Faut-il fermer les (super)marchés ?

marché Cristal confinement police

Les étals des marchés sont sans doute la dernière exception visible à la règle générale du confinement qui interdit tout attroupement public en ces temps de « guerre » au coronavirus. Mais pour combien de temps encore ? En dépit du soutien répété du ministre de l’Agriculture à ces places de marché aussi conviviales que légèrement surannées à l’époque des grandes surfaces et leurs « drive-in », de plus en plus de maires préfèrent bannir ces dernières reliques de pratiques commerciales jugées dignes du Moyen-Age.

Dernier exemple en date, le maire (DVG) de Montpellier a annoncé samedi la fermeture de tous les marchés de plein-air de la ville, entre autres formules-choc. « Je suis allé ce matin sur le marché des Arceaux et j’ai vu que les gens ne respectaient pas la distance de sécurité, sans doute parce que c’est impossible », se justifie Philippe Saurel, chirurgien-dentiste de profession. Les quatre halles couvertes de Montpellier, elles, demeurent ouvertes. A Toulouse en revanche, les marchés dits « de plein vent » sont maintenus. La police municipale patrouillait cette semaine sur le grand marché populaire des boulevards pour s’assurer que les distances de sécurité, matérialisées par des plots ou des cageots, étaient bien respectées. Samedi, le marché bio qui se tient désormais derrière le Capitole a été « aéré » en s’étendant dans tout le square, avec des files matérialisées par des rubans pour les clients. Quant au marché dominical habituellement très animé de la place Saint-Aubin, il a largement fondu (60 stands contre 180), mais a lui aussi été maintenu, avec marquages au sol et disparition de toutes les animations qui font son attrait habituel (musiciens, bouquinistes, etc). « Il faut changer la façon de faire, on affine au jour le jour » dit Jean-Jacques Bolzan, adjoint (DVD) au maire de Toulouse, très attaché au maintien de la trentaine de marchés qui animent les quartiers de la ville.

La question de la place des commerçants ambulants en période de confinement se pose aussi dans les villes moyennes de la région. En Aveyron, le maire (LREM) de Rodez a été le premier à décider, jeudi, la fermeture du marché bi-hebdomadaire de la place du Bourg, qui s’étale derrière la massive cathédrale. Christian Teyssèdre explique avoir consulté la cellule de crise de l’hôpital avant de prendre cette mesure radicale, contestée localement par les forains, mais aussi les producteurs locaux qui viennent y écouler leurs produits en vente directe. Dans le sud du département, les maires de Millau (LR) et Saint-Affrique (PS) ont suivi le mouvement. Le large éventail des étiquettes politiques de ces trois élus aveyronnais semble démontrer que la fermeture des marchés fait consensus. Mais à Villefranche-de-Rouergue, le maire (DVD) n’a pas voulu sacrifier le fameux marché du jeudi. Précision utile : Serge Roques est médecin hospitalier et n’était pas candidat à un nouveau mandat.

Informé de cette vague d’interdictions municipales, le ministre de l’agriculture a aussitôt adressé une circulaire aux préfets pour leur demander de faire rouvrir les marchés. On recensait environ 300 marchés suspendus sur l’ensemble du territoire national en milieu de semaine, selon Le Point. Mais à l’exception de la préfète de Gironde, bien peu de représentants de l’Etat sont montés publiquement au créneau pour désavouer ces maires qui ouvrent le parapluie en fermant les étals. Les élus locaux, pour la plupart en ballotage entre deux tours d’un scrutin suspendu, sont soumis à d’intenses pressions, notamment sur les réseaux sociaux. Les images de marchés où l’on se presse comme dans une mêlée de rugby se multiplient sur Twitter ou Facebook, assortis de commentaires acerbes contre ces « irresponsables » qui se pressent devant les étals en ignorant superbement les consignes du gouvernement. Il serait urgent de traquer le coronavirus parmi les premières bottes d’asperges et les pommes de terres.

