Le « monopoly de Saint-Jory » fait irruption à Toulouse Métropole

Les affaires immobilières de Thierry Fourcassier, maire (LR) de Saint-Jory, ont suscité un bref instant de malaise à Toulouse Métropole. En cause, une délibération technique qui prévoyait l’achat d’une parcelle à la famille du maire pour la somme de 140.000€ afin de permettre le raccordement de la future caserne des pompiers au nouveau rond-point aménagé à l’entrée nord de Saint-Jory. N’y a t-il pas là un risque de conflit d’intérêt, a demandé presque naïvement en fin de séance Aymeric Deheurles, élu tiré au sort sur la liste Archipel Citoyen à Toulouse ? « Tout est légal » a affirmé Jean-Luc Moudenc, tout en assurant comprendre « le malaise » du nouvel élu. Le président de séance a ensuite demandé à Thierry Fourcassier de quitter la salle, afin de respecter la règle qui interdit à un élu de prendre part au vote quand ses propres intérêt sont en jeu.

Le maire de Toulouse s’est enfin tourné sur sa droite en demandant au maire (PS) de Tournefeuille, également conseiller départemental, de rassurer son opposant toulousain. C’est en effet le département qui doit construire la nouvelle caserne de pompiers de Saint-Jory sur un terrain cédé pour l’euro symbolique au SDIS (service départemental d’incendie et de secours). « J’ai conscience de ne pas répondre complètement à la question » a finit par lâcher Dominique Fouchier, visiblement un peu embarrassé par cette patate chaude. Karine Traval-Michelet, maire (PS) de Colomiers et future présidente du groupe socialiste, a ensuite créé la surprise en annonçant que certains membres de son groupe ne voteraient pas la délibération. Il s’agit là d’une première entorse au pacte de gouvernance passé entre Jean-Luc Moudenc et les maires socialistes de Toulouse Métropole. Au total, 42 élus se sont abstenus.

Les élus socialistes ont été alertés par Victor Denouvion, le candidat PS opposé à Thierry Fourcassier aux dernières élections municipales. Egalement conseiller départemental et vice-président du SDIS, M Denouvion remet en cause la légalité de l’opération. Il explique que les 140.000€ versés à la famille Fourcassier vont permettre de rendre constructible un terrain de 3 hectares appartenant au maire en le désenclavant. Sur sa page Facebook, le maire de Saint-Jory ajoute que le futur rond-point sur l’ancienne route nationale 20, transférée par le département à la métropole, va également permettre de construire un bowling, une salle de jeux et une salle des fêtes. Les travaux, financés à hauteur de 1,5 millions d’euros par Toulouse Métropole, ont commencé cet été. Ils doivent s’étaler jusqu’à la fin de l’année

« J’ai fait interrompre le chantier car les engins empiétaient sur les buttes édifiées pour isoler la propriété familiale de la route », rapporte Thierry Fourcassier. L’élu, dont la famille possède plusieurs terrains dans la commune, indique avoir déjà perdu une « haie de sapinettes de 8 mètres de haut » dans l’affaire. Le maire de Saint-Jory se défend en expliquant avoir vendu ses terres au prix de 30€ le m2, soit « deux fois moins que mes voisins ». Il explique que c’est son prédécesseur (DVG) à la mairie qui avait choisi l’emplacement de la caserne. « Quand j’ai été élu (en 2014), je suis allé voir les pompiers pour leur proposer un autre terrain près de la gare. Ils n’en ont pas voulu », raconte Thierry Fourcassier. Selon lui, c’est le SDIS qui a exigé de construire le nouvel accès routier jusqu ‘au rond-point qui va rendre sa parcelle constructible. Un autre rond-point a été aménagé quelques centaines de mètres plus loin pour desservir un petit centre commercial.

Jusqu’alors président de la commission Urbanisme, le maire de Saint-Jory préside désormais la commission Voirie de Toulouse Métropole. Réélu avec 94 voix d’avance en mars dernier dans sa commune, le maire de droite est menacé par un recours déposé par son opposant socialiste.

Au théâtre ce soir : du ballet, Covid !

8 jeunes danseurs venus d’Italie étaient en résidence au théâtre Garonne de Toulouse pour la reprise de Relative Calm, ballet de la chorégraphe américaine Lucinda Childs mis en scène et en lumières par Bob Wilson sur une musique minimaliste de Jon Gibson, créé en 1981 à Strasbourg

Le virus du théâtre est plus fort que la peur de la mort. Pour signifier sa sortie du confinement, le théâtre Garonne a convié son public fidèle, sevré de scène depuis le 13 mars, à la (re)présentation exceptionnelle de quelques pas de danse contemporaine. Les 255 sièges ont été pris d’assaut, sans mesure de distanciation particulière ou masque obligatoire, pour cette invitation gratuite à assister à ce qui était présenté comme « une répétition ouverte ». Pas de rideau. Sur scène, huit danseurs vêtus de blanc sont comme figés en attendant de reprendre vie. Quatre hommes, quatre femmes. Ces jeunes artistes sont venus d’Italie en début de semaine pour préparer la reprise de Relative Calm, un ballet minimaliste créé en 1981 au théâtre national de Strasbourg par un trio de créateurs américains d’avant-garde.

Quand le noir se fait et que débutent les boucles de musique électronique répétitives du musicien californien Jon Gibson, les corps se mettent en mouvement, tournent, se croisent, sans jamais se toucher. La chorégraphie strictement géométrique de la new-yorkaise Lucinda Childs est un menuet moderne, exécuté avec des entrechats de danse classique. Elle est mise en scène et en lumière par Bob Wilson. Cette grande figure du théâtre contemporain est venu personnellement superviser les répétitions des jeunes danseurs recrutés par son producteur milanais. Il a pris le micro avant la courte présentation (20 minutes) d’un extrait du ballet pour dire son plaisir de retrouver la ville rose. Bob Wilson avait déjà eu l’occasion de monter sur la scène du théâtre Garonne en 2015 pour jouer, en solo, un spectacle autour de Samuel Beckett. L’acteur et metteur en scène a eu l’occasion de rencontrer le dramaturge à Paris dans les années 70. «  La plupart des villes américaines sont provinciales », avait alors confié ce Texan originiare de Waco à Jean-Marc Le Scouarnec.

