José Bové, le boomerang de Delga

Carole Delga était près fière de sa « prise de guerre » : José Bové, l’emblématique paysan moustachu du Larzac, a fait savoir urbi et orbi qu’il préférait soutenir la présidente socialiste sortante de la région Occitanie, plutôt que son concurrent écolo Antoine Maurice. Mais l’ancien député européen d’EELV, qui figurera symboliquement en dernière position sur la liste PS-PC-PRG de l’Aveyron, s’avère un allié un poil turbulent. Opposé au projet d’autoroute Toulouse-Castres que soutient Delga, Bové n’hésite pas à le dire haut et fort en pleine conférence de presse destinée à mettre en scène le ralliement des écologistes « réalistes » à la présidente sortante.

« Pourquoi ne pas organiser un vote populaire ? Moi je dis chiche ! » balance José Bové en guise de pavé dans la mare. A ses cotés, Agnès Langevine, vice-présidente sortante qui a orchestré le ralliement de ce pôle écologiste raisonnable sensé « apporter des solutions » face aux écolos supposés utopistes et affreusement radicaux du petit Maurice qui ne font que foutre le bordel, accuse le coup. L’idée d’une sorte de « référendum d’initiative populaire » sur la future autoroute qui exacerbe l’opinion dans le sud du Tarn entre pro et anti est aussi un clin d’oeil appuyé lancé par Bové à Mélenchon et Myrian Martin, tête de liste régionale des Insoumis et véritables bêtes noires de Delga.

L’incorrigible démonteur du Mac Do de Millau concède qu’il n’a pas encore eu l’occasion de parler de son idée lumineuse à la présidente sortante. « Je ne veux pas lui mettre un caillou dans la chaussure, je propose juste une solution pour sortir d’un conflit qui s’enkyste », affirme José Bové. L’ancien leader paysan qui avait manifesté contre le projet de barrage à Sivens enfonce le clou en se déclarant préoccupé par la montée des tensions sur de nombreux projets présentés comme « inutiles » par ses potes écolos de toujours. « Il faut savoir sortir par le haut pour éviter des batailles qui font des gagnants et des perdants qui le paie parfois au prix de leur vie », poursuit Bové dans une allusion transparente à la mort de Rémy Fraisse dans le Tarn. « Il ne doit plus y avoir de blessés de la démocratie », philosophe l’ancien combattant qui se réclame encore et toujours non-violent, 50 ans après la victoire contre les militaires sur le Larzac.

Transmis à Manuel Valls et François Hollande, qui avait propulsé leur protégée Carole Delga à la tête de la nouvelle grande région créée par leurs soins en 2015 pour éviter que l’ex-Languedoc-Roussillon tombe dans l’escarcelle de Louis Aliot et du parti de Marine Le Pen.

La gauche de Delga dénonce les risques industriels de « la privatisation » de Port La Nouvelle

Le recours n’a de « gracieux » que le nom. Dans une lettre au vitriol adressée le 4 février à Carole Delga, l’avocat toulousain Christophe Léguevaques attaque le contrat de concession que la région Occitanie a signé en catimini juste avant Noël avec un consortium industriel et financier mi-belge, mi-néerlandais pour gérer les futures installations portuaires de Port-La-Nouvelle pendant 40 ans. La présidente de région affiche de grandes ambitions pour ce petit port aux portes de Narbonne, destiné à recevoir les premières éoliennes flottantes XXL qui doivent être mouillées au large des stations touristiques de Gruissan (Aude) et du Barcarès (Pyrénées Orientales).

Pour Carole Delga, il s’agit de transformer la station balnéaire populaire et un brin surannée de La Nouvelle, qui vivotait à l’ombre de sa cimenterie en abritant quelques petits cargos venus charger des céréales et décharger du pétrole, en « port de la transition écologique ». Mais le modèle économique proposé par les partenaires industriels de la région est contradictoire avec cette ambition, assène M° Léguevaques dans son courrier. « C’est du greenwashing » dénoncent les jeunes opposants d’Extinction Rebellion, qui tentent avec d’autres associations (Greenpeace, les Amis de la terre, etc) de mobiliser la population contre les premiers travaux pharaoniques (199 millions d’euros) confiés à Bouygues pour l’extension du port. La société mixte (SEMOP) créée par la région avec les groupes belges Deme et Europort est « un Franckestein juridique » ajoute Guilhem Serieys, conseiller régional de la France Insoumise.

Fracturation hydraulique à gauche et risques d’explosion

Le parti de Mélenchon est en pointe pour dénoncer « une privatisation qui ne dit pas son nom » à Port-La-Nouvelle. Les trois élus LFI, qui siègent dans l’opposition au conseil régional d’Occitanie, ont été rejoint par EELV. Les élus écolos, officiellement alliés à Carole Delga dans l’assemblée sortante, se sont divisés sur le sujet. Les tonnes de béton de Port-La-Nouvelle ont fait office de fracturation hydraulique : il y a ceux qui suivent le toulousain Antoine Maurice dans sa candidature contre Delga et le PS au premier tour des futures élections régionales, et ceux qui ont préféré rester dans le giron de la présidente de région. Les élus communistes, de leur coté, soutiennent officiellement le projet au nom des milliers d’emplois promis par la majorité. En première ligne contre un projet de « scierie industrielle » dans les Pyrénées, le PC régional a manifestement choisi de ne pas faire de vague en Méditerranée.

Le choix des opposants de faire appel à un avocat pour déposer un recours en forme d’ultimatum n’est pas anodin. Si la présidente de région dispose officiellement de deux mois pour y répondre, l’argumentation développée sur 21 pages préfigure d’ors et déjà une plainte devant le tribunal administratif en avril, soit quelques semaines avant la date prévue du scrutin (sauf nouveau report pour cause de Covid). La désignation de Christophe Léguevaques est encore moins innocente. Ancien militant du PS et rival déclaré de Martin Malvy quand l’ex-président de Midi-Pyrénées faisait mine de partir à la conquête de la mairie de Toulouse au siècle dernier, Me Léguevaques fut aussi l’avocat de la ville rose dans le procès AZF.

