José Bové, le boomerang de Delga

Carole Delga était près fière de sa « prise de guerre » : José Bové, l’emblématique paysan moustachu du Larzac, a fait savoir urbi et orbi qu’il préférait soutenir la présidente socialiste sortante de la région Occitanie, plutôt que son concurrent écolo Antoine Maurice. Mais l’ancien député européen d’EELV, qui figurera symboliquement en dernière position sur la liste PS-PC-PRG de l’Aveyron, s’avère un allié un poil turbulent. Opposé au projet d’autoroute Toulouse-Castres que soutient Delga, Bové n’hésite pas à le dire haut et fort en pleine conférence de presse destinée à mettre en scène le ralliement des écologistes « réalistes » à la présidente sortante.

« Pourquoi ne pas organiser un vote populaire ? Moi je dis chiche ! » balance José Bové en guise de pavé dans la mare. A ses cotés, Agnès Langevine, vice-présidente sortante qui a orchestré le ralliement de ce pôle écologiste raisonnable sensé « apporter des solutions » face aux écolos supposés utopistes et affreusement radicaux du petit Maurice qui ne font que foutre le bordel, accuse le coup. L’idée d’une sorte de « référendum d’initiative populaire » sur la future autoroute qui exacerbe l’opinion dans le sud du Tarn entre pro et anti est aussi un clin d’oeil appuyé lancé par Bové à Mélenchon et Myrian Martin, tête de liste régionale des Insoumis et véritables bêtes noires de Delga.

L’incorrigible démonteur du Mac Do de Millau concède qu’il n’a pas encore eu l’occasion de parler de son idée lumineuse à la présidente sortante. « Je ne veux pas lui mettre un caillou dans la chaussure, je propose juste une solution pour sortir d’un conflit qui s’enkyste », affirme José Bové. L’ancien leader paysan qui avait manifesté contre le projet de barrage à Sivens enfonce le clou en se déclarant préoccupé par la montée des tensions sur de nombreux projets présentés comme « inutiles » par ses potes écolos de toujours. « Il faut savoir sortir par le haut pour éviter des batailles qui font des gagnants et des perdants qui le paie parfois au prix de leur vie », poursuit Bové dans une allusion transparente à la mort de Rémy Fraisse dans le Tarn. « Il ne doit plus y avoir de blessés de la démocratie », philosophe l’ancien combattant qui se réclame encore et toujours non-violent, 50 ans après la victoire contre les militaires sur le Larzac.

Transmis à Manuel Valls et François Hollande, qui avait propulsé leur protégée Carole Delga à la tête de la nouvelle grande région créée par leurs soins en 2015 pour éviter que l’ex-Languedoc-Roussillon tombe dans l’escarcelle de Louis Aliot et du parti de Marine Le Pen.

Castex : en voiture Simone, mais.. En Marche arrière !

Le Premier ministre a renoncé à sa virée dans son Gers natal, mais pas à dépanner le futur métro de Moudenc en panne de financement

Patatras ! Le « come back » de Jeannot lou Gascon est tombé à l’eau. Jean Castex, natif du Gers, devait effectuer son grand retour dans le département de son enfance. Mais la mort d’une policière, tuée la veille à Rambouillet, est venu chambouler son agenda au dernier moment. On a bien aperçu le premier ministre à Toulouse samedi matin, mais il a été contraint de faire une croix sur son échappée campagnarde au profit de la visite-express du commissariat central de la capitale régionale pour réconforter les policiers avant de regagner Paris. Security fisrt ! Le bonheur attendra dans le pré des jours meilleurs…

Le premier ministre, qui s’est éloigné de la Gascogne depuis son implantation électorale dans les Pyrénées Catalanes, avait prévu de labourer une nouvelle fois « ses terres occitanes » (comme l’écrivent les « canards du midi »… de Baylet), encore perceptibles dans son accent. Une semaine après avoir refait surface à Prades, où les méchantes langues soulignaient qu’on ne l’avait plus revu depuis sa nomination à Matignon, l’ancien Mr Déconfinement d’Emmanuel Macron devait visiter le centre de vaccination installé dans la salle Simone Castex de Vic-Fezensac. Cela ne suffira pas à remettre sur pied la fameuse féria de Pentecôte, annulée pour la deuxième année pour cause de Covid. Ce pèlerinage sur ses terres natales devait surtout mettre un peu de baume au cœur des macronistes locaux, un peu perdus dans ce terroir rad-soc d’Armagnac.