Un médecin généraliste a publié une vidéo en forme de coup de gueule sur Facebook demandant la fermeture du marché de Bayonne. Le maire (UDI) sortant a mis en place un filtrage à l’entrée des magnifiques halles au bord de l’Adour, ouvertes tous les matins, et maintenu les stands du marché du samedi qui s’étendent sur les quais et jusque sur les ponts du centre-ville. Même si l’affluence était moindre que d’habitude, les marquages au sol de la municipalité pour garantir une distance minimale d’un mètre entre clients sont jugés insuffisants par le Dr Petit. « Je suis surpris de l’attitude de la ville qui arrête des personnes isolées dans la rue pour les verbaliser et qui, dans le même temps, permet le regroupement de plusieurs centaines de personnes », déplore ce médecin qui réside dans le département voisin des Landes. Dans la périphérie bordelaise, Franck Raynal a rendu un jugement de Salomon. Le maire (LR) de Pessac a renoncé au grand marché dominical, mais a maintenu les deux marchés de moindre importance dans la semaine. « On évolue et on évalue », dit l’élu de Pessac, qui prend le temps de répondre à ses détracteurs sur les réseaux sociaux. « La peur est légitime, mais je fais le pari de l’intelligence » dit ce cadre au CHU de Bordeaux, qui n’a pas sollicité d’avis médical du professeur Denis Malvy, expert bordelais du conseil scientifique, avant de prendre sa décision. Franck Raynal n’hésite pas à retourner la question sécuritaire : « est-ce qu’on vérifie aussi minutieusement les distances minimales dans les grandes surfaces » ?

Une rapide visite dans un hypermarché aux portes de Toulouse, vendredi après-midi, suffit pour répondre : les queues à l’entrée pour stocker pâtes et papier-toilettes ont disparu, les vigiles aussi. Les caissières sont désormais protégées derrière une vitre en plexiglas, mais aucun marquage au sol devant les caisses. Les rayons sont tous bien approvisionnées et les produits manipulables par tout un chacun, sans précaution particulière. Ce n’est pas ici qu’on se fera rabrouer, comme sur les marchés de plein-air, par des vendeurs en gants de latex priant désormais les clients de ne plus toucher la marchandise.

« Les marchés de plein air présentent moins de risques que l’hypermarché de proximité », estime Fabienne Buccio, préfète de la région Nouvelle-Aquitaine. Le syndicat Jeunes Médecins et l’InterSyndicale Nationale des Internes (ISNI), assistés par l’ordre des médecins, réclamaient toutefois des mesures de confinement plus sévères devant le Conseil d’Etat, avec notamment la fermeture des marchés et un  « ravitaillement de la population par l’Etat », sur le modèle chinois à Wuhan. Les hauts magistrats, réunis en urgence dimanche, les ont débouté de leur demande d’un couvre-feu généralisé, tout en estimant que le gouvernement devait préciser les dérogation à la règle de confinement, notamment pour les marchés.

« Saurelgrad », le nouveau quartier du maire de Montpellier

Mogère gare et autoroute

Depuis le sommet du nouvel hôtel de ville dessiné par Jean Nouvel et François Fontès, l’incontournable architecte de Montpellier, Philippe Saurel peut surveiller l’inexorable avancée de l’agglomération vers la Méditerranée. Le toit de la future gare TGV émerge au-dessus d’une forêt de pins et de grues, avec le cordon lagunaire des étangs pour horizon. Le maire de la ville veut aussi voir pousser ici un nouveau stade, un « campus numérique » et des milliers de logements autour d’un nouveau « parc urbain » de 30 hectares. Bienvenue dans le futur quartier Cambacérès, vitrine de la métropole du XXIe siècle  ! «  Cambacérès est le plus grand personnage que Montpellier a enfanté  » s’enflamme le maire, féru d’histoire. Philippe Saurel tient à rendre hommage à ce fils d’un ancien maire de la ville qui fut le principal rédacteur du Code Civil sous Bonaparte, franc-maçon notoire et homosexuel supposé.

