Toulouse, entre courses de Noël et lacrymos

GJ canon à eau
Ambiance surréaliste au centre de Toulouse, samedi après-midi. Alors que quelques milliers (4.500 selon la police) de manifestants défilaient sur les boulevards, d’autres déambulaient au centre ville pour effectuer leurs courses de Noël. Derrière la cathédrale, deux véhicules blindés de la gendarmerie interdisaient l’accès du centre historique aux manifestants. Le nouveau préfet, Etienne Guyot, a sorti les grands moyens pour éviter les scènes de guérillas urbaines qui ont émaillé les deux précédentes manifestations. Les Gilets Jaunes, vaguement encadrés par des militants de la France Insoumise et du NPA qui ont bien du mal à régler la cadence, commencent à défiler au pas de charge derrière une banderole « Macron démission » vers 14h. Le cortège part à la rencontre des drapeaux rouges de la CGT, qui tente elle aussi de canaliser les manifestations, et a pris le soin de déposer un parcours en bonne et due forme à la préfecture.

GJ démission

Mais la manifestation pacifique n’aura guère duré plus d’une heure. Dès 15h15, les premières grenades lacrymogènes dispersent le cortège. Elles sont la réponse immédiate aux jets de peinture et d’un fumigène orange lancés sur les blindés. Les rares Gilets Jaunes qui tentent de s’interposer face aux jeunes venus visiblement en découdre avec les forces de l’ordre sont très rapidement débordés. Les canons à eau entrent en action pour éloigner les derniers manifestants qui tentent de rester devant le monument aux morts. On n’avait pas vu ces engins dans les rues de Toulouse depuis les manifestations violentes qui avaient suivi la mort de Rémi Fraisse sur le chantier du barrage de Sivens (Tarn), en 2014. La plupart des manifestants s’éparpillent dans les petites rues du quartier Saint-Aubin en direction du canal du midi. D’autres en profitent pour jouer au chat et la souris avec les forces de l’ordre, aux cris de « tout le monde déteste la police ». L’hélicoptère de la gendarmerie survole le quartier en vrombissant à basse altitude. Une voiture est renversée au débouché de la rue Gabriel Péri, les foyers d’incendies se multiplient. Les casseurs, qui ont revêtu des gilets jaunes pour se fondre dans la foule, privilégient les nombreux chantiers parsemant la ville pour tenter de former des barricades, sur les futures ramblas des allées Jean Jaurès ou la place Saint-Sernin.

GJ flics slogan

Incrédules, les badauds venus faire leurs courses suivent l’impressionnant déploiement des forces de l’ordre. Trois jeunes filles, lestées de sacs Primark, s’arrêtent pour faire des selfies. L’enseigne de textile low-cost, qui vient d’aménager dans l’ancien grand magasin art-déco des Galeries Lafayettes, avait été la cible durant la semaine d’une action commando pacifique menée par d’anciens activistes de Nuit Debout reconvertis en Gilets Jaunes. Cette fois, l’entrée principale est condamnée. Des vigiles filtrent la seule porte dérobée restée ouverte, fouillant systématiquement les client(e)s. D’autres boutiques préfèrent prudemment descendre leurs rideaux de fer.

GJ Capitole

Profitant de la confusion, un petit groupe de manifestants a réussi à rejoindre la place du Capitole. Courte altercation quand des projectiles sont lancés sur les policiers casqués qui ripostent avec des lacrymogènes. Le marché de Noël est fermé, les cafés de la place ont replié leurs terrasses. La pluie commence à tomber avec la nuit, dispersant les derniers manifestants les plus virulents de l’autre coté de la Garonne. On peut encore croiser quelques gilets jaunes égarés qui se mêlent aux clients des boutiques et des cafés à l’heure de l’apéritif. Sur les boulevards désertés par les voitures, les gyrophares des fourgons de CRS font comme un renfort de lumières de Noël à chaque carrefour.

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La journée s’est traduite par 26 interpellations, selon un premier bilan de la préfecture établi en début de soirée.

Le débat sur la dépénalisation ou la légalisation du cannabis rebondit à Toulouse

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Ils disent non « à l’hypocrisie ». Quatre militants politiques et associatifs ont adressé une tribune à la télévision régionale pour réclamer « la légalisation des drogues douces » après un nouveau règlement de comptes meurtrier dans le quartier du Mirail à Toulouse. « Le trafic de drogue tue nos quartiers lentement mais sûrement et les morts qui font la une des journaux ne sont que la partie immergée de l’iceberg », se désolent les auteurs, qui ont comptabilisé 13 morts violentes dans la ville rose depuis 2011.
« On a déjà eu pas mal de réactions sur les réseaux sociaux, même de la part de gens qui nous disent qu’ils ne sont pas d’accord. Il y a un vrai débat » se félicite l’un des co-signataires, Salah Amokrane. Ancien élu municipal des Motivés, le grand frère des chanteurs du groupe Zebda a été candidat aux élections législatives sous l’étiquette EELV, après avoir fait la campagne présidentielle de Benoît Hamon.
La Dépêche du Midi réclame un débat
La tribune, qui dénonce « les politiques qui instrumentalisent le trafic de drogue », prolonge un éditorial publié dans la Dépêche du Midi au lendemain du dernier règlement compte, début juillet. « Pourquoi ne pas rouvrir un grand débat national sur la dépénalisation du cannabis ? », s’interrogeait Dominique Delpiroux, fils d’un ancien policier. Une position qui s’inscrit dans la droite ligne de la position adoptée par Jean-Michel Baylet, propriétaire du journal et ancien président du parti radical de gauche lors de la précédente primaire de la gauche.
Collomb annonce des « contraventions »
Nicole Belloubet, nouvelle garde des Sceaux et ancienne adjointe au maire de Toulouse, saisira-t-elle la perche pour clarifier la position du ministère de la Justice sur sa politique pénale ? Son homologue du ministère de l’Intérieur a semblé vouloir faire un pas vers un éventuelle dépénalisation du cannabis. L’ancien maire de Lyon avait annoncé peu après sa prise de fonction vouloir désormais punir les fumeurs d’une simple contravention « d’ici trois ou quatre mois ». Mais on ignore la position officielle du premier ministre et du président de la République, qui a paru hésiter sur le sujet lors de la campagne électorale.
Localement, la tribune anti-probitionniste suscite des réactions mitigées. « L’économie souterraine de la drogue, si elle est majoritairement réalisée avec le cannabis, prospère aussi avec tous les autres types de substances. Les « petites mains » des trafics locaux ne tarderaient pas soit à diversifier leur activité si lucrative, ou bien à redynamiser une activité parallèle et low-cost » redoute Didier Martinez, policier au commissariat central de Toulouse et syndicaliste (Force Ouvrière).