Ba(t)s les masques

masques Gros
dessin : Pascal Gros

Qui n’a pas son masque ? Après le pitoyable épisode franco-français de la « guerre mondiale des masques » sur le tarmac de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, où l’Etat a réquisitionné 1 million de précieuses protections respiratoires médicales importées de Chine par des régions de l’Est de la France, les élus locaux sont lancés dans une nouvelle course à l’échalote : commander des petits bouts de tissus munis de deux élastiques pour tous leurs administrés. Il ne s’agit pas cette fois des fameux « FPP2 », réservés -en théorie- aux professionnels de santé, ni même des masques chirurgicaux jetables, mais de simples masques en tissus, naturels ou synthétiques, lavables et réutilisables. A Toulouse, Jean-Luc Moudenc a suivi l’initiative des maires de Nice et Bordeaux, qui furent les premiers à annoncer qu’ils voulaient offrir un masque à tous leurs habitants (et plus ou moins fidèles électeurs).

Le maire de la ville rose évoquait la semaine dernière une commande de 480.000 masques, proposant aux 36 maires de la Métropole de se joindre à lui pour réaliser une commande groupée. Mais il a été pris de vitesse par le maire de Montpellier, annonçant triomphalement dès le 11 avril une commande d’un million de masques pour toute son agglomération. Philippe Saurel s’est bien gardé de préciser où il allait trouver ces petits morceaux de tissu si convoités. Il s’est contenté d’inviter les entreprises locales qui voudraient répondre à cet appel d’offre à se rapprocher de l’administration pour faire « homologuer » leurs produits. A l’échelle de toute la région, Carole Delga indique que ses services ont identifié 150 entreprises capables de se mettre sur les rangs. Mais à ce jour, seules 7 entreprises en Occitanie figurent sur la liste de la centaine de fabricants homologués par l’armée. C’est en effet la délégation générale de l’Armement qui a été chargée de pondre en urgence des normes pour ces masques présentés dans un premier temps comme « alternatifs » ou « artisanaux », et soudain propulsés au rang de « produits de première nécessité » dans la « guerre » au coronavirus.

Parmi les rares entreprises régionales homologuées, une seule dispose théoriquement d’une capacité de production capable de répondre aux fortes commandes des grandes agglomérations. Le célèbre fabricants de slips Eminence, qui possède une unité de production dans le Gard, se fait fort de passer de 85.000 masques par semaine à 140.000…. en faisant travailler une usine en Roumanie. Le maire de Nîmes, qui s’est fixé pour objectif de livrer 700.000 masques aux habitants de son agglomération, a pourtant été contraint de faire appel à une entreprise savoyarde pour recevoir un premier lot de 100.000 unités. Mais c’est promis, Eminence livrera 270.000 masques « made in local » dans la deuxième quinzaine de mai aux habitants de l’agglomération gardoise. Trop tard pour le 11 mai, date promise par Emmanuel Macron entre-temps pour commencer à sortir du grand confinement généralisé !

A Toulouse, Moudenc s’est finalement résolu à passer commande de 800.000 masques jeudi 16 avril. Il n’a pas voulu préciser le fournisseur, mais on sait qu’il n’est pas de la région. « J’aurais préféré, mais ce n’était pas possible », avoue le maire de Toulouse. Tant pis pour le « Small Business Act » que l’élu avait mis en place au début de son mandat pour favoriser les entreprises locales. La priorité était d’être livré avant le 11 mai. « La livraison sera effectuée en un seul lot », ajoute Jean-Luc Moudenc, qui a même révélé le prix : 2 euros pièce, soit une dépense de 1,6 millions d’euros à partager avec les autres communes de la Métropole qui le souhaitent. C’est deux fois plus cher que les premiers masques livrés à Nîmes (moins d’un euro). Mais pour ce prix, ils sont garantis réutilisables plusieurs fois après lavage. Ce ne serait pas le cas des masques « low-cost », bons pour la poubelle au bout de quelques jours d’utilisation.

Reste à savoir si ces fameux masques seront, ou non, obligatoires pour sortir de chez soi. Contrairement à Christian Estrosi, le maire de Toulouse n’entend pas prendre un arrêté municipal pour obliger les Toulousains à porter son « cadeau ». Il estime que le port du masque ne devrait s’imposer que pour prendre le bus ou le métro. Le ministère de l’Intérieur a de son coté commencé à poursuivre en justice les maires, comme celui de Sceaux, qui veulent rendre le port du masque obligatoire dans leurs communes. Le Conseil d’Etat vient de lui donner raison. Les plus hauts magistrats du pays ont également rejeté la demande d’un syndicat de policiers qui réclamaient des masques pour travailler, après d’autres demandes émanant de plusieurs catégories de « soldats » en première ligne. Bas les masques !

Faut-il fermer les (super)marchés ?

marché Cristal confinement police

Les étals des marchés sont sans doute la dernière exception visible à la règle générale du confinement qui interdit tout attroupement public en ces temps de « guerre » au coronavirus. Mais pour combien de temps encore ? En dépit du soutien répété du ministre de l’Agriculture à ces places de marché aussi conviviales que légèrement surannées à l’époque des grandes surfaces et leurs « drive-in », de plus en plus de maires préfèrent bannir ces dernières reliques de pratiques commerciales jugées dignes du Moyen-Age.