Georges Frêche avait choisi des références à l’Antiquité gréco-latine (Antigone, le Corum, Odysséum) pour marquer la ville de son empreinte. Son dauphin se veut impérial, napoléonien… et soviétique. Baroque, le maire de Montpellier n’envisage pas d’ériger une statue à la gloire de Cambacérès dans le nouveau morceau de ville qui va émerger sur ces anciens domaines viticoles bordant jadis l’autoroute A9. Non, c’est Youri Gagarine qui surplombera bientôt le double ruban de fer et de goudron de la nouvelle autoroute et de la LGV. La statue en bronze du cosmonaute soviétique sera suivie par celle de la première femme envoyée dans l’espace et de la chienne Leïka, premier être vivant à avoir expérimenté l’apesanteur, détaille Philippe Saurel. Autant de symboles d’une ville qui veut encore et toujours croire à la science et au progrès, aux yeux de celui qui a repris le flambeau du frêchisme triomphant. «  Je suis crypto-communiste  », s’amuse Philippe Saurel.

le magicien d’Oz

Géographe retraité et chroniqueur acéré de la vie régionale, Georges Roques se déclare atterré. « J’étais d’accord avec Saurel quand il critiquait la ZAC prévue autour de la gare et de l’autoroute, mais il retombe dans les même ornières. On va faire des aménagements très coûteux pour construire sur des zones partiellement inondables. Lui et son adjointe à l’urbanisme restent dans la ligne de Frêche, qui a quand même fait des erreurs », regrette l’ancien universitaire, qui prépare un nouveau livre sur les collectivités locales de son cher Languedoc. Même jugement sévère de l’influent ancien président de la chambre de commerce et d’industrie  : « On mange des terrains agricoles entre deux autoroutes alors qu’on nous alerte sur la montée des eaux de la mer. C’est aberrant ! », s’alarme Gérard Borras, qui ferraillait déjà contre les projets jugés pharaoniques de Georges Frêche. A la mairie, Alex Larue enfonce le clou. «  Saurel reconstitue OZ sans le dire  », dénonce le jeune avocat des Républicains qui tente de s’imposer comme le chef de file d’une opposition politique à un maire cultivant le  » flou macronien », au-delà des partis.

Dans les méandres des courants post-socialistes locaux, plus tortueux que le cours endigué du Lez vers la mer, Philippe Saurel se défend de suivre les rails de Jean-Pierre Moure, l’ancien maire (PS) de Cournonsec installé à la tête de l’agglomération par Georges Frêche. « La ZAC OZ était prévue sur 320 hectares, je l’ai ramené à 60 hectares. On a fait ce qu’on a dit ». Le campus universitaire, puis le nouveau stade, sont venus s’ajouter au fil de la pensée d’un maire qui est surtout fier d’avoir  « construit » politiquement une métropole, avec des élus de toute obédience. L’opposition municipale s’insurge toutefois contre le projet de stade destiné à remplacer celui de la Mosson.  » Ce dernier a 50 ans, il est en zone rouge du plan de prévention des inondations et les assurances ne veulent plus payer « , justifie le maire. Des arguments que rejette Alex Larue, qui a demandé en vain à Philippe Saurel un référendum pour valider cet investissement, estimé à 150 millions d’euros.  » La priorité, ce n’est pas le stade, mais le renouvellement de la voirie, la rénovation de l’Ecusson et la rénovation urbaine « , abonde le socialiste Michaël Delafosse.