Mamie Simone était l’épouse de Marc, son grand-père, maire et conseiller général de la bourgade pendant une bonne vingtaine d’année. Sans étiquette politique précise, Papy Castex, héritier d’une entreprise de matériel agricole familiale, fut vaguement soutenu par les radicaux du coin quand il vendait des tracteurs aux paysans contre les propriétaires de grands domaines, avant de tourner casaque et de prendre la marque UDF de Giscard pour se faire élire en 1980 au Sénat… où il ne prendra jamais la parole. Marc Castex, ancêtre et archétype de l’élu « en marche » : un peu à gauche, beaucoup à droite ?

La 3ème ligne de métro de Moudenc

Si sa virée dans le Gers a été annulée sine die, Jean Castex a toutefois maintenu un rapide crochet matinal à Toulouse pour dépanner l’incontournable Jean-Luc Moudenc. Le maire (LR) de la ville rose, en compétition avec son homologue (PS) de Montpellier dans le rôle de meilleur fayot de Macron au pays du radicalisme-cassoulet, ne sait plus trop comment financer la troisième ligne de métro qu’il a promis à ses électeurs (et à Airbus). Surtout depuis l’épidémie de Covid, qui a dramatiquement fait chuter les recettes de Tisséo, le syndicat mixte des transports en commun de l’agglo. Le projet avoisine officiellement les 3 milliards et fait régulièrement tousser la chambre régionale des comptes de Montpellier, effrayée par l’endettement de Tisséo qui dépasse le milliard avant même de lancer le chantier. Castex a donc confirmé que l’Etat versera royalement 200 millions, à charge pour les élus toulousains de convaincre l’Europe et les banques de bien vouloir boucler un plan de financement qualifié de « pari risqué » par les magistrats financiers avant même l’arrivée du méchant virus chinois. Le chèque de Castex peut sembler un peu chiche. Le département de la Haute-Garonne a prévu à lui seul d’apporter 201 millions dans la corbeille. Le président (PS) du conseil départemental précise toutefois qu’il n’y aura finalement que 102 millions pour la troisième ligne de Moudenc. Le reste est destiné à ses amis socialistes du Sicoval pour prolonger la deuxième ligne vers Labège, ou à des bus vers Portet-sur-Garonne. Les élections approchent, on ne se fait plus de cadeaux !

Une « Arlésienne » routière entre Toulouse et Auch

En route vers Vic, le premier ministre avait aussi prévu initialement de faire étape à Gimont pour un ultime dépannage. Il s’agissait cette fois de débloquer les fonds pour la mise à 2×2 voies de la route entre Toulouse et Auch. Le chantier, qui s’éternise depuis 40 ans, est devenue la véritable Arlésienne de l’ex-région Midi-Pyrénées. Le dernier tronçon entre L’Isle-Jourdain, à la sortie de l’aire urbaine toulousaine, et la petite ville de Gimont, réputée pour son marché hivernal aux foies gras, devait coûter 95 millions, selon les panneaux de chantier qui narguent les automobilistes pressés, coincés derrière un camion ou un tracteur sur la vieille route nationale tournicotant dans les coteaux vallonnés du Gers. Mais ce chiffre est « obsolète », selon Jean-René Cazeneuve, député LREM du département. Le chef de file régional des élus macronistes estimait la facture actualisée à 120 millions. Elle serait même de 142 millions selon Jean Castex, qui promet dans une pleine page d’interview accordée à La Dépêche du Midi de lâcher 46 millions pour boucler le chantier « au premier trimestre 2022 ». Un coup d’accélérateur financier avant un autre scrutin ?

Rififi dans le cassoulet : William Saurin avalé de travers

Le cassoulet des Aveyronnais commence à sérieusement leur courir sur le haricot ! Les grands maîtres de la Confrérie du cassoulet de Castelnaudary ont enfilé leurs toges pour dénoncer face caméra la perfidie de Raynal et Roquelaure. Cette conserverie fondée en 1886 par Théophile Raynal, patron du buffet de la gare de Capdenac, et son cuisinier Ernest Roquelaure, ose mentionner la cité de l’Aude sur l’étiquette de l’une des gammes commerciales des petites boîtes qui sortent de son usine comme des petits pois : 23.000 tonnes par an. A ce compte-là, pourquoi ne pas fabriquer de la choucroute « alsacienne » à Marseille et de la bouillabaisse à Strasbourg, s’indignent les défenseurs du plat emblématique du Lauragais en dénonçant « une publicité mensongère » ?

