« Nos boutiques sont le vrai réseau social »

Le plaidoyer du libraire de Rodez en faveur des commerces « de centralité »

Benoît Bougerol photographié par Ulrich Lebeuf à La Maison du Livre de Rodez en mai 2020, à la fin du premier confinement

A Rodez, le maire (LREM) a finalement décidé de retirer son arrêté municipal qui bravait le confinement imposé par le gouvernement aux commerces « non essentiels ». « Grâce à l’action des maires qui se sont mobilisés (…), les élus de la majorité tiennent à féliciter le Premier ministre qui a immédiatement pris en compte ces attentes et a annoncé a fermeture des rayons « non alimentaires » des grandes surfaces », se félicite Christian Teyssèdre dans un communiqué. « Je l’ai croisé dans la rue samedi et je l’ai félicité d’avoir osé tapé du poing sur la table » rapporte Benoît Bougerol. Le patron de La Maison du Livre ne crie toute fois pas victoire. Il s’apprête à mettre en place dès mardi le système de commandes et livraisons (« clicks and collect ») déjà expérimenté lors du premier confinement, mais ne s’attend guère à réaliser plus de 20% de son chiffre d’affaire habituel.

« Je ne peux pas me permettre de perdre 300.000€ » dit le libraire en expliquant à quel point les deux derniers mois de l’année sont cruciaux pour équilibrer les comptes. « On réalise habituellement autant de chiffre en novembre que pendant les deux mois du printemps touchés par le premier confinement, et plus encore en décembre ». Sa boutique peut enregistrer jusqu’à 20% de son chiffre d’affaire lors des dernières semaines avant Noël. « Une librairie c’est rentable en décembre, c’est le mois qui bouche les trous creusés pendant les autres mois », résume Benoît Bougerol.

L’ancien président du syndicats de la librairie a bon espoir d’arracher à Jean Castex une réouverture d’ici le12 novembre « sans que le gouvernement perdre la face ». Mais le libraire aveyronnais s’inquiète aussi pour son voisin, qui tient un magasin de jouets. Elu consulaire, Benoît Bougerol plaide plus généralement la cause de tous les commerçants du centre-ville. Pas seulement avec des arguments tirés du tiroir-caisse. « Les commerçants font vivre les rues, les gens ont besoin de se voir, se parler ». Alors que la ville de Rodez propose d’aider les commerçants à vendre leurs produits sur sa page Facebook, le libraire relativise la solution de la numérisation du commerce vendue comme une panacée. « Je n’ai pas envie de commander mes chaussettes ou une boîte de chocolat par écran interposé. Nos commerces sont le vrai réseau social au contraire des réseaux virtuels dits sociaux », affirme cet ancien ingénieur commercial chez IBM.

Benoît Bougerol veut donc croire que d’autres commerces que le sien seront prochainement autorisés à relever leurs rideaux. Quitte pour cela à revoir, encore et toujours, les mesures de précaution pour limiter la propagation du virus. Le libraire de Rodez en profite pour montrer du doigt cet autre mal qui a dévitalisé tant de villes au profit des centres-commerciaux installés en périphérie. « Le livre est l’un des rares secteurs où les petits commerces indépendants tiennent encore la majorité du marché. Pour les autres commerces, nous devons presque être contents de capter encore 15% du chiffre d’affaire au centre de Rodez. Dans d’autres villes, c’est beaucoup moins », souligne l’élu de la CCI. Cette spirale centrifuge qui transforme les centre-villes en astres morts à la manière de trous noirs semble sans fin. « Les grandes surfaces elles-même se rendent compte qu’elle vivent aussi sous la menace d’Amazon », constate Benoît Bougerol.

Montpellier et la (mauvaise) Comédie Sauramps

sauramps

La reprise des librairies Sauramps est devenue une affaire nationale depuis l’annonce prématurée de son rachat, au début de l’année, par Matthieu de Montchalin, libraire à Rouen. Le tribunal de commerce de Montpellier a sèchement retoqué l’offre du propriétaire de l’Armitière. Le libraire normand, qui préside également le syndicat de la librairie française (SLF), affirmait pourtant être en mesure de mettre 3,6 millions sur le table. Il était attendu comme «  le sauveur  » par Jean-Marie Sevestre, PDG de Sauramps depuis 2004 et ancien président du SLF, qui espérait conclure la cession pour Noël. Un petit arrangement entre présidents sévèrement critiqué par Christian Thorel, fondateur historique du SLF et patron de la librairie Ombres Blanches à Toulouse, sur le site en ligne ActuaLitté. L’actuel  président du SLF a répliqué dans les colonnes de Livres Hebdo, le journal de référence des libraires (accessible sur abonnement). Ambiance !

Ecarté par les actionnaires mais plébiscité par la plupart des 140 salariés du groupe, Benoît Bougerol est remis en selle par le tribunal de commerce. Le propriétaire de la Maison du Livre de Rodez confirme qu’il déposera une nouvelle offre d’ici le 6 juin, date limite de dépôts des candidatures. Le libraire aveyronnais, qui a déjà racheté la librairie Privat de Toulouse en 2013, affirme être soutenu par le ministère de la Culture via le centre national du livre et par l’ADELC, une association qui regroupe la plupart des grandes maisons d’édition. Il a lui aussi présidé le SLF, avant Matthieu de Montchalin et Jean-Marie Sevestre. D’autres candidats vont-ils déposer une offre, parmi la dizaine qui ont demandé à voir le dossier ? Le tribunal de commerce devrait se prononcer fin juin.

Lavis aquatique

 

André Laban

Membre historique de l’équipe du commandant Cousteau, André Laban, 87 ans, est une vedette discrète à Saint-Antonin-Noble-Val (Tarn-et-Garonne). Un peu comme Pierre Richard à Gruissan (Aude), mais en nettement moins chevelu. Une sympathique librairie expose à deux pas de la halle médiévale les films, bouquins et tableaux de ce grand chauve avec des palmes non-académiques.

Ce n’est pas la première fois que l’ex-plongeur de la Calypso présente ses multiples talents dans la bourgade nichée sous les falaises de la vallée de l’Aveyron. André Laban y avait même ouvert une gargote à l’enseigne du “sous-marin bleu”. Débarqué sans ménagement en 1973 de la Calypso, il soigne cette blessure aussi profonde que les abysses océaniques par la poésie et la dérision. Il a gentiment torpillé le médiatique commandant Cousteau à travers un livre et quelques courts-métrages subaquatiques, aussi oniriques qu’ironiques. L’ancien ingénieur, qui a contribué à mettre aux point les caissons étanches des premières caméras sous-marines, se filme sous l’eau déguisé en Chaplin, Einstein ou Lénine. Son univers cinématographique s’apparente davantage à la désopilante farce aquatique de Wes Anderson qu’au Grand Bleu de Luc Besson.

Musicien amateur, André Laban a encore un autre violon d’Ingres : la peinture sous-marine. L’été dernier, il a une nouvelle fois enfilé sa combinaison de plongée. Un jeune homologue catalan, qui l’avait invité à peindre avec lui dans une réserve maritime de la Costa Brava, raconte cette dernière séance sur son blog. Les deux peintres-plongeurs exposeront leurs réalisations cet été au musée maritime de Barcelone, aux cotés des pionniers de la discipline, un baron autrichien qui fut diplomate sous les tropiques au XIXe siècle et un anglo-américain admirateur de Jules Verne au siècle dernier.