la « gare betterave » a mangé le Mas Rouge

Sur le pont Gagarine qui vient d’être inauguré, un couple de retraités de la SNCF venus de Saône-et-Loire a fait un détour pour contempler le chantier de la gare. Ils avouent ne pas bien comprendre l’importance d’un tel édifice « pour seulement quatre TGV par jours », loin du centre-ville. Ancien « compagnon de route » de Philippe Saurel, Jean-Pierre Touchat, président du syndicat des commerçants des halles et des marchés de Montpellier, dénonce une future « gare betterave ». A l’inverse, la trentaine d’architectes, artistes ou informaticiens un peu bohèmes qui avaient acheté collectivement en juin 2007 le domaine Fitzgerald, à Lattes, pour vivre et travailler (presque) à la campagne, sont aujourd’hui rattrapés par l’urbanisation à grande vitesse de la métropole. Le chantier de la LGV et de l’autoroute a déjà « mangé » 6 hectares de cet ancien domaine viticole transformé en « résidence d’artistes ». Le nouveau stade de 25.000 places sera érigé à seulement 300 mètres de ces vieux bâtiments bucoliques hantés par des chats en liberté, bientôt frôlés par les TGV et à portée d’oreille de la nouvelle A9. « Les élus locaux sont trop liés au BTP. Ils détestent la critique et décident sans concertation », grince Olivier Gounon Ascain, architecte retraité de l’atypique phalanstère du Mas Rouge. Ces pionniers du co-working et de l’habitat participatif peuvent être d’autant plus amers qu’ils sont le « cœur de cible » revendiqué par Philippe Saurel pour son nouveau quartier, qui doit faire la part belle aux  » industries créatives « . Mais pas à la même échelle.

Mogère Mas Rouge
la future gare TGV de la Mogère vue du Mas Rouge à Lattes

Le maire de Montpellier a retenu l’agence XDGA pour dessiner le visage de son futur quartier. Xaveer de Geyter n’est peut-être pas Ricardo Boffil, mais il travaille déjà sur le campus technologique de Paris-Saclay. L’architecte belge s’est contenté pour l’instant d’esquisser les lignes du futur « bâtiment totem » de la French Tech, une  » halle  » de 12.000 m2 qui doit faire la jonction entre Odysseum et la nouvelle gare, à la manière du Polygone entre la Comédie et Antigone. L’idée est de faire co-exister les jeunes pousses du numériques qui s’épanouissent actuellement dans l’ancienne mairie, des universitaire et des chercheurs sous une sorte de  » serre-usine « . Contrairement à la tour de Saint-Roch qui sera verticale, le  » totem  » de Cambacérès sera horizontal. Une sorte de  » centre commercial  » sans commerces ni bureaux fixes, à mi-chemin entre le parc des expositions et les  » campus  » californiens de Google ou Facebook dans la Silicon Valley. «Un hôtel de coworking  » résume Philippe Saurel. L’architecte belge a aussi dessiné le parvis de la future gare, plantée aujourd’hui au milieu des champs, qui accueillera en 2020 la prolongation de la ligne 1 du tramway.

Dans l’esprit de Philippe Saurel, la gare TGV n’est pas le terminus du tram, qui devra s’étendre à terme jusqu’à l’aéroport. « J’ai obtenu l’accord de principe de la communauté d’agglomération du pays de l’Or. On ne se fait plus la guerre », se félicite le maire de Montpellier, qui rêve tout haut de réaliser  » le hub  » voulu en son temps par Georges Frêches pour regrouper le fer, la route et les airs à deux pas de la mer. « C’est la grande affaire des cinquante années à venir  ». La question des terres inondables est balayé d’un revers de la main par celui qui se voit déjà membre du syndicat mixte des étangs du littoraux, dont le siège est à Villeneuve-lès-Maguelone. « J’ai survolé la zone en hélico avec mon fils, ingénieur. Les travaux de transparence hydraulique et les bassins de rétention sont bien dimensionnés », assure-t-il. Le tzar lui-même s’est-il arrêté aux marais pour construire Saint-Pétersbourg  ? Derrière  » Saurelgrad « , c’est bien l’extension du domaine de la métropole jusqu’à la mer qui reste l’objectif.

