Moudenc tend la main aux électeurs de Pellefigue

Moudenc Florida
Il a sorti l’artillerie lourde. Dans une « déclaration solennelle » lancée depuis la terrasse d’un café de la place du Capitole, Jean-Luc Moudenc est reparti en campagne en sonnant l’alerte sur le risque de voir les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon et autres « Gilets Rouges » s’installer à la fin du mois dans l’hôtel de ville situé de l’autre coté de la place. « Le résultat est incertain car l’adversaire, appliquant une tactique pratiquée depuis longtemps par l’extrême-gauche, avance masqué derrière une aimable cagoule d’inoffensivité », prévient le maire sortant de la ville rose.

Arrivé en première position en mars dernier mais avec un score décevant (36,18%), l’élu LR de la ville rose doit faire face àla fusion de la liste PS-PC-PRG avec celle d’Archipel Citoyenconduite par Antoine Maurice, conseiller municipal (EELV) d’opposition. Avant même le premier tour, le maire de Toulouse avait désigné l’alliance inédite d’Archipel, composé d’écologistes, de militants de la France Insoumise, de socialistes en rupture de ban et de « citoyens » tirés au sort, comme ses plus dangereux adversaires. Les « pastèques » (vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur), comme Moudenc les a qualifié, ont effectivement largement distancé (27,56%) la gauche traditionnelle (18,53% ). Sur le papier, l’addition des forces peut faire basculer la ville. Un sondage commandé par Archipel à l’IFOP la semaine dernière confirme que la fusion pourrait permettre aux nouveaux alliés de battre Moudenc d’une courte tête.

Mais le plus macroniste des maires Républicains a bien senti la faille chez ses adversaires : Nadia Pellefigue, la tête de la liste PS, a refusé de cautionner la fusion « à titre personnel ». Une vingtaine de ses colistiers non encartés l’ont soutenu jusqu’au bout dans son refus de rejoindre Antoine Maurice et Archipel en dénonçant des logiques d’appareils. Moudenc s’engouffre dans la brèche en dénonçant « un hold-up des appareils partisans ». « Nadia Pellefigue a défendu des positions identiques aux nôtres » souligne le maire de Toulouse. Derrière la jeune vice-présidente du conseil régional, belle-fille de Nicole Belloubet, on devine sans peine l’ombre de Carole Delga. Comme Moudenc en 2019, la présidente (PS) d’Occitanie redoute la concurrence en 2021 d’une liste LREM. Elle pourrait être menée par la ministre de la Justice, ancienne élue socialiste de Toulouse et de la région. Carole Delga doit aussi faire face à l’opposition radicale de trois élus de la galaxie Insoumise, dissidents de ses alliés écologistes.

Moudenc enfonce donc avec volupté le clou planté une semaine auparavant en se faisant filmer par La Dépêche du Midi en compagnie de la présidente de la région Occitanie pour défendre l’interdiction de manifester des Gilets Jaunes au centre de Toulouse réclamé par des petits commerçants excédés. A ses yeux, la poignée d’irréductibles Gilets Jaunes qui persistent à vouloir manifester le samedi en ville « même si Macron ne le veut pas » ne sont que des « Gilets Rouges » infiltrés par l’extrême-gauche. « Je n’ai pas fait Sciences-Po, mais je connais les Toulousains », glisse le maire de Toulouse, persuadé qu’une majorité d’électeurs refuseront de confier les clés de la ville à une poignée d’agitateurs violents. A commencer par les milliers de salariés de l’industrie aéronautique, inquiets pour leurs emplois. « Un secteur d’activité majeur, auquel l’extrême-gauche d’Archipel oppose ne défiance aussi ancienne que tenace », dézingue Jean-Luc Moudenc. Le maire de la ville rose se présente comme le meilleur rempart pour défendre Airbus, mais aussi les LGV défendu en commun avec Carole Delga contre EELV ou son projet de troisième ligne de métro, « le plus écologique de France ».

« Domestiquer » des TGV devenus fous 

C’est l’heure des choix pour Carole Delga : LGV pour Toulouse ou pour le Languedoc-Roussillon et l’Espagne ? Trains régionaux ou trains de banlieues ?

 

Train jaune 2

La (grande) vitesse, c’est dépassé ! C’est en substance le message adressé par le rapport Duron aux élus du grand Sud Ouest qui continuent de réclamer des TGV pour Toulouse et Montpellier, mais aussi Béziers, Narbonne, Perpignan, Dax, Pau ou Bayonne, toutes tendances politiques confondues. Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc (LR, tendance Juppé) et Carole Delga, présidente (PS, tendance Olivier Faure) de la région Occitanie font mine d’être soulagés parce que les projets de nouvelles lignes à grande vitesse Bordeaux-Toulouse ou Montpellier-Perpignan n’ont pas été totalement enterrées sur l’autel des choix budgétaires. Les deux LGV ont juste été rabotées, amputées, retardées par l’inflexible Philippe Duron, ex-député-maire (PS) de Caen.