Beyrouth-bis ou nouveau Fos-sur-Mer des carburants verts

Bon connaisseur des finesses juridiques de l’industrie chimique lourde, l’avocat militant n’a pas manqué de relever dans sa lettre la concentration des sites classés Seveso à Port La Nouvelle. Il s’interroge notamment sur les actuels stockage de pétrole, de gaz ou d’engrais, mais aussi sur les futurs stocks d’hydrogène du « grand port vert » promis par Carole Delga. La présidente de région, qui mise beaucoup sur ce carburant d’avenir pour faire rouler des trains, en attendant les avions de demain, a récemment expliqué que l’électricité des futures éoliennes flottantes de Port-La-Nouvelle pourraient être « mise en conserve » grâce à des électrolyseurs. Les risques d’explosion de l’hydrogène, brandis régulièrement depuis le spectaculaire incendie du dirigeable Hindenbourg en 1937, pourraient-ils faire craindre une catastrophe similaire à celle qui a ravagé le port de Beyrouth dans l’Aude ?

Au-delà de cette vision d’apocalypse, les nouveaux concessionnaires belges donnent un aperçu de la dimension mondiale envisagée à La Nouvelle dans leur « plan stratégique » : importer des tonnes d’hydrogène produites par des centrales solaires construites au Maroc, en Tunisie ou dans le lointain désert du sultanat d’Oman et stockés dans de l’ammoniac, du méthanol ou du benzène. Pour faire bonne mesure, ils suggèrent d’importer aussi du « bio-ethanol » produit en Amérique Latine et dans les pays de l’Est. Bref, le futur bassin en eau profonde de La Nouvelle sera bien le futur Fos-sur-Mer occitan, et sa « darse pétrolière » convertie aux bienfaits des carburants « verts ». Mais assez éloigné d’une agriculture bio et « paysanne », de l’écologie des petits oiseaux de la LPO, des pêcheurs d’anguilles et des flamands roses des étangs du parc naturel régional de la Narbonnaise. Ou trop près ?

Transports urbains : le « plan le plus ambitieux de France » plombé au tribunal

Coup de tonnerre ou coup d’épée dans l’eau ? Les 4 milliards qui devaient être investis d’ici 2030 à Toulouse et dans une centaine de communes de banlieue avec la double promesse de circuler sans bouchons et d’épargner les poumons de plus d’un million d’habitants ont été rayés d’un trait de plume. Le tribunal administratif de Toulouse a donné raison à l’association 2 Pieds 2 Roues (2P2R) qui avait déposé un recours en juillet 2018 contre le nouveau plan des déplacements urbains (PDU), révisé à la demande de Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, pour y inclure son projet de 3ème ligne de métro, qui doit relier les sites Airbus de la métropole, de Colomiers à Labège. L’association historique des cyclistes urbains estime que ce plan fait la part trop belle aux modes de transports lourds – 3 milliards pour la ligne de métro baptisée Toulouse Aerospace Express (TAE) – au détriment des modes « doux » : quelques millions par an pour le vélo.

A la barre du tribunal administratif, début janvier, le président de l’association a surtout souligné que la future ligne de métro ne permettrait pas de réduire suffisamment les émissions de gaz à effet de serre. Pour Boris Kozlow, l’urgence climatique ne peut attendre la mise en service de TAE, repoussée fin 2028 par Jean-Luc Moudenc en raison des effets secondaires du coronivrus sur l’économie et les finances de la métropole. Le militant associatif décrit une agglomération tentaculaire, asphyxiée par la thrombose automobile qui gagne du terrain sur les routes inadaptées des communes et quartiers périphériques, sans trottoirs ni pistes cyclables. Il rejoint en cela les critiques émises lors de la dernière campagne électorale par Antoine Maurice (EELV), tête de liste d’Archipel Citoyen, et son homologue Nadia Pellefigue (PS), qui réclamaient de concert un « plan d’urgence » pour lutter contre la pollution atmosphérique et les embouteillages. Du local au global, l’enjeu est aussi planétaire : il s’agit de mettre Toulouse en conformité avec les engagements internationaux de la COP 21 pour freiner d’urgence le réchauffement climatique, sans attendre l’arrivée du métro aux portes des sites Airbus. Le président de 2P2R ne peut pas être suspecté d’être un « ultra » écolo Amish opposé à l’industrie aéronautique : il travaille dans le civil comme ingénieur pour le groupe aérospatial européen.

Désavoué par les juges administratifs, le syndicat mixte Tisséo, a réagit par un bref communiqué très sibyllin. Le bras-armé de Toulouse Métropole pour gérer le réseau de bus et de métro considère que le PDU n’a pas été censuré sur le fond. La sanction serait de pure forme, comme l’a effectivement souligné le rapporteur public dans ses conclusions. Florian Jazeron, qui représentait le gouvernement derrière la la vitre en plexiglas anti-Covid du tribunal, reproche à Tisséo d’avoir oublié de mentionner des « solutions alternatives raisonnables ». Plus sévère, Pierre Bentilola, explicite très concrêtement cette notion juridique un peu floue dans son jugement. Le président de la 6ème chambre du tribunaL rappelle qu’une «  étude concernant un projet « d’étoile ferroviaire » comprenant trois lignes de réseau express régional » avait été lancée suite « au débat public relatif à la troisième ligne de métro ». Mais elle ne figure pas dans les 8 tomes de l’étude environnementale. « Une telle omission a nécessairement eu pour effet de nuire à l’information complète de la population et a donc été susceptible d’exercer une influence sur les résultats de l’enquête publique, et, par voie de conséquence, sur le contenu même du plan de déplacements urbains adopté », conclue le tribunal administratif en dénonçant un « abus de pouvoir ».

Une « balle dans le pied » des cyclistes, le métro épargné ?