En réalité, rien n’interdit de le faire, puisque le « cassoulet de Castelnaudary » n’a aucune réelle existence légale sur le plan industriel et commercial. Pas plus que la « saucisse de Toulouse » ou celle de Strasbourg. Arterris, le « géant vert » des agriculteurs du Lauragais, le sait très bien. Le groupe coopératif, basé à Castelnaudary, s’était même allié au groupe Cofigeo, propriétaire de Raynal et Roquelaure et d’autres marques (Garbit, Panzani, etc) pour avaler William Saurin en 2017. L’ex n°1 de la conserve en France, spécialiste incontesté de la mise en boîte du cassoulet et de la choucroute pour les grandes surfaces, était alors en pleine déconfiture : sa patronne, l’intrigante Monique Piffaut, avait constitué un empire agro-alimentaire en maquillant ses comptes. Pour quelle obscure raison les Audois montrent-ils aujourd’hui du doigt l’usine aveyronnaise après avoir obtenu, de concert, la peau de celle que le milieu surnommait « Mamie cassoulet » ?

Le dépeçage de William Saurin après la mort de Monique Piffaut a fait tomber La Belle Chaurienne dans l’escarcelle d’Arterris. Cette conserverie, créée en 1964 à Castelnaudary, a fait le pari audacieux d’un cassoulet « premium». Avec ses 8.000 tonnes par an, elle ne fait pas le poids face aux géants qui inondent les rayons de Lidl ou Carrefour en produits bas de gamme. Pour se démarquer, chaque industriel a sa recette : porc « français » pour l’un, canard « régional » pour l’autre. Mais l’ingrédient principal qui peut faire la différence, c’est le haricot. Surtout à Castelnaudary. Contrairement à Capdenac, la ville ne dispose plus d’abattoir depuis la rocambolesque découverte de viande de cheval chez Spanghero.

Un « Breizh-cassoulet » aux cocos de Paimpaul ?

Une seule question reste en suspens : lingot ou pas ? Ce légume sec vaut de l’or, mais quelque chose ne tourne pas rond dans la forme du haricot parfait pour le cassoulet. Au rayon légumineuses, les Bretons, qui ont raflé l’ancienne branche « charcuterie » de l’ex-empire Piffaut (Madrange, Paul Predault, Montagne Noire) à travers la Coperl, coopérative porcine n°1 en France, disposent déjà du « Coco de Paimpol ». Aussi ronds que leur chapeau, ces cocos-là bénéficient d’une appelation d’origine protégée (AOP) depuis 2016. A quand un Breizh-cassoulet, tonnerre de Brest ?

Les anciens Chouans vendéens ont montré la voie en obtenant une Indication géographique protégée (IGP) pour leur « mogette » dès 2010. Dans le Sud Ouest, nous avons heureusement une Confrérie de « Tastos Mounjetos » depuis 1964 dans le Comminges, qui s’est étendue depuis l’Ariège jusqu’à Toulouse en 7 « chancelleries » locales. « Pacifique et souveraine », la Confrérie pourrait-elle arbitrer la guerre du goût entre les partisans du Haricot Tarbais (Label Rouge) et du Coco de Pamiers dans l’authentique cassoulet ? Voire du conflit diplomatique avec les Aveyronnais déclenché par leurs augustes Confrères en toges chauriens ?

Dans l’Aude, l’affaire semble réglée depuis peu. Le « haricot de Castelnaudary » a enfin décroché le pompon d’une IGP en décembre 2020. Le dossier trainait depuis presque vingt ans à Bruxelles. Il avait été déposé par une quarantaine de producteurs du Lauragais qui en cultivaient à l’époque environ 400 tonnes par an. Ils ne sont plus qu’une vingtaine, pour une première récolte évaluée à 155 tonnes. Un peu léger, même pour La Belle Chaurienne, mais c’est un début. Spanghero se plaignait à l’époque d’avoir davantage de mal à trouver des haricots que de la viande à mettre en boîte. Il faut juste espérer qu’on ne trouve pas des graines importées d’Amérique du Sud dans les arrières silos du Lauragais. La jeune filière végétale qui tente de percer dans les grandes cultures entre Toulouse et Carcassonne ne résisterait pas aux vents d’un « Fayot-gate ».

Plus de 70 ours dans les Pyrénées ?