Les danseurs de Relative Calm ont repris le maquillage blanc que Bob Wilson avait choisi pour jouer Beckett à Toulouse. Ils arborent juste une bande noire dans le dos. Une planète survolant la scène suspendue à un fil invisible en offrant des éclipses variables selon la lumière apporte une touche de poésie céleste, mais tout aussi inexorabelement mathématique, aux mouvements calculés au millimètre des corps. L’esthétique minimale de sa mise en scène, aussi géométrique que la chorégraphie de sa complice Lucinda Chils, n’est pas sans évoquer celle d’Aurélien Bory. Cela tombe bien, le plus inventif des scénographes de Toulouse avait lui aussi réinvesti les lieux de ses premiers pas au théâtre en concevant, à bas bruit, une installation pour faire revenir le public dans les galeries souterraines du théâtre Garonne.

Moudenc tend la main aux électeurs de Pellefigue

Moudenc Florida
Il a sorti l’artillerie lourde. Dans une « déclaration solennelle » lancée depuis la terrasse d’un café de la place du Capitole, Jean-Luc Moudenc est reparti en campagne en sonnant l’alerte sur le risque de voir les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon et autres « Gilets Rouges » s’installer à la fin du mois dans l’hôtel de ville situé de l’autre coté de la place. « Le résultat est incertain car l’adversaire, appliquant une tactique pratiquée depuis longtemps par l’extrême-gauche, avance masqué derrière une aimable cagoule d’inoffensivité », prévient le maire sortant de la ville rose.

Arrivé en première position en mars dernier mais avec un score décevant (36,18%), l’élu LR de la ville rose doit faire face àla fusion de la liste PS-PC-PRG avec celle d’Archipel Citoyenconduite par Antoine Maurice, conseiller municipal (EELV) d’opposition. Avant même le premier tour, le maire de Toulouse avait désigné l’alliance inédite d’Archipel, composé d’écologistes, de militants de la France Insoumise, de socialistes en rupture de ban et de « citoyens » tirés au sort, comme ses plus dangereux adversaires. Les « pastèques » (vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur), comme Moudenc les a qualifié, ont effectivement largement distancé (27,56%) la gauche traditionnelle (18,53% ). Sur le papier, l’addition des forces peut faire basculer la ville. Un sondage commandé par Archipel à l’IFOP la semaine dernière confirme que la fusion pourrait permettre aux nouveaux alliés de battre Moudenc d’une courte tête.

Mais le plus macroniste des maires Républicains a bien senti la faille chez ses adversaires : Nadia Pellefigue, la tête de la liste PS, a refusé de cautionner la fusion « à titre personnel ». Une vingtaine de ses colistiers non encartés l’ont soutenu jusqu’au bout dans son refus de rejoindre Antoine Maurice et Archipel en dénonçant des logiques d’appareils. Moudenc s’engouffre dans la brèche en dénonçant « un hold-up des appareils partisans ». « Nadia Pellefigue a défendu des positions identiques aux nôtres » souligne le maire de Toulouse. Derrière la jeune vice-présidente du conseil régional, belle-fille de Nicole Belloubet, on devine sans peine l’ombre de Carole Delga. Comme Moudenc en 2019, la présidente (PS) d’Occitanie redoute la concurrence en 2021 d’une liste LREM. Elle pourrait être menée par la ministre de la Justice, ancienne élue socialiste de Toulouse et de la région. Carole Delga doit aussi faire face à l’opposition radicale de trois élus de la galaxie Insoumise, dissidents de ses alliés écologistes.

Moudenc enfonce donc avec volupté le clou planté une semaine auparavant en se faisant filmer par La Dépêche du Midi en compagnie de la présidente de la région Occitanie pour défendre l’interdiction de manifester des Gilets Jaunes au centre de Toulouse réclamé par des petits commerçants excédés. A ses yeux, la poignée d’irréductibles Gilets Jaunes qui persistent à vouloir manifester le samedi en ville « même si Macron ne le veut pas » ne sont que des « Gilets Rouges » infiltrés par l’extrême-gauche. « Je n’ai pas fait Sciences-Po, mais je connais les Toulousains », glisse le maire de Toulouse, persuadé qu’une majorité d’électeurs refuseront de confier les clés de la ville à une poignée d’agitateurs violents. A commencer par les milliers de salariés de l’industrie aéronautique, inquiets pour leurs emplois. « Un secteur d’activité majeur, auquel l’extrême-gauche d’Archipel oppose ne défiance aussi ancienne que tenace », dézingue Jean-Luc Moudenc. Le maire de la ville rose se présente comme le meilleur rempart pour défendre Airbus, mais aussi les LGV défendu en commun avec Carole Delga contre EELV ou son projet de troisième ligne de métro, « le plus écologique de France ».

Ba(t)s les masques

masques Gros
dessin : Pascal Gros

Qui n’a pas son masque ? Après le pitoyable épisode franco-français de la « guerre mondiale des masques » sur le tarmac de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, où l’Etat a réquisitionné 1 million de précieuses protections respiratoires médicales importées de Chine par des régions de l’Est de la France, les élus locaux sont lancés dans une nouvelle course à l’échalote : commander des petits bouts de tissus munis de deux élastiques pour tous leurs administrés. Il ne s’agit pas cette fois des fameux « FPP2 », réservés -en théorie- aux professionnels de santé, ni même des masques chirurgicaux jetables, mais de simples masques en tissus, naturels ou synthétiques, lavables et réutilisables. A Toulouse, Jean-Luc Moudenc a suivi l’initiative des maires de Nice et Bordeaux, qui furent les premiers à annoncer qu’ils voulaient offrir un masque à tous leurs habitants (et plus ou moins fidèles électeurs).