Dernier exemple en date, le maire (DVG) de Montpellier a annoncé samedi la fermeture de tous les marchés de plein-air de la ville, entre autres formules-choc. « Je suis allé ce matin sur le marché des Arceaux et j’ai vu que les gens ne respectaient pas la distance de sécurité, sans doute parce que c’est impossible », se justifie Philippe Saurel, chirurgien-dentiste de profession. Les quatre halles couvertes de Montpellier, elles, demeurent ouvertes. A Toulouse en revanche, les marchés dits « de plein vent » sont maintenus. La police municipale patrouillait cette semaine sur le grand marché populaire des boulevards pour s’assurer que les distances de sécurité, matérialisées par des plots ou des cageots, étaient bien respectées. Samedi, le marché bio qui se tient désormais derrière le Capitole a été « aéré » en s’étendant dans tout le square, avec des files matérialisées par des rubans pour les clients. Quant au marché dominical habituellement très animé de la place Saint-Aubin, il a largement fondu (60 stands contre 180), mais a lui aussi été maintenu, avec marquages au sol et disparition de toutes les animations qui font son attrait habituel (musiciens, bouquinistes, etc). « Il faut changer la façon de faire, on affine au jour le jour » dit Jean-Jacques Bolzan, adjoint (DVD) au maire de Toulouse, très attaché au maintien de la trentaine de marchés qui animent les quartiers de la ville.

La question de la place des commerçants ambulants en période de confinement se pose aussi dans les villes moyennes de la région. En Aveyron, le maire (LREM) de Rodez a été le premier à décider, jeudi, la fermeture du marché bi-hebdomadaire de la place du Bourg, qui s’étale derrière la massive cathédrale. Christian Teyssèdre explique avoir consulté la cellule de crise de l’hôpital avant de prendre cette mesure radicale, contestée localement par les forains, mais aussi les producteurs locaux qui viennent y écouler leurs produits en vente directe. Dans le sud du département, les maires de Millau (LR) et Saint-Affrique (PS) ont suivi le mouvement. Le large éventail des étiquettes politiques de ces trois élus aveyronnais semble démontrer que la fermeture des marchés fait consensus. Mais à Villefranche-de-Rouergue, le maire (DVD) n’a pas voulu sacrifier le fameux marché du jeudi. Précision utile : Serge Roques est médecin hospitalier et n’était pas candidat à un nouveau mandat.

Informé de cette vague d’interdictions municipales, le ministre de l’agriculture a aussitôt adressé une circulaire aux préfets pour leur demander de faire rouvrir les marchés. On recensait environ 300 marchés suspendus sur l’ensemble du territoire national en milieu de semaine, selon Le Point. Mais à l’exception de la préfète de Gironde, bien peu de représentants de l’Etat sont montés publiquement au créneau pour désavouer ces maires qui ouvrent le parapluie en fermant les étals. Les élus locaux, pour la plupart en ballotage entre deux tours d’un scrutin suspendu, sont soumis à d’intenses pressions, notamment sur les réseaux sociaux. Les images de marchés où l’on se presse comme dans une mêlée de rugby se multiplient sur Twitter ou Facebook, assortis de commentaires acerbes contre ces « irresponsables » qui se pressent devant les étals en ignorant superbement les consignes du gouvernement. Il serait urgent de traquer le coronavirus parmi les premières bottes d’asperges et les pommes de terres.

Un médecin généraliste a publié une vidéo en forme de coup de gueule sur Facebook demandant la fermeture du marché de Bayonne. Le maire (UDI) sortant a mis en place un filtrage à l’entrée des magnifiques halles au bord de l’Adour, ouvertes tous les matins, et maintenu les stands du marché du samedi qui s’étendent sur les quais et jusque sur les ponts du centre-ville. Même si l’affluence était moindre que d’habitude, les marquages au sol de la municipalité pour garantir une distance minimale d’un mètre entre clients sont jugés insuffisants par le Dr Petit. « Je suis surpris de l’attitude de la ville qui arrête des personnes isolées dans la rue pour les verbaliser et qui, dans le même temps, permet le regroupement de plusieurs centaines de personnes », déplore ce médecin qui réside dans le département voisin des Landes. Dans la périphérie bordelaise, Franck Raynal a rendu un jugement de Salomon. Le maire (LR) de Pessac a renoncé au grand marché dominical, mais a maintenu les deux marchés de moindre importance dans la semaine. « On évolue et on évalue », dit l’élu de Pessac, qui prend le temps de répondre à ses détracteurs sur les réseaux sociaux. « La peur est légitime, mais je fais le pari de l’intelligence » dit ce cadre au CHU de Bordeaux, qui n’a pas sollicité d’avis médical du professeur Denis Malvy, expert bordelais du conseil scientifique, avant de prendre sa décision. Franck Raynal n’hésite pas à retourner la question sécuritaire : « est-ce qu’on vérifie aussi minutieusement les distances minimales dans les grandes surfaces » ?

Une rapide visite dans un hypermarché aux portes de Toulouse, vendredi après-midi, suffit pour répondre : les queues à l’entrée pour stocker pâtes et papier-toilettes ont disparu, les vigiles aussi. Les caissières sont désormais protégées derrière une vitre en plexiglas, mais aucun marquage au sol devant les caisses. Les rayons sont tous bien approvisionnées et les produits manipulables par tout un chacun, sans précaution particulière. Ce n’est pas ici qu’on se fera rabrouer, comme sur les marchés de plein-air, par des vendeurs en gants de latex priant désormais les clients de ne plus toucher la marchandise.

« Les marchés de plein air présentent moins de risques que l’hypermarché de proximité », estime Fabienne Buccio, préfète de la région Nouvelle-Aquitaine. Le syndicat Jeunes Médecins et l’InterSyndicale Nationale des Internes (ISNI), assistés par l’ordre des médecins, réclamaient toutefois des mesures de confinement plus sévères devant le Conseil d’Etat, avec notamment la fermeture des marchés et un  « ravitaillement de la population par l’Etat », sur le modèle chinois à Wuhan. Les hauts magistrats, réunis en urgence dimanche, les ont débouté de leur demande d’un couvre-feu généralisé, tout en estimant que le gouvernement devait préciser les dérogation à la règle de confinement, notamment pour les marchés.

