, est partagée par le conseil régional de la Nouvelle Aquitaine. Elle était défendue par un éleveur basque. « J’ai voulu aller au-delà des clichés et des postures », explique Andde Sainte-Marie. « La présence de l’ours en haut-Béarn a été et est un atout pour le maintien des bergers en montagne », a tenu à souligner le nouvel élu régional dans son discours. Il affirme disposer de l’assentiment de cinq maires de la vallée d’Aspe et de 15 bergers transhumants sur les 28 répertoriés dans la zone à ours des Pyrénées Atlantiques.

Naudy
« Beaucoup se sont engouffrés dans la brèche » relate, dépité, Alain Naudy, maire (PS) de la petite commune d’Orlu et du grand canton de la Haute-Ariège. Les élus socialistes du département apparaissent politiquement isolés de leurs camarades des deux grandes régions. « Plus on est loin, plus on est pour l’ours », lâche Alain Naudy à ses troupes pour tenter de les requinquer. Visiblement, le coup est rude pour les opposants. « On a sauvé les meubles » résume Philippe Lacube, le porte-parole historique des anti-ours ariégeois.

un match nul considéré comme une victoire

Trois scénarios étaient proposés au vote des élus du comité de massif. Les opposants à tout « renforcement » ont obtenu 15 voix, à égalité avec les partisans de la réintroduction d’une ou deux femelles en Béarn. Les quatre partisans les plus farouches de l’ours, qui avaient obtenu le droit de ne pas choisir un seul scénario, ont validé ce compromis tout en continuant à préconiser un renforcement « maximum ». Ils considèrent le match nul obtenu comme une quasi-victoire. « Lors du vote précédent, on était à seulement 8 contre 15 », fait valoir Marc Maillet, représentant des associations environnementales. Les opposants à l’ours dénoncent « l’ambiguïté » de ce scrutin qui a permis à leurs ennemis jurés de voter deux fois.
L’avis du comité de massif n’étant que consultatif, il revient désormais à la ministre de l’Ecologie de décider. Ségolène Royal a toujours dit qu’elle ne voulait pas choisir les ours contre les éleveurs. « Lâcher une ou deux ourses n’auraient rien de révolutionnaire. Ce serait juste revenir à la situation qui prévalait en Béarn avant le décès des deux dernières femelles », fait valoir Andde Sainte-Marie, lui-même éleveur transhumant de moutons.