La radicalisation des Insoumis(e)s

meeting JLM

Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon vont-ils rejoindre, à Toulouse, la poignée de militants de Nuit Debout qui ont refait surface sur la place du Capitole, dimanche dernier, pour tenir l’un de ces « bureaux d’abstention » qui se proposait de « donner la parole » aux votes blancs et à tous ceux qui en toute bonne conscience politique, refusent de glisser un bulletin dans l’urne ? Plus de 56.600 électeurs ont voté pour le candidat de la France Insoumise dans la « ville rose ». Une semaine plus tôt, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon affirmait avoir réuni 70.000 personnes venues de toute au bord de la Garonne pour un pique-nique géant.

« Mes enfants m’ont dit que c’était bourré de jeunes, je me suis dit que c’était l’avenir, qu’il y avait encore une gauche en France » raconte Pablo, 49 ans. Membre du parti communiste, il n’a pas assisté au meeting, mais a fini par se résoudre à glisser un bulletin Mélenchon dans l’urne. Il confie aujourd’hui « ne pas comprendre le silence » du candidat face au score du Front National. « En 2002, il y a eu un sursaut général quand Le Pen s’est qualifié pour le deuxième tour. Aujourd’hui, ça devient banal et ça me gonfle ». Une manifestation à l’appel de SOS Racisme a réuni une petite soixantaine de personnes, lundi place du Capitole. On est loin des foules manifestant en 2002 dans les rues de la ville après l’élimination surprise de Lionel Jospin. L’épouse de Pablo est tout aussi effarée. « Est-ce que c’est parce qu’on se sent protégés à Toulouse » se demande Nicole, faisant référence au score relativement faible de Marine Le Pen ici (6,77%) par-rapport au reste du pays ? Le couple avoue avoir fort à faire pour convaincre leurs enfants de faire barrage au FN dans les urnes, le 7 mai prochain. « Mon fils veut partir en rando », maugrée Pablo, qui se dit prêt à reprendre ses gants Mappa et sa pince à linge pour aller voter Macron, comme il le fit jadis pour Jacques Chirac.

Ni Le Pen, ni Macron

Sur les réseaux sociaux, les électeurs de la France Insoumise se déchaînent contre Emmanuel Macron. « Appeler à voter Macron, c’est appeler à voter Macdo » tranche Francis, qui vit dans l’Ariège, où Jean-Luc Mélenchon est aussi arrivé en tête au premier tour. A Colomiers, dans la banlieue toulousaine qui abrite les usines d’Airbus, Alain Refalo théorise son refus de choisir entre les deux candidats restés en lice. « Les électeurs de la France insoumise ne sont pas concernés par le second tour. Sont concernés les électeurs de Hamon et de Fillon, dont les partis sont responsables de la montée de l’extrême droite et qui veulent jouer au « front républicain ». Si le FN est une menace pour la démocratie dans les urnes, pourquoi ce parti est-il légal et peut se présenter aux élections ? » demande cet instituteur qui pratiquait déjà l’insoumission du temps de Nicolas Sarkozy .

Mettre Emmanuel Macron, présenté comme « le candidat du Medef » ou « de Rotschild », dans le même sac que Marine Le Pen ne choque pas nombre d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Les critiques de la droite contre « Emmanuel Hollande » ont fait mouche à la gauche de la gauche. « Une classe quasi invisible qui détient le pouvoir dans de très nombreux domaines ont préparé minutieusement ce qu’il faut bien appeler un coup d’État pour pérenniser, coûte que coûte, la politique engagée par Hollande », affirme Sandrine. Habitante d’une petite ville du Gers, elle appelle les habitants à réunir localement la Constituante promise par le candidat de la France Insoumise. La révolution, c’est maintenant !

