Pourquoi le magret d’autruche n’a pas remplacé l’escalope de dinde ?

autruches Sénergues Vigouroux

« On croyait qu’il y avait un marché », avoue Christian Vigouroux. Comme la plupart des éleveurs de bovins viande aveyronnais, cet agriculteur se contentait de produire des veaux qui partaient se faire engraisser en Italie, lorsque surgit la première crise de la vache folle. Inquiet face aux restrictions à l’exportation de la viande de bœuf française, l’éleveur de Sénergues, minuscule village situé à une dizaine de kilomètres de Conques, ne veut plus mettre tous ses œufs dans le même panier. Quoi de mieux pour se diversifier que l’autruche, cette « volaille » géante qui « broute » de l’herbe et dont la viande, rouge, peut se vendre plus cher qu’un filet de bœuf ? D’autant qu’une femelle, qui peut vivre jusqu’à 40 ans, est capable de pondre de 30 à 100 œufs par an, et qu’un seul d’entre eux, durs comme le calcaire, vaut deux douzaines d’œufs de poules !

A La Besse, la ferme familiale des Vigouroux, la décision de tenter l’aventure de cette nouvelle  » poule aux œufs d’or  » est prise collectivement. Il s’agit de dégager un revenu supplémentaire pour permettre l’installation de Cédric, l’un des deux fils du couple. Geneviève, l’épouse de l’éleveur, est d’autant plus favorable à cette diversification originale qu’une de ses cousines, installée à une trentaine de kilomètres de là du côté de Bozouls, a eu la même idée au même moment. Les deux femmes assurent qu’elles ne se sont pas concertées. L’autruche apparaît à l’aube des années 90 comme un filon à creuser. On recense rapidement une dizaine d’élevages dans le très rural département de l’Aveyron, environ 200 à l’échelle de toute la France. Une filière se met en place sur tout le territoire, attirant des capitaux saoudiens qui flairent la bonne affaire.

En Afrique, son continent d’origine, l’autruche saharienne (Struthio camelus) est protégée par la convention de Washington, qui en interdit le commerce. Une sous-espèce (Struthio syriacus) qui avait colonisé les déserts de Syrie et d’Arabie a complètement disparu dans les années 60, et les populations sauvages dans la plupart des autres pays sont en déclin. Seule l’Afrique du Sud, qui a développé des élevages d’autruches pour leurs plumes dès le XIXème siècle, inonde le marché depuis la fin de l’apartheid (1991) et de l’embargo qui frappait le régime. C’est dans ce contexte que l’élevage de ces oiseaux hors du commun, jusqu’alors apanage des seuls zoos, est enfin autorisé en France (1992). D’abord comme animal d’agrément, comme les paons et autres oiseaux exotiques. Puis, rapidement, pour l’alimentation humaine (1993).

Pourquoi l’autruche n’est pas devenue la dinde du XXIème siècle, le chaînon manquant entre les élevages de volailles de plus en plus industrialisés et la filière bovine, en déclin ?

retrouvez la suite de cette enquête sur le blog de Sésame, nouvelle revue (en ligne et sur papier) éditée par l’Inra pour succéder au désormais légendaire Courrier de l’Environnement

Les abstentionnistes, vainqueurs du premier tour ?

Le « parti des pêcheurs à la ligne » progresse dans les campagnes et l’emporte dans les métropoles

Jour Debout

En dépit d’un « match à quatre » qui s’annonçait serré, les instituts de sondage ont pronostiqué dès 20h un deuxième tour Macron/Le Pen pour le 7 mai. Mais les premiers résultats définitifs de la soirée ont fugitivement dessiné d’autres duels possibles selon les départements. Comment vont réagir les électeurs lotois, qui auraient préféré un match Macron/Mélenchon ? Ou les Lozériens, qui auraient voulu opposer François Fillon à l’ancien ministre de l’économie de François Hollande ?

Dans les dix départements à dominante rurale de la région Occitanie qui avaient terminé le dépouillement des bulletins de vote avant minuit, seul le Tarn avait retenu la combinaison gagnante au niveau national (avec un ballotage légèrement favorable à la candidate du FN sur le leader d’En Marche). Partout ailleurs, toutes les autres combinaisons étaient possibles. Emmanuel Macron bascule en tête dans quatre départements (Aveyron, Gers, Lot, Hautes-Pyrénées), Marine Le Pen dans quatre autres (Aude, Pyrénées Orientales, Tarn, Tarn-et-Garonne).

A la vérité, c’est un troisième larron qui rafle la mise en Occitanie : le parti des « pêcheurs à la ligne ». Les abstentionnistes pèsent entre 15% (Gers) et 21% (Pyrénées Orientales) des électeurs inscrits. Le phénomène enregistre une hausse moyenne de 2 à 3 points par-rapport au premier tour de l’élection présidentielle de 2012. Les suffrages non-exprimés sont parfois plus nombreux que ceux qui se sont portés sur le candidat arrivé en deuxième position. Si les scores étaient exprimés par rapport aux électeurs inscrits, il faudrait qualifier le « parti des pêcheurs à la ligne » dans cinq départements sur dix (Aude, Ariège, Hautes-Pyrénées, Pyrénées Orientales, Tarn-et-Garonne). Les Ariégeois auraient qualifié le seul Jean-Luc Mélenchon, alors que les Audois, les Catalans et les habitants du Tarn-et-Garonne se seraient contentés du FN.

Les urbains ont été encore plus nombreux à bouder les urnes. Avec respectivement 26,52% des inscrits à Toulouse qu’aucun scrutateur n’a vu passer dans les bureaux de vote et 25,04% à Montpellier, les abstentionnistes apparaissent comme les grands vainqueurs de ce premier tour,. Ils sont loin devant les partisans de Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, les deux candidats préférés des citadins qui prennent encore le temps d’aller voter. Dans la « ville rose », où le candidat du PS chute à 10% des suffrages exprimés (7,48% des inscrits), l’abstention a fait un bond de cinq points en cinq ans. La seule satisfaction des derniers des Mohicans du PS de François Mitterrand aura été de rester devant le FN (6,77% des inscrits) à Toulouse… mais pas à Montpellier.