« Domestiquer » des TGV devenus fous 

C’est l’heure des choix pour Carole Delga : LGV pour Toulouse ou pour le Languedoc-Roussillon et l’Espagne ? Trains régionaux ou trains de banlieues ?

 

Train jaune 2

La (grande) vitesse, c’est dépassé ! C’est en substance le message adressé par le rapport Duron aux élus du grand Sud Ouest qui continuent de réclamer des TGV pour Toulouse et Montpellier, mais aussi Béziers, Narbonne, Perpignan, Dax, Pau ou Bayonne, toutes tendances politiques confondues. Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc (LR, tendance Juppé) et Carole Delga, présidente (PS, tendance Olivier Faure) de la région Occitanie font mine d’être soulagés parce que les projets de nouvelles lignes à grande vitesse Bordeaux-Toulouse ou Montpellier-Perpignan n’ont pas été totalement enterrées sur l’autel des choix budgétaires. Les deux LGV ont juste été rabotées, amputées, retardées par l’inflexible Philippe Duron, ex-député-maire (PS) de Caen.

Priorité à Toulouse contre Montpellier-Perpignan ?

Toulouse ne sera pas à 3 heures de train de Paris avant 2027 (scénario 3 du rapport Duron), voire après 2037, au train où vont les investissements actuels (scénario 1). Soit dans le meilleur des cas trois à quatre nouvelles années de retard par-rapport à une date-butoir sans arrêt repoussée depuis plus d’une décennie. « Dans le scénario 2, un calendrier de réalisation optimisé n’est envisageable que si l’engagement d’autres dépenses est sensiblement décalé, notamment la réalisation de la ligne nouvelle Montpellier-Béziers-Perpignan et le renouvellement du matériel roulant des trains d’équilibre du territoire de la Transversale Sud (Bordeaux-Toulouse-Montpellier-Marseille) », prévient le rapport Duron. C’est le pire des scénariis pour Carole Delga. La jeune présidente de la nouvelle région veut croire qu’il serait possible de financer les deux LGV « en même temps », pour reprendre l’antienne macronienne. Soit une « petite » dizaine de milliards pour la seule Occitanie. Philippe Duron, ancien président de la région Basse Normandie, demande à Carole Delga de faire des choix. Ils seront déchirants.

Pour éviter de trancher entre la nouvelle capitale régionale de l’Occitanie et les « marches » de l’ex-région Languedoc-Roussillon, Carole Delga a tout misé sur des contre-propositions de financement plus ou moins « innovants » : taxer les poids-lourds (Ecotaxe-bis) ou les bureaux construits aux abords des gares, prélever un « versement transport » auprès des entreprises comme le font déjà les grandes villes. La présidente de la région Occitanie entend créer une société ad-hoc pour financer ses deux lignes sur le modèle des futures lignes de métro des JO de Paris. Avec un argument-choc : « Si on a trouvé 25 milliards pour le Grand Paris Express, on doit être capable d’en trouver pour 5 millions d’habitants tenus à l’écart de la grande vitesse ». A la mairie de Toulouse, Jean-Luc Moudenc fait bloc. Le rapport Duron estime qu’il s’agit d’une « piste intéressante » mais la juge plus adaptée « pour le financement de projets d’intérêt local ». En clair, la métropole toulousaine pourrait utiliser la formule pour financer son projet d’une troisième ligne de métro (2 milliards d’ici 2024), mais pas la région pour ses deux LGV.

Pourquoi des LGV tronçonnées ?

En dépit du sondage du groupe de presse régional affirmant que 80% des habitants « plébiscitent » la grande vitesse, la petite musique dissidente des écologistes préférant « les trains du quotidien » à ces travaux « pharaoniques » gagne du terrain. Pourquoi dépenser des milliards pour gagner quelques minutes alors qu’il serait possible de rénover les lignes existantes à moindre coût, demandent en substance les opposants ? Une question reprise par les 16 experts de la « commission Duron ». « Certains membres ont pu s’interroger sur la possibilité de mettre en œuvre d’autres solutions que des lignes nouvelles à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse qui permettraient d’apporter une réponse aussi satisfaisante et peut-être moins coûteuse pour la collectivité », indique le rapport. Carole Delga, mais aussi Alain Rousset en Aquitaine et la SNCF répliquent en expliquant inlassablement qu’il ne faut pas opposer les TGV aux TER : construire de nouvelles lignes permettrait au contraire de multiplier les trains régionaux en libérant des « sillons » sur les lignes actuelles, encombrées par des convois de toute nature (frêt, omnibus, intercités, TGV) et menacées de saturation.

Le rapport Duron prend la présidente de région au mot en proposant de donner la priorité à la résorption des « nœuds ferroviaires » aux abord des métropoles. Il propose de « saucissonner » les deux LGV en commençant par construire des tronçons de lignes nouvelles au sud de Bordeaux et au nord de Toulouse, ainsi qu’à l’ouest de Montpellier en direction de Béziers. Et développer de véritables « RER » autour des métropoles régionales, sur le modèle des trains de banlieue développés par la SNCF il y a 40 ans à Paris. Le rapport cite l’exemple de la ligne Montpellier-Perpignan, qui ne sera pas saturée avant 2030 selon ses calculs. Inutile donc de dépenser immédiatement près de 2 milliards entre Béziers et Perpignan. Mais il pourrait être utile d’engager 950 millions entre Montpellier et Béziers à l’horizon 2028. D’ici-là, Philippe Duron propose de « domestiquer » les TGV sur ce tronçon. « Les mesures de domestication sont des mesures d’exploitation qui visent à faire circuler sur une section de lignes, pendant des périodes déterminées, tous les trains à la même vitesse, indépendamment de leurs statuts (TGV, TER, fret…) », précise le rapport. En clair, on aura des TGV qui rouleront à la même vitesse que les trains de marchandises.