Macron, Le Point sans la rose

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On a beaucoup parlé de la « voiture autonome » à Futurapolis, le forum de l’innovation organisé depuis un quinquennat déjà à Toulouse par l’hebdomadaire Le Point. Un mini-bus électrique sans conducteur était même en démonstration durant ces deux journées, allant et venant sans relâche devant le Quai des Savoirs, le nouveau temple laïque de la culture scientifique et technique de la ville rose. Mais c’est un « OVNI » politique qui fut la véritable attraction de cette nouvelle édition. Alors que Le Point avait inauguré Futurapolis en invitant tous les candidats à l’élection présidentielle de 2012 à la Halle aux Grains, un seul politique a eu la possibilité de disserter sur l’avenir et le progrès cette année. « Nous vivons une révolution aussi importante que lors de l’invention de l’imprimerie ou de la découverte de l’Amérique », assure Emmanuel Macron dans un amphi de l’ancienne faculté de médecine bourré à craquer.

Interdit de Futurapolis par Manuel Valls

L’ancien ministre de l’Economie n’est officiellement pas (encore ?) candidat, mais il a eu droit à une nuée de photographes et de caméras pour immortaliser son court trajet à bord de la navette EasyMile, ou lorsqu’il a testé l’un des nombreux casques de réalité virtuelle en démonstration dans le grand hall du Quai des Savoirs. Etienne Gernelle, qui a succédé à Franz-Olivier Giesbert à la tête du Point, se défend pourtant de tout favoritisme. « Nous l’avions invité l’an dernier en tant que ministre, mais le secrétariat général de Matignon s’était opposé à sa venue » explique le directeur du Point. Selon le journaliste, les juristes de Manuel Valls redoutaient en 2015 que la visite de Macron à Toulouse ne soit imputée aux comptes de campagne de Carole Delga, ancienne ministre alors en campagne pour la présidence de région. Désormais élue, la nouvelle patronne de l’Occitanie n’a pas souhaité renouveler le partenariat financier de la région avec Futurapolis. C’est donc le maire socialiste dissident de Montpellier qui l’a remplacé au pied-levé. Proche de Manuel Valls, Philippe Saurel ne cache pas qu’il n’est pas spécialement fan de Macron. Il n’hésite pas à répéter à qui veut l’entendre qu’à tout prendre, il préférerait encore apporter son suffrage à Mélenchon.

Pierre Cohen n’est pas davantage disposé à prendre le bus Macron « en marche ». Cela n’a pas empêché l’ancien maire (PS) de Toulouse, initiateur du Quai des Savoirs, d’assister au « show » de l’ex-ministre de Berçy. Au premier rang, à gauche, et en silence. Dans l’assistance, personne n’a eu le mauvais goût d’accuser Emmanuel Macron d’avoir « privatisé  » l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Futurapolis n’est pas franchement le lieu des petites disputes politiques. Le non-candidat a ainsi pu dérouler sans réelle opposition sa vision d’un « changement » qu’il présente comme inéluctable. « Si le débat, c’est la semaine de 35 ou 39 heures ou la retraite à 60 ou 62 ans, on est foutu », assène l’ancien banquier d’affaire. Il ne se réclame ni de la droite, ni de la gauche, mais entend incarner « le progrès » face aux « conservatismes ». Pile-poil la ligne éditoriale de l’hebdomadaire. Macron, c’est Le Point sans la rose !

Edgar Morin, malade non-imaginaire

La seule voix qui aurait pu apporter la contradiction à la très lisse rhétorique d’Emmanuel Macron a déclaré forfait à la dernière minute. Edgar Morin, 94 ans, était l’autre invité-vedette de Futurapolis. Le penseur, malade, a finalement renoncé à venir à Toulouse pour clore la première journée. Mais il a profité d’une interview confiée à la Tribune pour envoyer un coup de griffe à « la tyrannie du profit » incarnée à ses yeux par les économistes en général, et à l’ex-ministre en particulier. « Je peux vous dire que la maladie d’Edgar n’était pas diplomatique », assure Etienne Gernelle. Le directeur du Point confie au passage son souhait pour 2017 : inviter le nouveau président de la République, « quel qu’il soit », à Futurapolis.