Priorité à Toulouse contre Montpellier-Perpignan ?

Toulouse ne sera pas à 3 heures de train de Paris avant 2027 (scénario 3 du rapport Duron), voire après 2037, au train où vont les investissements actuels (scénario 1). Soit dans le meilleur des cas trois à quatre nouvelles années de retard par-rapport à une date-butoir sans arrêt repoussée depuis plus d’une décennie. « Dans le scénario 2, un calendrier de réalisation optimisé n’est envisageable que si l’engagement d’autres dépenses est sensiblement décalé, notamment la réalisation de la ligne nouvelle Montpellier-Béziers-Perpignan et le renouvellement du matériel roulant des trains d’équilibre du territoire de la Transversale Sud (Bordeaux-Toulouse-Montpellier-Marseille) », prévient le rapport Duron. C’est le pire des scénariis pour Carole Delga. La jeune présidente de la nouvelle région veut croire qu’il serait possible de financer les deux LGV « en même temps », pour reprendre l’antienne macronienne. Soit une « petite » dizaine de milliards pour la seule Occitanie. Philippe Duron, ancien président de la région Basse Normandie, demande à Carole Delga de faire des choix. Ils seront déchirants.

Pour éviter de trancher entre la nouvelle capitale régionale de l’Occitanie et les « marches » de l’ex-région Languedoc-Roussillon, Carole Delga a tout misé sur des contre-propositions de financement plus ou moins « innovants » : taxer les poids-lourds (Ecotaxe-bis) ou les bureaux construits aux abords des gares, prélever un « versement transport » auprès des entreprises comme le font déjà les grandes villes. La présidente de la région Occitanie entend créer une société ad-hoc pour financer ses deux lignes sur le modèle des futures lignes de métro des JO de Paris. Avec un argument-choc : « Si on a trouvé 25 milliards pour le Grand Paris Express, on doit être capable d’en trouver pour 5 millions d’habitants tenus à l’écart de la grande vitesse ». A la mairie de Toulouse, Jean-Luc Moudenc fait bloc. Le rapport Duron estime qu’il s’agit d’une « piste intéressante » mais la juge plus adaptée « pour le financement de projets d’intérêt local ». En clair, la métropole toulousaine pourrait utiliser la formule pour financer son projet d’une troisième ligne de métro (2 milliards d’ici 2024), mais pas la région pour ses deux LGV.

Pourquoi des LGV tronçonnées ?

En dépit du sondage du groupe de presse régional affirmant que 80% des habitants « plébiscitent » la grande vitesse, la petite musique dissidente des écologistes préférant « les trains du quotidien » à ces travaux « pharaoniques » gagne du terrain. Pourquoi dépenser des milliards pour gagner quelques minutes alors qu’il serait possible de rénover les lignes existantes à moindre coût, demandent en substance les opposants ? Une question reprise par les 16 experts de la « commission Duron ». « Certains membres ont pu s’interroger sur la possibilité de mettre en œuvre d’autres solutions que des lignes nouvelles à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse qui permettraient d’apporter une réponse aussi satisfaisante et peut-être moins coûteuse pour la collectivité », indique le rapport. Carole Delga, mais aussi Alain Rousset en Aquitaine et la SNCF répliquent en expliquant inlassablement qu’il ne faut pas opposer les TGV aux TER : construire de nouvelles lignes permettrait au contraire de multiplier les trains régionaux en libérant des « sillons » sur les lignes actuelles, encombrées par des convois de toute nature (frêt, omnibus, intercités, TGV) et menacées de saturation.

Le rapport Duron prend la présidente de région au mot en proposant de donner la priorité à la résorption des « nœuds ferroviaires » aux abord des métropoles. Il propose de « saucissonner » les deux LGV en commençant par construire des tronçons de lignes nouvelles au sud de Bordeaux et au nord de Toulouse, ainsi qu’à l’ouest de Montpellier en direction de Béziers. Et développer de véritables « RER » autour des métropoles régionales, sur le modèle des trains de banlieue développés par la SNCF il y a 40 ans à Paris. Le rapport cite l’exemple de la ligne Montpellier-Perpignan, qui ne sera pas saturée avant 2030 selon ses calculs. Inutile donc de dépenser immédiatement près de 2 milliards entre Béziers et Perpignan. Mais il pourrait être utile d’engager 950 millions entre Montpellier et Béziers à l’horizon 2028. D’ici-là, Philippe Duron propose de « domestiquer » les TGV sur ce tronçon. « Les mesures de domestication sont des mesures d’exploitation qui visent à faire circuler sur une section de lignes, pendant des périodes déterminées, tous les trains à la même vitesse, indépendamment de leurs statuts (TGV, TER, fret…) », précise le rapport. En clair, on aura des TGV qui rouleront à la même vitesse que les trains de marchandises.