Comment vendre numériquement la peau des plantigrades

L’ours Cachou, retrouvé mort en avril 2019 dans le Val d’Aran espagnol, a bien été victime d’un empoisonnement. Le rapport annuel de l’Office français de la biodiversité (OFB) consacré aux plantigrades dans les Pyrénées le reconnaît officiellement. L’enquête menée par les Mossos d’Esquadra, la police catalane, a même connu un rebondissement inattendu en mettant à jour des traficants de drogue derrière les braconniers dans cette enclave gasconne dessinée autour des sources de la Garonne. Les autorités aranaises, hostiles à la présence de ces ours « imposés » par Paris ou Barcelone, avaient initialement prétendu que l’aninal aurait pu être victime d’une bagarre avec un autre mâle.

Deux autres ours sont morts de la main de l’homme en 2020 : un jeune mâle tué par balles en juin sur une estive au-dessus de la station de ski de Guzet (Ariège), et une vieille femelle abattue en novembre par un chasseur lors d’une battue en Aragon. L’OFB se garde bien de soutenir les associations pro-ours, qui réclament le remplacement systématique des animaux tués par de nouvelles introductions. C’est pourtant bien ce qui est prévu par le programme de restauration de l’espèce, financé par l’Union Européenne. Le rapport 2020 de l’Office tend au contraire à souligner que la multiplication des ours est assurée naturellement grâce à un nombre de naissances largement supérieur à celui des décès. L’année se solde par un nombre record de 16 oursons détectés, issus de 9 portées différentes.

Les associations pro-ours se félicitent de ce sang neuf et attendent avec impatience de bonnes nouvelles en provenance du Béarn, où deux femelles en provenance de Slovénie ont été relâchées fin 2018 pour renforcer le dernier noyau d’ours autochtones. Plus aucune naissance n’a été confirmée dans les vallées des Pyrénées Atlantiques depuis 2004. Sorita a pourtant été vue par des agents de l’OFB en compagnie de deux oursons à la sortie de sa première hibernation, mais les jeunes ont ensuite disparu. Victimes d’un « infanticide » ? «  Le taux de survie des oursons nés et détectés en 2019 est bien moins important que pour les années précédentes. L’augmentation du nombre de mâles reproducteurs pourrait en partie expliquer ce phénomène par le biais d’infanticides plus fréquents. Les mâles adultes ont effectivement tendance à essayer de tuer les oursons dont ils ne sont pas le père afin d’assurer leur propre descendance en provoquant un nouvel œstrus de la femelle », expliquent les experts de l’OFB. Au total, 4 des 16 oursons détectés en 2020 sont considérés comme disparus prématurément.

8 ours « furtifs » rajoutés à l’effectif

Le recensement des ours dans les Pyrénées s’apparente à un véritable casse-tête. Tout suivi au cas par cas et en temps réel s’avère illusoire : plus aucun ours ne porte de collier GPS. Celui de Goïat, le mâle introduit par les Catalans en 2016, a été récupéré coté aragonais durant l’été. L’appareil était programmé pour tomber du cou de l’animal avant d’être à court de batterie, précise le rapport de l’OFB. Les agents chargés de suivre les plantigrades ont aussi perdu la trace de Douillous, un ourson orphelin recueilli dans l’Ariège, discrètement relâché au-dessus de Luchon (Haute-Garonne) en 2019 après une rocambolesque « cure » à Montrédon-Labessonie (Tarn). Des deux cotés des Pyrénées, les équipes de suivi s’efforcent de reconnaître, en différé, chaque individu grâce à l’analyse génétique des poils et des crottes trouvés sur le terrain. Un réseau dense de caméras à déclenchement automatique relevées périodiquement complète ce système de surveillance à distance.

En 2020, l’effectif minimum détecté (EMD) s’établit à 64 ours, mais 7 d’entre-eux manquaient à l’appel à la fin de l’année. Pour compliquer l’équation, 8 autres animaux qui n’avaient été détectés ni en 2019, ni en 2018, sont venus gonfler l’effectif minimal retenu (EMR). C’est ce dernier chiffre, susceptible d’être ajusté chaque année par soustraction des ours morts en cours d’année et addition des animaux furtifs passés au-travers des mailles du filet des observateurs, qui fait office de véritable estimation officielle de la population. A défaut de retrouver les cadavres, un ours n’est porté disparu que s’il échappe à toute détection (visuelle ou par analyse génétique) pendant deux années consécutives. L’EMR s’établit à 58 individus pour l’année 2019, dernière estimation en date. Les huit plantigrades ajoutés a postériori pour renforcer les effectifs proviennent tous du versant espagnol. Ils portent un simple numéro d’identification, contrairement à l’usage français qui « baptise » chaque ours avec un prénom.