Le maire de la ville rose évoquait la semaine dernière une commande de 480.000 masques, proposant aux 36 maires de la Métropole de se joindre à lui pour réaliser une commande groupée. Mais il a été pris de vitesse par le maire de Montpellier, annonçant triomphalement dès le 11 avril une commande d’un million de masques pour toute son agglomération. Philippe Saurel s’est bien gardé de préciser où il allait trouver ces petits morceaux de tissu si convoités. Il s’est contenté d’inviter les entreprises locales qui voudraient répondre à cet appel d’offre à se rapprocher de l’administration pour faire « homologuer » leurs produits. A l’échelle de toute la région, Carole Delga indique que ses services ont identifié 150 entreprises capables de se mettre sur les rangs. Mais à ce jour, seules 7 entreprises en Occitanie figurent sur la liste de la centaine de fabricants homologués par l’armée. C’est en effet la délégation générale de l’Armement qui a été chargée de pondre en urgence des normes pour ces masques présentés dans un premier temps comme « alternatifs » ou « artisanaux », et soudain propulsés au rang de « produits de première nécessité » dans la « guerre » au coronavirus.

Parmi les rares entreprises régionales homologuées, une seule dispose théoriquement d’une capacité de production capable de répondre aux fortes commandes des grandes agglomérations. Le célèbre fabricants de slips Eminence, qui possède une unité de production dans le Gard, se fait fort de passer de 85.000 masques par semaine à 140.000…. en faisant travailler une usine en Roumanie. Le maire de Nîmes, qui s’est fixé pour objectif de livrer 700.000 masques aux habitants de son agglomération, a pourtant été contraint de faire appel à une entreprise savoyarde pour recevoir un premier lot de 100.000 unités. Mais c’est promis, Eminence livrera 270.000 masques « made in local » dans la deuxième quinzaine de mai aux habitants de l’agglomération gardoise. Trop tard pour le 11 mai, date promise par Emmanuel Macron entre-temps pour commencer à sortir du grand confinement généralisé !

A Toulouse, Moudenc s’est finalement résolu à passer commande de 800.000 masques jeudi 16 avril. Il n’a pas voulu préciser le fournisseur, mais on sait qu’il n’est pas de la région. « J’aurais préféré, mais ce n’était pas possible », avoue le maire de Toulouse. Tant pis pour le « Small Business Act » que l’élu avait mis en place au début de son mandat pour favoriser les entreprises locales. La priorité était d’être livré avant le 11 mai. « La livraison sera effectuée en un seul lot », ajoute Jean-Luc Moudenc, qui a même révélé le prix : 2 euros pièce, soit une dépense de 1,6 millions d’euros à partager avec les autres communes de la Métropole qui le souhaitent. C’est deux fois plus cher que les premiers masques livrés à Nîmes (moins d’un euro). Mais pour ce prix, ils sont garantis réutilisables plusieurs fois après lavage. Ce ne serait pas le cas des masques « low-cost », bons pour la poubelle au bout de quelques jours d’utilisation.

Reste à savoir si ces fameux masques seront, ou non, obligatoires pour sortir de chez soi. Contrairement à Christian Estrosi, le maire de Toulouse n’entend pas prendre un arrêté municipal pour obliger les Toulousains à porter son « cadeau ». Il estime que le port du masque ne devrait s’imposer que pour prendre le bus ou le métro. Le ministère de l’Intérieur a de son coté commencé à poursuivre en justice les maires, comme celui de Sceaux, qui veulent rendre le port du masque obligatoire dans leurs communes. Le Conseil d’Etat vient de lui donner raison. Les plus hauts magistrats du pays ont également rejeté la demande d’un syndicat de policiers qui réclamaient des masques pour travailler, après d’autres demandes émanant de plusieurs catégories de « soldats » en première ligne. Bas les masques !

Faut-il fermer les (super)marchés ?

marché Cristal confinement police

Les étals des marchés sont sans doute la dernière exception visible à la règle générale du confinement qui interdit tout attroupement public en ces temps de « guerre » au coronavirus. Mais pour combien de temps encore ? En dépit du soutien répété du ministre de l’Agriculture à ces places de marché aussi conviviales que légèrement surannées à l’époque des grandes surfaces et leurs « drive-in », de plus en plus de maires préfèrent bannir ces dernières reliques de pratiques commerciales jugées dignes du Moyen-Age.

Dernier exemple en date, le maire (DVG) de Montpellier a annoncé samedi la fermeture de tous les marchés de plein-air de la ville, entre autres formules-choc. « Je suis allé ce matin sur le marché des Arceaux et j’ai vu que les gens ne respectaient pas la distance de sécurité, sans doute parce que c’est impossible », se justifie Philippe Saurel, chirurgien-dentiste de profession. Les quatre halles couvertes de Montpellier, elles, demeurent ouvertes. A Toulouse en revanche, les marchés dits « de plein vent » sont maintenus. La police municipale patrouillait cette semaine sur le grand marché populaire des boulevards pour s’assurer que les distances de sécurité, matérialisées par des plots ou des cageots, étaient bien respectées. Samedi, le marché bio qui se tient désormais derrière le Capitole a été « aéré » en s’étendant dans tout le square, avec des files matérialisées par des rubans pour les clients. Quant au marché dominical habituellement très animé de la place Saint-Aubin, il a largement fondu (60 stands contre 180), mais a lui aussi été maintenu, avec marquages au sol et disparition de toutes les animations qui font son attrait habituel (musiciens, bouquinistes, etc). « Il faut changer la façon de faire, on affine au jour le jour » dit Jean-Jacques Bolzan, adjoint (DVD) au maire de Toulouse, très attaché au maintien de la trentaine de marchés qui animent les quartiers de la ville.

