Les ours à l’heure des soustractions dans les Pyrénées

Ourse ourson

Les deux oursons de Sorita, l’une des deux femelles importées de Slovénie et réintroduites l’automne dernier dans les Pyrénées Atlantiques, sont probablement décédés. Ils avaient été aperçus pour la première fois le 17 avril par un agent de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) sur les hauteurs de Luz Saint-Sauveur (Hautes-Pyrénées), mais leurs dernières traces dans la neige remontent au 1er mai. Les petits ont probablement été tués par un ours qui cherche à se reproduire, indique l’ONCFS dans un communiqué. Des agents ont en effet aperçu la femelle en compagnie d’un ours mâle le 8 mai dernier et ont remarqué que ses déplacements étaient incompatibles avec la présence des oursons à ses cotés.

Le décès des deux oursons, qui doit encore être confirmé par des recherches sur le terrain, arrive comme un bémol supplémentaire à la nouvelle vague de réintroduction des plantigrades dans les Pyrénées. Annoncée par Nicolas Hulot, alors ministre de l’Ecologie, mais fortement contestée par la plupart des éleveurs, l’opération consiste à renforcer le noyau béarnais où aucune naissance d’ourson n’a a été constaté depuis des années, faute de femelles. Il ne subsisterait plus que deux mâles dans le secteur. Selon les derniers comptages, on recensait 40 ours « détectés » dans les Pyrénées en 2018, contre 43 en 2017. Plusieurs ours manquent à l’appel, morts ou trop discrets pour avoir été repérés. Depuis le début des opérations de réintroductions dans les années 90, la population augmentait chaque année par le jeu des naissances, supérieures aux décès enregistrés.

Un ou des ours « à problèmes » ?

Parmi les ours disparus figure Pyros, père de la plupart des ours nés dans les Pyrénées. C’est pour remplacer ce mâle jugé trop dominant, à cause des risques de consanguinité, qu’un premier lâcher a eu lieu en 2016 coté espagnol. Las, son successeur baptisé Goiat, est considéré comme « un ours à problème ». L’animal s’est attaqué à plusieurs reprises à des chevaux, des proies bien plus imposantes que les brebis qui tombent régulièrement sous les griffes des plantigrades. Des éleveurs réclament son retrait, coté français et espagnol. Le 9 mai, l’ONCFS a confirmé le comportement « anormalement prédateur » de Goiat. Le préfet des Hautes-Pyrénées s’appuie sur ce rapport pour envisager des « tirs d’effarouchement » avec des balles en plastique. Contrairement au loup, l’espèce  n’est pas considéré comme suffisamment « viable » pour autoriser un abattage pur et simple. Il peut être envisagé en dernier recours de capturer l’animal, mais pas de le tuer. Les Espagnols ont déjà capturé Goiat l’an dernier pour lui poser une nouvelle balise GPS avant de le relâcher, au grand désespoir des éleveurs anti-ours. « Étant donné que la viabilité à long terme de la population ursine n’est pas assurée, en cas d’élimination, le remplacement de l’individu éliminé par un nouvel individu sera effectué », précise le protocole « ours à problème ».

La révision de ce protocole offre l’occasion d’une nouvelle passe d’armes entre pro et anti-ours. Soucieux de donner l’impression aux éleveurs qu’ils sont entendus, le gouvernement envisage de généraliser les « effarouchements » y compris en Ariège, où sont concentrés la plupart des ours… et des anti-ours les plus virulents. Ceux-ci avaient déjà « accueillis » les précédentes réintroductions à coups de casseroles dans la montagne et de coups de fusil… en l’air. Consulté, le conseil national de protection de la nature (CNPN) a donné un avis négatif. Aux yeux de ces spécialistes, permettre les effarouchements en Ariège constitue « une dérive dangereuse laissant entendre que tous les ours sont considérés comme des «ours à problème ». A l’appel des associations pro-ours, des milliers de personne ont également fait connaître leur désapprobation sur le site internet ouvert à la consultation jusqu’au 14 juin. Le préfet de la région Occitanie doit présenter la « feuille de route » pastoralisme et ours jeudi 6 juin à Toulouse, mais à qui ? Les associations pro-ours ont annoncé qu’elles boycotteraient ce plan de « fausse route ». Les associations d’éleveurs anti-ours manifesteront également leur désapprobation en jouant la politique de la chaise vide.