Statistiques et reconnaissance faciale

Face au fossé grandissant entre les chiffres officiels -mais à retardement- de l’EMR et celui de l’EMD, plus instantané et retenu par les médias, l’OFB a entrepris de changer sa façon de comptabiliser les ours dans les Pyrénées. Il s’agit de procéder à une extrapolation statistique à partir d’un échantillon. La méthode, déjà utilisée pour estimer le nombre de loups sur le territoire, a commencé à être expérimentée par un laboratoire du CNRS de Montpellier l’an dernier. L’algorithme fait faire un nouveau bond de géant aux ursidés, qui seraient passés de 55 individus en 2019 à plus de 70 en 2020. Ce modèle statistique est « encore en cours de calibrage », commente le rapport annuel de l’OFB, qui prévient toutefois : « il va être de plus en plus compliqué d’identifier annuellement l’ensemble des ours de la population ». Les experts misent parallèlement sur une autre technique en cours de développement pour tenter de maintenir un suivi individualisé des ours : un logiciel de reconnaissance faciale pour identifier chaque animal photographié par les 60 caméras automatiques disposées sur le terrain. Ce programme informatique, mis à disposition gratuitement par une équipe de chercheurs américains, afficherait un taux de réussite de 83,9%.

Stocker l’eau sous pression politique

Pas facile de trouver une issue entre pro et anti-barrage à Sivens (Tarn). Surtout dans un contexte pré-électoral. Contrairement aux attentes de Maryline Lherm, maire de L’Isle-sur-Tarn et conseillère départementale, le gouvernement n’a pas tranché le nœud gordien en imposant la construction d’une nouvelle retenue dans la vallée du Tescou pour irriguer les cultures. « Pas question de passer en force » a répondu le 30 mars Bérangère Abba. La secrétaire d’Etat à la biodiversité assistait en télé-conférence à une réunion de l’instance de co-construction (ICC) mise en place après la mort de Rémi Fraisse en 2014 sur le chantier du projet initial.

Un médiateur va être nommé et d’ultimes études sont en cours pour répertorier précisément les zones humides dans le bassin versant de cette petite rivière, régulièrement à sec en été, qui se jette dans le Tarn à l’entrée de Montauban (Tarn-et-Garonne). Les associations environnementalistes associées à la concertation avec les agriculteurs au sein de l’ICC sont prêtes à reconnaître un déficit hydraulique estimé à 700.000 m3. Un « consentement », à défaut d’un réel consensus. Les naturalistes et les écologistes refusent toujours qu’un ouvrage soit érigé sur des zones qui font office d’éponges naturelles. Le chantier du précédent projet avait abouti à la destruction de 18ha de zones humides à l’orée de la forêt de Sivens, en dépit de l’occupation par des zadistes. Après le déboisement et le passage des bulldozers, des travaux de génie écologique ont été lancés pour tenter de restaurer 5ha de zones humides.

Pour des élus locaux comme Maryline Lherm, qui partage la présidente de l’ICC avec le maire de La Salvetat Belmontet (Tarn-et-Garonne), cette lente diplomatie de l’eau renvoyant encore la décision finale après les scrutins départementaux et régionaux, prévus en juin, n’a que trop duré. L’urgence climatique s’accorderait mal aux « palabres ». Les réunions de l’ICC devaient initialement être expédiées en six mois seulement. Le temps d’élaborer un « projet de territoire », préalable désormais obligatoire à tout projet de retenues à l’échelle de chaque bassin versant. On en recense déjà une quarantaine sur l’ensemble du bassin Adour-Garonne.

A Sivens, le projet de territoire a fait émerger des perspectives intéressantes pour une agriculture « de proximité » en circuit court. Il semble plus facile de négocier de l’eau pour du maraichage destiné aux cantines scolaires ou aux produits bio vendus sur les marchés du coin que pour du maïs destiné à l’ensilage pour nourrir des vaches ou des semences livrées à une grosse coopérative.