Des trains régionaux (TER) aux trains de banlieue (RER)

A défaut d’aller plus vite, peut-on au moins avoir des trains plus fréquents, toutes les 15 minutes aux heures de pointe ? A ce jour, seul un collectif d’associations toulousaines revendique la mise en place d’un véritable réseau de trains péri-urbains « cadencés » sur trois lignes autour de Toulouse, présenté comme une alternative à la troisième ligne de métro promise par Jean-Luc Moudenc. Trop cher et pas assez efficace, rétorquent les services de la métropole. Carole Delga s’est bien gardée de se mêler à ce débat purement toulousain. La présidente de la région préfère se mobiliser contre la fermeture des lignes desservant les plus zones reculées, comme le folklorique Train Jaune dans les Pyrénées Catalanes, ou développer les « trains à 1 euro » inventés par Christian Bourquin pour remplir les trains les plus désertés.

On cherchera en vain la trace d’un quelconque « RER » dans la future convention que la région doit signer avec la SNCF au mois de mars. A la décharge de Carole Delga, on peut douter que les maires de Béziers ou Montauban soient enchantés à la perspective de multiplier des « trains de banlieue » dans leurs gares respectives. Un TGV, même « domestiqué », c’est quand même plus attrayant pour l’image.

Montpellier : les mannequins connectés de la nouvelle fac de médecine

Montpellier médecine fac

Carole Delga va être surprise. C’est une nouvelle gare que la présidente de région viendra officiellement inaugurer aujoud’hui aux cotés de François Fontès. L’incontournable architecte montpelliérain a dessiné pour la nouvelle faculté de médecine un immense hall d’accueil traversant dont la hauteur sous plafond n’est pas sans rappeler l’intérieur de la gare Saint-Roch. Les 3.600 étudiants ne font que passer dans cette vaste salle vitrée des pas perdus, aussi sonore que lumineuse, avant de s’engouffrer dans l’un des cinq amphithéâtres du rez-de-chaussée ou rejoindre la cafétéria. Le grand escalier qui conduit aux salles de cours dans les étages paraît minuscule dans cette ruche vibrionnante, bruyante et disproportionnée. Des ouvriers s’affairent encore aux dernières finitions de ce bâtiment flambant neuf, recouvert d’inox luisant comme un miroir, qui a coûté plus de 45 millions à la région.

Montpellier médecine

Dans le calme feutré de son bureau de l’ancienne faculté, le doyen Mondain est satisfait à la perspective d’inaugurer enfin un bâtiment ultra-moderne que quatre de ses prédécesseurs ont appelé de leurs vœux. « J’étais interne en 1985 quand l’hôpital Le Peyronie a été ouvert. Mon service qui était encore à l’hôpital Saint-Charles a été le dernier à rejoindre le campus en 1988, on était un peu déconnecté », se souvient le médecin, spécialisé en ORL. A ses yeux, le rapprochement de la faculté avec le CHU était « une évidence ». Mais pas question d’abandonner l’ancien palais épiscopal accolé à la cathédrale pour une faculté qui revendique fièrement sa création par un légat du Pape en 1220. Les étudiants de deuxième et de sixième année continueront de suivre des cours autour de l’ancien cloître. La soutenance des thèses et tous les événements solennels seront toujours célébrés dans les bâtiments historiques de la plus ancienne faculté de médecine de France après Paris.

 » les cours en amphi, c’est fini « 

La construction de la nouvelle faculté ouvre un nouveau chapitre d’une longue histoire. Si la bibliothèque de la faculté conserve des manuscrits rares qui remontent au Moyen-Age derrière les murs de pierre du centre-ville, le béton du nouveau campus se veut en prise directe avec la modernité. Les amphithéâtres sont équipés de caméras, reliées à une régie qui fonctionne comme une chaîne de télévision. Les étudiants peuvent ainsi suivre les cours, diffusés en podcast, en différé. « Les cours en amphi, c’est fini. Nous avons intégré cette évolution de la diffusion du savoir universitaire dès la conception du nouveau bâtiment », dit Michel Mondain. Le doyen de la faculté est toutefois conscient du risque de « déshumanisation » de la transmission des connaissances à l’ère numérique. « Nous mettons l’accent sur la généralisation du tutorat et la pratique clinique. Il est tout de même plus appréciable d’apprendre à exécuter certains geste médicaux sur des mannequins plutôt que sur des patients ».

Montpellier médecine simulation

Bluffant de réalisme, l’un de ces mannequins de nouvelle génération pousse un soupir sur le sol d’une salle de « déchoquage » reconstituée au quatrième étage de la nouvelle faculté. Un autre est installé sur un lit-brancard dans une autre salle. C’est une femme, elle « respire » en faisant légèrement bouger le drap qui la recouvre. Ces mannequins peuvent coûter jusqu’à 150.000 euros. « C’est extra de constater comment le matériel pédagogique a évolué », se félicite Blaise Debien, médecin urgentiste. Directeur du CESU (centre d’enseignement du soin d’urgence), il a déménagé son service, ses mannequins et son ordinateur du CHU pour s’installer dans le nouveau bâtiment de la faculté. De la salle d’accouchement à la chambre du malade, un hôpital fictif a été reconstitué au quatrième étage. Fictif, mais avec tout le matériel authentique qui équipe chacune des salles dite de « simulation ». Ici, étudiants en médecine et futurs infirmiers s’entraînent ensemble à tous les pires scénarios auxquels ils seront bientôt confrontés dans la réalité. « Une première en France », souligne le Blaise Debien.

