Castex : en voiture Simone, mais.. En Marche arrière !

Le Premier ministre a renoncé à sa virée dans son Gers natal, mais pas à dépanner le futur métro de Moudenc en panne de financement

Patatras ! Le « come back » de Jeannot lou Gascon est tombé à l’eau. Jean Castex, natif du Gers, devait effectuer son grand retour dans le département de son enfance. Mais la mort d’une policière, tuée la veille à Rambouillet, est venu chambouler son agenda au dernier moment. On a bien aperçu le premier ministre à Toulouse samedi matin, mais il a été contraint de faire une croix sur son échappée campagnarde au profit de la visite-express du commissariat central de la capitale régionale pour réconforter les policiers avant de regagner Paris. Security fisrt ! Le bonheur attendra dans le pré des jours meilleurs…

Le premier ministre, qui s’est éloigné de la Gascogne depuis son implantation électorale dans les Pyrénées Catalanes, avait prévu de labourer une nouvelle fois « ses terres occitanes » (comme l’écrivent les « canards du midi »… de Baylet), encore perceptibles dans son accent. Une semaine après avoir refait surface à Prades, où les méchantes langues soulignaient qu’on ne l’avait plus revu depuis sa nomination à Matignon, l’ancien Mr Déconfinement d’Emmanuel Macron devait visiter le centre de vaccination installé dans la salle Simone Castex de Vic-Fezensac. Cela ne suffira pas à remettre sur pied la fameuse féria de Pentecôte, annulée pour la deuxième année pour cause de Covid. Ce pèlerinage sur ses terres natales devait surtout mettre un peu de baume au cœur des macronistes locaux, un peu perdus dans ce terroir rad-soc d’Armagnac.

Mamie Simone était l’épouse de Marc, son grand-père, maire et conseiller général de la bourgade pendant une bonne vingtaine d’année. Sans étiquette politique précise, Papy Castex, héritier d’une entreprise de matériel agricole familiale, fut vaguement soutenu par les radicaux du coin quand il vendait des tracteurs aux paysans contre les propriétaires de grands domaines, avant de tourner casaque et de prendre la marque UDF de Giscard pour se faire élire en 1980 au Sénat… où il ne prendra jamais la parole. Marc Castex, ancêtre et archétype de l’élu « en marche » : un peu à gauche, beaucoup à droite ?

La 3ème ligne de métro de Moudenc

Si sa virée dans le Gers a été annulée sine die, Jean Castex a toutefois maintenu un rapide crochet matinal à Toulouse pour dépanner l’incontournable Jean-Luc Moudenc. Le maire (LR) de la ville rose, en compétition avec son homologue (PS) de Montpellier dans le rôle de meilleur fayot de Macron au pays du radicalisme-cassoulet, ne sait plus trop comment financer la troisième ligne de métro qu’il a promis à ses électeurs (et à Airbus). Surtout depuis l’épidémie de Covid, qui a dramatiquement fait chuter les recettes de Tisséo, le syndicat mixte des transports en commun de l’agglo. Le projet avoisine officiellement les 3 milliards et fait régulièrement tousser la chambre régionale des comptes de Montpellier, effrayée par l’endettement de Tisséo qui dépasse le milliard avant même de lancer le chantier. Castex a donc confirmé que l’Etat versera royalement 200 millions, à charge pour les élus toulousains de convaincre l’Europe et les banques de bien vouloir boucler un plan de financement qualifié de « pari risqué » par les magistrats financiers avant même l’arrivée du méchant virus chinois. Le chèque de Castex peut sembler un peu chiche. Le département de la Haute-Garonne a prévu à lui seul d’apporter 201 millions dans la corbeille. Le président (PS) du conseil départemental précise toutefois qu’il n’y aura finalement que 102 millions pour la troisième ligne de Moudenc. Le reste est destiné à ses amis socialistes du Sicoval pour prolonger la deuxième ligne vers Labège, ou à des bus vers Portet-sur-Garonne. Les élections approchent, on ne se fait plus de cadeaux !

Une « Arlésienne » routière entre Toulouse et Auch

En route vers Vic, le premier ministre avait aussi prévu initialement de faire étape à Gimont pour un ultime dépannage. Il s’agissait cette fois de débloquer les fonds pour la mise à 2×2 voies de la route entre Toulouse et Auch. Le chantier, qui s’éternise depuis 40 ans, est devenue la véritable Arlésienne de l’ex-région Midi-Pyrénées. Le dernier tronçon entre L’Isle-Jourdain, à la sortie de l’aire urbaine toulousaine, et la petite ville de Gimont, réputée pour son marché hivernal aux foies gras, devait coûter 95 millions, selon les panneaux de chantier qui narguent les automobilistes pressés, coincés derrière un camion ou un tracteur sur la vieille route nationale tournicotant dans les coteaux vallonnés du Gers. Mais ce chiffre est « obsolète », selon Jean-René Cazeneuve, député LREM du département. Le chef de file régional des élus macronistes estimait la facture actualisée à 120 millions. Elle serait même de 142 millions selon Jean Castex, qui promet dans une pleine page d’interview accordée à La Dépêche du Midi de lâcher 46 millions pour boucler le chantier « au premier trimestre 2022 ». Un coup d’accélérateur financier avant un autre scrutin ?

Pourquoi Moudenc voit rouge

Mais quelle mouche a piqué le maire de la ville rose, abandonnant soudain le chauffeur de sa voiture de fonction pour venir arracher une affiche placardée sur les vitres du théâtre de la Cité ? Le théâtre est occupé par un collectif d’intermittents, comme beaucoup d’autres en France. A Toulouse, ils ont été rejoint par les artistes du collectif Mix Art, anciens squatteurs à nouveau SDF depuis que la ville a brutalement fermé la friche industrielle où ils étaient installés avec la bénédiction de Philippe Douste-Blazy. Les critiques contre sa politique culturelle se multiplient dans la rue et les médias. Les activistes d’Act Up ont édité pour l’occasion de grandes affiches avec la photo du maire, et ce slogan ravageur : « Moudenc est à la Culture ce que Monsanto est à l’Agriculture ».

