Les abstentionnistes, vainqueurs du premier tour ?

Le « parti des pêcheurs à la ligne » progresse dans les campagnes et l’emporte dans les métropoles

Jour Debout

En dépit d’un « match à quatre » qui s’annonçait serré, les instituts de sondage ont pronostiqué dès 20h un deuxième tour Macron/Le Pen pour le 7 mai. Mais les premiers résultats définitifs de la soirée ont fugitivement dessiné d’autres duels possibles selon les départements. Comment vont réagir les électeurs lotois, qui auraient préféré un match Macron/Mélenchon ? Ou les Lozériens, qui auraient voulu opposer François Fillon à l’ancien ministre de l’économie de François Hollande ?

Dans les dix départements à dominante rurale de la région Occitanie qui avaient terminé le dépouillement des bulletins de vote avant minuit, seul le Tarn avait retenu la combinaison gagnante au niveau national (avec un ballotage légèrement favorable à la candidate du FN sur le leader d’En Marche). Partout ailleurs, toutes les autres combinaisons étaient possibles. Emmanuel Macron bascule en tête dans quatre départements (Aveyron, Gers, Lot, Hautes-Pyrénées), Marine Le Pen dans quatre autres (Aude, Pyrénées Orientales, Tarn, Tarn-et-Garonne).

A la vérité, c’est un troisième larron qui rafle la mise en Occitanie : le parti des « pêcheurs à la ligne ». Les abstentionnistes pèsent entre 15% (Gers) et 21% (Pyrénées Orientales) des électeurs inscrits. Le phénomène enregistre une hausse moyenne de 2 à 3 points par-rapport au premier tour de l’élection présidentielle de 2012. Les suffrages non-exprimés sont parfois plus nombreux que ceux qui se sont portés sur le candidat arrivé en deuxième position. Si les scores étaient exprimés par rapport aux électeurs inscrits, il faudrait qualifier le « parti des pêcheurs à la ligne » dans cinq départements sur dix (Aude, Ariège, Hautes-Pyrénées, Pyrénées Orientales, Tarn-et-Garonne). Les Ariégeois auraient qualifié le seul Jean-Luc Mélenchon, alors que les Audois, les Catalans et les habitants du Tarn-et-Garonne se seraient contentés du FN.

Les urbains ont été encore plus nombreux à bouder les urnes. Avec respectivement 26,52% des inscrits à Toulouse qu’aucun scrutateur n’a vu passer dans les bureaux de vote et 25,04% à Montpellier, les abstentionnistes apparaissent comme les grands vainqueurs de ce premier tour,. Ils sont loin devant les partisans de Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, les deux candidats préférés des citadins qui prennent encore le temps d’aller voter. Dans la « ville rose », où le candidat du PS chute à 10% des suffrages exprimés (7,48% des inscrits), l’abstention a fait un bond de cinq points en cinq ans. La seule satisfaction des derniers des Mohicans du PS de François Mitterrand aura été de rester devant le FN (6,77% des inscrits) à Toulouse… mais pas à Montpellier.

L’Unesco contre la légende des châteaux « cathares »

Carcassonne cité

La Cité de Carcassonne va-t-elle rejoindre le Mont Saint-Michel ou la cathédrale de Reims dans le club très fermé des monuments classés deux fois par l’Unesco ? L’ancienne ville forte des vicomtes de Trencavel, assiégée lors de la guerre contre les cathares et rattachée à la couronne de France à l’issue de cette curieuse « croisade » menée loin de la Terre Sainte, vient en effet d’être inscrite par la ministre de la Culture sur la liste indicative des biens à présenter au patrimoine mondial. Déjà inscrite en 1997, la Cité restaurée par Viollet-le-Duc au XIXe siècle se présente cette fois devant le jury en compagnie des forteresses d’Aguilar, Puilaurens, Peyrepertuse, Quéribus et Termes, dans les Corbières (Aude). A ces cinq « fils de Carcassonne », pour reprendre l’expression des sergents de la garnison dans un mémoire rédigé en 1483, s’ajoutent les quatre châteaux en ruine de Lastours, perdus dans le Minervois à proximité de l’ancienne mine d’or de Salsigne, et la triste carcasse de Montségur perchée sur son « pog » en Ariège, célèbre à cause des 225 « hérétiques » qui périrent sur le bûcher en refusant d’abjurer leur foi à l’issue d’un siège épique, le 16 mars 1244.