De la même façon qu’on ne devient pas pilote de ligne uniquement avec des logiciels de simulateurs de vols, on n’apprend pas les gestes qui sauvent en cas d’urgence uniquement sur un écran d’ordinateur. Les nouveaux mannequins « haute-fidélité » du Dr Debien sont équipés du WiFi pour être manipulés à distance par le formateur, mais la technologie ne fait pas tout. « La simulation, ça se joue à 90% lors du débriefing » dit le directeur du CESU. Là aussi, les salles de simulation sont équipées de caméras pour visionner aussitôt le scénario qui a été joué durant l’exercice dans une salle de cours séparée. Il ne s’agit pas de disséquer chaque scène au ralenti, plutôt d’analyser ce qui s’est passé lors d’un dialogue en les apprenants et les formateurs. L’urgentiste « accouche » le ressenti des étudiants, assis en demi-cercle dans son bureau, en compagnie d’une enseignante de l’école d’infirmières. Il n’hésite pas à partager des cas de conscience qui se sont parfois posés à lui lors d’interventions délicate pour aborder les questions éthiques derrière la technique. Ce n’est pas une leçon, il n’y a ni copie, ni crayon. Des tablettes sont toutefois sorties à la fin du cours pour renvoyer à des connaissances et un petit exercice d’évaluation finale. Au fil des ans, le CESU de l’Hérault, né en marge du Samu, a développé ses propres outils pédagogiques. Blaise Debien souhaite désormais partager ses cours, stockés sur son ordinateur, flambant neuf, avec d’autres CHU, facultés de médecine ou instituts de formation para-médicaux, comme ceux de Toulouse. « Nous sommes un laboratoire de recherches pédagogiques », résume l’urgentiste passionné.

Super-région et hyper-présidence

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Carole Delga a le bras long. La jeune présidente (PS) de la nouvelle grande région Occitanie « tire la sonnette d’alarme » des trains régionaux, nous apprend la télévision régionale. Le sujet diffusé lors du JT de la mi-journée s’ouvre bizarrement sur des images d’archives de Carole Delga dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, où elle a retrouvé son siège de député depuis qu’elle a démissionné du gouvernement pour mener la campagne des élections régionales. Au JT du soir, d’autres images montrent enfin la présidente de région dans un train. Mais ce sont encore des archives. Et pour cause : Carole Delga se trouve depuis le début de la semaine… au Japon. Aurait-elle « tiré la sonnette d’alarme » depuis son avion ?

Plus sérieusement, le sujet de la télévision régionale n’était en fait que l’habillage, plus ou moins habile, d’un communiqué de presse diffusé la veille par le service presse de la région. Les TER sont un sujet important pour toute l’Occitanie. Il est parfaitement légitime que la présidente s’agace des retards à répétition (un TER sur 5 fin novembre), des rames en panne et d’autres désagréments à répétition subis par les usagers, qui sont aussi les électeurs de Carole Delga.

Mais quelle urgence impose de signer un courrier courroucé au directeur régional de la SNCF depuis Tokyo pour évoquer la ligne de Latour-de-Carol ? Et pourquoi la télévision régionale choisit-elle des images conservées « au frigo » pour illustrer ce sujet faussement brûlant et tristement récurrent ? Etait-il inimaginable de donner la parole par exemple à Jean-Luc Gibelin, vice-président (PCF) « en charge des mobilités et des infrastructures de transports » à la région ?

Cet élu du Gard était pourtant présent, lundi 5 décembre à Toulouse pour représenter Carole Delga aux cotés du préfet et d’un cadre régional de la SNCF lors de l’inauguration d’un nouveau quai de la gare Matabiau. Là encore, le communiqué de presse de la région dote sa présidente, absente, d’un surprenant super-pouvoir de ventriloque. «  Au total, depuis 2009, nous avons consacré une enveloppe de plus de 8 M d’euros à la modernisation de la gare Matabiau. Demain, nous irons encore plus loin dans l’amélioration de l’offre TER. C’est ce que je dévoilerai lors de la restitution des Etats généraux du rail et de l’intermodalité, le 14 décembre », aurait (télé)déclaré Carole Delga, pourtant alors à 10.239 kilomètres de là. M Gibelin, lui, est resté -officiellement et médiatiquement- muet. Parce qu’il n’a rien à dire ?