Mais l’ICC ne peut outrepasser la fonction pacificatrice de concertation qui lui a été assigné. L’idée d’un syndicat mixte pour passer à la phase opérationnelle du « projet de territoire » fait son chemin. Il appartiendra aux nouveaux conseillers du Tarn et du Tarn-et-Garonne, avec les maires élus en 2020 dans les 14 communes traversées par le Tescou (dont une en Haute-Garonne), de s’accorder sur une gouvernance. En association, ou pas, avec les agriculteurs et associations de protection de l’environnement. C’est ce syndicat qui pourrait enfin assurer la maîtrise d’ouvrage d’un futur ouvrage de stockage, dont la capacité serait réduite de moitié par-rapport au projet initial de barrage à Sivens (1,2 millions de m3).

FaIre payer l’eau pour les poissons ?

« L’abandon de ce projet constitue une illustration des conflits d’usage de l’eau, marqué par l’affrontement entre les intérêts agricoles et les défenseurs de l’environnement », estime la Cour des Comptes dans son rapport d’activité 2020. Les magistrats financiers ont repris, en version soft, les vives critiques de leurs homologues de la chambre régionale d’Occitanie. Ces dernier jugent très sévèrement la fuite en avant de la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne (CACG), porteuse du projet dans le Tarn mais aussi des nombreuses « bassines » en Poitou-Charentes. Au bord de la faillite, cette société d’économie mixte basée à Tarbes (Hautes-Pyrénées), fondée sous Napoléon III pour répartir historiquement l’eau des gaves pyrénéens vers la Gascogne via le canal de la Neste, va être recapitalisée par les régions Occitanie et Nouvelle Aquitaine. Les nouveaux conseillers régionaux élus en juin auront aussi leur mot à dire dans la gestion de l’eau dans le grand Sud Ouest. Les départements sont aussi invités à « cracher au bassinet » par les magistrats financiers qui siègent à Montpellier.

La Cour fait enfin état d’une proposition audacieuse pour redresser durablement les comptes de la CACG. Celle-ci ne « valorise » selon ses calculs que 200 millions de m3 auprès des agriculteurs, alors qu’elle « gère » un volume annuel estimé à plus de 500 millions de m3. Pourquoi donc ne pas faire payer l’eau non plus seulement pour l’irrigation, mais aussi pour « le soutien d’étiage » ? C’est peu ou prou déjà le cas pour EDF, dédommagée quand ses barrages hydroélectriques sont mobilisés pour « déstocker » de l’eau en été afin de soutenir le niveau de la Garonne. Sauf que l’électricien a pu faire valoir que cela représentait un « manque à gagner » en kilowatts pour se faire indemniser. Comment calculer le prix de l’eau destinée simplement à ce que les poissons ne meurent pas dans une rivière menacée d’assèchement ? Et qui paiera ?

«  Les bases règlementaires autorisant cette facturation sont inexistantes », reconnaît la Cour des Comptes. Il faudrait donc « repenser la gestion de l’eau en tant que bien commun », s’est contenté de glisser Pierre Moscovici. L’ ancien ministre (PS) de l’Economie et commissaire européen a été nommé à la tête de l’institution par Emmanuel Macron en juin 2020.

Pourquoi Moudenc voit rouge

Mais quelle mouche a piqué le maire de la ville rose, abandonnant soudain le chauffeur de sa voiture de fonction pour venir arracher une affiche placardée sur les vitres du théâtre de la Cité ? Le théâtre est occupé par un collectif d’intermittents, comme beaucoup d’autres en France. A Toulouse, ils ont été rejoint par les artistes du collectif Mix Art, anciens squatteurs à nouveau SDF depuis que la ville a brutalement fermé la friche industrielle où ils étaient installés avec la bénédiction de Philippe Douste-Blazy. Les critiques contre sa politique culturelle se multiplient dans la rue et les médias. Les activistes d’Act Up ont édité pour l’occasion de grandes affiches avec la photo du maire, et ce slogan ravageur : « Moudenc est à la Culture ce que Monsanto est à l’Agriculture ».

«  J’ai trouvé cette affiche injuste » dit le maire, qui explique « se battre » avec ses collègues des autres grandes villes de France pour obtenir la réouverture des lieux culturels auprès de Roselyne Bachelot. Manifestement, l’élu n’avait pas prévu que ce geste rageur pour laver son honneur serait filmé en direct par les occupants du théâtre. « Cela a permis de me distraire », lâche le maire face à la caméra des intermittents qui le poursuit alors qu’il regagne la nouvelle voiture électrique mise à disposition par Toulouse Métropole en finissant de froisser l’objet du litige. La vidéo du « laveur de vitres » amateur est devenue virale sur les réseaux sociaux.

