Hollande : l’état (du canal) c’est moi

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François Hollande n’est pas Louis XIV. « L’Etat, c’est moi », aurait dit le Roi Soleil, qui décréta la construction du canal royal du Languedoc en octobre 1666. Samedi, à Castelnaudary, on avait envie d’ajouter cette apostrophe tout aussi apocryphe à son lointain successeur  : le (mauvais) état du canal du midi, c’est lui aussi.

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Trois cent cinquante ans après la signature de l’édit de Saint-Germain, exceptionnellement sorti des archives du canal du midi à Toulouse pour être exposé au bord du grand bassin chaurien le temps de la visite présidentielle, le canal – qui n’est plus royal – demeure la propriété de l’Etat républicain. canal-edit-de-saint-germain

Mais comme sous Louis XIV, les caisses du royaume sont vides et les présidents qui se succèdent désormais au palais de l’Elysée plutôt qu’au château de Versailles n’ont pas les moyens financiers de son bon entretien. François Hollande aujourd’hui, pas plus que Nicolas Sarkozy hier ou le prochain « monarque républicain » désigné en 2017, ne peuvent pas même compter sur la cassette personnelle d’un riche collecteur d’impôts pour faire l’avance des travaux, comme Pierre-Paul Riquet en son temps. La Lyonnaise des Eaux et Veolia, spécialiste des concessions, avaient un moment témoigné des « marques d’intérêt », comme on dit dans le jargon des marchés. Mais l’hypothèse ne semble plus d’actualité.

le roi est nu

Depuis qu’un champignon décime les platanes du canal, on sait que le roi est nu. Le montant prévisionnel des travaux pour couper des milliers d’arbres centenaires, en planter de nouveaux et consolider les berges qui risquent de s’effondrer, a encore augmenté. Des 100 millions initiaux, il atteint désormais les 230 millions d’euros. L’Etat, propriétaire de l’ouvrage, dit et répète qu’il n’a pas les moyens de régler seul la facture. François Hollande a préféré ne même pas évoquer ces chiffres qui fâchent à Castelnaudary. C’est le boulot des nouveaux Colbert de Berçy ; ou de Ségolène Royal à la rigueur à l’Environnement. Pas du président….

Depuis François Fillon, tous les gouvernements qui se sont succédé à Matignon tendent la main aux collectivités locales pour tenter de partager une partie du budget . A commencer par les régions. A l’époque, Georges Frêche et Christian Bourquin en Languedoc-Roussillon étaient résolument contre, alors que Martin Malvy se montrait plus conciliant en Midi-Pyrénées. Carole Delga, nouvelle présidente des anciens « états du Languedoc » ressuscités par les nouvelles lois de décentralisation, vient finalement de dire banco. Mais pour 40 millions seulement. A répartir sur 5 ans. Soit 8 millions par an, la moitié de la somme dépensée chaque année dans la seule région Languedoc-Roussillon pour offrir un ordinateur à chaque lycéen (même s’il en a déjà un, ou ses parents largement les moyens d’en acheter un plus récent).

le classement des abords repoussé en 2017

En échange, la présidente (PS) de la grande région Occitanie a obtenu un répit de six mois pour le classement des abords du canal. Les élus locaux de la région ont beau dire qu’il faut protéger le canal, ils ne veulent aucune contrainte qui limiteraient leur pouvoir, y compris de faire ou laisser faire n’importe quoi à 500 mètres de ces berges historiques, classées depuis 20 ans au patrimoine mondial par l’Unesco. La « jacquerie » des élus ruraux a gagné. Le préfet de l’Aude va devoir faire subir un classement radicalement « vertical » à sa proposition de classer l’intégralité des 241 kms du canal aux Monuments historiques. Son plan, qui devait rester confidentiel, mérite de rejoindre l’édit de Saint-Germain aux archives du canal.

A la place, le parlement a voté une nouvelle loi qui permet désormais de planter des éoliennes jusqu’à 10 kilomètres « en visibilité » d’un site classé au patrimoine mondial, sans même demander leur avis aux architectes des bâtiments de France. C’est l’Unesco qui va être ravi d’apprendre que l’Etat protège si bien le canal du midi  !

