Plus de 70 ours dans les Pyrénées ?

Comment vendre numériquement la peau des plantigrades

L’ours Cachou, retrouvé mort en avril 2019 dans le Val d’Aran espagnol, a bien été victime d’un empoisonnement. Le rapport annuel de l’Office français de la biodiversité (OFB) consacré aux plantigrades dans les Pyrénées le reconnaît officiellement. L’enquête menée par les Mossos d’Esquadra, la police catalane, a même connu un rebondissement inattendu en mettant à jour des traficants de drogue derrière les braconniers dans cette enclave gasconne dessinée autour des sources de la Garonne. Les autorités aranaises, hostiles à la présence de ces ours « imposés » par Paris ou Barcelone, avaient initialement prétendu que l’aninal aurait pu être victime d’une bagarre avec un autre mâle.

Deux autres ours sont morts de la main de l’homme en 2020 : un jeune mâle tué par balles en juin sur une estive au-dessus de la station de ski de Guzet (Ariège), et une vieille femelle abattue en novembre par un chasseur lors d’une battue en Aragon. L’OFB se garde bien de soutenir les associations pro-ours, qui réclament le remplacement systématique des animaux tués par de nouvelles introductions. C’est pourtant bien ce qui est prévu par le programme de restauration de l’espèce, financé par l’Union Européenne. Le rapport 2020 de l’Office tend au contraire à souligner que la multiplication des ours est assurée naturellement grâce à un nombre de naissances largement supérieur à celui des décès. L’année se solde par un nombre record de 16 oursons détectés, issus de 9 portées différentes.

Les associations pro-ours se félicitent de ce sang neuf et attendent avec impatience de bonnes nouvelles en provenance du Béarn, où deux femelles en provenance de Slovénie ont été relâchées fin 2018 pour renforcer le dernier noyau d’ours autochtones. Plus aucune naissance n’a été confirmée dans les vallées des Pyrénées Atlantiques depuis 2004. Sorita a pourtant été vue par des agents de l’OFB en compagnie de deux oursons à la sortie de sa première hibernation, mais les jeunes ont ensuite disparu. Victimes d’un « infanticide » ? «  Le taux de survie des oursons nés et détectés en 2019 est bien moins important que pour les années précédentes. L’augmentation du nombre de mâles reproducteurs pourrait en partie expliquer ce phénomène par le biais d’infanticides plus fréquents. Les mâles adultes ont effectivement tendance à essayer de tuer les oursons dont ils ne sont pas le père afin d’assurer leur propre descendance en provoquant un nouvel œstrus de la femelle », expliquent les experts de l’OFB. Au total, 4 des 16 oursons détectés en 2020 sont considérés comme disparus prématurément.

8 ours « furtifs » rajoutés à l’effectif

Le recensement des ours dans les Pyrénées s’apparente à un véritable casse-tête. Tout suivi au cas par cas et en temps réel s’avère illusoire : plus aucun ours ne porte de collier GPS. Celui de Goïat, le mâle introduit par les Catalans en 2016, a été récupéré coté aragonais durant l’été. L’appareil était programmé pour tomber du cou de l’animal avant d’être à court de batterie, précise le rapport de l’OFB. Les agents chargés de suivre les plantigrades ont aussi perdu la trace de Douillous, un ourson orphelin recueilli dans l’Ariège, discrètement relâché au-dessus de Luchon (Haute-Garonne) en 2019 après une rocambolesque « cure » à Montrédon-Labessonie (Tarn). Des deux cotés des Pyrénées, les équipes de suivi s’efforcent de reconnaître, en différé, chaque individu grâce à l’analyse génétique des poils et des crottes trouvés sur le terrain. Un réseau dense de caméras à déclenchement automatique relevées périodiquement complète ce système de surveillance à distance.

En 2020, l’effectif minimum détecté (EMD) s’établit à 64 ours, mais 7 d’entre-eux manquaient à l’appel à la fin de l’année. Pour compliquer l’équation, 8 autres animaux qui n’avaient été détectés ni en 2019, ni en 2018, sont venus gonfler l’effectif minimal retenu (EMR). C’est ce dernier chiffre, susceptible d’être ajusté chaque année par soustraction des ours morts en cours d’année et addition des animaux furtifs passés au-travers des mailles du filet des observateurs, qui fait office de véritable estimation officielle de la population. A défaut de retrouver les cadavres, un ours n’est porté disparu que s’il échappe à toute détection (visuelle ou par analyse génétique) pendant deux années consécutives. L’EMR s’établit à 58 individus pour l’année 2019, dernière estimation en date. Les huit plantigrades ajoutés a postériori pour renforcer les effectifs proviennent tous du versant espagnol. Ils portent un simple numéro d’identification, contrairement à l’usage français qui « baptise » chaque ours avec un prénom.