Tisséo n’annonce curieusement pas s’il fera, ou non, appel de ce camouflet. « Je dois d’abord réunir les juristes » indique Jean-Michel Lattes, président du syndicat et fidèle adjoint au maire de Toulouse. L’avocate de 2P2R, elle, fait le pari que Tisséo ne prendra pas le risque de retarder encore le calendrier par de nouvelles procédures juridiques. Toute la question est en effet de savoir si tous les projets de transports de l’agglomération sont suspendus par l’annulation du PDU. La réponse est bien entendu négative. Seuls les nouveaux projets inscrits dans la révision du PDU sont concernés : la 3ème ligne de métro…mais aussi les « autoroutes cyclables » du REV (Réseau Express Vélo) qui prévoit d’investir 250 millions dans 13 « lignes » permettant de relier les communes périphériques en pédalant en en toute sécurité. L’avocat de Tisséo n’avait pas manqué de souligné devant le tribunal que l’association des cyclistes se tirait une balle dans le pied en réclamant l’annulation du PDU. C’est ce que Jean-Michel Lattes appelle « un accord perdant-perdant ».

Le maire de Toulouse considère, pour sa part, que son projet de métro n’est pas impacté. «  La ligne TAE a une vie juridique propre » assure Jean-Luc Moudenc, interrogé lors de ses vœux à la presse. Les « juristes » de Tisséo devront confirmer, ou pas, cette « exception métropolitaine ». L’affirmation du maire repose sur la déclaration d’utilité publique de la troisième ligne, signée en février 2020 par le préfet. Dès la signature du contrat de fourniture des rames avec Alstom en décembre dernier, Jean-Luc Moudenc n’a pas manqué de rencontrer à nouveau Etienne Guyot, spécialiste des questions de transports urbains et ancien directeur de la société du Grand Paris chargé de construire les 4 nouvelles lignes de métro automatiques de la région parisienne pour les JO de 2024. Le maire de Toulouse sait pourtant très bien qu’il ne peut juridiquement pas lancer le chantier tant que l’enquête environnementale, annoncée dans le courant de l’année 2021, n’a pas eu lieu. C’est la raison pour laquelle il a paradoxalement claironné à la fin de l’année 2020 que la mise en service du métro était financièrement repoussée « fin 2028 »…. tout en affirmant que le projet n’était techniquement pas « retardé ».

La revanche de Pierre Cohen et du tramway ?

En vérité, il serait plus simple, plus rapide et moins cher de lancer sans attendre les travaux d’extension de la ligne B du métro vers Labège, voire du tramway vers la gare Matabiau. Ces projets figurent dans l’ancienne version du PDU, élaboré sous le mandat de Pierre Cohen. L’annulation de la révision du PDU a rescucité juridiquement le plan de l’ex-maire socialiste de la ville rose, qui faisait la part belle aux lignes de tram pour mieux faire reculer l’emprise de la voiture en ville. « C’est une véritable bombe sur la vie politique toulousaine » s’est aussitôt félicité l’ancien élu, qui pense tenir sa revanche. Dans un communiqué co-signé par ses derniers fidèles, Pierre Cohen demande à Jean-Luc Moudenc de « ne plus s’entêter à mettre Toulouse et Tisséo dans une impasse juridique et dogmatique ». L’actuel maire de la ville, qui avait mobilisé ses troupes contre son prédécésseur en organisant la résistance des quartiers contre des tramways et des lignes de bus en site propre accusés de créer des bouchons, évoque pour sa part une « régression ». Jean-Luc Moudenc souligne que le PDU de Cohen, chiffré à environ 2 milliards, était « moins favorable aux cyclistes et efficace contre la pollution atmosphérique ». Il continue d’affirmer haut et fort que son plan est « le plus ambitieux de France, hors Paris ».

La tonalité du communiqué de Pierre Cohen, dernier opposant déclaré à la troisième ligne de métro, tranche toutefois avec les réactions des autres acteurs du dossier « transport » de l’agglomération. L’association 2P2R se garde de crier victoire, préférant tendre la main à Jean-Michel Lattes pour signer la paix des braves, moyennant une rallonge (40 millions) au budget vélo afin d’accéler le REV et pérénisser les « corona-pistes » cyclables apparues à la sortie du premier confinement. Enfourchant la même ligne de modération, les élus de la liste Archipel de Toulouse se déclarent « force de proposition auprès de la majorité dans l’esprit d’une réussite collective au service des habitants ». Marc Péré, maire L’Union et candidat déclaré aux prochaines élections départementales, se démarque quelque peu d’Antoine Maurice, désigné tête de liste aux élections régionales par EELV, en proposant dans La Dépêche du Midi de couper la poire en deux : 6 lignes de RER et une ligne de métro raccourcie à sa partie Colomiers-Matabiau, pour un coût évalué à 3 milliards.

Moudenc et Delga jouent au ping-pong sur les rails

L’association Rallumons l’Etoile se garde bien de prendre parti. Se cantonnant sur un registre plus technique que politique, ce collectif constitué en « lobby pro-RER » estime possible, dès 2022, de cadencer des « omnibus » toutes les 30 minutes sur l’ancienne « ligne C » entre la gare des Arènes et Colomiers, et des trains toutes les heures sur une ligne Montauban-Castelnaudary en traversant la gare Matabiau. Mais la région Occitanie, compétente en matière ferroviaire, hésite à s’engager financièrement dans un super syndicat mixte à l’échelle péri-urbaine sur le modèle du STIF, qui gère les RER de la région parisienne. « Delga ne veut pas mettre un doigt dans Tisséo. Elle se contente de jouer au ping-pong avec Moudenc, comme Malvy avant elle » constate Pierre Cohen.

Il semble plus facile pour la région et la métropole de réclamer une LGV au gouvernement que de s’accorder sur « les trains du quotidien ». En attendant, le tramway T2 qui desservait l’aéroport de Blagnac depuis 2015 va bel et bien cesser de circuler en 2022. Un nouveau terminus provisoire va être aménagé devant le centre culturel Odyssud de Blagnac, le temps de construire la nouvelle station Jean Maga de la troisième ligne de métro, précise une délibération votée en catimini lors de la dernière réunion syndicale de Tisséo, à la veille de Noël. Les rames du tram seront remplacées à l’issue du chantier par de nouvelles « navettes automatiques ». Ce n’est même plus un scoop.

Occitanie : diviser pour mieux Reynié

Qui se souvient de Dominique Reynié, « politologue » médiatique qui délaissa provisoirement les studios de télé pour tenter d’offrir la présidence de la région Occitanie sur un plateau à la droite supposée unie de Nicolas Sakozy ? Jugé trop « mou », le centriste aveyronnais fut mis KO d’emblée par une partie de son camp qui lui renvoya une « bonne droite ». L’histoire va-t-elle se répéter en 2021… si le scrutin, repoussé en juin sur les conseils de Jean-Louis Debré, n’est pas une nouvelle fois renvoyé ?

