Un pylône pour Rozès !

Isabelle Cavaillet, élue maire de Rozès (Gers) l’an dernier et la petite centaine d’habitants de ce village gascon, seront heureux de l’apprendre : ils vont prochainement bénéficier d’un pylône pour sortir de la malédiction des « zones blanches » de la téléphonie sans fil qui affecte encore tant de zones rurales. C’est Jean Castex, l’enfant de ce petit coin d’Armagnac un peu perdu où il est né en 1965, qui a tenu à annoncer la bonne nouvelle en personne à l’ORTF (pardon, il paraît qu’il faut dire « France 3 » depuis que le regretté Alain Peyrefitte n’est plus le secrétaire d’Etat chargé de l’Information du Général).

Le Premier ministre du très Jupitérien président Macron a en effet livré cette information capitale en exclusivité à la télévision régionale lors d’un entretien enregistré à la mairie de Vic-Fezensac. Là-même où son grand père fut maire et conseiller général dans les années 70-80, avant d’aller siéger comme sénateur au Palais du Luxembourg juste avant l’arrivée annoncée par Le Figaro des chars russes à Paris et l’élection de François Mitterrand à l’Elysée.

Les complotistes retirés dans les Pyrénées-Orientales autour de Prades, fief d’élection du locataire de Matignon, ne seront même pas jaloux de cette faveur, eux qui se méfient autant de la 5G que des vaccins anti-Covid que Jean Castex se vante de multiplier comme les petits pains dans les endroits les plus reculés de France et de Navarre. Le Premier ministre devait initialement visiter en avril le centre de vaccination installé à Vic-Fezensac dans la salle Simone Castex, en honneur de sa grand-mère. Il s’est finalement contenté de visiter le « vaccinodrome  » de la préfecture à Auch, tout en louant les effort du président (PS) du département qui apporte les doses au moindre village du Gers grâce à un « vaccinobus ».

Visiblement heureux et ému de fouler la terre de son enfance, l’énarque Castex, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy réputé proche du peuple grâce à son mandat local d’élu dans les Pyrénées Orientales, en a fait des tonnes toute la journée sur son passé de véritable « enfant du pays ». Lors de son discours à Gimont, il a même tenu à rappeler « le calvaire » pour se rendre à Toulouse en voiture depuis le fin-fond du Gers. « Il faut aimer les routes », prêche l’apôtre Castex pour justifier l’aumône de quelques millions d’euros promis par son gouvernement pour enfin terminer le chantier de la voie rapide Toulouse-Auch que des milliers d’automobilistes attendent depuis presque 30 ans. La région et le département devront aussi cracher au bassinet. Ainsi va la République, incapable de financer seule les dernières routes qui lui incombent depuis que la plupart des vieilles routes dites « nationales » ont été refilé aux départements. Si vous voulez aller plus vite, faites comme dans le Tarn ; demandez à Vinci de construire une autoroute payante pour aller jusqu’à Castres !

Soucieux de montrer qu’il ne s’intéresse pas seulement aux grandes métropoles, Jean Castex a voulu démontrer que les 4 milliards promis à Delga pour le LGV Toulouse-Bordeaux et les 200 millions lâchés à Moudenc pour sa troisième ligne de métro ne constituent pas l’alpha et l’omega de sa politique de transports. « J’ai connu l’arrêt du train à Escorneboeuf », fait valoir l’ancien étudiant qui prenait la Micheline pour aller étudier à Toulouse. On ignore combien le Premier ministre serait disposé à investir dans les « RER » réclamés autour de Toulouse, mais il a promis de se rendre prochainement à Nice et même à Tarbes… en train de nuit ! Pour la ligne Prades-Perpignan, interrompue pendant presque deux ans après l’accident entre un TER et un bus au passage à niveau de Millas, il faudra attendre que le chef de gare de Matignon qui aime « en même temps » les petits trains, la route, les LGV et le métro, viennent en visite officielle.

Castex : en voiture Simone, mais.. En Marche arrière !

Le Premier ministre a renoncé à sa virée dans son Gers natal, mais pas à dépanner le futur métro de Moudenc en panne de financement

Patatras ! Le « come back » de Jeannot lou Gascon est tombé à l’eau. Jean Castex, natif du Gers, devait effectuer son grand retour dans le département de son enfance. Mais la mort d’une policière, tuée la veille à Rambouillet, est venu chambouler son agenda au dernier moment. On a bien aperçu le premier ministre à Toulouse samedi matin, mais il a été contraint de faire une croix sur son échappée campagnarde au profit de la visite-express du commissariat central de la capitale régionale pour réconforter les policiers avant de regagner Paris. Security fisrt ! Le bonheur attendra dans le pré des jours meilleurs…