La question de la place des commerçants ambulants en période de confinement se pose aussi dans les villes moyennes de la région. En Aveyron, le maire (LREM) de Rodez a été le premier à décider, jeudi, la fermeture du marché bi-hebdomadaire de la place du Bourg, qui s’étale derrière la massive cathédrale. Christian Teyssèdre explique avoir consulté la cellule de crise de l’hôpital avant de prendre cette mesure radicale, contestée localement par les forains, mais aussi les producteurs locaux qui viennent y écouler leurs produits en vente directe. Dans le sud du département, les maires de Millau (LR) et Saint-Affrique (PS) ont suivi le mouvement. Le large éventail des étiquettes politiques de ces trois élus aveyronnais semble démontrer que la fermeture des marchés fait consensus. Mais à Villefranche-de-Rouergue, le maire (DVD) n’a pas voulu sacrifier le fameux marché du jeudi. Précision utile : Serge Roques est médecin hospitalier et n’était pas candidat à un nouveau mandat.

Informé de cette vague d’interdictions municipales, le ministre de l’agriculture a aussitôt adressé une circulaire aux préfets pour leur demander de faire rouvrir les marchés. On recensait environ 300 marchés suspendus sur l’ensemble du territoire national en milieu de semaine, selon Le Point. Mais à l’exception de la préfète de Gironde, bien peu de représentants de l’Etat sont montés publiquement au créneau pour désavouer ces maires qui ouvrent le parapluie en fermant les étals. Les élus locaux, pour la plupart en ballotage entre deux tours d’un scrutin suspendu, sont soumis à d’intenses pressions, notamment sur les réseaux sociaux. Les images de marchés où l’on se presse comme dans une mêlée de rugby se multiplient sur Twitter ou Facebook, assortis de commentaires acerbes contre ces « irresponsables » qui se pressent devant les étals en ignorant superbement les consignes du gouvernement. Il serait urgent de traquer le coronavirus parmi les premières bottes d’asperges et les pommes de terres.

Un médecin généraliste a publié une vidéo en forme de coup de gueule sur Facebook demandant la fermeture du marché de Bayonne. Le maire (UDI) sortant a mis en place un filtrage à l’entrée des magnifiques halles au bord de l’Adour, ouvertes tous les matins, et maintenu les stands du marché du samedi qui s’étendent sur les quais et jusque sur les ponts du centre-ville. Même si l’affluence était moindre que d’habitude, les marquages au sol de la municipalité pour garantir une distance minimale d’un mètre entre clients sont jugés insuffisants par le Dr Petit. « Je suis surpris de l’attitude de la ville qui arrête des personnes isolées dans la rue pour les verbaliser et qui, dans le même temps, permet le regroupement de plusieurs centaines de personnes », déplore ce médecin qui réside dans le département voisin des Landes. Dans la périphérie bordelaise, Franck Raynal a rendu un jugement de Salomon. Le maire (LR) de Pessac a renoncé au grand marché dominical, mais a maintenu les deux marchés de moindre importance dans la semaine. « On évolue et on évalue », dit l’élu de Pessac, qui prend le temps de répondre à ses détracteurs sur les réseaux sociaux. « La peur est légitime, mais je fais le pari de l’intelligence » dit ce cadre au CHU de Bordeaux, qui n’a pas sollicité d’avis médical du professeur Denis Malvy, expert bordelais du conseil scientifique, avant de prendre sa décision. Franck Raynal n’hésite pas à retourner la question sécuritaire : « est-ce qu’on vérifie aussi minutieusement les distances minimales dans les grandes surfaces » ?

Une rapide visite dans un hypermarché aux portes de Toulouse, vendredi après-midi, suffit pour répondre : les queues à l’entrée pour stocker pâtes et papier-toilettes ont disparu, les vigiles aussi. Les caissières sont désormais protégées derrière une vitre en plexiglas, mais aucun marquage au sol devant les caisses. Les rayons sont tous bien approvisionnées et les produits manipulables par tout un chacun, sans précaution particulière. Ce n’est pas ici qu’on se fera rabrouer, comme sur les marchés de plein-air, par des vendeurs en gants de latex priant désormais les clients de ne plus toucher la marchandise.

« Les marchés de plein air présentent moins de risques que l’hypermarché de proximité », estime Fabienne Buccio, préfète de la région Nouvelle-Aquitaine. Le syndicat Jeunes Médecins et l’InterSyndicale Nationale des Internes (ISNI), assistés par l’ordre des médecins, réclamaient toutefois des mesures de confinement plus sévères devant le Conseil d’Etat, avec notamment la fermeture des marchés et un  « ravitaillement de la population par l’Etat », sur le modèle chinois à Wuhan. Les hauts magistrats, réunis en urgence dimanche, les ont débouté de leur demande d’un couvre-feu généralisé, tout en estimant que le gouvernement devait préciser les dérogation à la règle de confinement, notamment pour les marchés.

Cyclistes et piétons réunissent la gauche à Toulouse

Tricycle à batterie

Petite « vélorution » ce vendredi soir place du Capitole : les têtes des trois principales listes de gauche se sont retrouvées devant la façade l’hôtel de ville à l’invitation de 2 Pieds 2 Roues, qui organisait une première « convergence » nocturne de cyclistes et de piétons à 15 jours des élections. L’association historique des cyclistes urbains a innové en élargissant son objet social à la marche à pied en 2013. Antoine Maurice (EELV), Nadia Pellefigue (PS) et l’ancien maire Pierre Cohen (Générations) ont brièvement pris le micro avant de passer leur « grand oral » samedi devant les responsables de l’association, qui invite rituellement tous les candidats à « plancher » sur leur programme en matière de « mobilités douces » avant chaque scrutin municipal. Un représentant de Franck Biasotto, candidat centriste dissident soutenu par le Modem, a également pris la parole.