On ne se bouscule pas chez Les Républicains pour monter sur le ring face à l’extrême-droite. Le nom du flamboyant député lotois Aurélien Pradié est avancé, mais le maire de Beaucaire Julien Sanchez n’en ferait qu’une bouchée, selon un sondage Ifop réalisé en septembre dernier (25% contre 14%). L’Ifop vient donc de tester la candidature de l’obscur député aveyronnais Arnaud Viala… dont le score frôle dangereusement l’élimination dès le premier tour (11%). Selon ce sondage réalisé pour Sud Radio, la seule solution serait d’envoyer au front Brigitte Barèges, la très sarkozyste maire de Montauban. Alliée à Robert Ménard au sein d’une « liste d’intérêt régional » (sic), l’ancienne tête de liste de la droite en Midi-Pyrénées face à Martin Malvy obtiendrait un meilleur score (14%) que le candidat officiel de la droite. Une prime à la dissidence qui valide au passage la stratégie du maire de Béziers, plaidant inlassablement pour un « rassemblement des droites » en siphonnant la carpe républicaine et le lapin nationaliste. Les derniers auditeurs en gilet jaune de l’ex-radio sudiste qui applaudissent les accents populistes du nouveau boss de ls station, l’ultra-Trumpien Didier Maïsto, ont pu se pâmer à la perspective d’un tel « pou-putsch » !

Brigitte Barèges, qui sait parfaitement détourner les voix de l’extrême-droite à son profit par quelques saillies bien choisies, a toutefois un léger handicap pour suivre la voie de son homologue de Béziers : l’élue de Montauban est sous la menace d’une peine d’inéligibiiIté de 5 ans pour avoir employé un scribouillard chargé de chanter ses louanges dans des feuilles de choux locales. Le verdict du tribunal de Toulouse sera connu le 9 février. Brigitte Barèges, qui s’était pourtant ostensiblement affichée avec Ménard à Montauban en octobre, fait semblant de ne pas être au courant de ce qui se trame en coulisses. Au détour d’un long et inattendu entretien confié à La Dépêche du Midi – qui la flingue pourtant à longueur de colonnes – elle assure même vouloir plutôt se présenter aux élections départementales dans le Tarn-et-Garonne.

Au Rassemblement National, personne n’est dupe. Inquiet de la manœuvre orchestrée par Ménard, le parti de Marine Le Pen envisage lui aussi de changer de cheval. Exit le petit taureau gardois Sanchez, conseiller régional sortant. Sur les conseils avisés de Louis Aliot, qui joue désormais les « notables » à Perpignan, l’extrême-droite mise désormais sur l‘ancien juge Jean-Paul Garraud, venu des rangs de l’UMP. Ce farouche concurrent d’Alain Juppé à Bordeaux avait jadis fondé « la Droite Populaire » avec Alain Mariani, ancien ministre de François Fillon et Nicolas Sarkozy,…et une certaine Brigitte Barèges. Une liste dissidente à droite risque en effet d’affaiblir le score du RN au premier tour, qui passerait de 25% à 16% selon l’Ifop. Cédant au passage la première place à Carole Delga (25%).

Les stratèges socialistes de la présidente sortante peuvent sortir le champagne… et ressortir la petite blague blindée de Staline au Vatican : la droite, combien de divisions ?

Les comptes masqués de la région Occitanie

Carole Delga est une petite cachotière. Les services de la région Occitanie ont refusé de répondre aux journalistes de la cellule d’investigation de Radio France qui ont demandé les factures des millions de masques commandés par les collectivités dans tout le pays. Au nom d’un soit-disant « secret des affaires ». La présidente socialiste de la région n’est pas la seule élue à faire de la rétention d’information. Ses homologues Laurent Wauquiez (Auvergne-Rhône-Alpes) et Xavier Bertrand (Hauts-de-France) ont aussi traîné des pieds pour répondre. Les collègues de Radio-France ont très bien expliqué lors de l’émission Secrets d’Infos, diffusée samedi 5 décembre (et disponible en podcast), comment ces deux rivaux à l’investiture pour la prochaine élection présidentielle de 2022 à droite ont orchestré les distributions de ces petits bouts de tissus lavables dans leurs régions respectives pour mieux se positionner dans la course à l’Elysée. Delga prépare pour sa part activement sa reconduction à la tête de la région Occitanie.

Les journalistes du service public ont été contraints de faire appel à la CADA (commission d’accès aux documents administratifs) pour obtenir des précisions sur ces marchés exceptionnels, passés sans appel d’offre. Pour offrir deux masques à chaque habitant de la région avant la levée du premier confinement au printemps dernier comme elle s’y était engagée, Carole Delga a officiellement passé commande de 6 millions de masques. A qui ? A quel(s) prix ? Mystère et boule de gomme ! Interrogés à l’époque, les services de la région n’ont jamais répondu précisément. Cultivant le flou entre masques chirurgicaux en papier importés de Chine et masques textiles garantis « made in Occitanie », mais aussi entre sa propre commande et celle de 8 des 13 départements de la région qui en avait déjà commandé 4 millions, la région a préféré comme à son habitude privilégier la communication à l’information. On ne peut donc que saluer l’obstination des collègues de Radio-France, qui n’ont pas lâché l’affaire.

Au final, le bras de fer entre Secrets d’Infos et le « secret des affaires » brandi par la région Occitanie n’a pas permis d’améliorer la transparence. Contrairement au maire de Toulouse, qui avait fini par avouer que les masques commandés à une entreprise de Rhône-Alpes étaient en réalité fabriqués en Asie (au Pakistan pour être précis), Carole Delga a toujours prétendu avoir fait appel à un tissu d’entreprises régionales… mais sans jamais le prouver, documents à l’appui. Le président (PS) du Gers a « mangé le morceau » : « Tous les masques grand public commandés par la Région et le Département l’ont été auprès d’entreprises françaises et sont fabriqués à partir de tissus produits en France, mais sont ensuite assemblés à l’étranger comme tous les masques distribués en France », a fini par reconnaître Philippe Martin. L’enquête de Secrets d’Infos a établi que la région avait reçu des masques chirurgicaux fabriqués en Chine par un curieux intermédiaire basé à Monaco et disposant de comptes off-shore aux Seychelles. Cet homme d’affaires a reçu « un accompte » de 1,3 millions fin avril. Nous voilà rassurés sur la destination de nos impôts !

