Retour des Gilets Jaunes dans la ville rose contre « la dictature sanitaire »

Environ 4.000 personnes ( 2.800 selon la police, jusqu’à 10.000 selon les initiateurs anonymes de cette manifestation non déclarée en préfecture) venues de toute la région ont défilé à Toulouse contre la vaccination obligatoire et la généralisation d’un « pass sanitaire » annoncées par le président de la République en début de semaine. Le préfet, Etienne Guyot, avait interdit la veille tout rassemblement au centre-ville en invoquant des « troubles à l’ordre public » lors d’une précédente manifestation improvisée le 14 juillet, en marge des célébrations officielles de la Fête Nationale.

Réunis à 14h devant la station de métro Jean Jaurès, les manifestants sont partis en défilé sur les boulevards qui ceinturent le centre historique dans une ambiance très Gilets Jaunes.  » On est là, puisque Macron ne le veut pas  » entonne le cortège après une courte Marseillaise. De nombreuses pancartes improvisées s’ébranlent sous les platanes en rangs serrés.  » Pass sanitaire, on va pas se taire », proclame la banderole de tête. Tout est bon pour dénoncer une « dictature sanitaire ». Certains en appellent à la Résistance et Jean Moulin, une soignante en blouse blanche arbore une étoile jaune avec la mention « non vaccinée ». Les slogans réclamant la démission d’Emmanuel Macron fusent. « Liberté, liberté« , scandent les manifestants.

Dans la foule, le port du masque est minoritaire. Des antivax déterminés côtoient ceux qui se méfient des nouveaux vaccins à ARN.  » Je ne suis pas contre les vaccins en général, mais je préfère attendre celui de Sanofi «  explique Nelly, 71 ans, venue de Pontoise et militante de la première heure des Gilets Jaunes dans le Val d’Oise. Dominique, ouvrier retraité de l’usine AZF, refuse lui aussi de se faire piquer. Cet ancien syndiqué à la CGT d’origine espagnole a fait toutes les manifs contre les retraites avec son gilet fluo. Mais la tentative de certaines organisations proches de l’extrême-gauche locale d’étendre les revendications aux réformes annoncées de l’assurance chômage et des régimes de retraites a fait flop. Le défilé ne voit pas rouge, il rit jaune. Parfois sous la bannière tricolore.

Un collègue du groupe de Gilets Jaunes de Dominique qui avait l’habitude de se retrouver autour de la fontaine du poète Goudouli n’a pas enfourché son vélo pour suivre le défilé. Il est resté devant la station de métro pour distribuer des tracts. Faute de pouvoir accéder à la place Wilson, barrée par un cordon de CRS, il aiguille les retardataires vers la manifestation qui a marché jusqu’à la place Arnaud Bernard, avant de revenir sur ses pas. « Vaccinés, soyons solidaires des non vaccinés« , exhorte le flyer jaune qui présente les injections comme « un essai thérapeutique ».

Figure incontournable des manifestations dans la ville rose, Odile Maurin a fait le déplacement dans son fauteuil roulant. Conseillère municipale d’opposition, la militante qui a rejoint Archipel Citoyen précise qu’elle est favorable à la vaccination, mais hostile à rendre les injections obligatoires. Jean-Christophe Selin, ancien conseiller régional et municipal (Parti de Gauche), s’est aussi mêlé à la foule. Mais les troupes de La France Insoumise ont visiblement suivi les consignes de modération de Jean-Luc Mélenchon en évitant de se mélanger ostensiblement au « gloubi-boulga ». A l’inverse, les adeptes du complotiste François Asselineau ou de Debout La France ont revendiqué bruyamment leur participation à la manifestation sur les réseaux sociaux.