La liste du maire, Jean-Luc Moudenc (LR, soutenu par LREM), a brillé par son absence. Philippe Dufetelle, ancien adjoint de Dominique Baudis, était pourtant présent dans l’assistance. « C’est moi qui ait ouvert les premières pistes cyclables à Toulouse », dit cet ancien animateur de la campagne présidentielle de Brice Lalonde en 1981. Désormais rivé à son fauteuil roulant, l’ancien élu qui a vainement tenté de rallier la liste Archipel Citoyen d’Antoine Maurice a proposé ses services au maire sortant. La municipalité, qui a beaucoup misé sur son projet de troisième ligne de métro, est accusée de ne pas assez prendre en compte les cyclistes et les piétons. 2 Pieds 2 Roues s’est départie de sa neutralité habituelle en attaquant la révision du plan de déplacements urbains concocté par Jean-Luc Moudenc devant la justice administrative.

A l’applaudimètre, Antoine Maurice devance largement ses autres concurrents de gauche, confirmantle premier sondage IFOP qui lui accorde 25% des intentions de vote, devant Nadia Pellefigue (14%) et Pierre Cohen (7,5%). La tête de liste d’Archipel Citoyen, qui rassemble des militants d’EELV, de la France Insoumise et des socialistes dissidents, a reçu le soutien de Julien Bayou. « Le seul vote utile, c’est le vote vert », a déclaré le secrétaire national du parti écologiste. Julien Bayou s’est ensuite discrètement mêlé aux manifestants. Pas question de parader, comme Jean-Luc Mélenchon venu la semaine dernière et qui n’a soutenu que du bout des lèvres le candidat à l’élection municipale, tout à son combat contre la réforme des retraites.

Il faut dire que les quelques centaines de cyclistes, parfois venus en famille, faisait un bien maigre cortège comparé aux milliers de manifestants des syndicats. 2 Pieds 2 Roues revendique plus d’un millier de participants (750 cyclistes, 300 piétons). Les gilets jaunes ou oranges fluo arborés par une majorité de cyclistes avaient une fonction purement sécuritaire, non revendicative. Au moins quatre accidents mortels de cyclistes sont à déplorer depuis un peu plus d’un an à Toulouse. Un cinquième mort est venu s’ajouter à ce triste bilan une semaine avant la manifestation, sur le passage-piéton de la sortie d’un échangeur du périphérique. Le défilé nocturne, qui se voulait festif avec une fanfare pour les piétons et un drôle de tricycle musical équipé d’une batterie plus percutante qu’électrique, a commencé par une minute de silence en mémoire de ces victimes de la rue.

Mélenchon manifeste à Toulouse contre les retraites

20.000 manifestants selon les organisateurs, moins de 3.000 selon la préfecture. Plus un.

Mélenchon manif retraites

Jean-Luc Mélenchon s’est offert un bain de foule et de soleil dans la ville rose. Avant d’animer un meeting contre la réforme des retraites, prévu en soirée avec le député européen Manuel Bompard, le leader de La France Insoumise (LFI) a arpenté les rues de la ville au milieu des manifestants. Le parcours du cortège intersyndical a été modifié pour l’occasion, partant du canal du midi pour passer devant le palais des congrès où devait se tenir la réunion politique. Pendant deux bonne heures, Jean-Luc Mélenchon s’est mêlé avec un plaisir visible au cortège. On l’a même vu pousser la chansonnette avec des avocats, entonnant la chanson des Gilets Jaunes : « on est là… ».

Entouré d’une nuée de photographes et de caméras, il a multiplié les conversations et les entretiens en aparté avec tous ceux qui voulaient lui serrer la main. « Merci pour ton combat », lui glisse un vieil homme, visiblement ému, avant de lui donner l’accolade. La manifestation a réuni plusieurs milliers de personnes en cette période de congés scolaires. La participation a fondu comme neige au soleil par-rapport aux cortèges-monstres du début de l’hiver. Les manifestants, toujours précédés de quelques centaines de Gilets Jaunes, se sont dispersés presque sans heurts, loin du centre-ville. Quelques grenades lacrymogènes ont été tirées à Arnaud Bernard pour disperser les derniers irréductibles après le départ du leader de La France Insoumise. Un cortège de CRS accompagné d’un camion à eau avait pris position devant le palais des congrès.

La salle du meeting avait été envahie le mois dernier lors d’une précédente manifestation à l’occasion d’une cérémonie des vœux organisée par le maire (LR) de Toulouse, soutenu par la République en Marche. Jean-Luc Moudenc avait alors dénoncé « la chienlit ». Jean-Luc Mélenchon a indirectement répondu au maire de Toulouse lors d’un point-presse informel à l’heure du déjeuner en invitant les électeurs à « sanctionner La République en Marche » lors des élections municipales. Le meeting du leader de LFI pouvait paraître comme une réponse au « meeting unitaire » de la gauche organisé un mois plus tôt à Tournefeuille sous l’égide du parti communiste et de L’Humanité. Il n’en est rien assure Manuel Bombard, qui explique l’absence remarquée de sa formation politique le 14 janvier par une bête question d’agenda. La galaxie Insoumise était représentée par la conseillère régionale Myriam Martin, ancienne dirigeante du NPA, fait remarquer le député européen.