Statistiques et reconnaissance faciale

Face au fossé grandissant entre les chiffres officiels -mais à retardement- de l’EMR et celui de l’EMD, plus instantané et retenu par les médias, l’OFB a entrepris de changer sa façon de comptabiliser les ours dans les Pyrénées. Il s’agit de procéder à une extrapolation statistique à partir d’un échantillon. La méthode, déjà utilisée pour estimer le nombre de loups sur le territoire, a commencé à être expérimentée par un laboratoire du CNRS de Montpellier l’an dernier. L’algorithme fait faire un nouveau bond de géant aux ursidés, qui seraient passés de 55 individus en 2019 à plus de 70 en 2020. Ce modèle statistique est « encore en cours de calibrage », commente le rapport annuel de l’OFB, qui prévient toutefois : « il va être de plus en plus compliqué d’identifier annuellement l’ensemble des ours de la population ». Les experts misent parallèlement sur une autre technique en cours de développement pour tenter de maintenir un suivi individualisé des ours : un logiciel de reconnaissance faciale pour identifier chaque animal photographié par les 60 caméras automatiques disposées sur le terrain. Ce programme informatique, mis à disposition gratuitement par une équipe de chercheurs américains, afficherait un taux de réussite de 83,9%.

Les « sulfateuses à PV » attendront les élections

lapi

Les automobilistes qui « oublient » de passer à l’horodateur ont gagné un peu de répit. Les voitures LAPI (lecture automatique des plaques d’immatriculation) devront attendre le prochain scrutin municipal de 2020 avant d’être déployées à Toulouse. Olivier Arsac, l’adjoint au maire chargé de la police municipale, avait pourtant annoncé l’arrivée d’une dizaine de ces véhicules bardés de caméras dès la rentrée 2018. L’élu se disait très satisfait du « test à blanc » réalisé en 2017 dans les rues de la ville rose. Les voitures LAPI permettraient selon lui de contrôler toutes les rues de la ville deux fois par jour. Un énorme gain de productivité par-rapport aux agents de surveillance de la voie publique (ASVP) qui travaillent à pied. « Il leur faut trois jours pour faire le tour des rues à stationnement payant », reconnaît Olivier Arsac.

Toulouse se distingue par un effectif particulièrement faible en ASVP : une quarantaine seulement, contre près de 80 à Bordeaux et plus de 180 à Nice. La chambre régionale des comptes, qui a épinglé la politique de stationnement de la ville dans un rapport publié en 2016, se demandait même si ce déficit de de contrôles ne pouvait pas expliquer le faible remplissage des parkings souterrains, à moitié vides pour la plupart. Olivier Arsac répond que l’explication est purement conjoncturelle : plusieurs ASVP ont rejoint les rangs de la police municipale, dont les effectifs ont été doublés. Une douzaine de recrutement ont eu lieu en 2017, et autant seront embauchés cette année. Mais les voitures LAPI, qualifiées de « sulfateuses à PV » par une association de défense des automobilistes, attendront les résultats des tests en vraie grandeur menés dans d’autres villes de France.

Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de France Urbaine, qui regroupe toutes les grandes métropoles, préfère rester prudent sur le sujet. Il a demandé à l’une de ses adjointes, sénatrice, d’interpeller le ministre de l’Intérieur sur la légalité de cette technologie. La CNIL (commission nationale informatique et libertés) a en effet longtemps mis son véto à l’utilisation des voitures LAPI, déjà utilisées par la police et la gendarmerie pour rechercher des voitures volées, par les communes. La commission a finalement assoupli sa position. Elle se contente de formuler des « recommandations » aux collectivités, de plus en plus nombreuses, qui font appel aux voitures LAPI. Elles peuvent les acheter (110.000 €) ou les louer (4.000€/mois) à AFS2R, une entreprise de Lyon leader sur le marché. Gérard Colomb, lui, n’a jamais répondu à la question de la sénatrice Brigitte Micouleau.

