Montpellier et la (mauvaise) Comédie Sauramps

sauramps

La reprise des librairies Sauramps est devenue une affaire nationale depuis l’annonce prématurée de son rachat, au début de l’année, par Matthieu de Montchalin, libraire à Rouen. Le tribunal de commerce de Montpellier a sèchement retoqué l’offre du propriétaire de l’Armitière. Le libraire normand, qui préside également le syndicat de la librairie française (SLF), affirmait pourtant être en mesure de mettre 3,6 millions sur le table. Il était attendu comme «  le sauveur  » par Jean-Marie Sevestre, PDG de Sauramps depuis 2004 et ancien président du SLF, qui espérait conclure la cession pour Noël. Un petit arrangement entre présidents sévèrement critiqué par Christian Thorel, fondateur historique du SLF et patron de la librairie Ombres Blanches à Toulouse, sur le site en ligne ActuaLitté. L’actuel  président du SLF a répliqué dans les colonnes de Livres Hebdo, le journal de référence des libraires (accessible sur abonnement). Ambiance !

Ecarté par les actionnaires mais plébiscité par la plupart des 140 salariés du groupe, Benoît Bougerol est remis en selle par le tribunal de commerce. Le propriétaire de la Maison du Livre de Rodez confirme qu’il déposera une nouvelle offre d’ici le 6 juin, date limite de dépôts des candidatures. Le libraire aveyronnais, qui a déjà racheté la librairie Privat de Toulouse en 2013, affirme être soutenu par le ministère de la Culture via le centre national du livre et par l’ADELC, une association qui regroupe la plupart des grandes maisons d’édition. Il a lui aussi présidé le SLF, avant Matthieu de Montchalin et Jean-Marie Sevestre. D’autres candidats vont-ils déposer une offre, parmi la dizaine qui ont demandé à voir le dossier ? Le tribunal de commerce devrait se prononcer fin juin.

Lavis aquatique

 

André Laban

Membre historique de l’équipe du commandant Cousteau, André Laban, 87 ans, est une vedette discrète à Saint-Antonin-Noble-Val (Tarn-et-Garonne). Un peu comme Pierre Richard à Gruissan (Aude), mais en nettement moins chevelu. Une sympathique librairie expose à deux pas de la halle médiévale les films, bouquins et tableaux de ce grand chauve avec des palmes non-académiques.

Ce n’est pas la première fois que l’ex-plongeur de la Calypso présente ses multiples talents dans la bourgade nichée sous les falaises de la vallée de l’Aveyron. André Laban y avait même ouvert une gargote à l’enseigne du “sous-marin bleu”. Débarqué sans ménagement en 1973 de la Calypso, il soigne cette blessure aussi profonde que les abysses océaniques par la poésie et la dérision. Il a gentiment torpillé le médiatique commandant Cousteau à travers un livre et quelques courts-métrages subaquatiques, aussi oniriques qu’ironiques. L’ancien ingénieur, qui a contribué à mettre aux point les caissons étanches des premières caméras sous-marines, se filme sous l’eau déguisé en Chaplin, Einstein ou Lénine. Son univers cinématographique s’apparente davantage à la désopilante farce aquatique de Wes Anderson qu’au Grand Bleu de Luc Besson.

Musicien amateur, André Laban a encore un autre violon d’Ingres : la peinture sous-marine. L’été dernier, il a une nouvelle fois enfilé sa combinaison de plongée. Un jeune homologue catalan, qui l’avait invité à peindre avec lui dans une réserve maritime de la Costa Brava, raconte cette dernière séance sur son blog. Les deux peintres-plongeurs exposeront leurs réalisations cet été au musée maritime de Barcelone, aux cotés des pionniers de la discipline, un baron autrichien qui fut diplomate sous les tropiques au XIXe siècle et un anglo-américain admirateur de Jules Verne au siècle dernier.