Dans ce contexte de négation du verdict des urnes, les appels à descendre dans la rue se multiplient. Un collectif anonyme baptisé « on vaut mieux que ça » appelait à manifester dès jeudi avec ce slogan : « Ni Le Pen, Ni Macron ». Mais contrairement à Rennes, où plusieurs milliers de personnes seraient attendues, la manifestation toulousaine a été reportée de 24 heures. C’est surtout la manifestation du 1er mai, encadrée par les syndicats traditionnels, qui s’annonce comme le véritable test de la mobilisation de l’entre-deux tours. « Nous ne pouvons pas faire le choix entre le pire et le moins pire », affirme le texte de l’appel à manifester signé par la CGT, Solidaires et la FSU. En 2002, le défilé avait rassemblé entre 45.000 et 70.000 personnes, selon la police ou les organisateurs, pour l’une des manifestations-monstres de l’histoire de Toulouse.

Les abstentionnistes, vainqueurs du premier tour ?

Le « parti des pêcheurs à la ligne » progresse dans les campagnes et l’emporte dans les métropoles

Jour Debout

En dépit d’un « match à quatre » qui s’annonçait serré, les instituts de sondage ont pronostiqué dès 20h un deuxième tour Macron/Le Pen pour le 7 mai. Mais les premiers résultats définitifs de la soirée ont fugitivement dessiné d’autres duels possibles selon les départements. Comment vont réagir les électeurs lotois, qui auraient préféré un match Macron/Mélenchon ? Ou les Lozériens, qui auraient voulu opposer François Fillon à l’ancien ministre de l’économie de François Hollande ?

Dans les dix départements à dominante rurale de la région Occitanie qui avaient terminé le dépouillement des bulletins de vote avant minuit, seul le Tarn avait retenu la combinaison gagnante au niveau national (avec un ballotage légèrement favorable à la candidate du FN sur le leader d’En Marche). Partout ailleurs, toutes les autres combinaisons étaient possibles. Emmanuel Macron bascule en tête dans quatre départements (Aveyron, Gers, Lot, Hautes-Pyrénées), Marine Le Pen dans quatre autres (Aude, Pyrénées Orientales, Tarn, Tarn-et-Garonne).

A la vérité, c’est un troisième larron qui rafle la mise en Occitanie : le parti des « pêcheurs à la ligne ». Les abstentionnistes pèsent entre 15% (Gers) et 21% (Pyrénées Orientales) des électeurs inscrits. Le phénomène enregistre une hausse moyenne de 2 à 3 points par-rapport au premier tour de l’élection présidentielle de 2012. Les suffrages non-exprimés sont parfois plus nombreux que ceux qui se sont portés sur le candidat arrivé en deuxième position. Si les scores étaient exprimés par rapport aux électeurs inscrits, il faudrait qualifier le « parti des pêcheurs à la ligne » dans cinq départements sur dix (Aude, Ariège, Hautes-Pyrénées, Pyrénées Orientales, Tarn-et-Garonne). Les Ariégeois auraient qualifié le seul Jean-Luc Mélenchon, alors que les Audois, les Catalans et les habitants du Tarn-et-Garonne se seraient contentés du FN.

Les urbains ont été encore plus nombreux à bouder les urnes. Avec respectivement 26,52% des inscrits à Toulouse qu’aucun scrutateur n’a vu passer dans les bureaux de vote et 25,04% à Montpellier, les abstentionnistes apparaissent comme les grands vainqueurs de ce premier tour,. Ils sont loin devant les partisans de Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, les deux candidats préférés des citadins qui prennent encore le temps d’aller voter. Dans la « ville rose », où le candidat du PS chute à 10% des suffrages exprimés (7,48% des inscrits), l’abstention a fait un bond de cinq points en cinq ans. La seule satisfaction des derniers des Mohicans du PS de François Mitterrand aura été de rester devant le FN (6,77% des inscrits) à Toulouse… mais pas à Montpellier.

Le Foll : un socialiste (ne) devrait (pas) dire ça

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«  Je vous ai amené le temps breton ». Un gros orage vient de s’abattre sur Toulouse quand la haute stature de Stéphane Le Foll fait son apparition à la fédération du parti socialiste de la Haute-Garonne. Le ministre de l’Agriculture, qui a passé la journée avec la présidente de région Carole Delga, termine sa visite par une séquence de re-mobilisation militante. Un peu moins de 200 personnes ont fait le déplacement pour échanger avec le plus fidèle des « hollandais » du PS et du gouvernement. « Il ferait mieux de s’occuper de la détresse de nos agriculteurs plutôt que de venir, aux frais du contribuable, pour faire campagne pour le parti socialiste », a réagit aussi sec France Jamet, présidente des élus FN de la région Occitanie.

