Christophe Debard, #HumainMaintenant

Debard Quai des Savoirs

Il est entré de son vivant « au musée ». Christophe Debard, 38 ans, est ingénieur chez Airbus. Amputé d’une jambe à 13 ans, ce grand gaillard barbu a relooké lui-même sa prothèse à l’aide d’une imprimante 3D, et l’expertise de nombreux bénévoles. L’objet, qui flashe dans la semi-pénombre grâce à une peinture fluo, trône dans une vitrine de l’exposition #HumainDemain, conçue conjointement par le Muséum de Toulouse et le Quai des Savoirs. Christophe se souvient avoir été contacté par Maja Wasyluk, la coordinatrice de l’expo, par une amie commune en mai 2017. « J’ai trouvé que c’était une super opportunité de faire passer mon message, qui est de donner une image positive du handicap ».

Le prototype de la jambe de Christophe voisine avec le bras « bionique » de James Young, un jeune anglais qui s’est fait offrir une prothèse futuriste à 90.000 € par un producteur de jeux vidéos. Comme tout visiteur appelé, grâce à un bracelet connecté, à « voter » pour l’innovation de son choix dans chacun des cinq showrooms qui composent l’exposition, l’ingénieur amputé d’Airbus préfère ces petites mains en plastiques colorés à destination des enfants exposées dans une autre vitrine. « Je connais leurs concepteurs. Comme moi, ils ont à cœur de développer un projet social. Nous faisons appel à des «  makers  » pour que nos solutions soient accessibles à ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir des prothèses luxueuses ».

Christophe Debard ne se prend pas pour Steve Austin, le fameux héros d’une série télévisée des années 70 (L’homme qui valait 3 milliards). Mais l’exposition laisse clairement percevoir que de l’homme « réparé » à l’homme « augmenté », il n’y a qu’un pas. Les sportifs des jeux paralympiques seront-ils demain plus performants que les athlètes valides grâce à la technologie  ? « Hugh Herr, un chercheur du MIT amputé des deux jambes après un accident d’alpinisme, prédit que l’on finira par se faire volontairement amputer pour être plus performant », raconte l’ingénieur toulousain, qui précise ne pas partager cette vision transhumaniste.

« Est-ce qu’un smartphone n’est pas déjà une augmentation du cerveau humain », se demande Christophe Debard en passant dans un autre espace de l’exposition, consacré aux data et aux objets connectés. « Je n’éprouve pas le besoin de monitorer en permanence mon rythme cardiaque ou mon sommeil », ajoute l’ingénieur toulousain, qui se montre en revanche très sensible aux aspects économiques et financiers décrits par l’exposition. « Si tout ça ne sert qu’à des fins commerciales, c’est regrettable ». Dans un autre showroom consacré aux robots, les monstres mécaniques de Boston Dynamics sont présentés à coté de robots compagnons en forme de peluches ou de jouets, pour les enfants ou les personnes âgées. Christophe Debard préfère visiblement les seconds aux premiers, qu’il juge plus « étranges » qu’inquiétants. Maja Wasyluck n’ayant pas sélectionné pour l’exposition les premiers robots humanoïdes japonais introduits sur une chaîne de montage d’Airbus à Cadix (Andalousie), on se saura pas s’il les considère comme des «  collègues  » ou des concurrents…

Christophe Debard se fait plus prolixe sur le stand de l’exposition consacré à la médecine. La perspective de vivre centenaire, voire de viser l’immortalité, le laisse froid. Eradiquer les maladies  ? L’ingénieur cherche ses mots pour tenter d’expliquer ce qu’il a retenu du cancer qui l’a frappé quand il était encore un enfant. « C’est une expérience de vie. J’ai beaucoup appris à travers cette épreuve, qui m’a apporté une certaine sagesse. J’ai eu la chance de m’en sortir, mais je peux dire au final que je ne regrette pas d’être passé par là ». Christophe Debard vient de prendre la direction du Protospace d’Airbus à Toulouse.

 

 

Montpellier : les mannequins connectés de la nouvelle fac de médecine

Montpellier médecine fac

Carole Delga va être surprise. C’est une nouvelle gare que la présidente de région viendra officiellement inaugurer aujoud’hui aux cotés de François Fontès. L’incontournable architecte montpelliérain a dessiné pour la nouvelle faculté de médecine un immense hall d’accueil traversant dont la hauteur sous plafond n’est pas sans rappeler l’intérieur de la gare Saint-Roch. Les 3.600 étudiants ne font que passer dans cette vaste salle vitrée des pas perdus, aussi sonore que lumineuse, avant de s’engouffrer dans l’un des cinq amphithéâtres du rez-de-chaussée ou rejoindre la cafétéria. Le grand escalier qui conduit aux salles de cours dans les étages paraît minuscule dans cette ruche vibrionnante, bruyante et disproportionnée. Des ouvriers s’affairent encore aux dernières finitions de ce bâtiment flambant neuf, recouvert d’inox luisant comme un miroir, qui a coûté plus de 45 millions à la région.