Les lacrymos plus forts que les gaz à effet de serre à Toulouse

Marx climat
Drôle de climat à Toulouse. Le collectif citoyen pour le climat a préféré appeler ses troupes à manifester vendredi soir avec les jeunes dans la ville rose, plutôt que samedi comme dans la plupart des villes de France. Une banderole de ce collectif, né au lendemain de la démission de Nicolas Hulot du gouvernement, figurait pourtant bel et bien dans le traditionnel cortège des Gilets Jaunes qui a défilé sur les boulevards dès le début de l’après-midi. Mais elle a disparu avant la fin de journée, qui s’est achevée en dépit d’un soleil éclatant sous un nuage de gaz lacrymogène. Comme d’habitude.

Les écologistes qui refusent de choisir entre «  la fin du monde et la fin du mois  » avaient à cœur de manifester aux cotés des Gilets Jaunes. C’est le cas de Michaël, 32 ans, qui a retrouvé pour l’occasion des amis de Lannemezan (Hautes-Pyrénées) portant la chasuble fluo. « Eux, ce sont de vrais écolos » affirme ce jeune homme barbu qui habite dans une petite commune périphérique au sud de la métropole. Michaël explique n’avoir pas voulu rejoindre les Gilets Jaunes sur les ronds points de Roques-sur-Garonne. Il est venu avec un panneau proclamant « manger tue », déjà brandie la veille dans les rues de Toulouse. Au verso de son carton, Michaël affiche son soutien à la campagne contre les pesticides agricoles lancée par Fabrice Nicolino réclamant « des coquelicots ». La pancarte a attiré Véronique, une ancienne conseillère municipale de gauche qui occupe tous les week-ends un rond-point au nord de Toulouse et a également signé l’appel du journaliste militant de Charlie Hebdo  ; ça crée des liens.

Les autres sympathisants de la cause climatique ont préféré défilé avec les lycéens la veille au soir. Ils étaient plusieurs milliers en dépit du mauvais temps. Ceux-là ne sont pas revenus samedi, malgré le retour d’un soleil printanier. Les ponts sont coupés avec les Gilets Jaunes depuis le 8 décembre dernier. Dès les premiers pas de cette première manifestation commune, des éléments incontrôlés avaient provoqué les policiers qui ont aussitôt riposté par une pluie de gaz lacrymogène, coupant l’imposant cortège en deux. De nombreux manifestants n’ont pas compris ce qui s’était passé. Ils n’ont pas davantage compris pourquoi deux journées de manifestations étaient proposées cette fois à Toulouse. « Le contexte local nous impose de penser différemment », a tenté d’expliquer le collectif citoyen pour le climat. Les militants bénévoles du collectif ne voulaient pas prendre la responsabilité d’une manifestation risquant de dégénérer dans l’un des bastions des Gilets Jaunes. Ils regrettent surtout le climat de violence qui s’est installé depuis des semaines dans la ville rose, interdisant selon eux de manifester en famille, avec les enfants.

scouts climat (2)

Dorothée est pourtant venue avec son fils et sa fille, âgés de moins de huit ans. Jonathan, l’aîné, a confectionné lui-même une petite pancarte décorée de deux feuilles de laurier. « Je ne pouvais pas venir vendredi soir parce que je travaillais, mais j’avais promis à Jonathan qu’on irait manifester pour la planète » explique la jeune maman. Dorothée a prévu de s’esquiver avant la fin du défilé afin de ne pas exposer ses enfants. Un groupe d’une dizaine de scouts en uniformes rejoint aussi le cortège en cours de route. « Nous étions plus nombreux hier » confie Jean-Paul, 25 ans. « Certains parents ne sont pas d’accord avec les Gilets Jaunes et ont refusé qu’on amène leurs enfants aujourd’hui », ajoute le chef de patrouille.
Moudenc conspué et Rouillan incognito
Minoritaires, les pancartes pour le climat sont submergées dès le début du défilé par les chants et les slogans habituels des Gilets Jaunes. Les militants d’extrême-gauche, qui se sont imposés en tête de cortège, affirment à plein poumon qu’ils sont « plus chauds qu’un lacrymo », ou encore que « tout le monde déteste la police ». Pour preuve, des projectiles sont lancés en direction des forces de l’ordre déployés devant la cathédrale et la préfecture. Mais les gendarmes mobiles ne bronchent pas. Jean-Marc Rouillan passe à deux pas d’un militaire dont le bouclier est maculé de peinture jaune. L’ancien leader toulousain d’Action Directe s’est mêlé incognito à la foule de plusieurs milliers de personnes qui défilent dans une ambiance globalement bon enfant. Un peu plus loin, sur les bords de la Garonne, le cortège croise le maire de Toulouse, soutien affiché d’Emmanuel Macron, qui vient de rendre visite à un stand de la Croix Rouge installé sur le quai de la Daurade. Les quolibets et les insultes fusent, mais aussi quelques projectiles. « En polystyrène », précise Jean-Luc Moudenc. « Je refuse de m’interdire de sortir car cette minorité ne doit pas installer un climat de terreur », ajoute-t-il sur sa page Facebook. Le maire de la ville a reçu le soutien de nombreux élus, y compris de gauche. « Je condamne ferment cette violence » a rapidement réagit Pierre Cohen, son prédécesseur socialiste au Capitole, sur Twitter.