Des trains régionaux (TER) aux trains de banlieue (RER)

A défaut d’aller plus vite, peut-on au moins avoir des trains plus fréquents, toutes les 15 minutes aux heures de pointe ? A ce jour, seul un collectif d’associations toulousaines revendique la mise en place d’un véritable réseau de trains péri-urbains « cadencés » sur trois lignes autour de Toulouse, présenté comme une alternative à la troisième ligne de métro promise par Jean-Luc Moudenc. Trop cher et pas assez efficace, rétorquent les services de la métropole. Carole Delga s’est bien gardée de se mêler à ce débat purement toulousain. La présidente de la région préfère se mobiliser contre la fermeture des lignes desservant les plus zones reculées, comme le folklorique Train Jaune dans les Pyrénées Catalanes, ou développer les « trains à 1 euro » inventés par Christian Bourquin pour remplir les trains les plus désertés.

On cherchera en vain la trace d’un quelconque « RER » dans la future convention que la région doit signer avec la SNCF au mois de mars. A la décharge de Carole Delga, on peut douter que les maires de Béziers ou Montauban soient enchantés à la perspective de multiplier des « trains de banlieue » dans leurs gares respectives. Un TGV, même « domestiqué », c’est quand même plus attrayant pour l’image.

Montpellier : les mannequins connectés de la nouvelle fac de médecine

Montpellier médecine fac

Carole Delga va être surprise. C’est une nouvelle gare que la présidente de région viendra officiellement inaugurer aujoud’hui aux cotés de François Fontès. L’incontournable architecte montpelliérain a dessiné pour la nouvelle faculté de médecine un immense hall d’accueil traversant dont la hauteur sous plafond n’est pas sans rappeler l’intérieur de la gare Saint-Roch. Les 3.600 étudiants ne font que passer dans cette vaste salle vitrée des pas perdus, aussi sonore que lumineuse, avant de s’engouffrer dans l’un des cinq amphithéâtres du rez-de-chaussée ou rejoindre la cafétéria. Le grand escalier qui conduit aux salles de cours dans les étages paraît minuscule dans cette ruche vibrionnante, bruyante et disproportionnée. Des ouvriers s’affairent encore aux dernières finitions de ce bâtiment flambant neuf, recouvert d’inox luisant comme un miroir, qui a coûté plus de 45 millions à la région.

Montpellier médecine

Dans le calme feutré de son bureau de l’ancienne faculté, le doyen Mondain est satisfait à la perspective d’inaugurer enfin un bâtiment ultra-moderne que quatre de ses prédécesseurs ont appelé de leurs vœux. « J’étais interne en 1985 quand l’hôpital Le Peyronie a été ouvert. Mon service qui était encore à l’hôpital Saint-Charles a été le dernier à rejoindre le campus en 1988, on était un peu déconnecté », se souvient le médecin, spécialisé en ORL. A ses yeux, le rapprochement de la faculté avec le CHU était « une évidence ». Mais pas question d’abandonner l’ancien palais épiscopal accolé à la cathédrale pour une faculté qui revendique fièrement sa création par un légat du Pape en 1220. Les étudiants de deuxième et de sixième année continueront de suivre des cours autour de l’ancien cloître. La soutenance des thèses et tous les événements solennels seront toujours célébrés dans les bâtiments historiques de la plus ancienne faculté de médecine de France après Paris.

 » les cours en amphi, c’est fini « 

La construction de la nouvelle faculté ouvre un nouveau chapitre d’une longue histoire. Si la bibliothèque de la faculté conserve des manuscrits rares qui remontent au Moyen-Age derrière les murs de pierre du centre-ville, le béton du nouveau campus se veut en prise directe avec la modernité. Les amphithéâtres sont équipés de caméras, reliées à une régie qui fonctionne comme une chaîne de télévision. Les étudiants peuvent ainsi suivre les cours, diffusés en podcast, en différé. « Les cours en amphi, c’est fini. Nous avons intégré cette évolution de la diffusion du savoir universitaire dès la conception du nouveau bâtiment », dit Michel Mondain. Le doyen de la faculté est toutefois conscient du risque de « déshumanisation » de la transmission des connaissances à l’ère numérique. « Nous mettons l’accent sur la généralisation du tutorat et la pratique clinique. Il est tout de même plus appréciable d’apprendre à exécuter certains geste médicaux sur des mannequins plutôt que sur des patients ».

Montpellier médecine simulation

Bluffant de réalisme, l’un de ces mannequins de nouvelle génération pousse un soupir sur le sol d’une salle de « déchoquage » reconstituée au quatrième étage de la nouvelle faculté. Un autre est installé sur un lit-brancard dans une autre salle. C’est une femme, elle « respire » en faisant légèrement bouger le drap qui la recouvre. Ces mannequins peuvent coûter jusqu’à 150.000 euros. « C’est extra de constater comment le matériel pédagogique a évolué », se félicite Blaise Debien, médecin urgentiste. Directeur du CESU (centre d’enseignement du soin d’urgence), il a déménagé son service, ses mannequins et son ordinateur du CHU pour s’installer dans le nouveau bâtiment de la faculté. De la salle d’accouchement à la chambre du malade, un hôpital fictif a été reconstitué au quatrième étage. Fictif, mais avec tout le matériel authentique qui équipe chacune des salles dite de « simulation ». Ici, étudiants en médecine et futurs infirmiers s’entraînent ensemble à tous les pires scénarios auxquels ils seront bientôt confrontés dans la réalité. « Une première en France », souligne le Blaise Debien.