Restant en lisière du périmètre interdit, le cortège a été suivi toute l’après-midi par des policiers qui ont pris soin de rester en retrait. Les derniers manifestants (environ 200) ont finalement été dispersée vers 17h par des lacrymos devant le Palais de Justice. Le gros des troupes avait préféré s’arrêter au Monument aux Morts. En début de soirée, une centaine de manifestants déterminés a réussi à contourner les cordons de police pour se rendre place du Capitole en bravant l’interdiction préfectorale. Des activistes d’Act-Up ont escaladé l’échafaudage de l’hôtel de ville, en cours de ravalement, pour y dérouler brièvement une bâche noire réclamant la défense de la Sécurité Sociale.

La police n’est pas intervenue et le maire n’a pas souhaite réagir. Jean-Luc Moudenc (LR) a préféré prendre indirectement les manifestants à contre-pied en visitant le centre de vaccination de l’Ile du Ramier, « le plus grand d’Europe« , capable de vacciner 10.000 personnes chaque jour. Un chiffre qui permet de relativiser le nombre des manifestants dans la ville.

La troisième ligne de métro de Toulouse repoussée « fin 2028 »

Quand l’industrie aéronautique tousse, même le métro s’enrhume à Toulouse. La mise en service de la nouvelle ligne de métro de l’agglomération n’interviendra pas « avant fin 2028 » a annoncé Jean-Luc Moudenc, maire (LR) de Toulouse et président de Toulouse Métropole, lors d’une télé-conférence de presse. Projet-phare de M Moudenc qui lui avait permis de regagner la mairie de Toulouse en 2014, cette 3ème ligne de métro automatique était initialement promise pour 2024. Elle avait été reportée une première fois « à l’horizon 2025 » après affinage du tracé, qui doit relier Colomiers à Labège (27 kms). Le maire de Toulouse justifie ce nouveau dérapage du calendrier par la crise du Covid et des « capacités financières amoindries ». Le coût estimé de ce grand projet est passé de 1,7 milliards à plus de 2,2 milliards, en incluant la prolongation de l’actuelle ligne B vers Labège et une branche pour desservir l’aéroport de Toulouse-Blagnac à la place du tramway actuelle (ligne T2).

« On ne retarde pas le projet, on le décale dans le temps » souligne Jean-Luc Moudenc, qui maintient un lancement effectif du chantier dès 2022. Le maire de Toulouse, qui était aux cotés de son adjoint aux finances Sacha Briand, précise que d’autres grands projets, notamment dans la culture, seront repoussés pour tenir compte de la baisse des recettes. Ce trou d’air est évalué à 900 millions jusqu’en 2022. Sacha Briand espère un « retour à la normale » en 2023. Trop tard pour inaugurer le projet-phare du maire de Toulouse avant la fin de son mandat, en 2026.

L’opposition municipale, qui ne cachait pas son scepticisme face au calendrier très volontariste affiché par M Moudenc, pense tenir sa revanche après une campagne électorale qui avait de nouveau placé le projet de métro au centre des débats. « Bizarre que Supermenteur ne découvre le problème qu’après les élections », a aussitôt réagi sur Twitter Odile Maurin, élue sur la liste Archipel Citoyen. L’annonce de ce nouveau report confortera aussi l’analyse des magistrats de la chambre régionale des comptes, qui pointaient du doigt un « pari financier » avant même l’apparition de l’épidémie du coronavirus. Les hypothèses de financement de cette ligne, présentée par le maire de Toulouse comme « le plus gros chantier de transport en commun hors Paris », reposaient essentiellement sur la poursuite de la croissance d’Airbus, premier contributeur du versement transport de l’agglomération.

Rejetant les scénarios les plus noirs qui font déjà de la ville rose un nouveau Détroit, terrassée par une crise comme l’ancienne capitale de l’industrie automobile américaine, Jean-Luc Moudenc a symboliquement prévu de signer dès aujourd’hui le contrat de fourniture des rames et des automatismes avec le patron d’Als tom. Le constructeur français a été préféré à son concurrent allemand Siemens, qui équipe les deux lignes de métro existantes. Le montant de la commande s’élève à 713 millions de commande ferme, assortie d’options payantes supplémentaires pour alléger la facture.