gaz climat

Les véritables heurts ont commencé une heure plus tard, non loin de l’église Saint-Sernin, quand des pétards et des feux d’artifice sont tirés vers des policiers qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes. Le cortège, qui a fondu au soleil après plus de 2 heures de marche autour du centre-ville, est coupé en deux  : une partie des manifestants se dirige vers la place du Capitole alors que l’autre, poussé par 13 fourgons de CRS, gyrophares allumés, poursuit son chemin sur les boulevards. Le camion à eau finit de disperser la dernière poignée de manifestants. L’hélicoptère de la gendarmerie, appelé comme chaque samedi pour surveiller la dispersion des différents groupes qui jouent au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, a encore survolé la ville pendant une vingtaine de minutes jusqu’à la tombée de la nuit.

Des ours même sans Hulot dans les Pyrénées ?

ours Balès

La démission-surprise du ministre de l’Ecologie laisse opposants et partisans de l’ours dans l’expectative. Le départ de Nicolas Hulot pourrait-il signifier l’abandon de la réintroduction de deux femelles dans les vallées du Haut-Béarn (Pyrénées Atlantiques) cet automne ? Fin juillet au ministère, Nicolas Hulot avait laissé entendre aux parlementaires du département que sa démission était dans la balance pour tenir sa promesse, annoncée en mars dernier. D’autres élus, majoritairement hostiles au projet, ont directement fait valoir leurs arguments à Emmanuel Macron lors de sa visite à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) à l’occasion du passage du Tour de France. Le président de la République et son premier ministre se sont bien gardés de dire jusqu’à présent s’ils avaient donné un feu vert ou rouge à l’opération, aussi symbolique que politique.

Les opposants, qui avait adressé une lettre ouverte à l’Elysée dès le lendemain de l’annonce de Nicolas Hulot pour lui demander de ne pas « rallumer la guerre de l’ours », ont une nouvelle fois manifesté ce mercredi à Etsaut, l’un des rares villages de la vallée d’Aspe ouvertement favorable aux plantigrades. La manifestation était prévue de longue date, dans l’espoir d’y croiser Nicolas Hulot qui avait annoncé sa visite sur le terrain. A défaut de pouvoir interpeller le ministre, des cadavres de brebis mortes ont été déposés devant la mairie et des poches de sang lancées sur la façade. La maire, Elisabeth Médard (PS), a annoncé son intention de porter plainte.

L’épisode rappelle une manifestation similaire organisée à Arbas (Haute-Garonne) en 2006, lors des dernières réintroductions d’ours en provenance de Slovénie. Cinq plantigrades (4 femelles et un mâle) avaient alors été relâchés dans les Pyrénées Centrales(Haute-Garonne et Hautes-Pyrénées), dans un contexte tendu. La plupart des huit ours importés depuis 1996 sont aujourd’hui décédés, parfois de mort violente. Mais leur descendance, relativement prolixe, a assuré à ce jour la présence d’une quarantaine d’ours dans les Pyrénées Centrales. En moyenne, la population a cru de 13,5% par an. C’est encore trop peu pour garantir une population viable aux yeux des spécialistes du Muséum d’Histoires Naturelles, qui insistent depuis des années sur l’urgence de relâcher des femelles dans le dernier noyau des Pyrénées Occidentales, où ne subsistent que deux mâles depuis la mort de Cannelle, tuée par un chasseur en vallée d’Aspe en 2004. Mais c’est déjà trop pour de nombreux éleveurs. Surtout en Ariège, où se concentrent l’essentiel des ours… et des attaques. L’arrivée annoncée du loup vient encore renforcer le refus du retour des prédateurs dans la montagne. Même les vautours, rapaces nécrophages, sont suspectés d’être devenus carnivores par des éleveurs pour qui le sujet est devenu ultra-sensible.