De la même façon qu’on ne devient pas pilote de ligne uniquement avec des logiciels de simulateurs de vols, on n’apprend pas les gestes qui sauvent en cas d’urgence uniquement sur un écran d’ordinateur. Les nouveaux mannequins « haute-fidélité » du Dr Debien sont équipés du WiFi pour être manipulés à distance par le formateur, mais la technologie ne fait pas tout. « La simulation, ça se joue à 90% lors du débriefing » dit le directeur du CESU. Là aussi, les salles de simulation sont équipées de caméras pour visionner aussitôt le scénario qui a été joué durant l’exercice dans une salle de cours séparée. Il ne s’agit pas de disséquer chaque scène au ralenti, plutôt d’analyser ce qui s’est passé lors d’un dialogue en les apprenants et les formateurs. L’urgentiste « accouche » le ressenti des étudiants, assis en demi-cercle dans son bureau, en compagnie d’une enseignante de l’école d’infirmières. Il n’hésite pas à partager des cas de conscience qui se sont parfois posés à lui lors d’interventions délicate pour aborder les questions éthiques derrière la technique. Ce n’est pas une leçon, il n’y a ni copie, ni crayon. Des tablettes sont toutefois sorties à la fin du cours pour renvoyer à des connaissances et un petit exercice d’évaluation finale. Au fil des ans, le CESU de l’Hérault, né en marge du Samu, a développé ses propres outils pédagogiques. Blaise Debien souhaite désormais partager ses cours, stockés sur son ordinateur, flambant neuf, avec d’autres CHU, facultés de médecine ou instituts de formation para-médicaux, comme ceux de Toulouse. « Nous sommes un laboratoire de recherches pédagogiques », résume l’urgentiste passionné.

« Saurelgrad », le nouveau quartier du maire de Montpellier

Mogère gare et autoroute

Depuis le sommet du nouvel hôtel de ville dessiné par Jean Nouvel et François Fontès, l’incontournable architecte de Montpellier, Philippe Saurel peut surveiller l’inexorable avancée de l’agglomération vers la Méditerranée. Le toit de la future gare TGV émerge au-dessus d’une forêt de pins et de grues, avec le cordon lagunaire des étangs pour horizon. Le maire de la ville veut aussi voir pousser ici un nouveau stade, un « campus numérique » et des milliers de logements autour d’un nouveau « parc urbain » de 30 hectares. Bienvenue dans le futur quartier Cambacérès, vitrine de la métropole du XXIe siècle  ! «  Cambacérès est le plus grand personnage que Montpellier a enfanté  » s’enflamme le maire, féru d’histoire. Philippe Saurel tient à rendre hommage à ce fils d’un ancien maire de la ville qui fut le principal rédacteur du Code Civil sous Bonaparte, franc-maçon notoire et homosexuel supposé.

Georges Frêche avait choisi des références à l’Antiquité gréco-latine (Antigone, le Corum, Odysséum) pour marquer la ville de son empreinte. Son dauphin se veut impérial, napoléonien… et soviétique. Baroque, le maire de Montpellier n’envisage pas d’ériger une statue à la gloire de Cambacérès dans le nouveau morceau de ville qui va émerger sur ces anciens domaines viticoles bordant jadis l’autoroute A9. Non, c’est Youri Gagarine qui surplombera bientôt le double ruban de fer et de goudron de la nouvelle autoroute et de la LGV. La statue en bronze du cosmonaute soviétique sera suivie par celle de la première femme envoyée dans l’espace et de la chienne Leïka, premier être vivant à avoir expérimenté l’apesanteur, détaille Philippe Saurel. Autant de symboles d’une ville qui veut encore et toujours croire à la science et au progrès, aux yeux de celui qui a repris le flambeau du frêchisme triomphant. «  Je suis crypto-communiste  », s’amuse Philippe Saurel.

le magicien d’Oz

Géographe retraité et chroniqueur acéré de la vie régionale, Georges Roques se déclare atterré. « J’étais d’accord avec Saurel quand il critiquait la ZAC prévue autour de la gare et de l’autoroute, mais il retombe dans les même ornières. On va faire des aménagements très coûteux pour construire sur des zones partiellement inondables. Lui et son adjointe à l’urbanisme restent dans la ligne de Frêche, qui a quand même fait des erreurs », regrette l’ancien universitaire, qui prépare un nouveau livre sur les collectivités locales de son cher Languedoc. Même jugement sévère de l’influent ancien président de la chambre de commerce et d’industrie  : « On mange des terrains agricoles entre deux autoroutes alors qu’on nous alerte sur la montée des eaux de la mer. C’est aberrant ! », s’alarme Gérard Borras, qui ferraillait déjà contre les projets jugés pharaoniques de Georges Frêche. A la mairie, Alex Larue enfonce le clou. «  Saurel reconstitue OZ sans le dire  », dénonce le jeune avocat des Républicains qui tente de s’imposer comme le chef de file d’une opposition politique à un maire cultivant le  » flou macronien », au-delà des partis.

Dans les méandres des courants post-socialistes locaux, plus tortueux que le cours endigué du Lez vers la mer, Philippe Saurel se défend de suivre les rails de Jean-Pierre Moure, l’ancien maire (PS) de Cournonsec installé à la tête de l’agglomération par Georges Frêche. « La ZAC OZ était prévue sur 320 hectares, je l’ai ramené à 60 hectares. On a fait ce qu’on a dit ». Le campus universitaire, puis le nouveau stade, sont venus s’ajouter au fil de la pensée d’un maire qui est surtout fier d’avoir  « construit » politiquement une métropole, avec des élus de toute obédience. L’opposition municipale s’insurge toutefois contre le projet de stade destiné à remplacer celui de la Mosson.  » Ce dernier a 50 ans, il est en zone rouge du plan de prévention des inondations et les assurances ne veulent plus payer « , justifie le maire. Des arguments que rejette Alex Larue, qui a demandé en vain à Philippe Saurel un référendum pour valider cet investissement, estimé à 150 millions d’euros.  » La priorité, ce n’est pas le stade, mais le renouvellement de la voirie, la rénovation de l’Ecusson et la rénovation urbaine « , abonde le socialiste Michaël Delafosse.

