A Luchon, la neige tombe de l’hélico

Bourd d'Oueil
Bourg d’Oeuil, la plus petite des trois stations reprises par le département de Haute-Garonne

Cela ressemble à une opération de sauvetage désespérée. Un hélicoptère a commencé vendredi en fin d’après-midià livrer 80m3 de neige au bas des pistes de Superbagnères, la station de ski de Luchon (Haute-Garonne). Prélevé sur les pentes du Céciré (2.400m d’altitude), le précieux « or blanc » doit permettre d’assurer un minimum d’enneigement au pied des pistes (1.800m). Il fait trop doux pour faire fonctionner les 180 canons à neige de la station et seules 6 des 28 pistes du domaine skiable sont ouvertes en cette période de vacances scolaires.

Les héliportages ont été commandés par le conseil départemental, qui a repris l’an dernier la gestion de Superbagnères et de deux autres stations plus petites de la Haute-Garonne, fortement endettées. Faute de neige, la micro-station du village de Bourg d’Oeil est fermée depuis plus d’un mois et celle du Mourtis a été contrainte de renoncer à son tour « pour une durée indéterminée » à ouvrir ses pistes la semaine dernière. Pour sauver Luchon et la centaine d’emplois saisonniers liés à Superbagnères de cette Bérézina annoncée, le département a donc fait appel à une société spécialisée dans les héliportages. Une deuxième série de rotations de l’appareil pour 80m3 supplémentaires a eu lieu samedi, soit une cinquantaine de tonnes au total. Cela doit permettre de garantir le fonctionnement de l’école de ski pendant 15 jours, selon le conseil départemental. Coût financier de l’opération : 5.000€. Le syndicat « Haute Garonne Montagne » n’a pas calculé le coût écologique de chaque rotation d’hélico pendant plus de 2 heures.

Le département a promis d’investir plus de 20 millions pour officiellement aider les communes de montagne à se transformer en « stations 4 saisons ». Le remplacement de la télécabine de Luchon, qui relie depuis 1993 la station thermale à Superbagnères, devrait absorber à lui seul 15 millions. L’utilisation d’hélicoptères pour la transhumance mécanique des flocons n’est pas une première. La station de Montclar (Alpes de Haute-Provence)a déjà eu recours à des héliportages de neige en décembre dernier et Sainte-Foy-Tarentaise (Savoie) avait inauguré la technique en 2015. Déclenchant à chaque fois des avalanches de critiques sur les réseaux sociaux.

Les images de l’héliportage filmé par un commerçant de Luchon et diffusées par France 3, qui a révélé l’information, n’ont pas manqué à la règle. La neige qui tombe artificiellement des airs a fait réagir jusqu’au sommet de l’Etat. « On marche sur la tête » a réagi Emmanuel Wargon sur Twitter. La secrétaire d’Etat chargée de la transition écologique a repris les termes d’un écologiste local, élu municipal dans le sud de la Haute-Garonne. Sur place à Luchon, l’heure est toutefois davantage au soulagement. « Certes l’usage de l’hélicoptère n’est pas exemplaire, loin s’en faut, mais c’est là la seule solution pour faire face à une urgence », défend le maire (DVG) de la petite ville touristique. « C’est l’économie de la vallée qu’il faut sauver et cela vaut bien ce petit écart environnemental », plaide Louis Ferré. L’élu de Luchon rétorque aux urbains amateurs de montagne qui critiquent cette décision que c’est généralement un hélicoptère qui a livré la bière commandée le soir au refuge. La ministre qui a remplacé Nicolas Hulot au ministère de l’Ecologie a elle aussi réagit dimanche aux images de la télévision régionale. « Enneiger des station par hélicoptère n’est pas une voie possible », estime Elisabeth Borne qui annonce une prochaine réunion « avec les acteurs concernés » et le secrétaire d’Etat chargé du Tourisme.

article du samedi 15 février, MAJ lundi 17 avec les réactions du maire de Luchon et de la ministre de l’Ecologie

La transhumance motorisée des saumons de la Garonne

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alevin de saumon au Bazacle

 

D’Agen à Toulouse, remonter la Garonne revient à traverser “le triangle des Bermudes” pour les saumons. Depuis le début de l’année, on a comptabilisé 77 de ces grands poissons migrateurs dans l’ascenseur à poissons de Golfech (Tarn-et-Garonne), inauguré en 1986 par EDF pour favoriser le retour des saumons dans le fleuve. Mais seulement huit de ces poissons ont été recensés à ce jour à l’usine hydroélectrique du Bazacle à Toulouse, une centaine de kilomètres en amont. Six autres saumons ont été transférés par la route à Crampagna, au sud de Foix (Ariège). Cette transhumance motorisée de 170 kilomètres a débuté il y a quatre ans. Au total, 181 saumons ont bénéficié de cette assistance mécanisée depuis 2014.

L’association Migado, chargée du retour des poissons migrateurs dans la Garonne et la Dordogne depuis 1989, a pris cette décision face aux importantes pertes constatées d’une année sur l’autre entre les barrages de Golfech et Toulouse. Le radio-pistage de 146 saumons entre 2002 et 2006 a montré que seulement 39 poissons avaient réussi à passer le Bazacle à Toulouse. La plupart renoncent, victimes de la pollution et de la chaleur. On a relevé des températures supérieures à 29° dans la Garonne, alors que le seuil létal commence à 25° pour ces migrateurs qui grossissent du coté du Groenland, mais ne s’alimentent plus quand ils reviennent en eau douce. Parmi les plus motivés ayant réussi à dépasser Toulouse, 50% sont décédés ou ont fait demi-tour avant la période de reproduction, qui se déroule au début de l’hiver (novembre-décembre). Les premières frayères se situent pourtant à une petite dizaine de kilomètres en amont, à la confluence de la Garonne et de l’Ariège.

Le transport des saumons par la route n’est pas une nouveauté pour Migado. L’association utilise cette technique depuis de nombreuses années à Carbonne, dans le sud de Haute-Garonne. Le barrage sur la Garonne est ici infranchissable du fait de l’absence de passe à poissons. Les rares saumons qui arrivent au pied de cet ouvrage sont capturés et relâchés en amont, essentiellement dans la Pique du coté de Luchon. D’autres saumons piégés à Golfech sont acheminés chaque année à Bergerac (Dordogne), dans une pisciculture chargée de conserver les géniteurs dans des bassins. Cette année, neuf poisons ont déjà rejoint ce « centre de reconditionnement » des saumons. Les œufs fécondés sont ensuite transférés vers d’autres piscicultures. Les jeunes saumons sont élevés dans le Tarn avant d’être relâchés à différents stades, alevins ou plus âgés, dans la Garonne ou l’Ariège. Mais pas dans la Pique, à cause d’un barrage qui hache menu 60% des jeunes saumons qui entament leur dévalaison vers l’océan. C’est aussi pour éviter les turbines des barrages de la Garonne-amont que 35.000 « smolts » ont été capturés l’an dernier au sud de la Haute-Garonne pour être transférés dans un camion spécialement équipé jusqu’à Golfech.