La région Occitanie, qui a passé de nouvelles commandes de masques depuis que ceux-ci sont obligatoires un peu partout, même dans rue, préfère désormais mettre en avant une filière « 100% régionale » avec deux entreprises ariégeoises : l’une fabrique le tissu, l’autre le découpe et rajoute l’élastique. Selon nos informations, une troisième entreprise du Tarn serait également intégrée épisodiquement à ces masques régionaux en « circuit court ». Prix de revient unitaire : environ 2 euros ; soit le double des masques « pakistanais » de Toulouse commandés par Jean-Luc Moudenc, mais aussi Georges Méric, président (PS) du département de la Haute-Garonne. Une information tellement « sensible » que Carole Delga préférait ne pas la voir diffuser à la radio ?

Moudenc tend la main aux électeurs de Pellefigue

Moudenc Florida
Il a sorti l’artillerie lourde. Dans une « déclaration solennelle » lancée depuis la terrasse d’un café de la place du Capitole, Jean-Luc Moudenc est reparti en campagne en sonnant l’alerte sur le risque de voir les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon et autres « Gilets Rouges » s’installer à la fin du mois dans l’hôtel de ville situé de l’autre coté de la place. « Le résultat est incertain car l’adversaire, appliquant une tactique pratiquée depuis longtemps par l’extrême-gauche, avance masqué derrière une aimable cagoule d’inoffensivité », prévient le maire sortant de la ville rose.

Arrivé en première position en mars dernier mais avec un score décevant (36,18%), l’élu LR de la ville rose doit faire face àla fusion de la liste PS-PC-PRG avec celle d’Archipel Citoyenconduite par Antoine Maurice, conseiller municipal (EELV) d’opposition. Avant même le premier tour, le maire de Toulouse avait désigné l’alliance inédite d’Archipel, composé d’écologistes, de militants de la France Insoumise, de socialistes en rupture de ban et de « citoyens » tirés au sort, comme ses plus dangereux adversaires. Les « pastèques » (vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur), comme Moudenc les a qualifié, ont effectivement largement distancé (27,56%) la gauche traditionnelle (18,53% ). Sur le papier, l’addition des forces peut faire basculer la ville. Un sondage commandé par Archipel à l’IFOP la semaine dernière confirme que la fusion pourrait permettre aux nouveaux alliés de battre Moudenc d’une courte tête.

Mais le plus macroniste des maires Républicains a bien senti la faille chez ses adversaires : Nadia Pellefigue, la tête de la liste PS, a refusé de cautionner la fusion « à titre personnel ». Une vingtaine de ses colistiers non encartés l’ont soutenu jusqu’au bout dans son refus de rejoindre Antoine Maurice et Archipel en dénonçant des logiques d’appareils. Moudenc s’engouffre dans la brèche en dénonçant « un hold-up des appareils partisans ». « Nadia Pellefigue a défendu des positions identiques aux nôtres » souligne le maire de Toulouse. Derrière la jeune vice-présidente du conseil régional, belle-fille de Nicole Belloubet, on devine sans peine l’ombre de Carole Delga. Comme Moudenc en 2019, la présidente (PS) d’Occitanie redoute la concurrence en 2021 d’une liste LREM. Elle pourrait être menée par la ministre de la Justice, ancienne élue socialiste de Toulouse et de la région. Carole Delga doit aussi faire face à l’opposition radicale de trois élus de la galaxie Insoumise, dissidents de ses alliés écologistes.

Moudenc enfonce donc avec volupté le clou planté une semaine auparavant en se faisant filmer par La Dépêche du Midi en compagnie de la présidente de la région Occitanie pour défendre l’interdiction de manifester des Gilets Jaunes au centre de Toulouse réclamé par des petits commerçants excédés. A ses yeux, la poignée d’irréductibles Gilets Jaunes qui persistent à vouloir manifester le samedi en ville « même si Macron ne le veut pas » ne sont que des « Gilets Rouges » infiltrés par l’extrême-gauche. « Je n’ai pas fait Sciences-Po, mais je connais les Toulousains », glisse le maire de Toulouse, persuadé qu’une majorité d’électeurs refuseront de confier les clés de la ville à une poignée d’agitateurs violents. A commencer par les milliers de salariés de l’industrie aéronautique, inquiets pour leurs emplois. « Un secteur d’activité majeur, auquel l’extrême-gauche d’Archipel oppose ne défiance aussi ancienne que tenace », dézingue Jean-Luc Moudenc. Le maire de la ville rose se présente comme le meilleur rempart pour défendre Airbus, mais aussi les LGV défendu en commun avec Carole Delga contre EELV ou son projet de troisième ligne de métro, « le plus écologique de France ».

« Domestiquer » des TGV devenus fous 

C’est l’heure des choix pour Carole Delga : LGV pour Toulouse ou pour le Languedoc-Roussillon et l’Espagne ? Trains régionaux ou trains de banlieues ?

 

Train jaune 2

La (grande) vitesse, c’est dépassé ! C’est en substance le message adressé par le rapport Duron aux élus du grand Sud Ouest qui continuent de réclamer des TGV pour Toulouse et Montpellier, mais aussi Béziers, Narbonne, Perpignan, Dax, Pau ou Bayonne, toutes tendances politiques confondues. Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc (LR, tendance Juppé) et Carole Delga, présidente (PS, tendance Olivier Faure) de la région Occitanie font mine d’être soulagés parce que les projets de nouvelles lignes à grande vitesse Bordeaux-Toulouse ou Montpellier-Perpignan n’ont pas été totalement enterrées sur l’autel des choix budgétaires. Les deux LGV ont juste été rabotées, amputées, retardées par l’inflexible Philippe Duron, ex-député-maire (PS) de Caen.

Priorité à Toulouse contre Montpellier-Perpignan ?