Hollande : l’état (du canal) c’est moi

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François Hollande n’est pas Louis XIV. « L’Etat, c’est moi », aurait dit le Roi Soleil, qui décréta la construction du canal royal du Languedoc en octobre 1666. Samedi, à Castelnaudary, on avait envie d’ajouter cette apostrophe tout aussi apocryphe à son lointain successeur  : le (mauvais) état du canal du midi, c’est lui aussi.

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Trois cent cinquante ans après la signature de l’édit de Saint-Germain, exceptionnellement sorti des archives du canal du midi à Toulouse pour être exposé au bord du grand bassin chaurien le temps de la visite présidentielle, le canal – qui n’est plus royal – demeure la propriété de l’Etat républicain. canal-edit-de-saint-germain

Mais comme sous Louis XIV, les caisses du royaume sont vides et les présidents qui se succèdent désormais au palais de l’Elysée plutôt qu’au château de Versailles n’ont pas les moyens financiers de son bon entretien. François Hollande aujourd’hui, pas plus que Nicolas Sarkozy hier ou le prochain « monarque républicain » désigné en 2017, ne peuvent pas même compter sur la cassette personnelle d’un riche collecteur d’impôts pour faire l’avance des travaux, comme Pierre-Paul Riquet en son temps. La Lyonnaise des Eaux et Veolia, spécialiste des concessions, avaient un moment témoigné des « marques d’intérêt », comme on dit dans le jargon des marchés. Mais l’hypothèse ne semble plus d’actualité.

le roi est nu

Depuis qu’un champignon décime les platanes du canal, on sait que le roi est nu. Le montant prévisionnel des travaux pour couper des milliers d’arbres centenaires, en planter de nouveaux et consolider les berges qui risquent de s’effondrer, a encore augmenté. Des 100 millions initiaux, il atteint désormais les 230 millions d’euros. L’Etat, propriétaire de l’ouvrage, dit et répète qu’il n’a pas les moyens de régler seul la facture. François Hollande a préféré ne même pas évoquer ces chiffres qui fâchent à Castelnaudary. C’est le boulot des nouveaux Colbert de Berçy ; ou de Ségolène Royal à la rigueur à l’Environnement. Pas du président….

Depuis François Fillon, tous les gouvernements qui se sont succédé à Matignon tendent la main aux collectivités locales pour tenter de partager une partie du budget . A commencer par les régions. A l’époque, Georges Frêche et Christian Bourquin en Languedoc-Roussillon étaient résolument contre, alors que Martin Malvy se montrait plus conciliant en Midi-Pyrénées. Carole Delga, nouvelle présidente des anciens « états du Languedoc » ressuscités par les nouvelles lois de décentralisation, vient finalement de dire banco. Mais pour 40 millions seulement. A répartir sur 5 ans. Soit 8 millions par an, la moitié de la somme dépensée chaque année dans la seule région Languedoc-Roussillon pour offrir un ordinateur à chaque lycéen (même s’il en a déjà un, ou ses parents largement les moyens d’en acheter un plus récent).

le classement des abords repoussé en 2017

En échange, la présidente (PS) de la grande région Occitanie a obtenu un répit de six mois pour le classement des abords du canal. Les élus locaux de la région ont beau dire qu’il faut protéger le canal, ils ne veulent aucune contrainte qui limiteraient leur pouvoir, y compris de faire ou laisser faire n’importe quoi à 500 mètres de ces berges historiques, classées depuis 20 ans au patrimoine mondial par l’Unesco. La « jacquerie » des élus ruraux a gagné. Le préfet de l’Aude va devoir faire subir un classement radicalement « vertical » à sa proposition de classer l’intégralité des 241 kms du canal aux Monuments historiques. Son plan, qui devait rester confidentiel, mérite de rejoindre l’édit de Saint-Germain aux archives du canal.

A la place, le parlement a voté une nouvelle loi qui permet désormais de planter des éoliennes jusqu’à 10 kilomètres « en visibilité » d’un site classé au patrimoine mondial, sans même demander leur avis aux architectes des bâtiments de France. C’est l’Unesco qui va être ravi d’apprendre que l’Etat protège si bien le canal du midi  !

Le Foll : un socialiste (ne) devrait (pas) dire ça

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«  Je vous ai amené le temps breton ». Un gros orage vient de s’abattre sur Toulouse quand la haute stature de Stéphane Le Foll fait son apparition à la fédération du parti socialiste de la Haute-Garonne. Le ministre de l’Agriculture, qui a passé la journée avec la présidente de région Carole Delga, termine sa visite par une séquence de re-mobilisation militante. Un peu moins de 200 personnes ont fait le déplacement pour échanger avec le plus fidèle des « hollandais » du PS et du gouvernement. « Il ferait mieux de s’occuper de la détresse de nos agriculteurs plutôt que de venir, aux frais du contribuable, pour faire campagne pour le parti socialiste », a réagit aussi sec France Jamet, présidente des élus FN de la région Occitanie.