Le premier ministre, qui s’est éloigné de la Gascogne depuis son implantation électorale dans les Pyrénées Catalanes, avait prévu de labourer une nouvelle fois « ses terres occitanes » (comme l’écrivent les « canards du midi »… de Baylet), encore perceptibles dans son accent. Une semaine après avoir refait surface à Prades, où les méchantes langues soulignaient qu’on ne l’avait plus revu depuis sa nomination à Matignon, l’ancien Mr Déconfinement d’Emmanuel Macron devait visiter le centre de vaccination installé dans la salle Simone Castex de Vic-Fezensac. Cela ne suffira pas à remettre sur pied la fameuse féria de Pentecôte, annulée pour la deuxième année pour cause de Covid. Ce pèlerinage sur ses terres natales devait surtout mettre un peu de baume au cœur des macronistes locaux, un peu perdus dans ce terroir rad-soc d’Armagnac.

Mamie Simone était l’épouse de Marc, son grand-père, maire et conseiller général de la bourgade pendant une bonne vingtaine d’année. Sans étiquette politique précise, Papy Castex, héritier d’une entreprise de matériel agricole familiale, fut vaguement soutenu par les radicaux du coin quand il vendait des tracteurs aux paysans contre les propriétaires de grands domaines, avant de tourner casaque et de prendre la marque UDF de Giscard pour se faire élire en 1980 au Sénat… où il ne prendra jamais la parole. Marc Castex, ancêtre et archétype de l’élu « en marche » : un peu à gauche, beaucoup à droite ?

La 3ème ligne de métro de Moudenc

Si sa virée dans le Gers a été annulée sine die, Jean Castex a toutefois maintenu un rapide crochet matinal à Toulouse pour dépanner l’incontournable Jean-Luc Moudenc. Le maire (LR) de la ville rose, en compétition avec son homologue (PS) de Montpellier dans le rôle de meilleur fayot de Macron au pays du radicalisme-cassoulet, ne sait plus trop comment financer la troisième ligne de métro qu’il a promis à ses électeurs (et à Airbus). Surtout depuis l’épidémie de Covid, qui a dramatiquement fait chuter les recettes de Tisséo, le syndicat mixte des transports en commun de l’agglo. Le projet avoisine officiellement les 3 milliards et fait régulièrement tousser la chambre régionale des comptes de Montpellier, effrayée par l’endettement de Tisséo qui dépasse le milliard avant même de lancer le chantier. Castex a donc confirmé que l’Etat versera royalement 200 millions, à charge pour les élus toulousains de convaincre l’Europe et les banques de bien vouloir boucler un plan de financement qualifié de « pari risqué » par les magistrats financiers avant même l’arrivée du méchant virus chinois. Le chèque de Castex peut sembler un peu chiche. Le département de la Haute-Garonne a prévu à lui seul d’apporter 201 millions dans la corbeille. Le président (PS) du conseil départemental précise toutefois qu’il n’y aura finalement que 102 millions pour la troisième ligne de Moudenc. Le reste est destiné à ses amis socialistes du Sicoval pour prolonger la deuxième ligne vers Labège, ou à des bus vers Portet-sur-Garonne. Les élections approchent, on ne se fait plus de cadeaux !

Une « Arlésienne » routière entre Toulouse et Auch

En route vers Vic, le premier ministre avait aussi prévu initialement de faire étape à Gimont pour un ultime dépannage. Il s’agissait cette fois de débloquer les fonds pour la mise à 2×2 voies de la route entre Toulouse et Auch. Le chantier, qui s’éternise depuis 40 ans, est devenue la véritable Arlésienne de l’ex-région Midi-Pyrénées. Le dernier tronçon entre L’Isle-Jourdain, à la sortie de l’aire urbaine toulousaine, et la petite ville de Gimont, réputée pour son marché hivernal aux foies gras, devait coûter 95 millions, selon les panneaux de chantier qui narguent les automobilistes pressés, coincés derrière un camion ou un tracteur sur la vieille route nationale tournicotant dans les coteaux vallonnés du Gers. Mais ce chiffre est « obsolète », selon Jean-René Cazeneuve, député LREM du département. Le chef de file régional des élus macronistes estimait la facture actualisée à 120 millions. Elle serait même de 142 millions selon Jean Castex, qui promet dans une pleine page d’interview accordée à La Dépêche du Midi de lâcher 46 millions pour boucler le chantier « au premier trimestre 2022 ». Un coup d’accélérateur financier avant un autre scrutin ?