Toulouse ne sera pas à 3 heures de train de Paris avant 2027 (scénario 3 du rapport Duron), voire après 2037, au train où vont les investissements actuels (scénario 1). Soit dans le meilleur des cas trois à quatre nouvelles années de retard par-rapport à une date-butoir sans arrêt repoussée depuis plus d’une décennie. « Dans le scénario 2, un calendrier de réalisation optimisé n’est envisageable que si l’engagement d’autres dépenses est sensiblement décalé, notamment la réalisation de la ligne nouvelle Montpellier-Béziers-Perpignan et le renouvellement du matériel roulant des trains d’équilibre du territoire de la Transversale Sud (Bordeaux-Toulouse-Montpellier-Marseille) », prévient le rapport Duron. C’est le pire des scénariis pour Carole Delga. La jeune présidente de la nouvelle région veut croire qu’il serait possible de financer les deux LGV « en même temps », pour reprendre l’antienne macronienne. Soit une « petite » dizaine de milliards pour la seule Occitanie. Philippe Duron, ancien président de la région Basse Normandie, demande à Carole Delga de faire des choix. Ils seront déchirants.

Pour éviter de trancher entre la nouvelle capitale régionale de l’Occitanie et les « marches » de l’ex-région Languedoc-Roussillon, Carole Delga a tout misé sur des contre-propositions de financement plus ou moins « innovants » : taxer les poids-lourds (Ecotaxe-bis) ou les bureaux construits aux abords des gares, prélever un « versement transport » auprès des entreprises comme le font déjà les grandes villes. La présidente de la région Occitanie entend créer une société ad-hoc pour financer ses deux lignes sur le modèle des futures lignes de métro des JO de Paris. Avec un argument-choc : « Si on a trouvé 25 milliards pour le Grand Paris Express, on doit être capable d’en trouver pour 5 millions d’habitants tenus à l’écart de la grande vitesse ». A la mairie de Toulouse, Jean-Luc Moudenc fait bloc. Le rapport Duron estime qu’il s’agit d’une « piste intéressante » mais la juge plus adaptée « pour le financement de projets d’intérêt local ». En clair, la métropole toulousaine pourrait utiliser la formule pour financer son projet d’une troisième ligne de métro (2 milliards d’ici 2024), mais pas la région pour ses deux LGV.

Pourquoi des LGV tronçonnées ?

En dépit du sondage du groupe de presse régional affirmant que 80% des habitants « plébiscitent » la grande vitesse, la petite musique dissidente des écologistes préférant « les trains du quotidien » à ces travaux « pharaoniques » gagne du terrain. Pourquoi dépenser des milliards pour gagner quelques minutes alors qu’il serait possible de rénover les lignes existantes à moindre coût, demandent en substance les opposants ? Une question reprise par les 16 experts de la « commission Duron ». « Certains membres ont pu s’interroger sur la possibilité de mettre en œuvre d’autres solutions que des lignes nouvelles à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse qui permettraient d’apporter une réponse aussi satisfaisante et peut-être moins coûteuse pour la collectivité », indique le rapport. Carole Delga, mais aussi Alain Rousset en Aquitaine et la SNCF répliquent en expliquant inlassablement qu’il ne faut pas opposer les TGV aux TER : construire de nouvelles lignes permettrait au contraire de multiplier les trains régionaux en libérant des « sillons » sur les lignes actuelles, encombrées par des convois de toute nature (frêt, omnibus, intercités, TGV) et menacées de saturation.

Le rapport Duron prend la présidente de région au mot en proposant de donner la priorité à la résorption des « nœuds ferroviaires » aux abord des métropoles. Il propose de « saucissonner » les deux LGV en commençant par construire des tronçons de lignes nouvelles au sud de Bordeaux et au nord de Toulouse, ainsi qu’à l’ouest de Montpellier en direction de Béziers. Et développer de véritables « RER » autour des métropoles régionales, sur le modèle des trains de banlieue développés par la SNCF il y a 40 ans à Paris. Le rapport cite l’exemple de la ligne Montpellier-Perpignan, qui ne sera pas saturée avant 2030 selon ses calculs. Inutile donc de dépenser immédiatement près de 2 milliards entre Béziers et Perpignan. Mais il pourrait être utile d’engager 950 millions entre Montpellier et Béziers à l’horizon 2028. D’ici-là, Philippe Duron propose de « domestiquer » les TGV sur ce tronçon. « Les mesures de domestication sont des mesures d’exploitation qui visent à faire circuler sur une section de lignes, pendant des périodes déterminées, tous les trains à la même vitesse, indépendamment de leurs statuts (TGV, TER, fret…) », précise le rapport. En clair, on aura des TGV qui rouleront à la même vitesse que les trains de marchandises.

Des trains régionaux (TER) aux trains de banlieue (RER)

A défaut d’aller plus vite, peut-on au moins avoir des trains plus fréquents, toutes les 15 minutes aux heures de pointe ? A ce jour, seul un collectif d’associations toulousaines revendique la mise en place d’un véritable réseau de trains péri-urbains « cadencés » sur trois lignes autour de Toulouse, présenté comme une alternative à la troisième ligne de métro promise par Jean-Luc Moudenc. Trop cher et pas assez efficace, rétorquent les services de la métropole. Carole Delga s’est bien gardée de se mêler à ce débat purement toulousain. La présidente de la région préfère se mobiliser contre la fermeture des lignes desservant les plus zones reculées, comme le folklorique Train Jaune dans les Pyrénées Catalanes, ou développer les « trains à 1 euro » inventés par Christian Bourquin pour remplir les trains les plus désertés.

On cherchera en vain la trace d’un quelconque « RER » dans la future convention que la région doit signer avec la SNCF au mois de mars. A la décharge de Carole Delga, on peut douter que les maires de Béziers ou Montauban soient enchantés à la perspective de multiplier des « trains de banlieue » dans leurs gares respectives. Un TGV, même « domestiqué », c’est quand même plus attrayant pour l’image.

