Canal du midi : Versailles déclassé

Face à la gare Matabiau, le canal du midi a été recouvert d’un parvis en bois récemment dédié par le conseil municipal de Toulouse à Valéry Giscard d’Estaing. Un pis-aller pour cacher la hideuse fosse bétonnée qui avait remplacé dans les années 70 la double écluse en briques construite du temps de Riquet. Le canal royal du Languedoc creusé par cet ancien collecteur d’impôts de Louis XIV a été sauvé d’une « modernisation » hasardeuse par son classement au patrimoine mondial de l’Unesco en 1996. Pour autant, l’ouvrage conçu par Colbert pour faire rayonner la gloire du Roi Soleil n’échappe pas aux outrages de la modernité. Corsetées par quatre voies de circulation, les berges du canal dans la traversée de la ville rose n’ont rien à envier à celles de la Seine aménagées sous Gorges Pompidou pour l’automobile.

Le cas toulousain n’est pas isolé. Depuis la capitale de la région Occitanie jusqu’à Sète, les 240 kilomètres du canal ne sont pas toujours aussi bucoliques que les images de cartes postales. Surtout à l’entrée et la sortie des agglomérations. Si le vénérable ouvrage serpente langoureusement en traversant les champs de blés du Lauragais avant de se faufiler entre les vignes des Corbières et du Minervois, il traverse aussi des zones industrielles, commerciales ou artisanales sur 15% de son linéaire. Voire des friches comme à la sortie de Béziers, entre les voies de chemin de fer et l’usine Cameron. Ce paysage industriel hérité du temps où le canal n’était pas dédié au tourisme est encore plus visible depuis que les platanes du canal, décimés par le chancre coloré, ne font plus écran. La nouvelle « zone tampon » délimitée aux abords du canal sous la pression de l’Unesco pousse l’Etat et les collectivités à résorber ces points noirs qui font tâche ; et à mettre un coup d’arrêt une urbanisation galopante. Imagine-t-on Versailles grignoté par une autoroute, des usines et des lotissements pavillonnaires ?