Le chant du cygne des partisans

« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? » Alors que tous les partis se mettent en formation pour l’élection présidentielle, mère de toutes les batailles politiques de ce pays, un institut de sondages a joué les oiseaux de mauvaises augures cet été. Les primaires s’annoncent acharnées, au PS comme chez Les Républicains et même parmi les derniers écologistes d’EELV. Cette étude d’opinions publiée en pleine canicule aoûtienne est venue jeter un froid chez les militants les plus enflammés. Selon les chiffres compilés par l’institut Elabe, 31% des personnes interrogées pour différents sondages se déclaraient « sans préférence partisane » au deuxième trimestre. Soit davantage que celles qui se disaient proches du parti de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé (16%) ou de François Hollande et Arnaud Montebourg (14%). En clair, le premier parti de France est celui des « sans partis ».

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Il ne faut pas confondre ces orphelins politiques avec les abstentionnistes. Certes, le « parti des pêcheurs à la ligne » progresse inexorablement, de scrutins en scrutins. Le principe même d’une campagne électorale consiste à partir « à la pêche » aux électeurs indécis qui feront la différence dans les urnes, au-delà des bataillons de militants mobilisés pour les convaincre. L’adoption du système des primaires par les principaux partis de gouvernement a définitivement entériné cette vision somme toute très bolchévique d’une « avant-garde » plus ou moins éclairée, ouvrant la possibilité à des « compagnons de route » plus nombreux de désigner le général qui conduira la bataille. La difficulté des partis à attirer des sympathisants, même provisoires, devient un supplice pour les instituts de sondage, habitués à classer ses panels selon un axe droite/gauche. Quand le citoyen fait la grève du vote, le sondé refuse d’être catalogué.

Béziers rive droite, Montpellier rive gauche

Sommé de voter avant l’heure par les instituts de sondage, les indécis ont toujours la capacité de se déclarer « sans opinion ». Mais les sondeurs, comme les partis, veulent savoir si ces refuzniks du marketing politique sont plutôt de droite, ou plutôt de gauche. Comment mesurer les défections si les silencieux demeurent obstinément muets ? Dans une première étude publiée en mai 2016 sur les chiffres du premier trimestre, l’institut Elabe diagnostiquait « un état de décomposition avancée » des deux principaux partis, de droite et de gauche. L’analyste de l’institut rappelle que le PS et l’UMP totalisaient 54% des préférences partisanes avant l’élection présidentielle de 2008, selon une étude du CEVIPOF. Ces chiffres n’étonnent pas le maire (DVG) de Montpellier. « Les partis politiques connaissent une crise de confiance inégalée », assène Philippe Saurel, qui a quitté avec fracas le PS. Il a rêvé, en vain, d’importer dans la région un mouvement du type Podemos.

Le grand gagnant de cette défiance généralisée envers les partis politiques traditionnels semble être le FN. En mai 2016, 15% des personnes interrogées se déclaraient « proches » du parti de Marine Le Pen. Le FN dépassait même LR et le PS chez les jeunes de 25 à 34 ans (19%) ou chez les ouvriers (29%). Pour autant, le parti frontiste subit lui aussi une érosion de ses sympathisants déclarés au deuxième trimestre (-1,4%), selon Elabe. Au plan local, aucune étude ne permet de savoir si un Louis Aliot « pur sucre » à Perpignan pâtit davantage de la situation qu’un Robert Ménard, semant le trouble en invitant « la droite hors les murs » au mois de mai dernier. Le « Podemos de droite » annoncé par le maire (RBM) de Béziers a fait flop. Une « erreur politique majeure et historique » a sévèrement jugé Marion Maréchal Le Pen, en claquant la porte de l’improbable « Front de droite » que l’ex-journaliste trotskyste, ancien fondateur de Reporters sans Frontières, voulait créer à la droite de la droite, à la manière de Jean-Luc Mélenchon à gauche.

La défiance envers les partis politiques nourrira à n’en point douter d’autres initiatives de ce type, sur la rive droite de l’Orb, la rive gauche du Lez ; et bien au-delà de l’Hérault.

#leNomdeMaRegion est-il le votre ?