«  J’ai trouvé cette affiche injuste » dit le maire, qui explique « se battre » avec ses collègues des autres grandes villes de France pour obtenir la réouverture des lieux culturels auprès de Roselyne Bachelot. Manifestement, l’élu n’avait pas prévu que ce geste rageur pour laver son honneur serait filmé en direct par les occupants du théâtre. « Cela a permis de me distraire », lâche le maire face à la caméra des intermittents qui le poursuit alors qu’il regagne la nouvelle voiture électrique mise à disposition par Toulouse Métropole en finissant de froisser l’objet du litige. La vidéo du « laveur de vitres » amateur est devenue virale sur les réseaux sociaux.

Interpellé par son opposition lors du dernier conseil municipal, Moudenc enfonce le clou. Il s’étrangle quand on ose évoquer une atteinte à la liberté d’expression des artistes. « Arracher des affiches, c’est ma liberté d’expression à moi », balance le maire. Régulièrement brocardé pour son ultra-centrisme parfois jugé trop modéré dans une ville où « même les mémés aiment la castagne », « Moumoudenc » s’est laissé aller à confier sur l’air de la confidence… ne pas en être à son coup d’essai. On ignore si l’affiche d’Act Up, roulée en boule mais soigneusement déposée sur la banquette arrière de sa Zoé électrique, est allé rejoindre une improbable collection de dazibao gauchistes arrachés depuis ses jeunes années de président de la Corpo de Droit à l’université. Mais on ne peut que féliciter le geste écolo du « maire Monsanto » : il n’a pas jeté de rage le papier honni dans la rue…au risque d’être verbalisé.

Il faut croire que le récent soutien de Moudenc à Aurélien Pradié, le « sulfateur » choisi par Les Républicains pour couper l’herbe sous le pied de la liste macroniste du néo-centriste Novès, a réveillé ses ardeurs militantes. A 60 ans, le combat contre « les khmers rouges et verts » d’Antoine Maurice et sa liste « pastèques » aux dernières municipales avait déjà fait office de Viagra politique. L’épisode est aussi une réponse au jeune coq lotois, qui ne dédaigne pas faire le coup de poing avec l’extrême-droite de Garraud, et à qui l’on prête déjà l’intention de lorgner sur sa succession au Capitole. Qu’on se le dise, Moudenc n’est pas une poule mouillée : il peut lui aussi monter sur ses ergots pour « Reynié » en maître sur sa basse-cour.

Transports urbains : le « plan le plus ambitieux de France » plombé au tribunal

Coup de tonnerre ou coup d’épée dans l’eau ? Les 4 milliards qui devaient être investis d’ici 2030 à Toulouse et dans une centaine de communes de banlieue avec la double promesse de circuler sans bouchons et d’épargner les poumons de plus d’un million d’habitants ont été rayés d’un trait de plume. Le tribunal administratif de Toulouse a donné raison à l’association 2 Pieds 2 Roues (2P2R) qui avait déposé un recours en juillet 2018 contre le nouveau plan des déplacements urbains (PDU), révisé à la demande de Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, pour y inclure son projet de 3ème ligne de métro, qui doit relier les sites Airbus de la métropole, de Colomiers à Labège. L’association historique des cyclistes urbains estime que ce plan fait la part trop belle aux modes de transports lourds – 3 milliards pour la ligne de métro baptisée Toulouse Aerospace Express (TAE) – au détriment des modes « doux » : quelques millions par an pour le vélo.

A la barre du tribunal administratif, début janvier, le président de l’association a surtout souligné que la future ligne de métro ne permettrait pas de réduire suffisamment les émissions de gaz à effet de serre. Pour Boris Kozlow, l’urgence climatique ne peut attendre la mise en service de TAE, repoussée fin 2028 par Jean-Luc Moudenc en raison des effets secondaires du coronivrus sur l’économie et les finances de la métropole. Le militant associatif décrit une agglomération tentaculaire, asphyxiée par la thrombose automobile qui gagne du terrain sur les routes inadaptées des communes et quartiers périphériques, sans trottoirs ni pistes cyclables. Il rejoint en cela les critiques émises lors de la dernière campagne électorale par Antoine Maurice (EELV), tête de liste d’Archipel Citoyen, et son homologue Nadia Pellefigue (PS), qui réclamaient de concert un « plan d’urgence » pour lutter contre la pollution atmosphérique et les embouteillages. Du local au global, l’enjeu est aussi planétaire : il s’agit de mettre Toulouse en conformité avec les engagements internationaux de la COP 21 pour freiner d’urgence le réchauffement climatique, sans attendre l’arrivée du métro aux portes des sites Airbus. Le président de 2P2R ne peut pas être suspecté d’être un « ultra » écolo Amish opposé à l’industrie aéronautique : il travaille dans le civil comme ingénieur pour le groupe aérospatial européen.