Les réticences du maire de Toulouse ont été renforcées par les « couacs » dénoncés dans la presse au début de l’année sur le travail des agents de Streeteo, l’une des deux sociétés à qui la ville de Paris a délégué le contrôle du stationnement. A Paris, Streeteo utilise des voitures LAPI pour faire un « pré-contrôle » des rues, avant de déployer des agents au sol pour verbaliser. « On ne veut pas ce genre de gadget », réagit Olivier Arsac. Streeteo est une filiale du groupe Indigo (ex-Vinci Park), à qui la ville de Toulouse a confié la gestion de la plupart de ses parkings souterrains. Pas question de donner le contrôle des horodateurs à la même société, assure-t-on au Capitole, qui écarte toute « privatisation » du service. Jean-Luc Moudenc observe avec intérêt Anne Hidalgo aux prises avec les automobilistes dans la capitale. Si Paris vaut bien une messe, Toulouse ne vaut pas un PV. Ils sont passés de 16 à 30€ le 1er janvier. Loin derrière Paris (35 à 50€) ou Lyon (35 à 60€).

gare Andorre

Le train quotidien qui dessert chaque jour la principauté d’Andorre est un modeste TER qui part de Toulouse. Outre le train de nuit partant la veille de Paris-Austerlitz, le petit paradis fiscal des Pyrénées est desservi en semaine par cinq autorails qui remontent la vallée de l’Ariège jusqu’à la gare de L’Hospitalet, au pied du col de Puymorens. Des bus assurent la liaison finale en grimpant les derniers lacets jusqu’au Pas de la Case, sa station de ski et ses supermarchés détaxés. Mais le 15 octobre 2014, la région Midi-Pyrénées a interrompu ce dernier maillon de la ligne en invoquant des questions de sécurité  : trop d’altercations avec des passagers, parfois ivres et violents, attirés par le trafic d’alcool et de tabac bon marché. Surnommé « le train du jaune » par les cheminots de la région, par comparaison avec le petit train qui traverse la Cerdagne voisine, le dernier TER de l’Ariège s’est découvert une vocation de tourisme social inattendue avec les billets gratuits généreusement offerts par la région aux chômeurs. La gare du village de L’Hospitalet (90 habitants), rénovée avec l’aide du gouvernement andorran, a vu passer 49.767 passagers en 2014.

les bus ont repris la route

Discrète sur ce sujet sensible, la direction régionale de la SNCF refuse de communiquer les chiffres de 2015. Le « train du jaune » est devenu le symbole d’une certaine délinquance ferroviaire qui ne serait plus réservée aux RER de la région parisienne. La préfecture de l’Ariège, qui avait tiré la sonnette d’alarme en 2013, a recensé 64 infractions par les forces de police et de gendarmerie et 118 incidents relevés par la SNCF. La région indique que la gratuité des billets a été retirée à 4 bénéficiaires, suites aux incidents. Officiellement, tout serait rentré dans l’ordre avec la suppression des bus. Mais en juin 2015, deux contrôleuses portent plainte à Toulouse. Elles expliquent à la police avoir été bousculées et insultées dans le train. En réaction, la préfecture a suspendu une nouvelle fois les autocars de l’entreprise ariégeoise qui assurait le service entre la gare de l’Hospitalet et le Pas de la Case. Daniel Leurès proteste. « Je ne suis pas responsable de ce qui se passe dans le train », se défend l’autocariste de Tarascon-sur-Ariège. « On exploite la ligne entre Pamiers et l’Andorre depuis quarante ans. Il y a toujours eu des passagers qui exagèrent un peu avec les quantités autorisés par les Douanes, mais ce n’est pas comme ça qu’on va arrêter les trafiquants ». Le chef d’entreprise a contesté la décision du préfet devant le tribunal administratif. Ses bus ont repris du service en septembre. Ils évitent simplement de se garer sur le parking de la gare. Un transporteur andorran grimpe aussi trois fois par jour jusqu’à la capitale de la principauté, mais ses bus ne permettent pas de faire l’aller-retour avec Toulouse dans la journée, assure la région.

des caméras dans les trains

La SNCF pense avoir trouvé une parade contre les incivilités à bord de ses trains régionaux. Les nouvelles rames Régiolis d’Alstom sont équipées de caméras. Mais les syndicats de cheminots sont dubitatifs. « La solution, c’est la présence humaine », affirme Yann Puech, délégué de Sud Rail. Il redoute que la généralisation de la vidéosurveillance soit un prétexte pour supprimer les contrôleurs, « comme sur les RER ». Selon la région, le trafic a baissé de 3,5% sur la ligne en 2015. Non pas à cause des problèmes de sûreté qui ont fait couler beaucoup d’encre, mais pour un incident « indépendant de la volonté » de la SNCF. La circulation des trains a été interrompue pendant deux mois à partir de Foix en raison d’un glissement de terrain à Luzenac. L’éboulement n’a pas touché les rails, mais la route voisine. La déviation mise en place a contraint la SNCF à étayer en urgence un pont qui enjambe la voie de chemin de fer. Les trains étaient donc à l’arrêt pour laisser passer le trafic routier. Les trains sont à nouveau partiellement remplacés par des bus en ce début d’année pour rénover la voie, achevée en 1929. A la SNCF, on ne badine pas avec la sécurité.

article à retrouver en ligne dans un dossier sur la grande misère des trains régionaux du Point