Montpellier : les mannequins connectés de la nouvelle fac de médecine

Montpellier médecine fac

Carole Delga va être surprise. C’est une nouvelle gare que la présidente de région viendra officiellement inaugurer aujoud’hui aux cotés de François Fontès. L’incontournable architecte montpelliérain a dessiné pour la nouvelle faculté de médecine un immense hall d’accueil traversant dont la hauteur sous plafond n’est pas sans rappeler l’intérieur de la gare Saint-Roch. Les 3.600 étudiants ne font que passer dans cette vaste salle vitrée des pas perdus, aussi sonore que lumineuse, avant de s’engouffrer dans l’un des cinq amphithéâtres du rez-de-chaussée ou rejoindre la cafétéria. Le grand escalier qui conduit aux salles de cours dans les étages paraît minuscule dans cette ruche vibrionnante, bruyante et disproportionnée. Des ouvriers s’affairent encore aux dernières finitions de ce bâtiment flambant neuf, recouvert d’inox luisant comme un miroir, qui a coûté plus de 45 millions à la région.

Montpellier médecine

Dans le calme feutré de son bureau de l’ancienne faculté, le doyen Mondain est satisfait à la perspective d’inaugurer enfin un bâtiment ultra-moderne que quatre de ses prédécesseurs ont appelé de leurs vœux. « J’étais interne en 1985 quand l’hôpital Le Peyronie a été ouvert. Mon service qui était encore à l’hôpital Saint-Charles a été le dernier à rejoindre le campus en 1988, on était un peu déconnecté », se souvient le médecin, spécialisé en ORL. A ses yeux, le rapprochement de la faculté avec le CHU était « une évidence ». Mais pas question d’abandonner l’ancien palais épiscopal accolé à la cathédrale pour une faculté qui revendique fièrement sa création par un légat du Pape en 1220. Les étudiants de deuxième et de sixième année continueront de suivre des cours autour de l’ancien cloître. La soutenance des thèses et tous les événements solennels seront toujours célébrés dans les bâtiments historiques de la plus ancienne faculté de médecine de France après Paris.

 » les cours en amphi, c’est fini « 

La construction de la nouvelle faculté ouvre un nouveau chapitre d’une longue histoire. Si la bibliothèque de la faculté conserve des manuscrits rares qui remontent au Moyen-Age derrière les murs de pierre du centre-ville, le béton du nouveau campus se veut en prise directe avec la modernité. Les amphithéâtres sont équipés de caméras, reliées à une régie qui fonctionne comme une chaîne de télévision. Les étudiants peuvent ainsi suivre les cours, diffusés en podcast, en différé. « Les cours en amphi, c’est fini. Nous avons intégré cette évolution de la diffusion du savoir universitaire dès la conception du nouveau bâtiment », dit Michel Mondain. Le doyen de la faculté est toutefois conscient du risque de « déshumanisation » de la transmission des connaissances à l’ère numérique. « Nous mettons l’accent sur la généralisation du tutorat et la pratique clinique. Il est tout de même plus appréciable d’apprendre à exécuter certains geste médicaux sur des mannequins plutôt que sur des patients ».

Montpellier médecine simulation

Bluffant de réalisme, l’un de ces mannequins de nouvelle génération pousse un soupir sur le sol d’une salle de « déchoquage » reconstituée au quatrième étage de la nouvelle faculté. Un autre est installé sur un lit-brancard dans une autre salle. C’est une femme, elle « respire » en faisant légèrement bouger le drap qui la recouvre. Ces mannequins peuvent coûter jusqu’à 150.000 euros. « C’est extra de constater comment le matériel pédagogique a évolué », se félicite Blaise Debien, médecin urgentiste. Directeur du CESU (centre d’enseignement du soin d’urgence), il a déménagé son service, ses mannequins et son ordinateur du CHU pour s’installer dans le nouveau bâtiment de la faculté. De la salle d’accouchement à la chambre du malade, un hôpital fictif a été reconstitué au quatrième étage. Fictif, mais avec tout le matériel authentique qui équipe chacune des salles dite de « simulation ». Ici, étudiants en médecine et futurs infirmiers s’entraînent ensemble à tous les pires scénarios auxquels ils seront bientôt confrontés dans la réalité. « Une première en France », souligne le Blaise Debien.

De la même façon qu’on ne devient pas pilote de ligne uniquement avec des logiciels de simulateurs de vols, on n’apprend pas les gestes qui sauvent en cas d’urgence uniquement sur un écran d’ordinateur. Les nouveaux mannequins « haute-fidélité » du Dr Debien sont équipés du WiFi pour être manipulés à distance par le formateur, mais la technologie ne fait pas tout. « La simulation, ça se joue à 90% lors du débriefing » dit le directeur du CESU. Là aussi, les salles de simulation sont équipées de caméras pour visionner aussitôt le scénario qui a été joué durant l’exercice dans une salle de cours séparée. Il ne s’agit pas de disséquer chaque scène au ralenti, plutôt d’analyser ce qui s’est passé lors d’un dialogue en les apprenants et les formateurs. L’urgentiste « accouche » le ressenti des étudiants, assis en demi-cercle dans son bureau, en compagnie d’une enseignante de l’école d’infirmières. Il n’hésite pas à partager des cas de conscience qui se sont parfois posés à lui lors d’interventions délicate pour aborder les questions éthiques derrière la technique. Ce n’est pas une leçon, il n’y a ni copie, ni crayon. Des tablettes sont toutefois sorties à la fin du cours pour renvoyer à des connaissances et un petit exercice d’évaluation finale. Au fil des ans, le CESU de l’Hérault, né en marge du Samu, a développé ses propres outils pédagogiques. Blaise Debien souhaite désormais partager ses cours, stockés sur son ordinateur, flambant neuf, avec d’autres CHU, facultés de médecine ou instituts de formation para-médicaux, comme ceux de Toulouse. « Nous sommes un laboratoire de recherches pédagogiques », résume l’urgentiste passionné.

Super-région et hyper-présidence

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Carole Delga a le bras long. La jeune présidente (PS) de la nouvelle grande région Occitanie « tire la sonnette d’alarme » des trains régionaux, nous apprend la télévision régionale. Le sujet diffusé lors du JT de la mi-journée s’ouvre bizarrement sur des images d’archives de Carole Delga dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, où elle a retrouvé son siège de député depuis qu’elle a démissionné du gouvernement pour mener la campagne des élections régionales. Au JT du soir, d’autres images montrent enfin la présidente de région dans un train. Mais ce sont encore des archives. Et pour cause : Carole Delga se trouve depuis le début de la semaine… au Japon. Aurait-elle « tiré la sonnette d’alarme » depuis son avion ?