Désavoué par les juges administratifs, le syndicat mixte Tisséo, a réagit par un bref communiqué très sibyllin. Le bras-armé de Toulouse Métropole pour gérer le réseau de bus et de métro considère que le PDU n’a pas été censuré sur le fond. La sanction serait de pure forme, comme l’a effectivement souligné le rapporteur public dans ses conclusions. Florian Jazeron, qui représentait le gouvernement derrière la la vitre en plexiglas anti-Covid du tribunal, reproche à Tisséo d’avoir oublié de mentionner des « solutions alternatives raisonnables ». Plus sévère, Pierre Bentilola, explicite très concrêtement cette notion juridique un peu floue dans son jugement. Le président de la 6ème chambre du tribunaL rappelle qu’une «  étude concernant un projet « d’étoile ferroviaire » comprenant trois lignes de réseau express régional » avait été lancée suite « au débat public relatif à la troisième ligne de métro ». Mais elle ne figure pas dans les 8 tomes de l’étude environnementale. « Une telle omission a nécessairement eu pour effet de nuire à l’information complète de la population et a donc été susceptible d’exercer une influence sur les résultats de l’enquête publique, et, par voie de conséquence, sur le contenu même du plan de déplacements urbains adopté », conclue le tribunal administratif en dénonçant un « abus de pouvoir ».

Une « balle dans le pied » des cyclistes, le métro épargné ?

Tisséo n’annonce curieusement pas s’il fera, ou non, appel de ce camouflet. « Je dois d’abord réunir les juristes » indique Jean-Michel Lattes, président du syndicat et fidèle adjoint au maire de Toulouse. L’avocate de 2P2R, elle, fait le pari que Tisséo ne prendra pas le risque de retarder encore le calendrier par de nouvelles procédures juridiques. Toute la question est en effet de savoir si tous les projets de transports de l’agglomération sont suspendus par l’annulation du PDU. La réponse est bien entendu négative. Seuls les nouveaux projets inscrits dans la révision du PDU sont concernés : la 3ème ligne de métro…mais aussi les « autoroutes cyclables » du REV (Réseau Express Vélo) qui prévoit d’investir 250 millions dans 13 « lignes » permettant de relier les communes périphériques en pédalant en en toute sécurité. L’avocat de Tisséo n’avait pas manqué de souligné devant le tribunal que l’association des cyclistes se tirait une balle dans le pied en réclamant l’annulation du PDU. C’est ce que Jean-Michel Lattes appelle « un accord perdant-perdant ».

Le maire de Toulouse considère, pour sa part, que son projet de métro n’est pas impacté. «  La ligne TAE a une vie juridique propre » assure Jean-Luc Moudenc, interrogé lors de ses vœux à la presse. Les « juristes » de Tisséo devront confirmer, ou pas, cette « exception métropolitaine ». L’affirmation du maire repose sur la déclaration d’utilité publique de la troisième ligne, signée en février 2020 par le préfet. Dès la signature du contrat de fourniture des rames avec Alstom en décembre dernier, Jean-Luc Moudenc n’a pas manqué de rencontrer à nouveau Etienne Guyot, spécialiste des questions de transports urbains et ancien directeur de la société du Grand Paris chargé de construire les 4 nouvelles lignes de métro automatiques de la région parisienne pour les JO de 2024. Le maire de Toulouse sait pourtant très bien qu’il ne peut juridiquement pas lancer le chantier tant que l’enquête environnementale, annoncée dans le courant de l’année 2021, n’a pas eu lieu. C’est la raison pour laquelle il a paradoxalement claironné à la fin de l’année 2020 que la mise en service du métro était financièrement repoussée « fin 2028 »…. tout en affirmant que le projet n’était techniquement pas « retardé ».

La revanche de Pierre Cohen et du tramway ?

En vérité, il serait plus simple, plus rapide et moins cher de lancer sans attendre les travaux d’extension de la ligne B du métro vers Labège, voire du tramway vers la gare Matabiau. Ces projets figurent dans l’ancienne version du PDU, élaboré sous le mandat de Pierre Cohen. L’annulation de la révision du PDU a rescucité juridiquement le plan de l’ex-maire socialiste de la ville rose, qui faisait la part belle aux lignes de tram pour mieux faire reculer l’emprise de la voiture en ville. « C’est une véritable bombe sur la vie politique toulousaine » s’est aussitôt félicité l’ancien élu, qui pense tenir sa revanche. Dans un communiqué co-signé par ses derniers fidèles, Pierre Cohen demande à Jean-Luc Moudenc de « ne plus s’entêter à mettre Toulouse et Tisséo dans une impasse juridique et dogmatique ». L’actuel maire de la ville, qui avait mobilisé ses troupes contre son prédécésseur en organisant la résistance des quartiers contre des tramways et des lignes de bus en site propre accusés de créer des bouchons, évoque pour sa part une « régression ». Jean-Luc Moudenc souligne que le PDU de Cohen, chiffré à environ 2 milliards, était « moins favorable aux cyclistes et efficace contre la pollution atmosphérique ». Il continue d’affirmer haut et fort que son plan est « le plus ambitieux de France, hors Paris ».

La tonalité du communiqué de Pierre Cohen, dernier opposant déclaré à la troisième ligne de métro, tranche toutefois avec les réactions des autres acteurs du dossier « transport » de l’agglomération. L’association 2P2R se garde de crier victoire, préférant tendre la main à Jean-Michel Lattes pour signer la paix des braves, moyennant une rallonge (40 millions) au budget vélo afin d’accéler le REV et pérénisser les « corona-pistes » cyclables apparues à la sortie du premier confinement. Enfourchant la même ligne de modération, les élus de la liste Archipel de Toulouse se déclarent « force de proposition auprès de la majorité dans l’esprit d’une réussite collective au service des habitants ». Marc Péré, maire L’Union et candidat déclaré aux prochaines élections départementales, se démarque quelque peu d’Antoine Maurice, désigné tête de liste aux élections régionales par EELV, en proposant dans La Dépêche du Midi de couper la poire en deux : 6 lignes de RER et une ligne de métro raccourcie à sa partie Colomiers-Matabiau, pour un coût évalué à 3 milliards.