la « gare betterave » a mangé le Mas Rouge

Sur le pont Gagarine qui vient d’être inauguré, un couple de retraités de la SNCF venus de Saône-et-Loire a fait un détour pour contempler le chantier de la gare. Ils avouent ne pas bien comprendre l’importance d’un tel édifice « pour seulement quatre TGV par jours », loin du centre-ville. Ancien « compagnon de route » de Philippe Saurel, Jean-Pierre Touchat, président du syndicat des commerçants des halles et des marchés de Montpellier, dénonce une future « gare betterave ». A l’inverse, la trentaine d’architectes, artistes ou informaticiens un peu bohèmes qui avaient acheté collectivement en juin 2007 le domaine Fitzgerald, à Lattes, pour vivre et travailler (presque) à la campagne, sont aujourd’hui rattrapés par l’urbanisation à grande vitesse de la métropole. Le chantier de la LGV et de l’autoroute a déjà « mangé » 6 hectares de cet ancien domaine viticole transformé en « résidence d’artistes ». Le nouveau stade de 25.000 places sera érigé à seulement 300 mètres de ces vieux bâtiments bucoliques hantés par des chats en liberté, bientôt frôlés par les TGV et à portée d’oreille de la nouvelle A9. « Les élus locaux sont trop liés au BTP. Ils détestent la critique et décident sans concertation », grince Olivier Gounon Ascain, architecte retraité de l’atypique phalanstère du Mas Rouge. Ces pionniers du co-working et de l’habitat participatif peuvent être d’autant plus amers qu’ils sont le « cœur de cible » revendiqué par Philippe Saurel pour son nouveau quartier, qui doit faire la part belle aux  » industries créatives « . Mais pas à la même échelle.

Mogère Mas Rouge
la future gare TGV de la Mogère vue du Mas Rouge à Lattes

Le maire de Montpellier a retenu l’agence XDGA pour dessiner le visage de son futur quartier. Xaveer de Geyter n’est peut-être pas Ricardo Boffil, mais il travaille déjà sur le campus technologique de Paris-Saclay. L’architecte belge s’est contenté pour l’instant d’esquisser les lignes du futur « bâtiment totem » de la French Tech, une  » halle  » de 12.000 m2 qui doit faire la jonction entre Odysseum et la nouvelle gare, à la manière du Polygone entre la Comédie et Antigone. L’idée est de faire co-exister les jeunes pousses du numériques qui s’épanouissent actuellement dans l’ancienne mairie, des universitaire et des chercheurs sous une sorte de  » serre-usine « . Contrairement à la tour de Saint-Roch qui sera verticale, le  » totem  » de Cambacérès sera horizontal. Une sorte de  » centre commercial  » sans commerces ni bureaux fixes, à mi-chemin entre le parc des expositions et les  » campus  » californiens de Google ou Facebook dans la Silicon Valley. «Un hôtel de coworking  » résume Philippe Saurel. L’architecte belge a aussi dessiné le parvis de la future gare, plantée aujourd’hui au milieu des champs, qui accueillera en 2020 la prolongation de la ligne 1 du tramway.

Dans l’esprit de Philippe Saurel, la gare TGV n’est pas le terminus du tram, qui devra s’étendre à terme jusqu’à l’aéroport. « J’ai obtenu l’accord de principe de la communauté d’agglomération du pays de l’Or. On ne se fait plus la guerre », se félicite le maire de Montpellier, qui rêve tout haut de réaliser  » le hub  » voulu en son temps par Georges Frêches pour regrouper le fer, la route et les airs à deux pas de la mer. « C’est la grande affaire des cinquante années à venir  ». La question des terres inondables est balayé d’un revers de la main par celui qui se voit déjà membre du syndicat mixte des étangs du littoraux, dont le siège est à Villeneuve-lès-Maguelone. « J’ai survolé la zone en hélico avec mon fils, ingénieur. Les travaux de transparence hydraulique et les bassins de rétention sont bien dimensionnés », assure-t-il. Le tzar lui-même s’est-il arrêté aux marais pour construire Saint-Pétersbourg  ? Derrière  » Saurelgrad « , c’est bien l’extension du domaine de la métropole jusqu’à la mer qui reste l’objectif.

Montpellier et la (mauvaise) Comédie Sauramps

sauramps

La reprise des librairies Sauramps est devenue une affaire nationale depuis l’annonce prématurée de son rachat, au début de l’année, par Matthieu de Montchalin, libraire à Rouen. Le tribunal de commerce de Montpellier a sèchement retoqué l’offre du propriétaire de l’Armitière. Le libraire normand, qui préside également le syndicat de la librairie française (SLF), affirmait pourtant être en mesure de mettre 3,6 millions sur le table. Il était attendu comme «  le sauveur  » par Jean-Marie Sevestre, PDG de Sauramps depuis 2004 et ancien président du SLF, qui espérait conclure la cession pour Noël. Un petit arrangement entre présidents sévèrement critiqué par Christian Thorel, fondateur historique du SLF et patron de la librairie Ombres Blanches à Toulouse, sur le site en ligne ActuaLitté. L’actuel  président du SLF a répliqué dans les colonnes de Livres Hebdo, le journal de référence des libraires (accessible sur abonnement). Ambiance !

Ecarté par les actionnaires mais plébiscité par la plupart des 140 salariés du groupe, Benoît Bougerol est remis en selle par le tribunal de commerce. Le propriétaire de la Maison du Livre de Rodez confirme qu’il déposera une nouvelle offre d’ici le 6 juin, date limite de dépôts des candidatures. Le libraire aveyronnais, qui a déjà racheté la librairie Privat de Toulouse en 2013, affirme être soutenu par le ministère de la Culture via le centre national du livre et par l’ADELC, une association qui regroupe la plupart des grandes maisons d’édition. Il a lui aussi présidé le SLF, avant Matthieu de Montchalin et Jean-Marie Sevestre. D’autres candidats vont-ils déposer une offre, parmi la dizaine qui ont demandé à voir le dossier ? Le tribunal de commerce devrait se prononcer fin juin.