Plus sérieusement, le sujet de la télévision régionale n’était en fait que l’habillage, plus ou moins habile, d’un communiqué de presse diffusé la veille par le service presse de la région. Les TER sont un sujet important pour toute l’Occitanie. Il est parfaitement légitime que la présidente s’agace des retards à répétition (un TER sur 5 fin novembre), des rames en panne et d’autres désagréments à répétition subis par les usagers, qui sont aussi les électeurs de Carole Delga.

Mais quelle urgence impose de signer un courrier courroucé au directeur régional de la SNCF depuis Tokyo pour évoquer la ligne de Latour-de-Carol ? Et pourquoi la télévision régionale choisit-elle des images conservées « au frigo » pour illustrer ce sujet faussement brûlant et tristement récurrent ? Etait-il inimaginable de donner la parole par exemple à Jean-Luc Gibelin, vice-président (PCF) « en charge des mobilités et des infrastructures de transports » à la région ?

Cet élu du Gard était pourtant présent, lundi 5 décembre à Toulouse pour représenter Carole Delga aux cotés du préfet et d’un cadre régional de la SNCF lors de l’inauguration d’un nouveau quai de la gare Matabiau. Là encore, le communiqué de presse de la région dote sa présidente, absente, d’un surprenant super-pouvoir de ventriloque. «  Au total, depuis 2009, nous avons consacré une enveloppe de plus de 8 M d’euros à la modernisation de la gare Matabiau. Demain, nous irons encore plus loin dans l’amélioration de l’offre TER. C’est ce que je dévoilerai lors de la restitution des Etats généraux du rail et de l’intermodalité, le 14 décembre », aurait (télé)déclaré Carole Delga, pourtant alors à 10.239 kilomètres de là. M Gibelin, lui, est resté -officiellement et médiatiquement- muet. Parce qu’il n’a rien à dire ?

Hollande : l’état (du canal) c’est moi

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François Hollande n’est pas Louis XIV. « L’Etat, c’est moi », aurait dit le Roi Soleil, qui décréta la construction du canal royal du Languedoc en octobre 1666. Samedi, à Castelnaudary, on avait envie d’ajouter cette apostrophe tout aussi apocryphe à son lointain successeur  : le (mauvais) état du canal du midi, c’est lui aussi.

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Trois cent cinquante ans après la signature de l’édit de Saint-Germain, exceptionnellement sorti des archives du canal du midi à Toulouse pour être exposé au bord du grand bassin chaurien le temps de la visite présidentielle, le canal – qui n’est plus royal – demeure la propriété de l’Etat républicain. canal-edit-de-saint-germain

Mais comme sous Louis XIV, les caisses du royaume sont vides et les présidents qui se succèdent désormais au palais de l’Elysée plutôt qu’au château de Versailles n’ont pas les moyens financiers de son bon entretien. François Hollande aujourd’hui, pas plus que Nicolas Sarkozy hier ou le prochain « monarque républicain » désigné en 2017, ne peuvent pas même compter sur la cassette personnelle d’un riche collecteur d’impôts pour faire l’avance des travaux, comme Pierre-Paul Riquet en son temps. La Lyonnaise des Eaux et Veolia, spécialiste des concessions, avaient un moment témoigné des « marques d’intérêt », comme on dit dans le jargon des marchés. Mais l’hypothèse ne semble plus d’actualité.

le roi est nu

Depuis qu’un champignon décime les platanes du canal, on sait que le roi est nu. Le montant prévisionnel des travaux pour couper des milliers d’arbres centenaires, en planter de nouveaux et consolider les berges qui risquent de s’effondrer, a encore augmenté. Des 100 millions initiaux, il atteint désormais les 230 millions d’euros. L’Etat, propriétaire de l’ouvrage, dit et répète qu’il n’a pas les moyens de régler seul la facture. François Hollande a préféré ne même pas évoquer ces chiffres qui fâchent à Castelnaudary. C’est le boulot des nouveaux Colbert de Berçy ; ou de Ségolène Royal à la rigueur à l’Environnement. Pas du président….

Depuis François Fillon, tous les gouvernements qui se sont succédé à Matignon tendent la main aux collectivités locales pour tenter de partager une partie du budget . A commencer par les régions. A l’époque, Georges Frêche et Christian Bourquin en Languedoc-Roussillon étaient résolument contre, alors que Martin Malvy se montrait plus conciliant en Midi-Pyrénées. Carole Delga, nouvelle présidente des anciens « états du Languedoc » ressuscités par les nouvelles lois de décentralisation, vient finalement de dire banco. Mais pour 40 millions seulement. A répartir sur 5 ans. Soit 8 millions par an, la moitié de la somme dépensée chaque année dans la seule région Languedoc-Roussillon pour offrir un ordinateur à chaque lycéen (même s’il en a déjà un, ou ses parents largement les moyens d’en acheter un plus récent).

le classement des abords repoussé en 2017

En échange, la présidente (PS) de la grande région Occitanie a obtenu un répit de six mois pour le classement des abords du canal. Les élus locaux de la région ont beau dire qu’il faut protéger le canal, ils ne veulent aucune contrainte qui limiteraient leur pouvoir, y compris de faire ou laisser faire n’importe quoi à 500 mètres de ces berges historiques, classées depuis 20 ans au patrimoine mondial par l’Unesco. La « jacquerie » des élus ruraux a gagné. Le préfet de l’Aude va devoir faire subir un classement radicalement « vertical » à sa proposition de classer l’intégralité des 241 kms du canal aux Monuments historiques. Son plan, qui devait rester confidentiel, mérite de rejoindre l’édit de Saint-Germain aux archives du canal.

A la place, le parlement a voté une nouvelle loi qui permet désormais de planter des éoliennes jusqu’à 10 kilomètres « en visibilité » d’un site classé au patrimoine mondial, sans même demander leur avis aux architectes des bâtiments de France. C’est l’Unesco qui va être ravi d’apprendre que l’Etat protège si bien le canal du midi  !