Moudenc et Delga jouent au ping-pong sur les rails

L’association Rallumons l’Etoile se garde bien de prendre parti. Se cantonnant sur un registre plus technique que politique, ce collectif constitué en « lobby pro-RER » estime possible, dès 2022, de cadencer des « omnibus » toutes les 30 minutes sur l’ancienne « ligne C » entre la gare des Arènes et Colomiers, et des trains toutes les heures sur une ligne Montauban-Castelnaudary en traversant la gare Matabiau. Mais la région Occitanie, compétente en matière ferroviaire, hésite à s’engager financièrement dans un super syndicat mixte à l’échelle péri-urbaine sur le modèle du STIF, qui gère les RER de la région parisienne. « Delga ne veut pas mettre un doigt dans Tisséo. Elle se contente de jouer au ping-pong avec Moudenc, comme Malvy avant elle » constate Pierre Cohen.

Il semble plus facile pour la région et la métropole de réclamer une LGV au gouvernement que de s’accorder sur « les trains du quotidien ». En attendant, le tramway T2 qui desservait l’aéroport de Blagnac depuis 2015 va bel et bien cesser de circuler en 2022. Un nouveau terminus provisoire va être aménagé devant le centre culturel Odyssud de Blagnac, le temps de construire la nouvelle station Jean Maga de la troisième ligne de métro, précise une délibération votée en catimini lors de la dernière réunion syndicale de Tisséo, à la veille de Noël. Les rames du tram seront remplacées à l’issue du chantier par de nouvelles « navettes automatiques ». Ce n’est même plus un scoop.

La troisième ligne de métro de Toulouse repoussée « fin 2028 »

Quand l’industrie aéronautique tousse, même le métro s’enrhume à Toulouse. La mise en service de la nouvelle ligne de métro de l’agglomération n’interviendra pas « avant fin 2028 » a annoncé Jean-Luc Moudenc, maire (LR) de Toulouse et président de Toulouse Métropole, lors d’une télé-conférence de presse. Projet-phare de M Moudenc qui lui avait permis de regagner la mairie de Toulouse en 2014, cette 3ème ligne de métro automatique était initialement promise pour 2024. Elle avait été reportée une première fois « à l’horizon 2025 » après affinage du tracé, qui doit relier Colomiers à Labège (27 kms). Le maire de Toulouse justifie ce nouveau dérapage du calendrier par la crise du Covid et des « capacités financières amoindries ». Le coût estimé de ce grand projet est passé de 1,7 milliards à plus de 2,2 milliards, en incluant la prolongation de l’actuelle ligne B vers Labège et une branche pour desservir l’aéroport de Toulouse-Blagnac à la place du tramway actuelle (ligne T2).

« On ne retarde pas le projet, on le décale dans le temps » souligne Jean-Luc Moudenc, qui maintient un lancement effectif du chantier dès 2022. Le maire de Toulouse, qui était aux cotés de son adjoint aux finances Sacha Briand, précise que d’autres grands projets, notamment dans la culture, seront repoussés pour tenir compte de la baisse des recettes. Ce trou d’air est évalué à 900 millions jusqu’en 2022. Sacha Briand espère un « retour à la normale » en 2023. Trop tard pour inaugurer le projet-phare du maire de Toulouse avant la fin de son mandat, en 2026.

L’opposition municipale, qui ne cachait pas son scepticisme face au calendrier très volontariste affiché par M Moudenc, pense tenir sa revanche après une campagne électorale qui avait de nouveau placé le projet de métro au centre des débats. « Bizarre que Supermenteur ne découvre le problème qu’après les élections », a aussitôt réagi sur Twitter Odile Maurin, élue sur la liste Archipel Citoyen. L’annonce de ce nouveau report confortera aussi l’analyse des magistrats de la chambre régionale des comptes, qui pointaient du doigt un « pari financier » avant même l’apparition de l’épidémie du coronavirus. Les hypothèses de financement de cette ligne, présentée par le maire de Toulouse comme « le plus gros chantier de transport en commun hors Paris », reposaient essentiellement sur la poursuite de la croissance d’Airbus, premier contributeur du versement transport de l’agglomération.

Rejetant les scénarios les plus noirs qui font déjà de la ville rose un nouveau Détroit, terrassée par une crise comme l’ancienne capitale de l’industrie automobile américaine, Jean-Luc Moudenc a symboliquement prévu de signer dès aujourd’hui le contrat de fourniture des rames et des automatismes avec le patron d’Als tom. Le constructeur français a été préféré à son concurrent allemand Siemens, qui équipe les deux lignes de métro existantes. Le montant de la commande s’élève à 713 millions de commande ferme, assortie d’options payantes supplémentaires pour alléger la facture.

La revanche (par procuration) de Maurice sur Moudenc

Les maires écolos prêts à voter pour la maire PS de Nantes à France Urbaine

Si le maire de Toulouse a pu se rallier ses homologues socialistes de l’agglomération, qui ont signé un « pacte de gouvernance » lors de son élection à la présidence de Toulouse Métropole, il n’en va pas de même au niveau national. Jean-Luc Moudenc, président sortant de France Urbaine qui fédère toutes les grandes agglomérations et métropoles de France, devrait avoir une concurrente en la personne de Johanna Roland, maire (PS) de Nantes. C’est Eric Piolle, maire (EELV) de Grenoble, qui fait ouvertement campagne contre le maire de Toulouse… à la demande d’Antoine Maurice.

Le chef de file des écologistes toulousains a expliqué à son camarade de parti, qui s’apprêtait à reconduire le président de France Urbaine, que Moudenc était moins consensuel qu’il n’y paraît. Johanna Roland, réélue après avoir fusionné avec les Verts nantais, est plus écolo-compatible. Jean-Luc Moudenc prend la menace au sérieux après la « vague verte » qui a remporté plusieurs grandes villes : Eric Piolle, jusqu’alors isolé, se retrouve à la tête d’un groupe de 11 élus en position charnière à France Urbaine.

