Mélenchon manifeste à Toulouse contre les retraites

20.000 manifestants selon les organisateurs, moins de 3.000 selon la préfecture. Plus un.

Mélenchon manif retraites

Jean-Luc Mélenchon s’est offert un bain de foule et de soleil dans la ville rose. Avant d’animer un meeting contre la réforme des retraites, prévu en soirée avec le député européen Manuel Bompard, le leader de La France Insoumise (LFI) a arpenté les rues de la ville au milieu des manifestants. Le parcours du cortège intersyndical a été modifié pour l’occasion, partant du canal du midi pour passer devant le palais des congrès où devait se tenir la réunion politique. Pendant deux bonne heures, Jean-Luc Mélenchon s’est mêlé avec un plaisir visible au cortège. On l’a même vu pousser la chansonnette avec des avocats, entonnant la chanson des Gilets Jaunes : « on est là… ».

Entouré d’une nuée de photographes et de caméras, il a multiplié les conversations et les entretiens en aparté avec tous ceux qui voulaient lui serrer la main. « Merci pour ton combat », lui glisse un vieil homme, visiblement ému, avant de lui donner l’accolade. La manifestation a réuni plusieurs milliers de personnes en cette période de congés scolaires. La participation a fondu comme neige au soleil par-rapport aux cortèges-monstres du début de l’hiver. Les manifestants, toujours précédés de quelques centaines de Gilets Jaunes, se sont dispersés presque sans heurts, loin du centre-ville. Quelques grenades lacrymogènes ont été tirées à Arnaud Bernard pour disperser les derniers irréductibles après le départ du leader de La France Insoumise. Un cortège de CRS accompagné d’un camion à eau avait pris position devant le palais des congrès.

La salle du meeting avait été envahie le mois dernier lors d’une précédente manifestation à l’occasion d’une cérémonie des vœux organisée par le maire (LR) de Toulouse, soutenu par la République en Marche. Jean-Luc Moudenc avait alors dénoncé « la chienlit ». Jean-Luc Mélenchon a indirectement répondu au maire de Toulouse lors d’un point-presse informel à l’heure du déjeuner en invitant les électeurs à « sanctionner La République en Marche » lors des élections municipales. Le meeting du leader de LFI pouvait paraître comme une réponse au « meeting unitaire » de la gauche organisé un mois plus tôt à Tournefeuille sous l’égide du parti communiste et de L’Humanité. Il n’en est rien assure Manuel Bombard, qui explique l’absence remarquée de sa formation politique le 14 janvier par une bête question d’agenda. La galaxie Insoumise était représentée par la conseillère régionale Myriam Martin, ancienne dirigeante du NPA, fait remarquer le député européen.

La radicalisation des Insoumis(e)s

meeting JLM

Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon vont-ils rejoindre, à Toulouse, la poignée de militants de Nuit Debout qui ont refait surface sur la place du Capitole, dimanche dernier, pour tenir l’un de ces « bureaux d’abstention » qui se proposait de « donner la parole » aux votes blancs et à tous ceux qui en toute bonne conscience politique, refusent de glisser un bulletin dans l’urne ? Plus de 56.600 électeurs ont voté pour le candidat de la France Insoumise dans la « ville rose ». Une semaine plus tôt, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon affirmait avoir réuni 70.000 personnes venues de toute au bord de la Garonne pour un pique-nique géant.

« Mes enfants m’ont dit que c’était bourré de jeunes, je me suis dit que c’était l’avenir, qu’il y avait encore une gauche en France » raconte Pablo, 49 ans. Membre du parti communiste, il n’a pas assisté au meeting, mais a fini par se résoudre à glisser un bulletin Mélenchon dans l’urne. Il confie aujourd’hui « ne pas comprendre le silence » du candidat face au score du Front National. « En 2002, il y a eu un sursaut général quand Le Pen s’est qualifié pour le deuxième tour. Aujourd’hui, ça devient banal et ça me gonfle ». Une manifestation à l’appel de SOS Racisme a réuni une petite soixantaine de personnes, lundi place du Capitole. On est loin des foules manifestant en 2002 dans les rues de la ville après l’élimination surprise de Lionel Jospin. L’épouse de Pablo est tout aussi effarée. « Est-ce que c’est parce qu’on se sent protégés à Toulouse » se demande Nicole, faisant référence au score relativement faible de Marine Le Pen ici (6,77%) par-rapport au reste du pays ? Le couple avoue avoir fort à faire pour convaincre leurs enfants de faire barrage au FN dans les urnes, le 7 mai prochain. « Mon fils veut partir en rando », maugrée Pablo, qui se dit prêt à reprendre ses gants Mappa et sa pince à linge pour aller voter Macron, comme il le fit jadis pour Jacques Chirac.