Inscrites depuis 1862 sur la liste des monuments historiques, quelques temps après les remparts de Carcassonne, les ruines de Montségur ne sont classées qu’en mars 1989 en tant que « château cathare ». Une appellation battue en brèche dans le document de présentation du dossier de candidature à l’Unesco, qui dénonce « un grand malentendu ». « En effet, la plupart de ces châteaux ont été réaménagés et même le plus souvent reconstruits après la Croisade contre les Albigeois, et ce à l’initiative du roi de France qui souhaitait alors consolider sa frontière avec le royaume d’Aragon. L’exploitation touristique des forteresses, qui commence dans les années 60, repose sur ce contresens », peut-on lire dans cet épais document de 167 pages rédigé par un comité scientifique de 14 personnalités, qui planche discrètement sur le sujet depuis 2013.

Ce ne sont donc pas d’improbables châteaux « cathares » qui seront proposés à la reconnaissance de l’Unesco, mais des forteresses militaires édifiées par le roi Philippe Auguste, sur le modèle du Crac des Chevaliers édifié par les Croisés dans l’actuelle Syrie. Les spécialistes évoquent un « modèle d’architecture militaire philippienne », à l’oeuvre à Carcassonne et dans ses « châteaux sentinelles de montagne ». Ce qui frappe aujourd’hui, c’est surtout le contraste entre les parkings bondés de la Cité de Carcassonne ripolinée par Viollet-le-Duc, où plus de 500.000 visiteurs se sont pressés en 2015, et l’isolement des ces « citadelles du vertige » décrites en 1966 par Michel Roquebert, journaliste de La Dépêche du Midi devenu écrivain de « L’épopée cathare » (5 tomes publiés de 1970 à 1988, éditions Privat puis Perrin), membre du comité scientifique. La Cité, qui a vu sa fréquentation baisser de 300.000 visiteurs en trois ans, doit enfin bénéficier d’un classement national au titre des « Grands Sites ».

Thomas Brieu, le sommelier qui veut changer « l’Aude en vin »

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Pour la nouvelle brasserie que le chef étoilé Franck Putelat a ouvert au début de l’été à Carcassonne, Thomas Brieu a demandé à des amis vignerons de l’Aude et de l’Hérault de créer des cuvées spéciales. « Je suis fou des vins d’ici », avoue le sommelier du Parc, qui s’affaire au quotidien à faire décoller cette nouvelle adresse de 80 couverts, idéalement située à l’entrée de la ville basse. S’il n’est pas question de proposer des centaines de flacons précieux comme au restaurant gastronomique, la brasserie offre un large choix de bouteilles, de 15 à 150 euros. Pour la nouvelle carte de la saison d’automne, il s’est résolu à abandonner «  les cartouches à plus de 100 euros  ». Désormais associé de Franck Putelat, l’homme de confiance du chef a vite appris à mettre du réalisme économique dans son vin. « Les vins du chef ou du sommelier ne sont pas toujours ceux des clients », philosophe Thomas Brieu.

Pour faire ce métier, il faut être passionné de géographie

Lui-même concède avoir évolué dans ses goûts au fil des années. « A 25 ans, j’aimais les vins body-buildés, de véritables confitures aromatiques. Mon palais s’est affiné », dit ce jeune papa de 37 ans. Il rend hommage aujourd’hui à ses enseignants de Mazamet et de Toulouse, qui l’ont mis sur la voie de la salle, puis de la sommellerie. Lui se voyait plutôt derrière les fourneaux en entrant au lycée hôtelier. Thomas Brieu a toujours travaillé dans la région, mais a beaucoup voyagé sur la carte des vins. « Pour faire ce métier, il faut être passionné de géographie », dit-il. Le sommelier de Carcassonne connaît intiment les domaines et les producteurs de chaque bouteille qu’il conseille. « Je vends le terroir des vignerons », plaide cet avocat passionné de vins aussi « naturels » que possible. Vignes cultivées en agriculture biologique ou en biodynamie, cuvées sans sulfites, etc  .

Le système des appellations ne veut plus rien dire

Thomas Brieu défend les vignerons plutôt que les labels ou les appellations. « Le système actuel des cahiers des charges ne veut plus rien dire. Il y a des gens qui travaillent mal dans toutes les appellations, et des fous partout ». On aura compris qu’il a un faible pour ces derniers. Ceux qui transgressent à l’occasion les règles établies par leurs voisins et leurs aînés pour expérimenter de nouvelles pistes, loin des modes des produits « marketés » pour plaire au plus grand nombre. Plus Nossiter que Parker dans le Mondovino contemporain.
A l’échelle du département, c’est un fervent promoteur du petit groupe d’une quinzaine de producteurs de l’Aude, réunis au sein du collectif Changer l’Aude en vin. « La plupart sont devenus des amis », dit-il. C’est à eux qu’il a demandé d’élaborer les cuvées de la brasserie. Il est aussi très fier d’avoir pu acheter quelques bouteilles à un producteur du Minervois atypique, « qui ferme ses volets dès qu’il voit un journaliste ». Pour autant, Thomas Brieu se défend d’être chauvin. Il se souvient de sa première grande émotion oenologique  : un Gevrey-Chambertin