Le maire de Toulouse espère toutefois compter sur d’autres grands élus socialistes, comme le maire de Dijon, opposés à la ligne officielle du PS qui privilégie les alliances avec les écologistes. C’est aussi le cas de Carole Delga, qui a soutenu en sous-main l’alliance des socialistes toulousains avec Moudenc contre l’avis de la fédération du PS de Haute-Garonne. « On a bien vu à Blois qu’il y avait deux lignes au PS », analyse le maire de Toulouse après l’université d’été des socialistes dans le Loir-et-Cher.

Antoine Maurice prendra-t-il sa revanche par procuration à France Urbaine ? Réponse le 24 septembre.

Le « monopoly de Saint-Jory » fait irruption à Toulouse Métropole

Les affaires immobilières de Thierry Fourcassier, maire (LR) de Saint-Jory, ont suscité un bref instant de malaise à Toulouse Métropole. En cause, une délibération technique qui prévoyait l’achat d’une parcelle à la famille du maire pour la somme de 140.000€ afin de permettre le raccordement de la future caserne des pompiers au nouveau rond-point aménagé à l’entrée nord de Saint-Jory. N’y a t-il pas là un risque de conflit d’intérêt, a demandé presque naïvement en fin de séance Aymeric Deheurles, élu tiré au sort sur la liste Archipel Citoyen à Toulouse ? « Tout est légal » a affirmé Jean-Luc Moudenc, tout en assurant comprendre « le malaise » du nouvel élu. Le président de séance a ensuite demandé à Thierry Fourcassier de quitter la salle, afin de respecter la règle qui interdit à un élu de prendre part au vote quand ses propres intérêt sont en jeu.

Le maire de Toulouse s’est enfin tourné sur sa droite en demandant au maire (PS) de Tournefeuille, également conseiller départemental, de rassurer son opposant toulousain. C’est en effet le département qui doit construire la nouvelle caserne de pompiers de Saint-Jory sur un terrain cédé pour l’euro symbolique au SDIS (service départemental d’incendie et de secours). « J’ai conscience de ne pas répondre complètement à la question » a finit par lâcher Dominique Fouchier, visiblement un peu embarrassé par cette patate chaude. Karine Traval-Michelet, maire (PS) de Colomiers et future présidente du groupe socialiste, a ensuite créé la surprise en annonçant que certains membres de son groupe ne voteraient pas la délibération. Il s’agit là d’une première entorse au pacte de gouvernance passé entre Jean-Luc Moudenc et les maires socialistes de Toulouse Métropole. Au total, 42 élus se sont abstenus.

Les élus socialistes ont été alertés par Victor Denouvion, le candidat PS opposé à Thierry Fourcassier aux dernières élections municipales. Egalement conseiller départemental et vice-président du SDIS, M Denouvion remet en cause la légalité de l’opération. Il explique que les 140.000€ versés à la famille Fourcassier vont permettre de rendre constructible un terrain de 3 hectares appartenant au maire en le désenclavant. Sur sa page Facebook, le maire de Saint-Jory ajoute que le futur rond-point sur l’ancienne route nationale 20, transférée par le département à la métropole, va également permettre de construire un bowling, une salle de jeux et une salle des fêtes. Les travaux, financés à hauteur de 1,5 millions d’euros par Toulouse Métropole, ont commencé cet été. Ils doivent s’étaler jusqu’à la fin de l’année

« J’ai fait interrompre le chantier car les engins empiétaient sur les buttes édifiées pour isoler la propriété familiale de la route », rapporte Thierry Fourcassier. L’élu, dont la famille possède plusieurs terrains dans la commune, indique avoir déjà perdu une « haie de sapinettes de 8 mètres de haut » dans l’affaire. Le maire de Saint-Jory se défend en expliquant avoir vendu ses terres au prix de 30€ le m2, soit « deux fois moins que mes voisins ». Il explique que c’est son prédécesseur (DVG) à la mairie qui avait choisi l’emplacement de la caserne. « Quand j’ai été élu (en 2014), je suis allé voir les pompiers pour leur proposer un autre terrain près de la gare. Ils n’en ont pas voulu », raconte Thierry Fourcassier. Selon lui, c’est le SDIS qui a exigé de construire le nouvel accès routier jusqu ‘au rond-point qui va rendre sa parcelle constructible. Un autre rond-point a été aménagé quelques centaines de mètres plus loin pour desservir un petit centre commercial.

Jusqu’alors président de la commission Urbanisme, le maire de Saint-Jory préside désormais la commission Voirie de Toulouse Métropole. Réélu avec 94 voix d’avance en mars dernier dans sa commune, le maire de droite est menacé par un recours déposé par son opposant socialiste.

Au théâtre ce soir : du ballet, Covid !

8 jeunes danseurs venus d’Italie étaient en résidence au théâtre Garonne de Toulouse pour la reprise de Relative Calm, ballet de la chorégraphe américaine Lucinda Childs mis en scène et en lumières par Bob Wilson sur une musique minimaliste de Jon Gibson, créé en 1981 à Strasbourg

Le virus du théâtre est plus fort que la peur de la mort. Pour signifier sa sortie du confinement, le théâtre Garonne a convié son public fidèle, sevré de scène depuis le 13 mars, à la (re)présentation exceptionnelle de quelques pas de danse contemporaine. Les 255 sièges ont été pris d’assaut, sans mesure de distanciation particulière ou masque obligatoire, pour cette invitation gratuite à assister à ce qui était présenté comme « une répétition ouverte ». Pas de rideau. Sur scène, huit danseurs vêtus de blanc sont comme figés en attendant de reprendre vie. Quatre hommes, quatre femmes. Ces jeunes artistes sont venus d’Italie en début de semaine pour préparer la reprise de Relative Calm, un ballet minimaliste créé en 1981 au théâtre national de Strasbourg par un trio de créateurs américains d’avant-garde.