Lagraulet et son maire, mousquetaire du bio

Agriculteur installé depuis 1984 à Lagraulet (Gers), Nicolas Méliet a converti la ferme familiale à l’agriculture biologique en 1992. Mais il a aussi imposé au forceps des repas 100% bio à la cantine scolaire de son village de Gascogne ; en six mois seulement. Réélu maire pour un 4ème mandat en mars dernier, ce solide gaillard à la carrure de rugbyman est un fonceur. Il gère le bourg de 600 habitants du canton d’Armagnac-Ténarèze comme Bio Gascogne, son entreprise de travaux agricoles spécialisée dans les grandes cultures bio qui encadre la production d’une trentaine de fermes dans le Gers et les départements voisins des Landes et du Lot-et-Garonne sur plusieurs milliers d’hectares de grandes cultures. Si Nicolas Méliet surfe professionnellement sur la niche du « sans gluten », il avoue personnellement ne pas vouloir renoncer à « une bonne côte de boeuf ».

« Je suis bio mais surtout pas écolo », précise ce personnage aussi haut en couleur que le château d’eau décoré d’une fresque colorée et reconverti en gîte rural de la commune. Lagraulet est la dernière marque de fabrique « labellisée » par Nicolas Méliet, et la mairie son nouveau siège social. Elu en 2001, il a commencé par rapatrier la mairie au centre du bourg, transfiguré au fil de ses mandats au point de prendre l’allure d’un petit « club-Med » transposé dans les coteaux de Gascogne, en dehors des grands flux touristiques. Un gîte de 7 chambres a été aménagé sur deux étages dans une grande maison voisine, un autre bâtiment récemment rénové accueille depuis octobre dernier un cabinet d’infirmières et une dizaine de professions para-médicales (kinésithérapie, ostéopathie, naturopathie, etc) qui viennent donner quelques consultations toutes les semaines en s’acquittant d’un loyer horaire (25€ /jour) à la manière des espaces de co-working fleurissant dans les centres urbains. Pour ce chantier mené à terme en moins de deux ans, il a fallu un peu forcer la main de la préfecture et de l’Agence régionale de santé, qui tentent de mailler le territoire du département en « maisons de santé » pour lutter contre les déserts médicaux. « Mon idée cachée, c’est d’attirer maintenant un médecin généraliste », concède le madré promoteur de cette « maison des médecines douces », baptisé « Naturopole ».

Le prochain projet du maire-entrepreneur de Lagraulet est de confier la salle des fêtes en gérance à un restaurateur pour y développer une sorte de café-restaurant municipal. Une mini concession de service public-privé qui ne dit pas son nom. « La salle des fêtes n’est utilisée que trois fois par an, je préfère la louer pour avoir de l’activité à l’année », plaide Nicolas Méliet. L’élu a passé une petite annonce cet été pour recruter un cuisinier sur le site de « Un plus Bio », réseau national qui milite pour des cantines bio et locales. « J’ai reçu 25 CV de toute la France en un mois », se félicite le maire de Lagraulet. Nicolas Méliet cherchait à remplacer la jeune cantinière qui prépare les repas des 40 enfants de l’école, et quelques anciens du village qui peuvent déjeuner à la cantine pour 8€. « Je ne peux pas payer plus qu’un petit mi-temps de 28h par semaine, je cherche le mouton à 5 pattes, » confie le maire, qui espérait trouver un(e) candidat(e) avec l’esprit « start-up » pour développer une activité de restauration permanente à Lagraulet, en plus de la cantine. La commune dispose déjà de la cuisine, flambant neuve et labellisée par Ecocert et offre des facilités pour le logement. Il a finalement arrêté son choix sur Laurence, une ancienne restauratrice gersoise de 57 ans, qui arrivera de Perpignan en novembre.

Nicolas Méliet a procédé sensiblement de la même façon pour recruter, sans même passer d’annonce, un « maraîcher municipal ». Il raconte avoir acheté une ferme en 2019 pour produire en direct les légumes servis à la cantine. « Les petits producteurs préfèrent aller vendre leurs légumes plus chers au marché, et les gros ne s’intéressent pas à une petite commune comme Lagraulet », explique le maire. Il a donc embauché un jeune du coin en tant « qu’agent technique », mais en stipulant sur son contrat qu’il devrait faire l’agriculteur. Bio, naturellement. « Je trouve ça plus intelligent que de dépenser de l’argent public pour arroser des fleurs sur des ronds-points », balance le mousquetaire du bio. Employé polyvalent, Sébastien conduit aussi le bus de ramassage scolaire et montre aux enfants comment poussent les légumes. Le « potager municipal » en régie directe de Lagraulet a tapé dans l’oeil de plusieurs médias qui ont raconté l’histoire. « Cela a fait le buzz, mais ce n’est pas la finalité » assure Nicolas Méliet, qui vise méthodiquement à créer une filière cohérente de bio en circuit court, de la ferme à l’assiette.