Ni Le Pen, ni Macron

Sur les réseaux sociaux, les électeurs de la France Insoumise se déchaînent contre Emmanuel Macron. « Appeler à voter Macron, c’est appeler à voter Macdo » tranche Francis, qui vit dans l’Ariège, où Jean-Luc Mélenchon est aussi arrivé en tête au premier tour. A Colomiers, dans la banlieue toulousaine qui abrite les usines d’Airbus, Alain Refalo théorise son refus de choisir entre les deux candidats restés en lice. « Les électeurs de la France insoumise ne sont pas concernés par le second tour. Sont concernés les électeurs de Hamon et de Fillon, dont les partis sont responsables de la montée de l’extrême droite et qui veulent jouer au « front républicain ». Si le FN est une menace pour la démocratie dans les urnes, pourquoi ce parti est-il légal et peut se présenter aux élections ? » demande cet instituteur qui pratiquait déjà l’insoumission du temps de Nicolas Sarkozy .

Mettre Emmanuel Macron, présenté comme « le candidat du Medef » ou « de Rotschild », dans le même sac que Marine Le Pen ne choque pas nombre d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Les critiques de la droite contre « Emmanuel Hollande » ont fait mouche à la gauche de la gauche. « Une classe quasi invisible qui détient le pouvoir dans de très nombreux domaines ont préparé minutieusement ce qu’il faut bien appeler un coup d’État pour pérenniser, coûte que coûte, la politique engagée par Hollande », affirme Sandrine. Habitante d’une petite ville du Gers, elle appelle les habitants à réunir localement la Constituante promise par le candidat de la France Insoumise. La révolution, c’est maintenant !

Dans ce contexte de négation du verdict des urnes, les appels à descendre dans la rue se multiplient. Un collectif anonyme baptisé « on vaut mieux que ça » appelait à manifester dès jeudi avec ce slogan : « Ni Le Pen, Ni Macron ». Mais contrairement à Rennes, où plusieurs milliers de personnes seraient attendues, la manifestation toulousaine a été reportée de 24 heures. C’est surtout la manifestation du 1er mai, encadrée par les syndicats traditionnels, qui s’annonce comme le véritable test de la mobilisation de l’entre-deux tours. « Nous ne pouvons pas faire le choix entre le pire et le moins pire », affirme le texte de l’appel à manifester signé par la CGT, Solidaires et la FSU. En 2002, le défilé avait rassemblé entre 45.000 et 70.000 personnes, selon la police ou les organisateurs, pour l’une des manifestations-monstres de l’histoire de Toulouse.

Les abstentionnistes, vainqueurs du premier tour ?

Le « parti des pêcheurs à la ligne » progresse dans les campagnes et l’emporte dans les métropoles

Jour Debout

En dépit d’un « match à quatre » qui s’annonçait serré, les instituts de sondage ont pronostiqué dès 20h un deuxième tour Macron/Le Pen pour le 7 mai. Mais les premiers résultats définitifs de la soirée ont fugitivement dessiné d’autres duels possibles selon les départements. Comment vont réagir les électeurs lotois, qui auraient préféré un match Macron/Mélenchon ? Ou les Lozériens, qui auraient voulu opposer François Fillon à l’ancien ministre de l’économie de François Hollande ?

Dans les dix départements à dominante rurale de la région Occitanie qui avaient terminé le dépouillement des bulletins de vote avant minuit, seul le Tarn avait retenu la combinaison gagnante au niveau national (avec un ballotage légèrement favorable à la candidate du FN sur le leader d’En Marche). Partout ailleurs, toutes les autres combinaisons étaient possibles. Emmanuel Macron bascule en tête dans quatre départements (Aveyron, Gers, Lot, Hautes-Pyrénées), Marine Le Pen dans quatre autres (Aude, Pyrénées Orientales, Tarn, Tarn-et-Garonne).

A la vérité, c’est un troisième larron qui rafle la mise en Occitanie : le parti des « pêcheurs à la ligne ». Les abstentionnistes pèsent entre 15% (Gers) et 21% (Pyrénées Orientales) des électeurs inscrits. Le phénomène enregistre une hausse moyenne de 2 à 3 points par-rapport au premier tour de l’élection présidentielle de 2012. Les suffrages non-exprimés sont parfois plus nombreux que ceux qui se sont portés sur le candidat arrivé en deuxième position. Si les scores étaient exprimés par rapport aux électeurs inscrits, il faudrait qualifier le « parti des pêcheurs à la ligne » dans cinq départements sur dix (Aude, Ariège, Hautes-Pyrénées, Pyrénées Orientales, Tarn-et-Garonne). Les Ariégeois auraient qualifié le seul Jean-Luc Mélenchon, alors que les Audois, les Catalans et les habitants du Tarn-et-Garonne se seraient contentés du FN.