Quand le noir se fait et que débutent les boucles de musique électronique répétitives du musicien californien Jon Gibson, les corps se mettent en mouvement, tournent, se croisent, sans jamais se toucher. La chorégraphie strictement géométrique de la new-yorkaise Lucinda Childs est un menuet moderne, exécuté avec des entrechats de danse classique. Elle est mise en scène et en lumière par Bob Wilson. Cette grande figure du théâtre contemporain est venu personnellement superviser les répétitions des jeunes danseurs recrutés par son producteur milanais. Il a pris le micro avant la courte présentation (20 minutes) d’un extrait du ballet pour dire son plaisir de retrouver la ville rose. Bob Wilson avait déjà eu l’occasion de monter sur la scène du théâtre Garonne en 2015 pour jouer, en solo, un spectacle autour de Samuel Beckett. L’acteur et metteur en scène a eu l’occasion de rencontrer le dramaturge à Paris dans les années 70. «  La plupart des villes américaines sont provinciales », avait alors confié ce Texan originiare de Waco à Jean-Marc Le Scouarnec.

Les danseurs de Relative Calm ont repris le maquillage blanc que Bob Wilson avait choisi pour jouer Beckett à Toulouse. Ils arborent juste une bande noire dans le dos. Une planète survolant la scène suspendue à un fil invisible en offrant des éclipses variables selon la lumière apporte une touche de poésie céleste, mais tout aussi inexorabelement mathématique, aux mouvements calculés au millimètre des corps. L’esthétique minimale de sa mise en scène, aussi géométrique que la chorégraphie de sa complice Lucinda Chils, n’est pas sans évoquer celle d’Aurélien Bory. Cela tombe bien, le plus inventif des scénographes de Toulouse avait lui aussi réinvesti les lieux de ses premiers pas au théâtre en concevant, à bas bruit, une installation pour faire revenir le public dans les galeries souterraines du théâtre Garonne.

Moudenc tend la main aux électeurs de Pellefigue

Moudenc Florida
Il a sorti l’artillerie lourde. Dans une « déclaration solennelle » lancée depuis la terrasse d’un café de la place du Capitole, Jean-Luc Moudenc est reparti en campagne en sonnant l’alerte sur le risque de voir les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon et autres « Gilets Rouges » s’installer à la fin du mois dans l’hôtel de ville situé de l’autre coté de la place. « Le résultat est incertain car l’adversaire, appliquant une tactique pratiquée depuis longtemps par l’extrême-gauche, avance masqué derrière une aimable cagoule d’inoffensivité », prévient le maire sortant de la ville rose.

Arrivé en première position en mars dernier mais avec un score décevant (36,18%), l’élu LR de la ville rose doit faire face àla fusion de la liste PS-PC-PRG avec celle d’Archipel Citoyenconduite par Antoine Maurice, conseiller municipal (EELV) d’opposition. Avant même le premier tour, le maire de Toulouse avait désigné l’alliance inédite d’Archipel, composé d’écologistes, de militants de la France Insoumise, de socialistes en rupture de ban et de « citoyens » tirés au sort, comme ses plus dangereux adversaires. Les « pastèques » (vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur), comme Moudenc les a qualifié, ont effectivement largement distancé (27,56%) la gauche traditionnelle (18,53% ). Sur le papier, l’addition des forces peut faire basculer la ville. Un sondage commandé par Archipel à l’IFOP la semaine dernière confirme que la fusion pourrait permettre aux nouveaux alliés de battre Moudenc d’une courte tête.

Mais le plus macroniste des maires Républicains a bien senti la faille chez ses adversaires : Nadia Pellefigue, la tête de la liste PS, a refusé de cautionner la fusion « à titre personnel ». Une vingtaine de ses colistiers non encartés l’ont soutenu jusqu’au bout dans son refus de rejoindre Antoine Maurice et Archipel en dénonçant des logiques d’appareils. Moudenc s’engouffre dans la brèche en dénonçant « un hold-up des appareils partisans ». « Nadia Pellefigue a défendu des positions identiques aux nôtres » souligne le maire de Toulouse. Derrière la jeune vice-présidente du conseil régional, belle-fille de Nicole Belloubet, on devine sans peine l’ombre de Carole Delga. Comme Moudenc en 2019, la présidente (PS) d’Occitanie redoute la concurrence en 2021 d’une liste LREM. Elle pourrait être menée par la ministre de la Justice, ancienne élue socialiste de Toulouse et de la région. Carole Delga doit aussi faire face à l’opposition radicale de trois élus de la galaxie Insoumise, dissidents de ses alliés écologistes.

Moudenc enfonce donc avec volupté le clou planté une semaine auparavant en se faisant filmer par La Dépêche du Midi en compagnie de la présidente de la région Occitanie pour défendre l’interdiction de manifester des Gilets Jaunes au centre de Toulouse réclamé par des petits commerçants excédés. A ses yeux, la poignée d’irréductibles Gilets Jaunes qui persistent à vouloir manifester le samedi en ville « même si Macron ne le veut pas » ne sont que des « Gilets Rouges » infiltrés par l’extrême-gauche. « Je n’ai pas fait Sciences-Po, mais je connais les Toulousains », glisse le maire de Toulouse, persuadé qu’une majorité d’électeurs refuseront de confier les clés de la ville à une poignée d’agitateurs violents. A commencer par les milliers de salariés de l’industrie aéronautique, inquiets pour leurs emplois. « Un secteur d’activité majeur, auquel l’extrême-gauche d’Archipel oppose ne défiance aussi ancienne que tenace », dézingue Jean-Luc Moudenc. Le maire de la ville rose se présente comme le meilleur rempart pour défendre Airbus, mais aussi les LGV défendu en commun avec Carole Delga contre EELV ou son projet de troisième ligne de métro, « le plus écologique de France ».