Stéphane Le Foll n’en a cure. L’extrême-droite, c’est son épouvantail préféré. Comme Carole Delga, autre soutien indéfectible au couple Hollande-Valls à qui elle doit tant, il compte bien jouer sur la crainte de voir le FN remporter le prochain scrutin pour l’emporter sur le fil. Sauf que l’Occitanie de Delga n’est ni la France de Hollande, ni même la Haute-Garonne de Vincini. Le jeune premier secrétaire n’ignore pas que sa fédération départementale, passée sous la barre des 4.000 adhérents, penche plus à gauche et préfère Martine Aubry ou Arnaud Montebourg au président de la République et son premier ministre. En clair, Le Foll ne débarquait pas en terrain conquis dans la ville rose.

Le Foll snobé par le journal de Baylet

A l’exception de Kader Arif, autre hollandais « historique » et ancien patron de la fédération, aucun ténor socialiste du département n’a fait le déplacement, rue Lejeune. Georges Méric, le patron du département qui s’est publiquement démarqué de Hollande, comme Pierre Cohen, qui vient d’ajouter la privatisation de l’aéroport à la liste déjà lourde (déchéance de la nationalité, loi El-Khomry) des « fautes politiques » de l’Elysée (et Matignon), sont restés à la maison. Même le quotidien régional a « snobé » Le Foll au PS. Après avoir vainement attendu pendant 30 minutes un rédacteur du quotidien de Jean-Michel Baylet, Sébastien Vincini a dû se résoudre à lancer une conférence pour… un seul journaliste. Heureusement que la télévision régionale, plus attentionnée, avait dépêché une caméra et un car-régie pour une interview en direct au JT du soir !

« On a besoin de s’expliquer, on a trop tendance à penser que les débats sont entre-nous », plaide Stéphane Le Foll, visiblement fatigué des critiques et des piques internes au PS. Pour autant, la réunion avec les militants restera fermée à la presse. Avant de « laver le linge-sale en famille », l’ex-porte-flingue de François Hollande a défendu vaillamment la loi Travail et tenté de refaire l’unité en dénonçant les attaques contre les locaux du parti ou des permanences parlementaires. Il en appelle à « la gauche qui assume les responsabilités », mais refuse de dire s’il soutiendra Manuel Valls en cas de défection de François Hollande. « Je suis loyal, le président dira en décembre s’il sera candidat, je ne veux pas ajouter à la cacophonie ».

« DSK avait des problèmes avec sa queue, Hollande a des problèmes avec sa langue »

A guichets fermés, Stéphane le Foll a bien entendu été questionné par les militants sur les effets ravageurs du dernier livre d’entretien de François Hollande avec des journalistes. « DSK avait des problèmes avec sa queue, Hollande a des problèmes avec sa langue », résume crûment un participant. L’ancien bras droit de l’actuel président lorsqu’ils étaient rue de Solférino résume en substance le bréviaire du parfait militant à l’usage de tous les élus qui critiquent le président : un socialiste ne devrait pas dire ça.

A l’abri de la pluie, des piles du nouveau tract du PS attendent d’être distribués par les militants. En quatre pages présentées sous la couverture d’un hebdo à sensations, ces « révélations sur le quinquennat Hollande » s’efforcent d’argumenter le vrai du faux en distinguant la droite et la gauche, synonyme de « progrès ». Voila ce qu’il faut dire !

Oui au Pays catalan, ou non à l’Occitanie ?

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Les Catalans défilent contre Madrid au sud, contre Toulouse au nord

L’Occitanie a réveillé les vieux démons autonomistes catalans à Perpignan. Près de 10.000 personnes ont manifesté samedi dans la préfecture des Pyrénées-Orientales pour réclamer la reconnaissance du « pays catalan ». Les manifestants dénoncent « une annexion » depuis le vote du nouveau nom de la région, issue de la fusion du Languedoc-Roussillon avec Midi-Pyrénées. Le ressentiment contre Carole Delga, présidente (PS) du nouveau conseil régional, semble encore plus puissant que contre le projet avorté de « Septimanie » de Georges Frêche en 2005. A l’époque, 5.000 personnes étaient descendues dans la rue, contraignant le turbulent maire socialiste de Montpellier, qui venait de s’emparer de la région, à jeter son éponge latiniste face à la bronca populaire.

Ce nouvel abcès de fièvre catalane est pourtant sans aucune commune mesure avec la situation de l’autre coté de la frontière. A Barcelone, même la bourgeoisie commerçante, traditionnellement centriste et catholique, est entrée en guerre ouverte contre Madrid depuis la crise économique et financière de 2008. Les autonomistes catalans du sud, jusqu’alors satisfaits des pouvoirs concédés à leur puissante région, réclament désormais l’indépendance. Des centaines de milliers de personnes sont une nouvelle fois attendues dans les rues des principales villes de la région en ce dimanche de « Diada », la « fête nationale » catalane.