Les abstentionnistes, vainqueurs du premier tour ?

Le « parti des pêcheurs à la ligne » progresse dans les campagnes et l’emporte dans les métropoles

Jour Debout

En dépit d’un « match à quatre » qui s’annonçait serré, les instituts de sondage ont pronostiqué dès 20h un deuxième tour Macron/Le Pen pour le 7 mai. Mais les premiers résultats définitifs de la soirée ont fugitivement dessiné d’autres duels possibles selon les départements. Comment vont réagir les électeurs lotois, qui auraient préféré un match Macron/Mélenchon ? Ou les Lozériens, qui auraient voulu opposer François Fillon à l’ancien ministre de l’économie de François Hollande ?

Dans les dix départements à dominante rurale de la région Occitanie qui avaient terminé le dépouillement des bulletins de vote avant minuit, seul le Tarn avait retenu la combinaison gagnante au niveau national (avec un ballotage légèrement favorable à la candidate du FN sur le leader d’En Marche). Partout ailleurs, toutes les autres combinaisons étaient possibles. Emmanuel Macron bascule en tête dans quatre départements (Aveyron, Gers, Lot, Hautes-Pyrénées), Marine Le Pen dans quatre autres (Aude, Pyrénées Orientales, Tarn, Tarn-et-Garonne).

A la vérité, c’est un troisième larron qui rafle la mise en Occitanie : le parti des « pêcheurs à la ligne ». Les abstentionnistes pèsent entre 15% (Gers) et 21% (Pyrénées Orientales) des électeurs inscrits. Le phénomène enregistre une hausse moyenne de 2 à 3 points par-rapport au premier tour de l’élection présidentielle de 2012. Les suffrages non-exprimés sont parfois plus nombreux que ceux qui se sont portés sur le candidat arrivé en deuxième position. Si les scores étaient exprimés par rapport aux électeurs inscrits, il faudrait qualifier le « parti des pêcheurs à la ligne » dans cinq départements sur dix (Aude, Ariège, Hautes-Pyrénées, Pyrénées Orientales, Tarn-et-Garonne). Les Ariégeois auraient qualifié le seul Jean-Luc Mélenchon, alors que les Audois, les Catalans et les habitants du Tarn-et-Garonne se seraient contentés du FN.

Les urbains ont été encore plus nombreux à bouder les urnes. Avec respectivement 26,52% des inscrits à Toulouse qu’aucun scrutateur n’a vu passer dans les bureaux de vote et 25,04% à Montpellier, les abstentionnistes apparaissent comme les grands vainqueurs de ce premier tour,. Ils sont loin devant les partisans de Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, les deux candidats préférés des citadins qui prennent encore le temps d’aller voter. Dans la « ville rose », où le candidat du PS chute à 10% des suffrages exprimés (7,48% des inscrits), l’abstention a fait un bond de cinq points en cinq ans. La seule satisfaction des derniers des Mohicans du PS de François Mitterrand aura été de rester devant le FN (6,77% des inscrits) à Toulouse… mais pas à Montpellier.

Le chant du cygne des partisans

« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? » Alors que tous les partis se mettent en formation pour l’élection présidentielle, mère de toutes les batailles politiques de ce pays, un institut de sondages a joué les oiseaux de mauvaises augures cet été. Les primaires s’annoncent acharnées, au PS comme chez Les Républicains et même parmi les derniers écologistes d’EELV. Cette étude d’opinions publiée en pleine canicule aoûtienne est venue jeter un froid chez les militants les plus enflammés. Selon les chiffres compilés par l’institut Elabe, 31% des personnes interrogées pour différents sondages se déclaraient « sans préférence partisane » au deuxième trimestre. Soit davantage que celles qui se disaient proches du parti de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé (16%) ou de François Hollande et Arnaud Montebourg (14%). En clair, le premier parti de France est celui des « sans partis ».

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Il ne faut pas confondre ces orphelins politiques avec les abstentionnistes. Certes, le « parti des pêcheurs à la ligne » progresse inexorablement, de scrutins en scrutins. Le principe même d’une campagne électorale consiste à partir « à la pêche » aux électeurs indécis qui feront la différence dans les urnes, au-delà des bataillons de militants mobilisés pour les convaincre. L’adoption du système des primaires par les principaux partis de gouvernement a définitivement entériné cette vision somme toute très bolchévique d’une « avant-garde » plus ou moins éclairée, ouvrant la possibilité à des « compagnons de route » plus nombreux de désigner le général qui conduira la bataille. La difficulté des partis à attirer des sympathisants, même provisoires, devient un supplice pour les instituts de sondage, habitués à classer ses panels selon un axe droite/gauche. Quand le citoyen fait la grève du vote, le sondé refuse d’être catalogué.

Béziers rive droite, Montpellier rive gauche

Sommé de voter avant l’heure par les instituts de sondage, les indécis ont toujours la capacité de se déclarer « sans opinion ». Mais les sondeurs, comme les partis, veulent savoir si ces refuzniks du marketing politique sont plutôt de droite, ou plutôt de gauche. Comment mesurer les défections si les silencieux demeurent obstinément muets ? Dans une première étude publiée en mai 2016 sur les chiffres du premier trimestre, l’institut Elabe diagnostiquait « un état de décomposition avancée » des deux principaux partis, de droite et de gauche. L’analyste de l’institut rappelle que le PS et l’UMP totalisaient 54% des préférences partisanes avant l’élection présidentielle de 2008, selon une étude du CEVIPOF. Ces chiffres n’étonnent pas le maire (DVG) de Montpellier. « Les partis politiques connaissent une crise de confiance inégalée », assène Philippe Saurel, qui a quitté avec fracas le PS. Il a rêvé, en vain, d’importer dans la région un mouvement du type Podemos.