Stéphane Le Foll n’en a cure. L’extrême-droite, c’est son épouvantail préféré. Comme Carole Delga, autre soutien indéfectible au couple Hollande-Valls à qui elle doit tant, il compte bien jouer sur la crainte de voir le FN remporter le prochain scrutin pour l’emporter sur le fil. Sauf que l’Occitanie de Delga n’est ni la France de Hollande, ni même la Haute-Garonne de Vincini. Le jeune premier secrétaire n’ignore pas que sa fédération départementale, passée sous la barre des 4.000 adhérents, penche plus à gauche et préfère Martine Aubry ou Arnaud Montebourg au président de la République et son premier ministre. En clair, Le Foll ne débarquait pas en terrain conquis dans la ville rose.

Le Foll snobé par le journal de Baylet

A l’exception de Kader Arif, autre hollandais « historique » et ancien patron de la fédération, aucun ténor socialiste du département n’a fait le déplacement, rue Lejeune. Georges Méric, le patron du département qui s’est publiquement démarqué de Hollande, comme Pierre Cohen, qui vient d’ajouter la privatisation de l’aéroport à la liste déjà lourde (déchéance de la nationalité, loi El-Khomry) des « fautes politiques » de l’Elysée (et Matignon), sont restés à la maison. Même le quotidien régional a « snobé » Le Foll au PS. Après avoir vainement attendu pendant 30 minutes un rédacteur du quotidien de Jean-Michel Baylet, Sébastien Vincini a dû se résoudre à lancer une conférence pour… un seul journaliste. Heureusement que la télévision régionale, plus attentionnée, avait dépêché une caméra et un car-régie pour une interview en direct au JT du soir !

« On a besoin de s’expliquer, on a trop tendance à penser que les débats sont entre-nous », plaide Stéphane Le Foll, visiblement fatigué des critiques et des piques internes au PS. Pour autant, la réunion avec les militants restera fermée à la presse. Avant de « laver le linge-sale en famille », l’ex-porte-flingue de François Hollande a défendu vaillamment la loi Travail et tenté de refaire l’unité en dénonçant les attaques contre les locaux du parti ou des permanences parlementaires. Il en appelle à « la gauche qui assume les responsabilités », mais refuse de dire s’il soutiendra Manuel Valls en cas de défection de François Hollande. « Je suis loyal, le président dira en décembre s’il sera candidat, je ne veux pas ajouter à la cacophonie ».

« DSK avait des problèmes avec sa queue, Hollande a des problèmes avec sa langue »

A guichets fermés, Stéphane le Foll a bien entendu été questionné par les militants sur les effets ravageurs du dernier livre d’entretien de François Hollande avec des journalistes. « DSK avait des problèmes avec sa queue, Hollande a des problèmes avec sa langue », résume crûment un participant. L’ancien bras droit de l’actuel président lorsqu’ils étaient rue de Solférino résume en substance le bréviaire du parfait militant à l’usage de tous les élus qui critiquent le président : un socialiste ne devrait pas dire ça.

A l’abri de la pluie, des piles du nouveau tract du PS attendent d’être distribués par les militants. En quatre pages présentées sous la couverture d’un hebdo à sensations, ces « révélations sur le quinquennat Hollande » s’efforcent d’argumenter le vrai du faux en distinguant la droite et la gauche, synonyme de « progrès ». Voila ce qu’il faut dire !

Oui au Pays catalan, ou non à l’Occitanie ?

