Festivals : le rapport de Pierre Cohen enterré rue de Valois ?

Pierre Cohen

Tout va trop bien, Madame la marquise ? Alors que la soirée d’ouverture du festival Rio Loco a été annulée par un commando d’intermittents du spectacle et d’opposants à la loi Travail, Pierre Cohen s’est finalement décidé à rendre public le rapport que lui avait commandé le ministère de la Culture en juin 2015. L’ancien maire (PS) de Toulouse avait été missionné par Fleur Pellerin, alors en poste rue de Valois, pour prendre le pouls des festivals en France.

Première surprise : le secteur n’est (presque) pas en crise, selon le rapport Cohen. Contrairement aux données alarmistes publiées sur Internet et abondamment reprises et commentées dans la presse et les réseaux sociaux, la baisse des crédits qui a affecté le monde de la culture n’aurait pas provoqué l’hécatombe annoncée. cartocrise

Si de nombreux festivals ont bel et bien disparu en 2014 et 2015, d’autres ont été créés. Plus nombreux, à en croire les chiffres du ministère de la Culture. Le rapport Cohen dénombre ainsi 109 nouveaux festivals dans le domaine des « musiques actuelles », contre 92 disparitions. La conclusion, qui peut paraître paradoxale, ne surprendra pas les observateurs attentifs qui avaient pu noter que dès le départ, Pierre Cohen ne souhaitait pas se focaliser sur les aspects financiers de sa mission.
L’ancien maire de Toulouse cite dans son rapport l’exemple d’un festival d’Auterive (Haute-Garonne) qui a réussi à se « délocaliser » dans trois autres communes du département après avoir été « évincé » pour des raisons non-élucidées. Pierre Cohen se garde bien toutefois de citer le cas hautement sensible politiquement du festival de chanson Alors Chante de Montauban (Tarn-et-Garonne), finalement « ressuscité » à Castelsarrasin. De manière générale, il évite d’évoquer les festivals de la région, à l’exception notable de Marciac (Gers). « Exemplaire » aux yeux du rapport Cohen, le festival de jazz a toutefois été épinglé l’an dernier par les magistrats de la chambre régionale des comptes.

dérives économiques et incertitudes politiques

Pierre Cohen se montre davantage intéressé par la « dynamique territoriale structurante » des festivals. Marciac constitue depuis bientôt quarante ans l’un des meilleurs exemples en la matière. L’ancien élu de Toulouse ne dit rien, en revanche, de ces festivals « hors sols » qui sont capables de passer d’une ville ou d’une région à l’autre, à la recherche de public… et de subventions. La ville offre pourtant quelques cas concrets pour illustrer le phénomène. Le rapporteur préfère s’inquiéter des « risques de dérives économiques » avec la part croissante prise dans les budgets par certains prestataires sous-traitants, notamment pour la billetterie ou la sécurité. Il s’interroge enfin sur les « incertitudes politiques des réformes territoriales ». En clair : est-ce aux communes, aux départements ou aux régions de s’impliquer dans le financement de ces « évènements » qui pèsent aussi un poids économique non négligeable ?

avis de recherche Cohen
L’ancien-maire de Toulouse ne répond pas franchement à la question. Le ministère s’en charge à sa place en soulignant qu’il finance globalement moins les festivals que les villes, mais plus que les régions. Au passage, la rue de Valois reconnaît avoir sensiblement concentré son aide sur quelques grosses machines en France : 148 festivals en 2013, contre 376 en 2002. Rédigé fin 2015, le rapport Cohen s’est poursuivi par de nombreuses tables-rondes à Paris avec des professionnels et des universitaires entre janvier et février 2016. Mais le dernier remaniement ministériel semble lui avoir porté un coup fatal. « Depuis deux mois, le rapport est à la disposition de la nouvelle Ministre Audrey Azoulay. A ce jour, je n’ai pas encore de réponse de son cabinet. Je le regrette, mais je souhaite tout de même aujourd’hui faire un retour aux acteurs qui ont accepté de participer à cette mission et qui ont contribué à cette réflexion collective » , écrit Pierre Cohen pour justifier de sa publication.

Jean Dieuzaide retrouvera « son » Château d’eau en 2018

Chateau d'eau

C’est l’épilogue d’un long feuilleton qui aura duré dix ans. Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc (LR), annonce que la ville va « aménager » la galerie municipale du Château d’eau et ses abords pour y installer la collection de Jean Dieuzaide. Ce retour aux sources est une demi-surprise. La ville pensait initialement ouvrir ces archives au public dans l’ancien conservatoire occitan, à quelques centaines de mètres de là. Mais le bâtiment a finalement servi pour installer le nouveau centre de supervision des caméras de vidéosurveillance de la ville.
La petite tour de briques qui s’élève au bout du pont Neuf a été transformée en espace d’exposition dédié à la photographie en 1974 par Jean Dieuzaide. Mais les archives personnelles du photographe, décédé en 2003, restaient stockés à son domicile et dans l’atelier attenant, aménagé dans un pavillon d’un quartier résidentiel de la ville. Elles contiennent les centaines de milliers de photographies prises durant sa carrière ainsi que les tirages offerts par les plus grands photographes, français ou étrangers. Dès 2008, alors que la ville de Toulouse était candidate au titre de capitale européenne de la culture, M Moudenc faisait voter par le conseil municipal le principe d’un lieu entièrement dédié à la mémoire de son illustre photographe. Il est resté dans les cartons de la nouvelle municipalité socialiste.

La famille Dieuzaide consent un rabais

« Le projet est resté en jachère pour des raisons inavouables », élude Michel Dieuzaide. Le fils du photographe, qui avait brièvement succédé à son père à la tête du Château d’Eau avant d’en être écarté, ne souhaite pas polémiquer. Sa mère, Jacqueline, est plus prolixe. A 91 ans, bon pied, bon oeil, la veuve du photographe explique qu’elle ne souhaitait à aucun prix laisser les documents sur lesquelles elle veille jalousement depuis toujours entre les mains du directeur des archives municipales. François Bordes a finalement été nommé à Paris par le ministère de la Culture en mars dernier. Les négatifs de Jean Dieuzaide pourront donc rejoindre l’ancienne usine de pompage de Périole qui abrite les archives de la ville, alors que les tirages seront exposés au Château d’eau.
Les livres de la bibliothèque du photographe devraient également rejoindre le petit centre de documentation inauguré sous une arche du pont Neuf par Jean Dieuzaide lui-même. L’extension annoncée devrait concerner les deux arches voisines, selon les explications sommaires de Francis Grass. L’adjoint à la Culture n’a livré aucun chiffre sur le projet, se contentant d’évoquer une ouverture « à l’horizon 2018 ». La famille Dieuzaide a consenti un rabais à la municipalité Moudenc. Alors qu’elle réclamait 600.000 euros, soit 10% du prix de la collection estimée à plus de 6 millions d’euros par des experts, l’accord notarié qui sera soumis au prochain conseil municipal ne porte plus que sur la somme de 450.000 euros.