Le grand gagnant de cette défiance généralisée envers les partis politiques traditionnels semble être le FN. En mai 2016, 15% des personnes interrogées se déclaraient « proches » du parti de Marine Le Pen. Le FN dépassait même LR et le PS chez les jeunes de 25 à 34 ans (19%) ou chez les ouvriers (29%). Pour autant, le parti frontiste subit lui aussi une érosion de ses sympathisants déclarés au deuxième trimestre (-1,4%), selon Elabe. Au plan local, aucune étude ne permet de savoir si un Louis Aliot « pur sucre » à Perpignan pâtit davantage de la situation qu’un Robert Ménard, semant le trouble en invitant « la droite hors les murs » au mois de mai dernier. Le « Podemos de droite » annoncé par le maire (RBM) de Béziers a fait flop. Une « erreur politique majeure et historique » a sévèrement jugé Marion Maréchal Le Pen, en claquant la porte de l’improbable « Front de droite » que l’ex-journaliste trotskyste, ancien fondateur de Reporters sans Frontières, voulait créer à la droite de la droite, à la manière de Jean-Luc Mélenchon à gauche.

La défiance envers les partis politiques nourrira à n’en point douter d’autres initiatives de ce type, sur la rive droite de l’Orb, la rive gauche du Lez ; et bien au-delà de l’Hérault.

Sur les rails

TRAM Metro 1

Et si on prolongeait le métro de Toulouse jusqu’à… Montpellier  ? Jadis, Georges Frêche rêvait de s’offrir le premier métro automatique développé par Matra. En 1983, le bulletin municipal de Montpellier annonce triomphalement que le quartier de La Paillade sera relié au centre-ville dès 1987, et la mer en 1989. Moralité  : les promesses n’engagent que ceux qui les croient. C’est finalement Dominique Baudis qui se fera élire cette année-là à Toulouse avec son projet de métro contre les socialistes, qui préféraient le tramway. La première ligne de métro ne sera inaugurée que dix ans plus tard, en 1993.
Aujourd’hui, l’agglomération de Montpelllier dispose de quatre lignes de tram qui couvrent 63 kms alors que la ville de Toulouse n’est traversée que par deux lignes de métro (28 kms) qui peinent à franchir le périphérique. Moralité  : le tramway est bien plus «métropolitain» que le métro. Ce n’est pas Alain Juppé, qui vient d’annoncer l’extension du tram de Bordeaux jusqu’à l’aéroport de Mérignac pour 2019, qui dira le contraire. Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc (LR), entend cependant faire mentir la vision d’un métro strictement municipal. Il s’est fait élire en 2014 en proposant une troisième ligne de métro qui relierait les usines Airbus de Colomiers à Labège pour moins de 2 milliards d’euros.

Qui paie décide. A Toulouse, c’est Airbus

Annoncé pour 2024, le projet baptisé Toulouse Aerospace Express n’existe que sur le papier. Il n’est pas financé à ce jour et n’a pas encore de terminus bien définis. Sera-t-il prolongé au-delà de la zone industrielle du Palays, où Airbus assemble des satellites ? Le secteur est plus connu pour son péage autoroutier et ses bouchons quotidiens. Les élus et les chefs d’entreprises du Sicoval, qui ont développé autour de Labège une «  Innopole  » qui pèse 20.000 emplois, accusent le maire de Toulouse d’avoir «  détourné  » le projet initial de prolongement de la ligne B du métro, arraché de haute lutte en 2012 au profit d’une ligne nouvelle, plus chère. Intraitable, Jean-Luc Moudenc, soutenu pas les maires de Colomiers (PS) et Blagnac (PRG), donne la priorité à la résorption des bouchons qui débordent aussi sur les rocades de l’ouest, à l’entrée des usines et des bureaux d’Airbus. Circonstance aggravante  : Labège et la communauté d’agglomération du Sicoval n’appartiennent pas à Toulouse-Métropole. Moralité  : qui paie décide. A Toulouse, c’est Airbus. Le groupe verse chaque année 27 millions de versement transport au syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération.

la solution du train et la question des TGV
Au-delà de la guerre de tranchée qui a repris entre le Capitole et le PS sur la question du prolongement de la ligne B, il existe pourtant une solution simple à mettre en œuvre pour relier Labège au centre de Toulouse rapidement et à moindre coût  : le rail. Une association d’usagers a récemment lancé une pétition pour réclamer davantage de trains le matin entre les deux gares. A seulement dix minutes de la gare Matabiau, la petite gare de Labège est la première halte sur la ligne Toulouse-Narbonne. Mais la plupart des trains qui circulent sur la ligne ne s’y arrêtent pas. Carole Delga, qui a lancé les Etats Généraux du rail en avril dans la banlieue de Montpellier, ne semble pas disposée à croiser le fer avec Jean-Luc Moudenc dans l’agglomération toulousaine. La nouvelle présidente socialiste de la région sait qu’elle doit trouver au bas mot 13 milliards d’euros pour les deux nouvelles lignes à grande vitesse Bordeaux-Toulouse et Montpellier-Perpignan, annoncées depuis des décennies mais toujours pas réalisées. Le calendrier et le financement des TGV de la région ne sont pas davantage assurés que le futur métro de sa capitale.
Moralité  : prenez le bus  ! Depuis le 21 avril, une compagnie allemande d’autocars low-cost propose des trajets à 9 euros entre Toulouse et Montpellier.

chronique pour la nouvelle revue Politic Région