La manifestation de samedi à Perpignan était davantage dirigée contre Toulouse que contre Paris ou pour Barcelone. Les catalanistes les plus enragés se demandent pourquoi Manuel Valls, né à Barcelone et qui parle la même langue qu’eux, n’a pas déjà censuré la présidente socialiste d’Occitanie. Ils annoncent vouloir déposer un recours devant le Conseil d’Etat si les magistrats de la plus haute juridiction française valident officiellement le nouveau nom de la région. On voit mal, toutefois, des conseillers d’Etat déjuger leurs collègues, dans l’hypothèse ou le nom « Occitanie » serait validé. La décision des juges est attendue le 1er octobre, au plus tard.

le ciment du nom

L’agitation catalane apparaît, coté français, comme un jeu de poker-menteur. De droite comme de gauche, les plus jacobins des élus sont descendus dans la rue en se découvrant subitement « catalans ». Même le représentant de Debout la France, le parti de Nicolas Dupont-Aignan, appelait à manifester contre Carole Delga et l’hégémonie supposée des « Occitans ». Quelques militants occitanistes, pourtant alliés avec le PS lors de la campagne des élections régionales, étaient également dans le cortège, par solidarité avec leurs cousins « régionalistes ». Le « non » au nouveau nom de la région sert de ciment à une opposition profondément divisée.

Indépendantistes, autonomistes, départementalistes ou régionalistes : on trouve de tout dans les nouvelles galeries catalanes ! La présidente (PS) des Pyrénées-Orientales figurait ainsi dans les rangs des opposants à son homologue socialiste de la région, au même titre que le maire (LR) de Perpignan. Les deux élus, qui se disputent le leadership de la contestation, ont cependant défilé séparément. Emeline Malherbe, qui a succédé à Christian Bourquin à la tête du conseil général quand ce dernier a remplacé Georges Frêche à Montpellier, redoute avant tout la disparition du département. Président de la communauté d’agglomération Perpignan Méditerranée, Jean-Marc Pujol imagine au contraire de réunir la plupart des 226 communes du département dans l’orbite de son agglomération.

Les divisons entre élus locaux sont tellement nombreuses que le scénario d’un regroupement de toutes les communes au sein d’un « pays catalan », inspiré de l’exemple en cours au Pays Basque français, apparaît inaccessible. Brice Lafontaine, adjoint du maire de Perpignan aux affaires catalanes, préfère prendre exemple sur la Corse. A la tête d’une petite formation autonomiste (Unitat catalana) à l’origine de la manifestation de samedi, le jeune homme réclame la création d’une nouvelle région pour les Catalans. Des musiciens locaux également fait un tabac cet été en réclamant un « Occexit » sur YouTube. Seul le FN a brillé par son absence. Louis Aliot, qui brigue la mairie de Perpignan après avoir échoué à s’emparer de la région, s’est abstenu de tout commentaire dans la surenchère identitaire que se livrent le PS et la droite locale.

Très chers ordinateurs gratuits

 

Delga rentrée

La rentrée scolaire n’est pas totalement harmonisée entre Toulouse et Montpellier. La présidente (PS) de la nouvelle région Occitanie ne sait pas encore si elle maintiendra en 2017 le cadeau de Christian Bourquin aux lycéens de l’ex-région Languedoc-Roussillon. Le successeur de Georges Frêche avait décidé en 2011 d’offrir un ordinateur portable à tous les élèves entrant en seconde. Une prodigalité que ne partageait pas totalement son homologue socialiste de Midi-Pyrénées. Martin Malvy préférait réserver l’aide directe de la région aux familles qui ont du mal à acheter des ordinateurs aux lycéens, ou aux apprentis.

Contrainte de choisir entre Lordi de l’un et l’Ordilib de l’autre, Carole Delga botte en touche. Elle a invoqué lors de sa conférence de presse de rentrée des « délais réglementaires » pour ne ne trancher, renvoyant la décision finale au vote des nouveaux élus régionaux qui devront étudier la question en commissions.

socialiste ou populiste ?

Derrière cette question en apparence technique, les socialistes (et les autres) vont en réalité devoir choisir entre le populisme et la social-démocratie. Le « cadeau » hérité de feu-Bourquin coûte cher à la collectivité. En 2015, la région Languedoc-Roussillon avait dépensé 14,5 millions pour équiper 32.200 lycéens. L’Ordilib de Malvy est plus économe : 4 millions pour 10.600 bénéficiaires. Les aides en Midi-Pyrénées variaient de 25 à 400 euros selon le quotient familial.

L’ancien secrétaire d’Etat au budget était-il plus « radin » que Bourquin ? Ou plus « malin » ? Lordi qui faisait la fierté de l’ancien président de Languedoc-Roussillon, au même titre que ses bus et ses trains « à 1 euro », a été victime d’un gros « bug » social quand la presse locale a révélé que les machines de la région se retrouvaient en vente sur Le Bon Coin. Pour tenter d’éviter ce dévoiement populaire, la région offre des machines dernier cri : des ordinateurs convertibles en tablettes. La politique régionale doit-elle vraiment trancher entre l’iPad, Samsung ou Microsoft ?

