Occitanie : diviser pour mieux Reynié

Qui se souvient de Dominique Reynié, « politologue » médiatique qui délaissa provisoirement les studios de télé pour tenter d’offrir la présidence de la région Occitanie sur un plateau à la droite supposée unie de Nicolas Sakozy ? Jugé trop « mou », le centriste aveyronnais fut mis KO d’emblée par une partie de son camp qui lui renvoya une « bonne droite ». L’histoire va-t-elle se répéter en 2021… si le scrutin, repoussé en juin sur les conseils de Jean-Louis Debré, n’est pas une nouvelle fois renvoyé ?

On ne se bouscule pas chez Les Républicains pour monter sur le ring face à l’extrême-droite. Le nom du flamboyant député lotois Aurélien Pradié est avancé, mais le maire de Beaucaire Julien Sanchez n’en ferait qu’une bouchée, selon un sondage Ifop réalisé en septembre dernier (25% contre 14%). L’Ifop vient donc de tester la candidature de l’obscur député aveyronnais Arnaud Viala… dont le score frôle dangereusement l’élimination dès le premier tour (11%). Selon ce sondage réalisé pour Sud Radio, la seule solution serait d’envoyer au front Brigitte Barèges, la très sarkozyste maire de Montauban. Alliée à Robert Ménard au sein d’une « liste d’intérêt régional » (sic), l’ancienne tête de liste de la droite en Midi-Pyrénées face à Martin Malvy obtiendrait un meilleur score (14%) que le candidat officiel de la droite. Une prime à la dissidence qui valide au passage la stratégie du maire de Béziers, plaidant inlassablement pour un « rassemblement des droites » en siphonnant la carpe républicaine et le lapin nationaliste. Les derniers auditeurs en gilet jaune de l’ex-radio sudiste qui applaudissent les accents populistes du nouveau boss de ls station, l’ultra-Trumpien Didier Maïsto, ont pu se pâmer à la perspective d’un tel « pou-putsch » !

Brigitte Barèges, qui sait parfaitement détourner les voix de l’extrême-droite à son profit par quelques saillies bien choisies, a toutefois un léger handicap pour suivre la voie de son homologue de Béziers : l’élue de Montauban est sous la menace d’une peine d’inéligibiiIté de 5 ans pour avoir employé un scribouillard chargé de chanter ses louanges dans des feuilles de choux locales. Le verdict du tribunal de Toulouse sera connu le 9 février. Brigitte Barèges, qui s’était pourtant ostensiblement affichée avec Ménard à Montauban en octobre, fait semblant de ne pas être au courant de ce qui se trame en coulisses. Au détour d’un long et inattendu entretien confié à La Dépêche du Midi – qui la flingue pourtant à longueur de colonnes – elle assure même vouloir plutôt se présenter aux élections départementales dans le Tarn-et-Garonne.

Au Rassemblement National, personne n’est dupe. Inquiet de la manœuvre orchestrée par Ménard, le parti de Marine Le Pen envisage lui aussi de changer de cheval. Exit le petit taureau gardois Sanchez, conseiller régional sortant. Sur les conseils avisés de Louis Aliot, qui joue désormais les « notables » à Perpignan, l’extrême-droite mise désormais sur l’ancien juge Alain Marsaud, venu des rangs de l’UMP. Ce farouche concurrent d’Alain Juppé à Bordeaux avait jadis fondé « la Droite Populaire » avec Alain Mariani, ancien ministre de François Fillon et Nicolas Sarkozy,…et une certaine Brigitte Barèges. Une liste dissidente à droite risque en effet d’affaiblir le score du RN au premier tour, qui passerait de 25% à 16% selon l’Ifop. Cédant au passage la première place à Carole Delga (25%).

Les stratèges socialistes de la présidente sortante peuvent sortir le champagne… et ressortir la petite blague blindée de Staline au Vatican : la droite, combien de divisions ?