Les urbains ont été encore plus nombreux à bouder les urnes. Avec respectivement 26,52% des inscrits à Toulouse qu’aucun scrutateur n’a vu passer dans les bureaux de vote et 25,04% à Montpellier, les abstentionnistes apparaissent comme les grands vainqueurs de ce premier tour,. Ils sont loin devant les partisans de Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, les deux candidats préférés des citadins qui prennent encore le temps d’aller voter. Dans la « ville rose », où le candidat du PS chute à 10% des suffrages exprimés (7,48% des inscrits), l’abstention a fait un bond de cinq points en cinq ans. La seule satisfaction des derniers des Mohicans du PS de François Mitterrand aura été de rester devant le FN (6,77% des inscrits) à Toulouse… mais pas à Montpellier.

Une « renaissance » occitane pour la région ?

Nom région Samson

Le vote des habitants de la nouvelle région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées est pratiquement sans appel. Les 204.000 personnes qui ont participé à la consultation sur le futur nom de la région ont choisi « Occitanie » à près de 45%, loin devant « Languedoc-Pyrénées » (18%) ou « Pyrénées-Méditerranée » (15%). La nouvelle présidente de la région, Carole Delga (PS), a pourtant parue un peu embarrassée en présentant les résultats devant la presse, jeudi à Montpellier. Choisira-t-elle de faire voter les élus régionaux, qui doivent se prononcer le 24 juin, sur ce seul nom qui claque comme un défi  ? Ou ajoutera-t-elle une sorte de « sous-titre » à l’intention des sourds et des malentendants historiques  ?

Grande Occitanie et « petite » Catalogne

Les réactions de tous bords n’ont pas tardé à s’exprimer. Le président du conseil économique, social et environnemental régional a aussitôt fait savoir que l’Occitanie serait « une erreur ». Jean-Louis Chauzy se fait le porte-voix des milieux économiques régionaux, qui ont majoritairement préféré une appellation géographique plus neutre. Il reprend également la critique de certains régionalistes qui estiment que l’Occitanie couvre un territoire beaucoup plus vaste, des Alpes à l’Atlantique. Les catalanistes, qui avaient obtenu au forceps que le « Pays catalan » soit ajouté à la liste des cinq noms, sont eux-aussi mécontents. Avant-même la proclamation des résultats, ils annonçaient vouloir manifester samedi à Perpignan. L’appellation « Occitanie-Pays-catalan » n’a recueilli que 12% d’approbations.
A l’inverse, le collectif d’associations régionalistes qui a activement fait campagne pour l’Occitanie se réjouit ostensiblement. « Nous n’osons même pas imaginer qu’un tel résultat, massif et clair (…) ne soit pas entériné par les élus lors de l’assemblée plénière du 24 juin prochain », écrit sur Facebook le collectif qui réunit des personnalités aussi diverses que l’avocat toulousain Jean-François Laffont, l’ancien membre d’Action Directe Jean-Marc Rouillan ou le premier adjoint centriste au maire de Toulouse, Jean-Michel Lattes. De fait, si la consultation organisée sur Internet et dans la presse quotidienne régionale n’a pas la valeur d’un référendum, elle témoigne d’une majorité évidente pour un nom plus culturel que géographique. Une véritable renaissance occitane, loin des velléités d’indépendance groupusculaires des années 70.

la République en danger ?

Paradoxe politique, la nouvelle assemblée régionale ne compte qu’un seul élu ouvertement «  régionaliste  » sur 158 sièges. Patric Roux (Partit Occitan) est membre du groupe Nouveau Monde en commun  qui fédère des écologistes, des communistes et des partisans de Jean-Luc Mélenchon. Le leader maximo de la gauche opposée au PS est beaucoup plus jacobin que ses petits camarades. Gérard Onesta (EELV), ancien tête de liste de Nouveau-Monde en commun qui a fusionné avec Carole Delga, s’emploie à « déminer » la forte charge explosive du futur nom de la région. « Je ne vois pas en quoi dire « nous sommes en Occitanie » est dangereux pour la République (…) Ce n’est pas un nom qui appelle à la révolte ou la sécession » a déclaré préventivement le président du bureau des élus du conseil régional au micro de France Bleu Toulouse, en début de semaine.

Le vote des élus de la nouvelle région devra être accepté par le Conseil d’Etat avant le 1er octobre.