Le maire de Lagraulet espérait initialement convaincre les élus de la communauté de communes de la Ténarèze (26 communes autour de Condom, 15.000 habitants) de le suivre dans son entreprise. « J’avais loué un bus à Agen pour aller voir comment ils font à Mouans-Sartoux » raconte Nicolas Méliet. L’agriculteur gersois avait entendu parler par son réseau professionnel de la régie agricole mise en place par cette commune pionnière des Alpes Maritimes. Mais aucun des maires qui se disaient intéressés ne s’est présenté pour faire le voyage, rapporte l’élu, dépité. « Je n’ai eu que deux adjoints et quelques techniciens ». Une déception qui nourrit sa défiance envers le personnel politique. « J’ai une sainte horreur des postures politiques » proclame le maire de Lagraulet, revendiquant pour seule étiquette « le bon sens agricole ».

Nicolas Méliet brocarde même ses collègues « qui veulent sauver leur écharpe pour 400€ mensuel ». « La plupart des petites communes rurales vont disparaître, sauf si elles sont utiles » proclame l’élu-entrepreneur, avec un sens très gascon de la provocation. « C’est vrai que je suis volontairement provocateur, mais ça porte ses fruits aujourd’hui » dit-il, fier d’avoir pratiquement fait doubler la population de la commune depuis son premier mandat, « après 20 ans de galère » à lutter contre les tendances « conservatrices » de ses concitoyens. Toujours entre deux rendez-vous dans toute l’Europe, le maire-patron de Lagraulet gare sa Tesla à l’une des bornes électriques installées à l’entrée du village. L’agriculteur-entrepreneur a aussi planté du gazon dans la ruelle semi-piétonne qui serpente entre les bâtiments retapés. En attendant le café-restaurant, et à défaut d’une improbable boulangerie dans un village sans attrait touristique particulier, le parking abrite même un distributeur automatique de pain pour les résidents. Bio, bien entendu.

Les abstentionnistes, vainqueurs du premier tour ?

Le « parti des pêcheurs à la ligne » progresse dans les campagnes et l’emporte dans les métropoles

Jour Debout

En dépit d’un « match à quatre » qui s’annonçait serré, les instituts de sondage ont pronostiqué dès 20h un deuxième tour Macron/Le Pen pour le 7 mai. Mais les premiers résultats définitifs de la soirée ont fugitivement dessiné d’autres duels possibles selon les départements. Comment vont réagir les électeurs lotois, qui auraient préféré un match Macron/Mélenchon ? Ou les Lozériens, qui auraient voulu opposer François Fillon à l’ancien ministre de l’économie de François Hollande ?

Dans les dix départements à dominante rurale de la région Occitanie qui avaient terminé le dépouillement des bulletins de vote avant minuit, seul le Tarn avait retenu la combinaison gagnante au niveau national (avec un ballotage légèrement favorable à la candidate du FN sur le leader d’En Marche). Partout ailleurs, toutes les autres combinaisons étaient possibles. Emmanuel Macron bascule en tête dans quatre départements (Aveyron, Gers, Lot, Hautes-Pyrénées), Marine Le Pen dans quatre autres (Aude, Pyrénées Orientales, Tarn, Tarn-et-Garonne).

A la vérité, c’est un troisième larron qui rafle la mise en Occitanie : le parti des « pêcheurs à la ligne ». Les abstentionnistes pèsent entre 15% (Gers) et 21% (Pyrénées Orientales) des électeurs inscrits. Le phénomène enregistre une hausse moyenne de 2 à 3 points par-rapport au premier tour de l’élection présidentielle de 2012. Les suffrages non-exprimés sont parfois plus nombreux que ceux qui se sont portés sur le candidat arrivé en deuxième position. Si les scores étaient exprimés par rapport aux électeurs inscrits, il faudrait qualifier le « parti des pêcheurs à la ligne » dans cinq départements sur dix (Aude, Ariège, Hautes-Pyrénées, Pyrénées Orientales, Tarn-et-Garonne). Les Ariégeois auraient qualifié le seul Jean-Luc Mélenchon, alors que les Audois, les Catalans et les habitants du Tarn-et-Garonne se seraient contentés du FN.

Les urbains ont été encore plus nombreux à bouder les urnes. Avec respectivement 26,52% des inscrits à Toulouse qu’aucun scrutateur n’a vu passer dans les bureaux de vote et 25,04% à Montpellier, les abstentionnistes apparaissent comme les grands vainqueurs de ce premier tour,. Ils sont loin devant les partisans de Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, les deux candidats préférés des citadins qui prennent encore le temps d’aller voter. Dans la « ville rose », où le candidat du PS chute à 10% des suffrages exprimés (7,48% des inscrits), l’abstention a fait un bond de cinq points en cinq ans. La seule satisfaction des derniers des Mohicans du PS de François Mitterrand aura été de rester devant le FN (6,77% des inscrits) à Toulouse… mais pas à Montpellier.