Moudenc tend la main aux électeurs de Pellefigue

Moudenc Florida
Il a sorti l’artillerie lourde. Dans une « déclaration solennelle » lancée depuis la terrasse d’un café de la place du Capitole, Jean-Luc Moudenc est reparti en campagne en sonnant l’alerte sur le risque de voir les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon et autres « Gilets Rouges » s’installer à la fin du mois dans l’hôtel de ville situé de l’autre coté de la place. « Le résultat est incertain car l’adversaire, appliquant une tactique pratiquée depuis longtemps par l’extrême-gauche, avance masqué derrière une aimable cagoule d’inoffensivité », prévient le maire sortant de la ville rose.

Arrivé en première position en mars dernier mais avec un score décevant (36,18%), l’élu LR de la ville rose doit faire face àla fusion de la liste PS-PC-PRG avec celle d’Archipel Citoyenconduite par Antoine Maurice, conseiller municipal (EELV) d’opposition. Avant même le premier tour, le maire de Toulouse avait désigné l’alliance inédite d’Archipel, composé d’écologistes, de militants de la France Insoumise, de socialistes en rupture de ban et de « citoyens » tirés au sort, comme ses plus dangereux adversaires. Les « pastèques » (vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur), comme Moudenc les a qualifié, ont effectivement largement distancé (27,56%) la gauche traditionnelle (18,53% ). Sur le papier, l’addition des forces peut faire basculer la ville. Un sondage commandé par Archipel à l’IFOP la semaine dernière confirme que la fusion pourrait permettre aux nouveaux alliés de battre Moudenc d’une courte tête.

Mais le plus macroniste des maires Républicains a bien senti la faille chez ses adversaires : Nadia Pellefigue, la tête de la liste PS, a refusé de cautionner la fusion « à titre personnel ». Une vingtaine de ses colistiers non encartés l’ont soutenu jusqu’au bout dans son refus de rejoindre Antoine Maurice et Archipel en dénonçant des logiques d’appareils. Moudenc s’engouffre dans la brèche en dénonçant « un hold-up des appareils partisans ». « Nadia Pellefigue a défendu des positions identiques aux nôtres » souligne le maire de Toulouse. Derrière la jeune vice-présidente du conseil régional, belle-fille de Nicole Belloubet, on devine sans peine l’ombre de Carole Delga. Comme Moudenc en 2019, la présidente (PS) d’Occitanie redoute la concurrence en 2021 d’une liste LREM. Elle pourrait être menée par la ministre de la Justice, ancienne élue socialiste de Toulouse et de la région. Carole Delga doit aussi faire face à l’opposition radicale de trois élus de la galaxie Insoumise, dissidents de ses alliés écologistes.

Moudenc enfonce donc avec volupté le clou planté une semaine auparavant en se faisant filmer par La Dépêche du Midi en compagnie de la présidente de la région Occitanie pour défendre l’interdiction de manifester des Gilets Jaunes au centre de Toulouse réclamé par des petits commerçants excédés. A ses yeux, la poignée d’irréductibles Gilets Jaunes qui persistent à vouloir manifester le samedi en ville « même si Macron ne le veut pas » ne sont que des « Gilets Rouges » infiltrés par l’extrême-gauche. « Je n’ai pas fait Sciences-Po, mais je connais les Toulousains », glisse le maire de Toulouse, persuadé qu’une majorité d’électeurs refuseront de confier les clés de la ville à une poignée d’agitateurs violents. A commencer par les milliers de salariés de l’industrie aéronautique, inquiets pour leurs emplois. « Un secteur d’activité majeur, auquel l’extrême-gauche d’Archipel oppose ne défiance aussi ancienne que tenace », dézingue Jean-Luc Moudenc. Le maire de la ville rose se présente comme le meilleur rempart pour défendre Airbus, mais aussi les LGV défendu en commun avec Carole Delga contre EELV ou son projet de troisième ligne de métro, « le plus écologique de France ».