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Les Catalans défilent contre Madrid au sud, contre Toulouse au nord

L’Occitanie a réveillé les vieux démons autonomistes catalans à Perpignan. Près de 10.000 personnes ont manifesté samedi dans la préfecture des Pyrénées-Orientales pour réclamer la reconnaissance du « pays catalan ». Les manifestants dénoncent « une annexion » depuis le vote du nouveau nom de la région, issue de la fusion du Languedoc-Roussillon avec Midi-Pyrénées. Le ressentiment contre Carole Delga, présidente (PS) du nouveau conseil régional, semble encore plus puissant que contre le projet avorté de « Septimanie » de Georges Frêche en 2005. A l’époque, 5.000 personnes étaient descendues dans la rue, contraignant le turbulent maire socialiste de Montpellier, qui venait de s’emparer de la région, à jeter son éponge latiniste face à la bronca populaire.

Ce nouvel abcès de fièvre catalane est pourtant sans aucune commune mesure avec la situation de l’autre coté de la frontière. A Barcelone, même la bourgeoisie commerçante, traditionnellement centriste et catholique, est entrée en guerre ouverte contre Madrid depuis la crise économique et financière de 2008. Les autonomistes catalans du sud, jusqu’alors satisfaits des pouvoirs concédés à leur puissante région, réclament désormais l’indépendance. Des centaines de milliers de personnes sont une nouvelle fois attendues dans les rues des principales villes de la région en ce dimanche de « Diada », la « fête nationale » catalane.

La manifestation de samedi à Perpignan était davantage dirigée contre Toulouse que contre Paris ou pour Barcelone. Les catalanistes les plus enragés se demandent pourquoi Manuel Valls, né à Barcelone et qui parle la même langue qu’eux, n’a pas déjà censuré la présidente socialiste d’Occitanie. Ils annoncent vouloir déposer un recours devant le Conseil d’Etat si les magistrats de la plus haute juridiction française valident officiellement le nouveau nom de la région. On voit mal, toutefois, des conseillers d’Etat déjuger leurs collègues, dans l’hypothèse ou le nom « Occitanie » serait validé. La décision des juges est attendue le 1er octobre, au plus tard.

le ciment du nom

L’agitation catalane apparaît, coté français, comme un jeu de poker-menteur. De droite comme de gauche, les plus jacobins des élus sont descendus dans la rue en se découvrant subitement « catalans ». Même le représentant de Debout la France, le parti de Nicolas Dupont-Aignan, appelait à manifester contre Carole Delga et l’hégémonie supposée des « Occitans ». Quelques militants occitanistes, pourtant alliés avec le PS lors de la campagne des élections régionales, étaient également dans le cortège, par solidarité avec leurs cousins « régionalistes ». Le « non » au nouveau nom de la région sert de ciment à une opposition profondément divisée.

Indépendantistes, autonomistes, départementalistes ou régionalistes : on trouve de tout dans les nouvelles galeries catalanes ! La présidente (PS) des Pyrénées-Orientales figurait ainsi dans les rangs des opposants à son homologue socialiste de la région, au même titre que le maire (LR) de Perpignan. Les deux élus, qui se disputent le leadership de la contestation, ont cependant défilé séparément. Emeline Malherbe, qui a succédé à Christian Bourquin à la tête du conseil général quand ce dernier a remplacé Georges Frêche à Montpellier, redoute avant tout la disparition du département. Président de la communauté d’agglomération Perpignan Méditerranée, Jean-Marc Pujol imagine au contraire de réunir la plupart des 226 communes du département dans l’orbite de son agglomération.

Les divisons entre élus locaux sont tellement nombreuses que le scénario d’un regroupement de toutes les communes au sein d’un « pays catalan », inspiré de l’exemple en cours au Pays Basque français, apparaît inaccessible. Brice Lafontaine, adjoint du maire de Perpignan aux affaires catalanes, préfère prendre exemple sur la Corse. A la tête d’une petite formation autonomiste (Unitat catalana) à l’origine de la manifestation de samedi, le jeune homme réclame la création d’une nouvelle région pour les Catalans. Des musiciens locaux également fait un tabac cet été en réclamant un « Occexit » sur YouTube. Seul le FN a brillé par son absence. Louis Aliot, qui brigue la mairie de Perpignan après avoir échoué à s’emparer de la région, s’est abstenu de tout commentaire dans la surenchère identitaire que se livrent le PS et la droite locale.

#leNomdeMaRegion est-il le votre ?