Ba(t)s les masques

masques Gros
dessin : Pascal Gros

Qui n’a pas son masque ? Après le pitoyable épisode franco-français de la « guerre mondiale des masques » sur le tarmac de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, où l’Etat a réquisitionné 1 million de précieuses protections respiratoires médicales importées de Chine par des régions de l’Est de la France, les élus locaux sont lancés dans une nouvelle course à l’échalote : commander des petits bouts de tissus munis de deux élastiques pour tous leurs administrés. Il ne s’agit pas cette fois des fameux « FPP2 », réservés -en théorie- aux professionnels de santé, ni même des masques chirurgicaux jetables, mais de simples masques en tissus, naturels ou synthétiques, lavables et réutilisables. A Toulouse, Jean-Luc Moudenc a suivi l’initiative des maires de Nice et Bordeaux, qui furent les premiers à annoncer qu’ils voulaient offrir un masque à tous leurs habitants (et plus ou moins fidèles électeurs).

Le maire de la ville rose évoquait la semaine dernière une commande de 480.000 masques, proposant aux 36 maires de la Métropole de se joindre à lui pour réaliser une commande groupée. Mais il a été pris de vitesse par le maire de Montpellier, annonçant triomphalement dès le 11 avril une commande d’un million de masques pour toute son agglomération. Philippe Saurel s’est bien gardé de préciser où il allait trouver ces petits morceaux de tissu si convoités. Il s’est contenté d’inviter les entreprises locales qui voudraient répondre à cet appel d’offre à se rapprocher de l’administration pour faire « homologuer » leurs produits. A l’échelle de toute la région, Carole Delga indique que ses services ont identifié 150 entreprises capables de se mettre sur les rangs. Mais à ce jour, seules 7 entreprises en Occitanie figurent sur la liste de la centaine de fabricants homologués par l’armée. C’est en effet la délégation générale de l’Armement qui a été chargée de pondre en urgence des normes pour ces masques présentés dans un premier temps comme « alternatifs » ou « artisanaux », et soudain propulsés au rang de « produits de première nécessité » dans la « guerre » au coronavirus.

Parmi les rares entreprises régionales homologuées, une seule dispose théoriquement d’une capacité de production capable de répondre aux fortes commandes des grandes agglomérations. Le célèbre fabricants de slips Eminence, qui possède une unité de production dans le Gard, se fait fort de passer de 85.000 masques par semaine à 140.000…. en faisant travailler une usine en Roumanie. Le maire de Nîmes, qui s’est fixé pour objectif de livrer 700.000 masques aux habitants de son agglomération, a pourtant été contraint de faire appel à une entreprise savoyarde pour recevoir un premier lot de 100.000 unités. Mais c’est promis, Eminence livrera 270.000 masques « made in local » dans la deuxième quinzaine de mai aux habitants de l’agglomération gardoise. Trop tard pour le 11 mai, date promise par Emmanuel Macron entre-temps pour commencer à sortir du grand confinement généralisé !

A Toulouse, Moudenc s’est finalement résolu à passer commande de 800.000 masques jeudi 16 avril. Il n’a pas voulu préciser le fournisseur, mais on sait qu’il n’est pas de la région. « J’aurais préféré, mais ce n’était pas possible », avoue le maire de Toulouse. Tant pis pour le « Small Business Act » que l’élu avait mis en place au début de son mandat pour favoriser les entreprises locales. La priorité était d’être livré avant le 11 mai. « La livraison sera effectuée en un seul lot », ajoute Jean-Luc Moudenc, qui a même révélé le prix : 2 euros pièce, soit une dépense de 1,6 millions d’euros à partager avec les autres communes de la Métropole qui le souhaitent. C’est deux fois plus cher que les premiers masques livrés à Nîmes (moins d’un euro). Mais pour ce prix, ils sont garantis réutilisables plusieurs fois après lavage. Ce ne serait pas le cas des masques « low-cost », bons pour la poubelle au bout de quelques jours d’utilisation.

Reste à savoir si ces fameux masques seront, ou non, obligatoires pour sortir de chez soi. Contrairement à Christian Estrosi, le maire de Toulouse n’entend pas prendre un arrêté municipal pour obliger les Toulousains à porter son « cadeau ». Il estime que le port du masque ne devrait s’imposer que pour prendre le bus ou le métro. Le ministère de l’Intérieur a de son coté commencé à poursuivre en justice les maires, comme celui de Sceaux, qui veulent rendre le port du masque obligatoire dans leurs communes. Le Conseil d’Etat vient de lui donner raison. Les plus hauts magistrats du pays ont également rejeté la demande d’un syndicat de policiers qui réclamaient des masques pour travailler, après d’autres demandes émanant de plusieurs catégories de « soldats » en première ligne. Bas les masques !

Faut-il fermer les (super)marchés ?

marché Cristal confinement police

Les étals des marchés sont sans doute la dernière exception visible à la règle générale du confinement qui interdit tout attroupement public en ces temps de « guerre » au coronavirus. Mais pour combien de temps encore ? En dépit du soutien répété du ministre de l’Agriculture à ces places de marché aussi conviviales que légèrement surannées à l’époque des grandes surfaces et leurs « drive-in », de plus en plus de maires préfèrent bannir ces dernières reliques de pratiques commerciales jugées dignes du Moyen-Age.