Dans ce contexte pré-hystérique, les associations favorables à l’ours font profil bas. « On est inquiet » reconnaît Alain Reynes, directeur de l’association Adet-Pays de l’ours qui a mené les premières réintroductions en Haute-Garonne. Le militant se souvient de l’annonce de la réintroduction d’une femelle dans le Béarn par Chantal Jouanno en 2010, démentie par Nathalie Kosciusko-Morizet qui lui avait succédé en 2011. Comme Jérôme Ouillon, son homologue du FIEP (Fond d’intervention éco-pastoral) basé à Oloron (Pyrénées Atlantiques), il veut croire que Nicolas Hulot avait bien obtenu un arbitrage gouvernemental avant d’annoncer le lâcher des deux femelles au printemps dernier. Les associations peuvent aussi s’appuyer sur les résultats de la concertation organisée par le préfet des Pyrénées Atlantiques qui révèle une adhésion majoritaire (près de 90%) au projet, y compris dans les communes montagnardes du Haut-Béarn (58%). A Pau, la préfecture fait comme si le projet n’était pas remis en cause. Elle a fait preuve d’une certaine transparence en publiant l’épais dossier technique sur son site Internet. On y apprenait que le budget de l’opération était évalué à 110.600 €, dont 45.000 € pour les opérations de piégeage en Slovénie et 15.000 € pour le transport. Le document précisait également que l’opération pourrait être reportée au printemps 2019 si nécessaire.

 

Un ourson perdu, capturé puis relâché dans les Pyrénées

Ourse ourson

Un ourson isolé, âgé de 6 mois environ, a été trouvé jeudi soir par un ou des promeneurs sur la commune de Fos (Haute-Garonne). Les conditions de sa découverte, à deux pas de la route qui mène en Espagne en suivant la vallée de la Garonne, demeurent inexpliquées. L’animal était déshydraté et en hypoglycémie, indique la préfecture dans un communiqué. Le ministère de l’Ecologie a autorisé en urgence sa capture. Requinqué, l’animal a aussitôt été relâché dans la nuit, non sans avoir été équipé d’un émetteur posé dans une oreille. “ Dans un secteur à même de lui assurer des conditions de sécurité, de quiétude et de ressources plus favorables, et où sa mère potentielle avait été localisée peu de temps auparavant ”, précise le communiqué.

Les autorités françaises ont manifestement tiré les enseignements du précédent malheureux d’Auberta, une oursonne trouvée dans des conditions similaires à quelques kilomètres de là, coté espagnol, en 2014. L’animal avait alors été placé dans un enclos caché dans la montagne, à l’abri des curiosités. Surveillé par des caméras, il avait pu poursuivre sa croissance durant tout l’été. Mais Auberta est finalement décédée en novembre dans son enclos, peu de temps après avoir été opérée pour être équipée d’un émetteur intra-abdominal en prévision de sa libération dans la nature. Le sort de l’oursonne avait suscité beaucoup d’émotions. Il embarrassait manifestement les autorités locales du Val d’Aran, enclave gasconne bénéficiant d’une certaine autonomie au sein de la région autonome catalane. Les élus locaux aranais avaient proposé à la France de relâcher la petite femelle en Béarn, où ne subsistent que deux mâles. Ils ont encore récemment adopté une motion hostile au mâle slovène réintroduit par les Catalans avec l’aide de l’Europe en 2016, accusé de faire trop de dégâts dans les troupeaux.

Le contexte a changé coté français, puisque Nicolas Hulot a décidé de relâcher deux femelles adultes cet automne dans les Pyrénées Atlantiques. La question du maintien des derniers ours du noyau occidental est posée depuis la mort de Cannelle, tuée par un chasseur en 2004. La survie de l’ourson trouvé à Fos, elle, n’est pas assurée. Mais elle ne remet pas fondamentalement en cause l’existence de ce noyau central, désormais fort d’une quarantaine d’individus, tous issus des ours relâchés en provenance de Slovénie.

L’ourson de Fos, dont le sexe n’a pas été précisé, a été rapidement relâché après un court séjour en cage de seulement quelques heures. L’équipe technique chargée su suivi des ours espère qu’il arrivera à survivre, même s’il ne retrouve pas sa génitrice. L’ourson de Cannelle, tué à la Toussaint, avait survécu à la mort de sa mère. Les oursons de Mellba, l’une des deux premières ourses slovène également tuée par un chasseur en Haute-Garonne, avaient eux-aussi pu passer l’hiver. Ces petits orphelins de l’automne étaient toutefois moins dépendants que l’ourson de Fos. La préfecture recommande de tenir son chien en laisse quand on se promène en montagne afin d’éviter qu’il perturbe une ourse avec ses petits. C’est vraisemblablement ce qui c’est produit il y a quelques jours dans le secteur de Fos, où deux promeneurs ont rapporté avoir été “chargés” par une ourse. Sans doute la mère du petit abandonné. Des randonnées naturalistes sont également organisées depuis l’an dernier autour du site où ont eu lieu les premières réintroductions d’ours dans les Pyrénées, il y a vingt ans.