François Delarozière, le retour du fils prodigue à Toulouse

Minotaure Delarozière
Il avait pensé initialement proposer un immense héron volant. Quand Pierre Cohen, l’ancien maire (PS) de Toulouse lui a commandé l’un de ces spectacles de marionnettes géantes dont il a le secret, François Delarozière avait encore en tête cet « arbre aux hérons » qui devrait voir le jour à Nantes. Le fondateur de la compagnie La Machine a finalement conçu un Minotaure de plus de 40 tonnes et 14m de haut spécialement pour la ville. Inspiré par le dédale de ses ruelles médiévales, et singulièrement par cette rue du Taur tracée selon la légende par un taureau traînant le corps du premier évêque martyr de Toulouse à l’époque romaine. Guidé par l’une des deux araignées géantes déjà aperçues à Liverpool ou Montréal, rebaptisée Ariane pour l’occasion, le Minotaure attire la foule en dépit d’une météo capricieuse : 200.000 personnes se sont pressées dès le premier jour sur les bords de la Garonne.

Le nouveau maire, Jean-Luc Moudenc (LR), se déclare satisfait. Il mise beaucoup sur le Minotaure et les autres créations mécaniques de François Delarozière pour renforcer l’attractivité touristique de la ville. L’élu avait pourtant vertement dénoncé le projet de son prédécesseur lors de la campagne électorale de 2014. « J’avais critiqué les modalités de gestion, jamais l’idée », nuance aujourd’hui M Moudenc. Le créateur de La Machine, lui, se tient prudemment en retrait des joutes politiques locales. « Je n’ai jamais pris parti, ça ne m’intéresse pas » confie François Delarozière. Il a patiemment rongé son frein pendant cinq ans. Le Minotaure devait initialement être dévoilé au public en octobre 2013, juste avant les élections municipales.

15 millions pour la Halle de la Machine

Jean-Luc Moudenc raconte qu’il a tenu à rassurer le concepteur du Minotaure dès leur première rencontre. « Je lui ai tout de suite dit qu’on ferait le spectacle ». Mais les tractations ont été longues pour aplanir les questions financières. Le budget pour quatre jours de spectacle, entièrement gratuit, s’élève à plus de 2 millions d’euros. Autant que ce que la métropole a déboursé pour la construction du Minotaure (2,5 millions). A ces 4,7 millions s’ajoutent les 15 millions pour la Halle de la Machine, vaste bâtiment vitré de 6.000 m2 érigé sur l’emplacement de l’aérodrome historique de la ville, celui d’où s’élançaient les pionniers de l’Aéropostale dans le quartier de Montaudran. Cet aspect patrimonial chagrinaient davantage encore les nostalgiques de la glorieuse histoire aéronautique de Toulouse que le budget total alloué à La Machine. Les fans de Mermoz et Saint-Exupéry apprécieront peut-être d’apprendre que François Delarozière a prévu d’ajouter des ailes à son Minotaure. Elles seront dévoilées ce samedi soir.

Minotaure Machine Montaudran

L’artiste-ingénieur doit enfin oublier l’épisode désormais légendaire de l’autobus à la broche. Les vieux Toulousains qui votaient alors pour Dominique Baudis doivent encore se souvenir avec effroi de ce spectacle déjanté du Royal de Luxe qui avait mis en scène dans les années 80 l’incendie d’un vénérable bus de la Semvat, façon méchoui. Privée de subventions, la troupe de théâtre de rue avait alors quitté Toulouse pour Nantes. François Delarozière, lui, a toujours gardé un pied dans l’agglomération. Celui qui a conçu la plupart des machines de spectacles du Royal de Luxe a fondé sa propre compagnie en 2005. Avec un goût prononcé pour les mécaniques de transport. Comme l’éléphant de l’île de Nantes, le Minotaure pourra embarquer des voyageurs quand il aura rejoint ses quartiers de Montaudran. Cinquante personnes pour une dizaine d’euro le trajet.

Le Minotaure gracié de Toulouse

Minotaure signature

Ses 47 tonnes de bois et de métal articulés devaient faire leurs premiers pas dans les rues de Toulouse en octobre 2013. Le Minotaure, imaginé et fabriqué par François Delarozière dans les anciens chantiers navals de l’Ile de Nantes, fera finalement son apparition du 1er au 4 novembre 2018 dans le dédale des rues médiévales de la ville rose. Cette oeuvre mécanique monumentale, commandée par l’ancien maire (PS) de Toulouse, Pierre Cohen, pour la rondelette somme de 2,5 millions d’euros, a bien failli ne pas survivre au changement de majorité municipale. Bombardé de critiques, de droite comme de gauche, lors de la dernière la campagne électorale, le Minotaure reposaient en pièces détachées depuis des années dans les cartons de La Machine, la compagnie de théâtre de rue de François Delarozière.

L’artiste-ingénieur, concepteur de la plupart des machines fantastiques de la troupe du Royal de Luxe, a finalement signé un contrat de dix ans avec Jean-Luc Moudenc, le nouveau maire (LR) de Toulouse, pour exposer le Minotaure et plusieurs centaines d’autres machines de son invention dans la Halle des Machines, un bâtiment de verre de 6.000 m2 spécialement construit pour abriter ses créations. Le choix de Pierre Cohen d’implanter cette nef industrielle et culturelle sur la piste légendaire des premiers avions de ligne de l’Aéropostale, à deux pas des derniers vestiges historiques de l’entreprise Latécoère dans le quartier de Montaudran, avait fait tiquer son concurrent. Le maire de Toulouse s’est finalement laissé convaincre par plusieurs de ses adjoints chargés de la culture de ne pas confier la nouvelle halle aux associations des nostalgiques des pionniers de l’aéronautique toulousaine, comme il l’avait envisagé durant sa campagne électorale. Jean-Luc Moudenc a changé son fusil d’épaule et a réussi à amadouer ces associations, qui voyaient d’un mauvais œil l’arrivée du Minotaure sur la piste, en injectant 10 millions supplémentaires dans un futur «  musée  » aéronautique qui sera inauguré le 25 décembre 2018 pour le centenaire du premier vol de l’Aéropostale. Les deux projets mémoriels concurrents sont désormais réunis sous un même label  : la Piste des Géants.

Cette réconciliation a un coût. Contrairement aux affirmations de Pierre Cohen, le Minotaure et les autres machines de François Delarozière ne seront pas capables de s’autofinancer à 100%. La future Halle des Machines, qui a coûté environ 15 millions d’euros d’investissement, bénéficiera d’une subvention annuelle de plus de 500.000 euros par an pour équilibrer ses comptes, prise en charge par les 37 communes de Toulouse Métropole. Le ticket d’entrée de la Piste des Géants a été fixé à 9 euros. Le Minotaure, qui sera stationné à l’extérieur de la Halle, sera visible gratuitement. François Delarozière et Jean-Luc Moudenc espère 220.000 visiteurs par an pour cette nouvelle attraction toulousaine, comparable au fameux éléphant mécanique de l’Ile de Nantes.