Oui au Pays catalan, ou non à l’Occitanie ?

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Les Catalans défilent contre Madrid au sud, contre Toulouse au nord

L’Occitanie a réveillé les vieux démons autonomistes catalans à Perpignan. Près de 10.000 personnes ont manifesté samedi dans la préfecture des Pyrénées-Orientales pour réclamer la reconnaissance du « pays catalan ». Les manifestants dénoncent « une annexion » depuis le vote du nouveau nom de la région, issue de la fusion du Languedoc-Roussillon avec Midi-Pyrénées. Le ressentiment contre Carole Delga, présidente (PS) du nouveau conseil régional, semble encore plus puissant que contre le projet avorté de « Septimanie » de Georges Frêche en 2005. A l’époque, 5.000 personnes étaient descendues dans la rue, contraignant le turbulent maire socialiste de Montpellier, qui venait de s’emparer de la région, à jeter son éponge latiniste face à la bronca populaire.

Ce nouvel abcès de fièvre catalane est pourtant sans aucune commune mesure avec la situation de l’autre coté de la frontière. A Barcelone, même la bourgeoisie commerçante, traditionnellement centriste et catholique, est entrée en guerre ouverte contre Madrid depuis la crise économique et financière de 2008. Les autonomistes catalans du sud, jusqu’alors satisfaits des pouvoirs concédés à leur puissante région, réclament désormais l’indépendance. Des centaines de milliers de personnes sont une nouvelle fois attendues dans les rues des principales villes de la région en ce dimanche de « Diada », la « fête nationale » catalane.

La manifestation de samedi à Perpignan était davantage dirigée contre Toulouse que contre Paris ou pour Barcelone. Les catalanistes les plus enragés se demandent pourquoi Manuel Valls, né à Barcelone et qui parle la même langue qu’eux, n’a pas déjà censuré la présidente socialiste d’Occitanie. Ils annoncent vouloir déposer un recours devant le Conseil d’Etat si les magistrats de la plus haute juridiction française valident officiellement le nouveau nom de la région. On voit mal, toutefois, des conseillers d’Etat déjuger leurs collègues, dans l’hypothèse ou le nom « Occitanie » serait validé. La décision des juges est attendue le 1er octobre, au plus tard.

le ciment du nom

L’agitation catalane apparaît, coté français, comme un jeu de poker-menteur. De droite comme de gauche, les plus jacobins des élus sont descendus dans la rue en se découvrant subitement « catalans ». Même le représentant de Debout la France, le parti de Nicolas Dupont-Aignan, appelait à manifester contre Carole Delga et l’hégémonie supposée des « Occitans ». Quelques militants occitanistes, pourtant alliés avec le PS lors de la campagne des élections régionales, étaient également dans le cortège, par solidarité avec leurs cousins « régionalistes ». Le « non » au nouveau nom de la région sert de ciment à une opposition profondément divisée.

Indépendantistes, autonomistes, départementalistes ou régionalistes : on trouve de tout dans les nouvelles galeries catalanes ! La présidente (PS) des Pyrénées-Orientales figurait ainsi dans les rangs des opposants à son homologue socialiste de la région, au même titre que le maire (LR) de Perpignan. Les deux élus, qui se disputent le leadership de la contestation, ont cependant défilé séparément. Emeline Malherbe, qui a succédé à Christian Bourquin à la tête du conseil général quand ce dernier a remplacé Georges Frêche à Montpellier, redoute avant tout la disparition du département. Président de la communauté d’agglomération Perpignan Méditerranée, Jean-Marc Pujol imagine au contraire de réunir la plupart des 226 communes du département dans l’orbite de son agglomération.

Les divisons entre élus locaux sont tellement nombreuses que le scénario d’un regroupement de toutes les communes au sein d’un « pays catalan », inspiré de l’exemple en cours au Pays Basque français, apparaît inaccessible. Brice Lafontaine, adjoint du maire de Perpignan aux affaires catalanes, préfère prendre exemple sur la Corse. A la tête d’une petite formation autonomiste (Unitat catalana) à l’origine de la manifestation de samedi, le jeune homme réclame la création d’une nouvelle région pour les Catalans. Des musiciens locaux également fait un tabac cet été en réclamant un « Occexit » sur YouTube. Seul le FN a brillé par son absence. Louis Aliot, qui brigue la mairie de Perpignan après avoir échoué à s’emparer de la région, s’est abstenu de tout commentaire dans la surenchère identitaire que se livrent le PS et la droite locale.

Très chers ordinateurs gratuits

 

Delga rentrée

La rentrée scolaire n’est pas totalement harmonisée entre Toulouse et Montpellier. La présidente (PS) de la nouvelle région Occitanie ne sait pas encore si elle maintiendra en 2017 le cadeau de Christian Bourquin aux lycéens de l’ex-région Languedoc-Roussillon. Le successeur de Georges Frêche avait décidé en 2011 d’offrir un ordinateur portable à tous les élèves entrant en seconde. Une prodigalité que ne partageait pas totalement son homologue socialiste de Midi-Pyrénées. Martin Malvy préférait réserver l’aide directe de la région aux familles qui ont du mal à acheter des ordinateurs aux lycéens, ou aux apprentis.

Contrainte de choisir entre Lordi de l’un et l’Ordilib de l’autre, Carole Delga botte en touche. Elle a invoqué lors de sa conférence de presse de rentrée des « délais réglementaires » pour ne ne trancher, renvoyant la décision finale au vote des nouveaux élus régionaux qui devront étudier la question en commissions.

socialiste ou populiste ?

Derrière cette question en apparence technique, les socialistes (et les autres) vont en réalité devoir choisir entre le populisme et la social-démocratie. Le « cadeau » hérité de feu-Bourquin coûte cher à la collectivité. En 2015, la région Languedoc-Roussillon avait dépensé 14,5 millions pour équiper 32.200 lycéens. L’Ordilib de Malvy est plus économe : 4 millions pour 10.600 bénéficiaires. Les aides en Midi-Pyrénées variaient de 25 à 400 euros selon le quotient familial.

L’ancien secrétaire d’Etat au budget était-il plus « radin » que Bourquin ? Ou plus « malin » ? Lordi qui faisait la fierté de l’ancien président de Languedoc-Roussillon, au même titre que ses bus et ses trains « à 1 euro », a été victime d’un gros « bug » social quand la presse locale a révélé que les machines de la région se retrouvaient en vente sur Le Bon Coin. Pour tenter d’éviter ce dévoiement populaire, la région offre des machines dernier cri : des ordinateurs convertibles en tablettes. La politique régionale doit-elle vraiment trancher entre l’iPad, Samsung ou Microsoft ?

A total, la distribution d’ordinateurs aux lycéens de la région est estimé à 18,5 millions d’euros. Un chiffre à rapprocher d’un autre, révélé par Carole Delga lors de sa conférence de presse. La construction d’un nouveau lycée coûte en moyenne 40 millions. La nouvelle région, qui inaugure aujourd’hui deux nouveaux établissements à Villefranche-de-Lauragais (31) et Lézignan-Corbières (11), a prévu d’en construire dix d’ici 2020-2022. Dont trois en Languedoc-Roussillon. Ce qui pose une question simple : combien de nouveaux lycées Christian Bourquin aurait-il pu construire s’il avait été plus « malvyste » que fréchiste ?