Montpellier médecine

Dans le calme feutré de son bureau de l’ancienne faculté, le doyen Mondain est satisfait à la perspective d’inaugurer enfin un bâtiment ultra-moderne que quatre de ses prédécesseurs ont appelé de leurs vœux. « J’étais interne en 1985 quand l’hôpital Le Peyronie a été ouvert. Mon service qui était encore à l’hôpital Saint-Charles a été le dernier à rejoindre le campus en 1988, on était un peu déconnecté », se souvient le médecin, spécialisé en ORL. A ses yeux, le rapprochement de la faculté avec le CHU était « une évidence ». Mais pas question d’abandonner l’ancien palais épiscopal accolé à la cathédrale pour une faculté qui revendique fièrement sa création par un légat du Pape en 1220. Les étudiants de deuxième et de sixième année continueront de suivre des cours autour de l’ancien cloître. La soutenance des thèses et tous les événements solennels seront toujours célébrés dans les bâtiments historiques de la plus ancienne faculté de médecine de France après Paris.

 » les cours en amphi, c’est fini « 

La construction de la nouvelle faculté ouvre un nouveau chapitre d’une longue histoire. Si la bibliothèque de la faculté conserve des manuscrits rares qui remontent au Moyen-Age derrière les murs de pierre du centre-ville, le béton du nouveau campus se veut en prise directe avec la modernité. Les amphithéâtres sont équipés de caméras, reliées à une régie qui fonctionne comme une chaîne de télévision. Les étudiants peuvent ainsi suivre les cours, diffusés en podcast, en différé. « Les cours en amphi, c’est fini. Nous avons intégré cette évolution de la diffusion du savoir universitaire dès la conception du nouveau bâtiment », dit Michel Mondain. Le doyen de la faculté est toutefois conscient du risque de « déshumanisation » de la transmission des connaissances à l’ère numérique. « Nous mettons l’accent sur la généralisation du tutorat et la pratique clinique. Il est tout de même plus appréciable d’apprendre à exécuter certains geste médicaux sur des mannequins plutôt que sur des patients ».

Montpellier médecine simulation

Bluffant de réalisme, l’un de ces mannequins de nouvelle génération pousse un soupir sur le sol d’une salle de « déchoquage » reconstituée au quatrième étage de la nouvelle faculté. Un autre est installé sur un lit-brancard dans une autre salle. C’est une femme, elle « respire » en faisant légèrement bouger le drap qui la recouvre. Ces mannequins peuvent coûter jusqu’à 150.000 euros. « C’est extra de constater comment le matériel pédagogique a évolué », se félicite Blaise Debien, médecin urgentiste. Directeur du CESU (centre d’enseignement du soin d’urgence), il a déménagé son service, ses mannequins et son ordinateur du CHU pour s’installer dans le nouveau bâtiment de la faculté. De la salle d’accouchement à la chambre du malade, un hôpital fictif a été reconstitué au quatrième étage. Fictif, mais avec tout le matériel authentique qui équipe chacune des salles dite de « simulation ». Ici, étudiants en médecine et futurs infirmiers s’entraînent ensemble à tous les pires scénarios auxquels ils seront bientôt confrontés dans la réalité. « Une première en France », souligne le Blaise Debien.

De la même façon qu’on ne devient pas pilote de ligne uniquement avec des logiciels de simulateurs de vols, on n’apprend pas les gestes qui sauvent en cas d’urgence uniquement sur un écran d’ordinateur. Les nouveaux mannequins « haute-fidélité » du Dr Debien sont équipés du WiFi pour être manipulés à distance par le formateur, mais la technologie ne fait pas tout. « La simulation, ça se joue à 90% lors du débriefing » dit le directeur du CESU. Là aussi, les salles de simulation sont équipées de caméras pour visionner aussitôt le scénario qui a été joué durant l’exercice dans une salle de cours séparée. Il ne s’agit pas de disséquer chaque scène au ralenti, plutôt d’analyser ce qui s’est passé lors d’un dialogue en les apprenants et les formateurs. L’urgentiste « accouche » le ressenti des étudiants, assis en demi-cercle dans son bureau, en compagnie d’une enseignante de l’école d’infirmières. Il n’hésite pas à partager des cas de conscience qui se sont parfois posés à lui lors d’interventions délicate pour aborder les questions éthiques derrière la technique. Ce n’est pas une leçon, il n’y a ni copie, ni crayon. Des tablettes sont toutefois sorties à la fin du cours pour renvoyer à des connaissances et un petit exercice d’évaluation finale. Au fil des ans, le CESU de l’Hérault, né en marge du Samu, a développé ses propres outils pédagogiques. Blaise Debien souhaite désormais partager ses cours, stockés sur son ordinateur, flambant neuf, avec d’autres CHU, facultés de médecine ou instituts de formation para-médicaux, comme ceux de Toulouse. « Nous sommes un laboratoire de recherches pédagogiques », résume l’urgentiste passionné.