Le Foll : un socialiste (ne) devrait (pas) dire ça

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«  Je vous ai amené le temps breton ». Un gros orage vient de s’abattre sur Toulouse quand la haute stature de Stéphane Le Foll fait son apparition à la fédération du parti socialiste de la Haute-Garonne. Le ministre de l’Agriculture, qui a passé la journée avec la présidente de région Carole Delga, termine sa visite par une séquence de re-mobilisation militante. Un peu moins de 200 personnes ont fait le déplacement pour échanger avec le plus fidèle des « hollandais » du PS et du gouvernement. « Il ferait mieux de s’occuper de la détresse de nos agriculteurs plutôt que de venir, aux frais du contribuable, pour faire campagne pour le parti socialiste », a réagit aussi sec France Jamet, présidente des élus FN de la région Occitanie.

Stéphane Le Foll n’en a cure. L’extrême-droite, c’est son épouvantail préféré. Comme Carole Delga, autre soutien indéfectible au couple Hollande-Valls à qui elle doit tant, il compte bien jouer sur la crainte de voir le FN remporter le prochain scrutin pour l’emporter sur le fil. Sauf que l’Occitanie de Delga n’est ni la France de Hollande, ni même la Haute-Garonne de Vincini. Le jeune premier secrétaire n’ignore pas que sa fédération départementale, passée sous la barre des 4.000 adhérents, penche plus à gauche et préfère Martine Aubry ou Arnaud Montebourg au président de la République et son premier ministre. En clair, Le Foll ne débarquait pas en terrain conquis dans la ville rose.

Le Foll snobé par le journal de Baylet

A l’exception de Kader Arif, autre hollandais « historique » et ancien patron de la fédération, aucun ténor socialiste du département n’a fait le déplacement, rue Lejeune. Georges Méric, le patron du département qui s’est publiquement démarqué de Hollande, comme Pierre Cohen, qui vient d’ajouter la privatisation de l’aéroport à la liste déjà lourde (déchéance de la nationalité, loi El-Khomry) des « fautes politiques » de l’Elysée (et Matignon), sont restés à la maison. Même le quotidien régional a « snobé » Le Foll au PS. Après avoir vainement attendu pendant 30 minutes un rédacteur du quotidien de Jean-Michel Baylet, Sébastien Vincini a dû se résoudre à lancer une conférence pour… un seul journaliste. Heureusement que la télévision régionale, plus attentionnée, avait dépêché une caméra et un car-régie pour une interview en direct au JT du soir !

« On a besoin de s’expliquer, on a trop tendance à penser que les débats sont entre-nous », plaide Stéphane Le Foll, visiblement fatigué des critiques et des piques internes au PS. Pour autant, la réunion avec les militants restera fermée à la presse. Avant de « laver le linge-sale en famille », l’ex-porte-flingue de François Hollande a défendu vaillamment la loi Travail et tenté de refaire l’unité en dénonçant les attaques contre les locaux du parti ou des permanences parlementaires. Il en appelle à « la gauche qui assume les responsabilités », mais refuse de dire s’il soutiendra Manuel Valls en cas de défection de François Hollande. « Je suis loyal, le président dira en décembre s’il sera candidat, je ne veux pas ajouter à la cacophonie ».

« DSK avait des problèmes avec sa queue, Hollande a des problèmes avec sa langue »

A guichets fermés, Stéphane le Foll a bien entendu été questionné par les militants sur les effets ravageurs du dernier livre d’entretien de François Hollande avec des journalistes. « DSK avait des problèmes avec sa queue, Hollande a des problèmes avec sa langue », résume crûment un participant. L’ancien bras droit de l’actuel président lorsqu’ils étaient rue de Solférino résume en substance le bréviaire du parfait militant à l’usage de tous les élus qui critiquent le président : un socialiste ne devrait pas dire ça.

A l’abri de la pluie, des piles du nouveau tract du PS attendent d’être distribués par les militants. En quatre pages présentées sous la couverture d’un hebdo à sensations, ces « révélations sur le quinquennat Hollande » s’efforcent d’argumenter le vrai du faux en distinguant la droite et la gauche, synonyme de « progrès ». Voila ce qu’il faut dire !