La véritable histoire de la « ligne XXL » du métro de Toulouse

inaugau métro Balladur Bosson Baudis

Le maire sortant de Toulouse l’a rappelé lors de son meeting de campagne devant 1.300 supporters : le doublement de la ligne A du métro était annoncée « depuis 20 ans ». Elle a enfin commencé à devenir une réalité le 10 janvier dernier. Initialement prévue pour le dernier trimestre 2019, la mise en service de « cette ligne XXL » a été une dernière fois reportée début janvier à cause d’un incendie dans un transformateur électrique. Ce chantier qui a viré au chemin de croix « a été livré sans dérapage, ni budgétaire, ni calendaire », s’est malgré tout félicité le maire de Toulouse lors de ses vœux à la presse. Mais la chambre régionale des comptes (CRC) d’Occitanie joue une nouvelle fois les troubles-fêtes. Selon les magistrats financiers de Montpellier, la facture globale devrait dépasser les 180 millions annoncés. La CRC avait déjà émis des doutes sur la date de livraison de la future troisième ligne de métro, programme-phare de Jean-Luc Moudenc.

Au-delà de ces querelles de chiffres, les travaux « de raccommodage » de la première ligne de métro, inaugurée en 1993, écornent au passage la réputation d’excellence des concepteurs du métro toulousain. Ils furent pourtant applaudis à l’époque pour avoir, déjà, livré la ligne en respectant à la fois le calendrier et le budget. Un « exploit » qu’il convient toutefois de relativiser. Pour quelles raisons a-t-il été nécessaire d’arrêter le métro pendant deux étés consécutifs, en 2017 et 2018, avant de multiplier les coupures nocturnes en 2019 afin de mener à bien ce chantier ? Les ingénieurs du syndicat mixte des transports en commun (SMTC) de l’agglomération toulousaine, qui travaillaient main dans la main avec ceux de Matra, concepteur du métro automatique VAL, avaient bien anticipé dès les années 90 que les rames de 26m pourraient être doublées pour transporter plus de 300 passagers… Sauf pour 4 stations initiales de la ligne A, prolongée en décembre 2003 jusqu’à Balma. « On ne peut que regretter que les travaux de génie civil n’aient pas été diligentés dès l’origine », écrit sobrement le commissaire enquêteur Alain Salles, ingénieur à la retraite nommé pour conduire l’enquête publique en 2016.

Les raisons de ce fâcheux et coûteux « oubli » sont plurielles. Elles demeurent volontairement obscures pour le grand public. Robert Marconis, universitaire spécialiste des transports, a partiellement répondu à la question posée par David Saint-Sernin lors du lancement des travaux. Le commissaire-enquêteur se contente d’évoquer avec mansuétude « des contraintes de réalisation », mentionnant entre parenthèses qu’elles auraient eu « des conséquences sur les coûts et les délais ». Francis Grass confirme. Ce polytechnicien, à l’époque directeur de la Semvat qui exploitait le réseau métro-bus du SMTC, évoque de mémoire « un surcoût de plusieurs dizaines de millions d’euros ». La chambre régionale des comptes met de son coté l’accent sur le calendrier, citant « le souhait de ne pas pénaliser les délais de réalisation ». En clair, Edouard Balladur et Dominique Baudis n’auraient pas pu inaugurer la ligne A dans la liesse populaire et sous le soleil du 26 juin 1993, si la petite station de Fontaine-Lestang et sa voisine baptisée Mermoz avaient d’emblée eu la même dimension que les autres, plus fréquentées.

Selon les magistrats financiers de la CRC, ce ne sont pas des problèmes techniques, mais des risques juridiques de contentieux qui auraient pu retarder les travaux. Ils font silence en revanche sur un rapport plus ancien de leurs collègues de la Cour des Comptes, qui éclaire dès 1997 d’un jour nouveau l’imbroglio technico-juridique et financier des stations « oubliées » de la ligne A  : les élus toulousains du SMTC avaient concédé le futur métro et l’exploitation des lignes de bus pour 30 ans à une société d’économie mixte, MT Développement (MTD), en échange d’un engagement à livrer la ligne avant le 1er juillet 1993 pour une somme forfaitaire de 3,3 milliards de francs de l’époque (505 millions €). Le « deal » était simple et rassurant  : en cas de dépassement des délais ou du budget, c’est MTD, associant la Caisse des Dépôts et Consignation et plusieurs de ses filiales à la Semvat (25%), Matra (19%) et un pool bancaire, qui payait. Critiqué par la Cour des Comptes, ce  partenariat public-privé pionnier « à la toulousaine » a été abandonné lors du choix politique d’exploiter les transports en commun de l’agglomération toulousaine en régie directe. MTD a été liquidée en 2002. Tisséo, nouvelle marque du SMTC, a alors versé 210 millions à MTD, relèvent les magistrats de Montpellier chargés de surveiller les comptes publics.

La société chargé de construire la ligne A n’a donc pas été sanctionnée pour son « oubli » des quatre stations. Elle a même été récompensée pour son travail. « A l’époque, il n’y a pas eu de débat politique », souligne Francis Grass, désormais adjoint au maire de Toulouse et président de Tisséo-ingénierie, le bras armé du SMTC pour conduire les chantiers. De fait, les élus de droite favorables au métro choisi par Dominique Baudis comme ceux de gauche, qui préféraient le tramway, n’ont rien trouvé à redire lorsque les ingénieurs ont proposé de raccourcir quatre stations pour tenir les délais. Les bénéfices de MTD ont été partagés entre la ville, de droite, et le département, socialiste.

Les travaux lourds de génie civil, terminés l’an dernier, ont été chiffrés à 63 millions. Il a fallu ajouter 65 millions pour actualiser les automatismes du VAL, racheté par le groupe allemand Siemens. Et encore 60 millions pour la sécurité des stations (évacuations, désenfumage du tunnel), la réglementation étant devenu plus sévère qu’en 1993. Au total, la facture pour réparer «  l’oubli  » de 1993 devrait atteindre 240 millions, selon les calculs de la chambre régionale des comptes. Les arrêts à répétition de la ligne A pour cause de chantier ont également occasionnés une perte d’exploitation évaluée à 1,6 millions d’euros HT dans les caisses de Tisséo.