A total, la distribution d’ordinateurs aux lycéens de la région est estimé à 18,5 millions d’euros. Un chiffre à rapprocher d’un autre, révélé par Carole Delga lors de sa conférence de presse. La construction d’un nouveau lycée coûte en moyenne 40 millions. La nouvelle région, qui inaugure aujourd’hui deux nouveaux établissements à Villefranche-de-Lauragais (31) et Lézignan-Corbières (11), a prévu d’en construire dix d’ici 2020-2022. Dont trois en Languedoc-Roussillon. Ce qui pose une question simple : combien de nouveaux lycées Christian Bourquin aurait-il pu construire s’il avait été plus « malvyste » que fréchiste ?

#leNomdeMaRegion est-il le votre ?

Tous Occitans

Les lycéens de la région sont davantage écoutés que Dominique Reynié. Prof à Sciences-Po Paris, l’ancien chef de file de la droite et du centre aux dernières élections a été déchu de son mandat de conseiller régional par le Conseil d’Etat le 26 mai dernier. Quelques jours plus tôt, Carole Delga lançait la consultation sur le futur nom de la région. Originalité de ce vrai-faux référendum : les jeunes pouvaient y participer dès l’âge de 15 ans, tout comme les étrangers résidents dans la région et les « expatriés » de la diaspora régionale. Au total, 204.000 personnes ont pu exprimer leur avis, en classant les cinq propositions retenues par ordre de préférence décroissant. Dominique Reynié, lui, a préféré s’abstenir. Dommage.

« Je veux que l’occitan devienne langue officielle de la région. Comme le catalan », n’avait pas hésité à déclarer le candidat du parti de Nicolas Sarkozy lors de sa campagne électorale. A en juger par la bronca de ses anciens colistiers à l’annonce des résultats propulsant l’Occitanie en tête des suffrages, on comprend mieux que la plainte qui visait l’inéligibilité de Dominique Reynié émanait de son propre camp. L’opposition n’a certes pas tort de souligner la relative faiblesse de la participation à la consultation, puisque ses promoteurs les plus optimistes en attendaient deux fois plus. Mais elle s’aventure sur le terrain glissant du populisme que son ancien chef de file a toujours dénoncé en ramenant ce chiffre au coût annoncé de l’opération (500.000 euros).

Après s’être auto-décapitée, la droite se condamne à bégayer les critiques du Front National. En oubliant au passage que les 204.000 personnes qui ont pris la peine de donner leur avis sur le nom de la région pèsent tout de même deux fois plus que les électeurs de la liste du maire (DVG) de Montpellier et du sénateur-maire (LR) de Castelnau-le-Lez, son surprenant allié. Personne n’a ironisé à l’époque sur le score régional de Philippe Saurel, et encore moins sur son hypothétique « coût » pour la démocratie. En vérité, ce sont près de 217.000 avis qui ont été transmis par internet ou voie postale. Même après l’invalidation de 13.000 « votes » jugés non conformes au règlement, les suffrages exprimés ont représenté 10% des électeurs qui se sont rendus aux urnes en décembre pour élire les conseillers régionaux. L’Occitanie a gagné le droit de se maintenir au deuxième tour.

vrais-faux électeurs à 15 ans

Les esprits chagrins qui redoutaient une consultation faussée par un éventuel « lobbying » des catalans de Barcelone seront sans doute rassurés d’apprendre que seulement 700 avis ont été postés en dehors des « frontières » régionales. Même la « diaspora aveyronnaise », réputée plus nombreuse à Paris que dans son département d’origine, ne s’est guère mobilisée. Cela mettra peut-être un peu de baume au cœur de Dominique Reynié, renvoyé dans son foyer de Villejuif par les magistrats en dépit de son inscription sur les listes électorales d’Onet-le-Château. On peut donc être électeur sans pouvoir être élu localement, faute de payer des impôts sur place.

A l’inverse de cette logique qui fleure bon le scrutin censitaire de la Monarchie de Juillet (1815-1848), la consultation pour le nom de la région était ouverte aux mineurs. Une première audacieuse. Elle ouvre des perspectives sur des consultations plus larges que des scrutins en mal de participations « citoyennes ». Environ 13.000 lycéens de 54 établissements publics ou privés, les apprentis de 18 CFA et 532 jeunes inscrits dans les « écoles de la deuxième chance » y ont participé, selon la région. Non pas pour « gonfler les chiffres » de la participation, mais à des fins éducatives. Chaque classe n’a en effet émis qu’un seul avis, au terme d’un débat organisé par leurs enseignants et d’un vote en interne. Au final, ces jeunes « vrais-faux électeurs » ont globalement voté comme leurs aînés, avec une préférence marquée pour « Occitanie ». Reste à savoir ce qu’en dira le Conseil d’Etat…

dessin : Piérick Degomme