Le chant du cygne des partisans

« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? » Alors que tous les partis se mettent en formation pour l’élection présidentielle, mère de toutes les batailles politiques de ce pays, un institut de sondages a joué les oiseaux de mauvaises augures cet été. Les primaires s’annoncent acharnées, au PS comme chez Les Républicains et même parmi les derniers écologistes d’EELV. Cette étude d’opinions publiée en pleine canicule aoûtienne est venue jeter un froid chez les militants les plus enflammés. Selon les chiffres compilés par l’institut Elabe, 31% des personnes interrogées pour différents sondages se déclaraient « sans préférence partisane » au deuxième trimestre. Soit davantage que celles qui se disaient proches du parti de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé (16%) ou de François Hollande et Arnaud Montebourg (14%). En clair, le premier parti de France est celui des « sans partis ».

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Il ne faut pas confondre ces orphelins politiques avec les abstentionnistes. Certes, le « parti des pêcheurs à la ligne » progresse inexorablement, de scrutins en scrutins. Le principe même d’une campagne électorale consiste à partir « à la pêche » aux électeurs indécis qui feront la différence dans les urnes, au-delà des bataillons de militants mobilisés pour les convaincre. L’adoption du système des primaires par les principaux partis de gouvernement a définitivement entériné cette vision somme toute très bolchévique d’une « avant-garde » plus ou moins éclairée, ouvrant la possibilité à des « compagnons de route » plus nombreux de désigner le général qui conduira la bataille. La difficulté des partis à attirer des sympathisants, même provisoires, devient un supplice pour les instituts de sondage, habitués à classer ses panels selon un axe droite/gauche. Quand le citoyen fait la grève du vote, le sondé refuse d’être catalogué.

Béziers rive droite, Montpellier rive gauche

Sommé de voter avant l’heure par les instituts de sondage, les indécis ont toujours la capacité de se déclarer « sans opinion ». Mais les sondeurs, comme les partis, veulent savoir si ces refuzniks du marketing politique sont plutôt de droite, ou plutôt de gauche. Comment mesurer les défections si les silencieux demeurent obstinément muets ? Dans une première étude publiée en mai 2016 sur les chiffres du premier trimestre, l’institut Elabe diagnostiquait « un état de décomposition avancée » des deux principaux partis, de droite et de gauche. L’analyste de l’institut rappelle que le PS et l’UMP totalisaient 54% des préférences partisanes avant l’élection présidentielle de 2008, selon une étude du CEVIPOF. Ces chiffres n’étonnent pas le maire (DVG) de Montpellier. « Les partis politiques connaissent une crise de confiance inégalée », assène Philippe Saurel, qui a quitté avec fracas le PS. Il a rêvé, en vain, d’importer dans la région un mouvement du type Podemos.

Le grand gagnant de cette défiance généralisée envers les partis politiques traditionnels semble être le FN. En mai 2016, 15% des personnes interrogées se déclaraient « proches » du parti de Marine Le Pen. Le FN dépassait même LR et le PS chez les jeunes de 25 à 34 ans (19%) ou chez les ouvriers (29%). Pour autant, le parti frontiste subit lui aussi une érosion de ses sympathisants déclarés au deuxième trimestre (-1,4%), selon Elabe. Au plan local, aucune étude ne permet de savoir si un Louis Aliot « pur sucre » à Perpignan pâtit davantage de la situation qu’un Robert Ménard, semant le trouble en invitant « la droite hors les murs » au mois de mai dernier. Le « Podemos de droite » annoncé par le maire (RBM) de Béziers a fait flop. Une « erreur politique majeure et historique » a sévèrement jugé Marion Maréchal Le Pen, en claquant la porte de l’improbable « Front de droite » que l’ex-journaliste trotskyste, ancien fondateur de Reporters sans Frontières, voulait créer à la droite de la droite, à la manière de Jean-Luc Mélenchon à gauche.

La défiance envers les partis politiques nourrira à n’en point douter d’autres initiatives de ce type, sur la rive droite de l’Orb, la rive gauche du Lez ; et bien au-delà de l’Hérault.