Sans compter l’agacement des voyageurs, déjà serrés comme des sardines aux heures de pointe, parfois contraints de laisser passer des rames bondés où il est impossible de monter… quand elles roulent. Les pannes et les bugs se sont en effet multiplié en effet, notamment à cause du délicat chantier d’extension mené sans arrêter totalement la circulation. Pour éviter tout «  couac  » dans la dernière ligne droite, Tisséo a préféré reporter prudemment la mise en service de cette ligne «  XXL  » en 2020. Il faudra ajouter encore quelques millions pour acheter de nouvelles rames à Siemens afin de réellement doubler la capacité de la ligne A. Depuis le 10 janvier, les rames doubles de la ligne A peuvent certes embarquer 600 personnes au lieu de 300 aux heures de pointe… mais elles passent moins souvent, comme le souligne Franck Biasotto, ancien adjoint au maire de Toulouse qui conduit une liste concurrente pour les élections de mars prochain.

Toulouse : une deuxième liste au centre, une troisième à gauche (et un sapin)

La campagne des municipales s’emballe dans la ville rose. A une semaine de Noël, les Toulousains ont découvert deux nouveaux prétendants au pied du grand sapin focalisant l’attention sur les nouvelles « ramblas jardin » des allées Jean Jaurès. Coup sur coup, un adjoint au maire qui se réclame du parti d’Emmanuel Macron et l’ancien maire socialiste qui a rejoint Benoît Hamon se sont lancés à quelques minutes d’intervalle dans la course au Capitole. Il souffle comme un vent de folie sur cette élection presque trop sage, qui avait vu le maire sortant, Jean-Luc Moudenc (LR), affronter trois adversaires convenus (l’extrême-droite et deux listes de gauche) la semaine dernière lors d’unpremier débat organisé par France Bleu Occitanie à l’occasion de l’inauguration, finalement reportée à cause des intempéries, des fameuses « ramblas » à la mode toulousaine.

sapin pompiers
Constitué par l’assemblage de 385 sapins cultivés dans le Morvan, l’abre de Noël géant focalise l’attention sur les nouvelles « ramblas jardin » des allées Jean Jaurès

L’irruption de Pierre Cohen dans le débat n’est pas une surprise, même si ses motivations paraissent déroutantes. Battu de 6000 voix en 2014, l’ancien maire socialiste qui jure ne pas vouloir prendre de revanche personnelle face à Jean-Luc Moudenc se faisait jusqu’à,présent le chantre de l’union de toutes les gauches, affirmant qu’il ne serait pas possible de regagner la mairie sans accord de tous les partis dès le premier tour. Le champion solitaire d’une liste « unitaire » a finalement décidé d’aggraver la confusion ambiante dans son camp en ajoutant une troisième liste entre l’union de la gauche à l’ancienne menée par le PS avec le PC et le PRG, et la « nouvelle gauche » des écologistes alliés à la France Insoumise dans une liste « citoyenne ».

Cohen Florida
Pierre Cohen (à droite) a présenté sa liste au Florida, face au Capitole, aux cotés d’Ahmed Dahrour (au centre), qui préparait une liste des quartiers

« Je suis le seul capable de réunir les deux dynamiques et faire gagner la gauche » réaffirme Pierre Cohen. Il se base sur un sondage payé par Génération-s, qui le crédite d’une meilleure notoriété que Nadia Pellefigue, la jeune conseillère régionale choisie par le PS, et Antoine Maurice, conseiller municipal EELV élu aux forceps à la tête de la liste Archipel Citoyen. Boudé par toutes les autres formations politiques, le représentant local du micro-parti de Benoît Hamon a choisi de livrer à 69 ans son dernier combat avec des candidats des quartiers périphériques qui voulaient constituer leur propre liste. En 2014, une liste « des quartiers » soutenue par le NPA avait obtenu 1,67% des voix. « Vous ne nous ferez pas l’affront de nous demander si on dépassera la barre des 5% », s’exclame Pierre Cohen.

Si Jean-Luc Moudenc ne peut que se féliciter de l’éparpillement de la gauche, le maire sortant réputé « Macron compatible » voit ses efforts de rassembler la droite et le centre contestés par le Modem. Le parti de François Bayrou a donné son feu vert à la création d’une liste concurrente. Elle sera menée par Franck Biasotto, adjoint au logement et maire des quartiers du grand Mirail. Nouveau venu en politique, cet agent immobilier de 50 ans a rejoint les rangs de La République en Marche (LREM) en 2016. Problème : le parti présidentiel soutient officiellement Moudenc, qui a intégré 8 de ses membres (dont 5 en position éligible) sur sa liste. Biasotto, qui avait créé un petit groupe d’élus macronistes au Capitole contre l’avis du maire, se présente donc en dissident, un peu à la manière de Cédric Villani à Paris.

Biasotto Lagleize
Franck Biasotto (au centre) conduira la liste soutenue par le Modem de Jean-Luc Lagleize (à droite) et Marthe Marty (à gauche) mais ne sera postulera pas à la présidence de la Métropole, réservé à un candidat « mystère »

« Moudenc n’est plus au centre, il s’est droitisé » regrette son ancien adjoint en pointant les 19 places réservées au parti du maire sortant « sans compter les LR déguisés ». Le véritable instigateur de cette liste concurrente est Jean-Luc Lagleize, qui a du abandonner son poste d’adjoint au maire de Toulouse depuis qu’il a été élu député du Modem. Le parti centriste, qui avait lancé des négociations avec LREM pour constituer une liste autonome, s’est fait doubler sur sa gauche par l’accord signé par Moudenc avec Jean-François Portarrieu, autre député macroniste et ancien directeur adjoint du cabinet de Pierre Cohen. « C’est un accord électoral, pas un accord politique », fulmine Biasotto.