Tous Occitans

Les lycéens de la région sont davantage écoutés que Dominique Reynié. Prof à Sciences-Po Paris, l’ancien chef de file de la droite et du centre aux dernières élections a été déchu de son mandat de conseiller régional par le Conseil d’Etat le 26 mai dernier. Quelques jours plus tôt, Carole Delga lançait la consultation sur le futur nom de la région. Originalité de ce vrai-faux référendum : les jeunes pouvaient y participer dès l’âge de 15 ans, tout comme les étrangers résidents dans la région et les « expatriés » de la diaspora régionale. Au total, 204.000 personnes ont pu exprimer leur avis, en classant les cinq propositions retenues par ordre de préférence décroissant. Dominique Reynié, lui, a préféré s’abstenir. Dommage.

« Je veux que l’occitan devienne langue officielle de la région. Comme le catalan », n’avait pas hésité à déclarer le candidat du parti de Nicolas Sarkozy lors de sa campagne électorale. A en juger par la bronca de ses anciens colistiers à l’annonce des résultats propulsant l’Occitanie en tête des suffrages, on comprend mieux que la plainte qui visait l’inéligibilité de Dominique Reynié émanait de son propre camp. L’opposition n’a certes pas tort de souligner la relative faiblesse de la participation à la consultation, puisque ses promoteurs les plus optimistes en attendaient deux fois plus. Mais elle s’aventure sur le terrain glissant du populisme que son ancien chef de file a toujours dénoncé en ramenant ce chiffre au coût annoncé de l’opération (500.000 euros).

Après s’être auto-décapitée, la droite se condamne à bégayer les critiques du Front National. En oubliant au passage que les 204.000 personnes qui ont pris la peine de donner leur avis sur le nom de la région pèsent tout de même deux fois plus que les électeurs de la liste du maire (DVG) de Montpellier et du sénateur-maire (LR) de Castelnau-le-Lez, son surprenant allié. Personne n’a ironisé à l’époque sur le score régional de Philippe Saurel, et encore moins sur son hypothétique « coût » pour la démocratie. En vérité, ce sont près de 217.000 avis qui ont été transmis par internet ou voie postale. Même après l’invalidation de 13.000 « votes » jugés non conformes au règlement, les suffrages exprimés ont représenté 10% des électeurs qui se sont rendus aux urnes en décembre pour élire les conseillers régionaux. L’Occitanie a gagné le droit de se maintenir au deuxième tour.

vrais-faux électeurs à 15 ans

Les esprits chagrins qui redoutaient une consultation faussée par un éventuel « lobbying » des catalans de Barcelone seront sans doute rassurés d’apprendre que seulement 700 avis ont été postés en dehors des « frontières » régionales. Même la « diaspora aveyronnaise », réputée plus nombreuse à Paris que dans son département d’origine, ne s’est guère mobilisée. Cela mettra peut-être un peu de baume au cœur de Dominique Reynié, renvoyé dans son foyer de Villejuif par les magistrats en dépit de son inscription sur les listes électorales d’Onet-le-Château. On peut donc être électeur sans pouvoir être élu localement, faute de payer des impôts sur place.

A l’inverse de cette logique qui fleure bon le scrutin censitaire de la Monarchie de Juillet (1815-1848), la consultation pour le nom de la région était ouverte aux mineurs. Une première audacieuse. Elle ouvre des perspectives sur des consultations plus larges que des scrutins en mal de participations « citoyennes ». Environ 13.000 lycéens de 54 établissements publics ou privés, les apprentis de 18 CFA et 532 jeunes inscrits dans les « écoles de la deuxième chance » y ont participé, selon la région. Non pas pour « gonfler les chiffres » de la participation, mais à des fins éducatives. Chaque classe n’a en effet émis qu’un seul avis, au terme d’un débat organisé par leurs enseignants et d’un vote en interne. Au final, ces jeunes « vrais-faux électeurs » ont globalement voté comme leurs aînés, avec une préférence marquée pour « Occitanie ». Reste à savoir ce qu’en dira le Conseil d’Etat…

dessin : Piérick Degomme