Tous Occitans

Les lycéens de la région sont davantage écoutés que Dominique Reynié. Prof à Sciences-Po Paris, l’ancien chef de file de la droite et du centre aux dernières élections a été déchu de son mandat de conseiller régional par le Conseil d’Etat le 26 mai dernier. Quelques jours plus tôt, Carole Delga lançait la consultation sur le futur nom de la région. Originalité de ce vrai-faux référendum : les jeunes pouvaient y participer dès l’âge de 15 ans, tout comme les étrangers résidents dans la région et les « expatriés » de la diaspora régionale. Au total, 204.000 personnes ont pu exprimer leur avis, en classant les cinq propositions retenues par ordre de préférence décroissant. Dominique Reynié, lui, a préféré s’abstenir. Dommage.

« Je veux que l’occitan devienne langue officielle de la région. Comme le catalan », n’avait pas hésité à déclarer le candidat du parti de Nicolas Sarkozy lors de sa campagne électorale. A en juger par la bronca de ses anciens colistiers à l’annonce des résultats propulsant l’Occitanie en tête des suffrages, on comprend mieux que la plainte qui visait l’inéligibilité de Dominique Reynié émanait de son propre camp. L’opposition n’a certes pas tort de souligner la relative faiblesse de la participation à la consultation, puisque ses promoteurs les plus optimistes en attendaient deux fois plus. Mais elle s’aventure sur le terrain glissant du populisme que son ancien chef de file a toujours dénoncé en ramenant ce chiffre au coût annoncé de l’opération (500.000 euros).

Après s’être auto-décapitée, la droite se condamne à bégayer les critiques du Front National. En oubliant au passage que les 204.000 personnes qui ont pris la peine de donner leur avis sur le nom de la région pèsent tout de même deux fois plus que les électeurs de la liste du maire (DVG) de Montpellier et du sénateur-maire (LR) de Castelnau-le-Lez, son surprenant allié. Personne n’a ironisé à l’époque sur le score régional de Philippe Saurel, et encore moins sur son hypothétique « coût » pour la démocratie. En vérité, ce sont près de 217.000 avis qui ont été transmis par internet ou voie postale. Même après l’invalidation de 13.000 « votes » jugés non conformes au règlement, les suffrages exprimés ont représenté 10% des électeurs qui se sont rendus aux urnes en décembre pour élire les conseillers régionaux. L’Occitanie a gagné le droit de se maintenir au deuxième tour.

vrais-faux électeurs à 15 ans

Les esprits chagrins qui redoutaient une consultation faussée par un éventuel « lobbying » des catalans de Barcelone seront sans doute rassurés d’apprendre que seulement 700 avis ont été postés en dehors des « frontières » régionales. Même la « diaspora aveyronnaise », réputée plus nombreuse à Paris que dans son département d’origine, ne s’est guère mobilisée. Cela mettra peut-être un peu de baume au cœur de Dominique Reynié, renvoyé dans son foyer de Villejuif par les magistrats en dépit de son inscription sur les listes électorales d’Onet-le-Château. On peut donc être électeur sans pouvoir être élu localement, faute de payer des impôts sur place.

A l’inverse de cette logique qui fleure bon le scrutin censitaire de la Monarchie de Juillet (1815-1848), la consultation pour le nom de la région était ouverte aux mineurs. Une première audacieuse. Elle ouvre des perspectives sur des consultations plus larges que des scrutins en mal de participations « citoyennes ». Environ 13.000 lycéens de 54 établissements publics ou privés, les apprentis de 18 CFA et 532 jeunes inscrits dans les « écoles de la deuxième chance » y ont participé, selon la région. Non pas pour « gonfler les chiffres » de la participation, mais à des fins éducatives. Chaque classe n’a en effet émis qu’un seul avis, au terme d’un débat organisé par leurs enseignants et d’un vote en interne. Au final, ces jeunes « vrais-faux électeurs » ont globalement voté comme leurs aînés, avec une préférence marquée pour « Occitanie ». Reste à savoir ce qu’en dira le Conseil d’Etat…

dessin : Piérick Degomme