Le maire sortant, qui a accéléré le tempo en présentant sa liste dès la semaine dernière, a prévenu qu’il ne passerait aucun accord entre les deux tours. Jean-Luc Moudenc garde un mauvais souvenir de l’élection municipale de 2008, quand il avait fusionné sa liste avec celle du Modem de Jean-Luc Lagleize pour finalement perdre le Capitole pour 1200 voix au bénéfice de Pierre Cohen. Les opposants centristes à Moudenc n’auront donc pas d’autre issue que de tenter de s’allier avec le PS, dans l’hypothèse où ils arriveront à passer la barre fatidique des 10%. « Notre objectif est d’être présent au 2ème tour » confirme Lagleize, qui refuse de se projeter au-delà. A gauche, la liste de Pierre Cohen a davantage vocation à s’allier avec Archipel, que l’ancien maire couvre d’éloges : « un dispositif collectif intéressant », juge l’ancien maire. On aura compris que c’est la tête de liste confiée à Antoine Maurice, son ancien adjoint écologiste, qui ne lui revient pas.

Au-delà des querelles personnelles, la soudaine irruption de ces deux nouvelles listes pose la question de la meilleure stratégie à adopter pour gagner Toulouse et le « paradoxe » politique d’une ville réputée de gauche et frondeuse, mais qui s’est donnée une longue lignée de maires centristes depuis les Baudis, père et fils. « Toulouse se gagne à gauche » martèle Pierre Cohen. « Toulouse se gagne au centre », corrige Jean-Luc Lagleize. En 2014, Jean-Luc Moudenc l’avait pourtant emporté sur une ligne très sarkozyste, promettant policiers et caméras de surveillance dans une ville marquée par les attentats attribués à Mohamed Merah. Le maire sortant fait désormais campagne pour planter davantage d’arbres et se veut aux petits soins des quartiers périphériques après avoir embelli le centre historique. Le thème de la « fracture sociale » cher à Jacques Chirac sera aussi déterminant que celui de l’écologie, que tous les candidats ont désormais inscrite à leur agenda, dans une métropole qui vit depuis un an au rythme des manifestations hebdomadaires des gilets jaunes. En priant pour que les plus radicaux ne brûlent pas le fameux sapin des ramblas.

Lareine électrise le théâtre Garonne

Lareine Chamonix
De toutes les matières, c’est les watts qu’il préfère. Eric Lareine, 65 ans au compteur (Linky), a fait péter le mythe du père fondateur de la « Houille Blanche » sur la scène du théâtre Garonne. On ne pouvait rêver meilleur endroit que cette ancienne usine de pompage de l’eau du fleuve à Toulouse pour évoquer la vie d’Aristide Bergès, fils de papetier ariégeois qui fit fortune dans les Alpes en installant les premiers barrages hydro-électriques au XIXème siècle.
Cravaté et vêtu d’un improbable manteau-blouse d’époque, le chanteur-performer va au charbon avec son complice Pascal Maupeu et trois autres musiciens pour raconter l’exil de cet ingénieur pyrénéen dans le Dauphiné et sa rencontre avec “la fée électricité”. « Tous les faits sont réels », insiste à plusieurs reprises le conteur électrique, qui s’amuse à rajouter une muse aux pieds palmés à la biographie officielle de l’industriel.
Lareine Berges 2
Entre deux chansons et instrumentaux aux accents de rock bruitiste, Lareine renoue avec son ancien métier de peintre en lettres en dessinant sur un drôle de tableau surtout pas noir, mais d’une couleur laiteuse grâce à des éponges imbibées de Blanc d’Espagne. Cet unique accessoire de scène a été fabriqué par Matthieu Bony. Créateur de décors d’opéra et des spectacles de rue du Royal de Luxe, il a réussi à insérer des tuyaux invisibles entre deux feuilles de plexiglas pour que de l’eau vienne périodiquement effacer les œuvres graphiques éphémères du chanteur, dans un ruissellement digne des ardoises magiques de notre enfance.
La mise en scène de ce spectacle qui épouse davantage la forme d’un concert « classique » que d’une pièce de théâtre a été confiée à Christophe Lafargue, alias Garniouze, autre adepte des spectacles de rue. Arpentant la scène en soliloquant dans son costume d’ingénieur positiviste, Lareine revient toujours au pied de son micro planté au milieu de la scène, comme aimanté. « On a pensé à utiliser un micro-casque pour les séquences narratives, mais je l’aurais fait péter en 5 minutes » explique le trépidant chanteur de blues en blouse. Il ne manquera d’ailleurs pas de sortir un harmonica de sa poche pour y souffler ses tripes habituelles. On ne se refait pas à 65 ans, même quand on joue un respectable industriel en cravate et montre-gousset sur plastron.
Lareine Bergès
Né par hasard à Charleville-Mézières, le plus rimbaldien des artistes toulousains confesse volontiers la part autobiographique de ce spectacle historico-électrique. « Mon père était ingénieur EDF ». Le paternel fut même diplômé de l’école fondée par Aristide Bergès du coté de Grenoble. Antinucléaire revendiqué, Lareine s’interroge en artiste sur ces ingénieurs et « leur confiance aveugle en la science ». Plutôt que de raconter les véritables déboires de l’inventeur de la “houille blanche” avec les riverains dauphinois de ses barrages qui lui firent un procès pour avoir détourné leur eau, il préfère dire que l’industriel a « trahi » la fée qui lui avait enseigné comment capter l’énergie des chutes d’eau. Le morceau de bravoure du spectacle est une longue épopée lyrique sur « la chute des corps » où Lareine peut donner le plein de sa démesure.
Un disque (vinyle) est annoncé en 2020 avec les chansons et la musique composée par Pascal Maupeu pour ce spectacle onirique original.