Dernier exemple en date, le maire (DVG) de Montpellier a annoncé samedi la fermeture de tous les marchés de plein-air de la ville, entre autres formules-choc. « Je suis allé ce matin sur le marché des Arceaux et j’ai vu que les gens ne respectaient pas la distance de sécurité, sans doute parce que c’est impossible », se justifie Philippe Saurel, chirurgien-dentiste de profession. Les quatre halles couvertes de Montpellier, elles, demeurent ouvertes. A Toulouse en revanche, les marchés dits « de plein vent » sont maintenus. La police municipale patrouillait cette semaine sur le grand marché populaire des boulevards pour s’assurer que les distances de sécurité, matérialisées par des plots ou des cageots, étaient bien respectées. Samedi, le marché bio qui se tient désormais derrière le Capitole a été « aéré » en s’étendant dans tout le square, avec des files matérialisées par des rubans pour les clients. Quant au marché dominical habituellement très animé de la place Saint-Aubin, il a largement fondu (60 stands contre 180), mais a lui aussi été maintenu, avec marquages au sol et disparition de toutes les animations qui font son attrait habituel (musiciens, bouquinistes, etc). « Il faut changer la façon de faire, on affine au jour le jour » dit Jean-Jacques Bolzan, adjoint (DVD) au maire de Toulouse, très attaché au maintien de la trentaine de marchés qui animent les quartiers de la ville.

La question de la place des commerçants ambulants en période de confinement se pose aussi dans les villes moyennes de la région. En Aveyron, le maire (LREM) de Rodez a été le premier à décider, jeudi, la fermeture du marché bi-hebdomadaire de la place du Bourg, qui s’étale derrière la massive cathédrale. Christian Teyssèdre explique avoir consulté la cellule de crise de l’hôpital avant de prendre cette mesure radicale, contestée localement par les forains, mais aussi les producteurs locaux qui viennent y écouler leurs produits en vente directe. Dans le sud du département, les maires de Millau (LR) et Saint-Affrique (PS) ont suivi le mouvement. Le large éventail des étiquettes politiques de ces trois élus aveyronnais semble démontrer que la fermeture des marchés fait consensus. Mais à Villefranche-de-Rouergue, le maire (DVD) n’a pas voulu sacrifier le fameux marché du jeudi. Précision utile : Serge Roques est médecin hospitalier et n’était pas candidat à un nouveau mandat.

Informé de cette vague d’interdictions municipales, le ministre de l’agriculture a aussitôt adressé une circulaire aux préfets pour leur demander de faire rouvrir les marchés. On recensait environ 300 marchés suspendus sur l’ensemble du territoire national en milieu de semaine, selon Le Point. Mais à l’exception de la préfète de Gironde, bien peu de représentants de l’Etat sont montés publiquement au créneau pour désavouer ces maires qui ouvrent le parapluie en fermant les étals. Les élus locaux, pour la plupart en ballotage entre deux tours d’un scrutin suspendu, sont soumis à d’intenses pressions, notamment sur les réseaux sociaux. Les images de marchés où l’on se presse comme dans une mêlée de rugby se multiplient sur Twitter ou Facebook, assortis de commentaires acerbes contre ces « irresponsables » qui se pressent devant les étals en ignorant superbement les consignes du gouvernement. Il serait urgent de traquer le coronavirus parmi les premières bottes d’asperges et les pommes de terres.

Un médecin généraliste a publié une vidéo en forme de coup de gueule sur Facebook demandant la fermeture du marché de Bayonne. Le maire (UDI) sortant a mis en place un filtrage à l’entrée des magnifiques halles au bord de l’Adour, ouvertes tous les matins, et maintenu les stands du marché du samedi qui s’étendent sur les quais et jusque sur les ponts du centre-ville. Même si l’affluence était moindre que d’habitude, les marquages au sol de la municipalité pour garantir une distance minimale d’un mètre entre clients sont jugés insuffisants par le Dr Petit. « Je suis surpris de l’attitude de la ville qui arrête des personnes isolées dans la rue pour les verbaliser et qui, dans le même temps, permet le regroupement de plusieurs centaines de personnes », déplore ce médecin qui réside dans le département voisin des Landes. Dans la périphérie bordelaise, Franck Raynal a rendu un jugement de Salomon. Le maire (LR) de Pessac a renoncé au grand marché dominical, mais a maintenu les deux marchés de moindre importance dans la semaine. « On évolue et on évalue », dit l’élu de Pessac, qui prend le temps de répondre à ses détracteurs sur les réseaux sociaux. « La peur est légitime, mais je fais le pari de l’intelligence » dit ce cadre au CHU de Bordeaux, qui n’a pas sollicité d’avis médical du professeur Denis Malvy, expert bordelais du conseil scientifique, avant de prendre sa décision. Franck Raynal n’hésite pas à retourner la question sécuritaire : « est-ce qu’on vérifie aussi minutieusement les distances minimales dans les grandes surfaces » ?

Une rapide visite dans un hypermarché aux portes de Toulouse, vendredi après-midi, suffit pour répondre : les queues à l’entrée pour stocker pâtes et papier-toilettes ont disparu, les vigiles aussi. Les caissières sont désormais protégées derrière une vitre en plexiglas, mais aucun marquage au sol devant les caisses. Les rayons sont tous bien approvisionnées et les produits manipulables par tout un chacun, sans précaution particulière. Ce n’est pas ici qu’on se fera rabrouer, comme sur les marchés de plein-air, par des vendeurs en gants de latex priant désormais les clients de ne plus toucher la marchandise.

« Les marchés de plein air présentent moins de risques que l’hypermarché de proximité », estime Fabienne Buccio, préfète de la région Nouvelle-Aquitaine. Le syndicat Jeunes Médecins et l’InterSyndicale Nationale des Internes (ISNI), assistés par l’ordre des médecins, réclamaient toutefois des mesures de confinement plus sévères devant le Conseil d’Etat, avec notamment la fermeture des marchés et un  « ravitaillement de la population par l’Etat », sur le modèle chinois à Wuhan. Les hauts magistrats, réunis en urgence dimanche, les ont débouté de leur demande d’un couvre-feu généralisé, tout en estimant que le gouvernement devait préciser les dérogation à la règle de confinement, notamment pour les marchés.