Interpellé par son opposition lors du dernier conseil municipal, Moudenc enfonce le clou. Il s’étrangle quand on ose évoquer une atteinte à la liberté d’expression des artistes. « Arracher des affiches, c’est ma liberté d’expression à moi », balance le maire. Régulièrement brocardé pour son ultra-centrisme parfois jugé trop modéré dans une ville où « même les mémés aiment la castagne », « Moumoudenc » s’est laissé aller à confier sur l’air de la confidence… ne pas en être à son coup d’essai. On ignore si l’affiche d’Act Up, roulée en boule mais soigneusement déposée sur la banquette arrière de sa Zoé électrique, est allé rejoindre une improbable collection de dazibao gauchistes arrachés depuis ses jeunes années de président de la Corpo de Droit à l’université. Mais on ne peut que féliciter le geste écolo du « maire Monsanto » : il n’a pas jeté de rage le papier honni dans la rue…au risque d’être verbalisé.

Il faut croire que le récent soutien de Moudenc à Aurélien Pradié, le « sulfateur » choisi par Les Républicains pour couper l’herbe sous le pied de la liste macroniste du néo-centriste Novès, a réveillé ses ardeurs militantes. A 60 ans, le combat contre « les khmers rouges et verts » d’Antoine Maurice et sa liste « pastèques » aux dernières municipales avait déjà fait office de Viagra politique. L’épisode est aussi une réponse au jeune coq lotois, qui ne dédaigne pas faire le coup de poing avec l’extrême-droite de Garraud, et à qui l’on prête déjà l’intention de lorgner sur sa succession au Capitole. Qu’on se le dise, Moudenc n’est pas une poule mouillée : il peut lui aussi monter sur ses ergots pour « Reynié » en maître sur sa basse-cour.

Pradié/Novès : le match de deux cadets pour éviter le KO de Garraud

La fumée blanche est enfin sortie des états-majors de la droite républicaine et du nouveau centre macronien. Les deux formations politiques entretenaient un vrai-faux suspens sur leurs têtes de listes respectives qui tenteront de se qualifier au deuxième tour du duel d’ors et déjà annoncé entre Carole Delga et le Rassemblement National aux prochaines élections régionales. Sans surprise, Les Républicains (LR) ont sélectionné Aurélien Pradié, 35 ans. Le jeune et fringuant député du Lot a officialisé sa candidature en accordant une interview « exclusive » à La Dépêche du Midi, lundi 9 mars. Manière de couper l’herbe sous le pied de Vincent Terrail-Novès, 42 ans, maire de Balma et conseiller régional sortant, qui devait tenir le même jour une conférence de presse à Toulouse.

Discrètement divorcé de l’ancien parti de Nicolas Sarkozy depuis 2017, le fils adoptif de Guy Novès repousse l’annonce officielle de ses fiançailles avec celui d’Emmanuel Macron. Il se présente en « candidat libre » et sans étiquette, mais les macronistes régionaux ont aussitôt laisser éclater leur joie sur les réseaux sociaux d’avoir enfin un candidat prêt à aller au casse-pipe. Un sondage commandé par LR lui accorde un score flirtant dangereusement avec les 10%, barre à franchir impérativement pour se qualifier au deuxième tour. Avec 13% des intentions de vote, Aurélien Pradié n’aurait théoriquement pas à redouter cette humiliation. Mais au vu de l’énorme marge d’erreur sur le faible échantillon (1.013 personnes interrogées par l’Ifop du 23 février au 1er mars), pas de quoi pavoiser. Les deux jeunes champions qui vont s’aligner pour ce concours de saut à la perche de tous les dangers sont de toutes manières largués par le vétéran Jean-Paul Garraud, 65 ans. Ce magistrat retraité, ancien député LR, a été préféré par le Rassemblement National au jeune maire de Beaucaire Julien Sanchez (38 ans) pour clouer le bec à ces « gamins » qui jouent en deuxième division.

Tout l’enjeu du « match dans le match » entre les deux cadets de la droite et du centre sera donc de déterminer qui arrivera en tête pour contraindre l’autre à une éventuelle fusion. Officiellement, pas question de tendre la main aujourd’hui aux « traitres » macronnistes du coté des Républicains, qui ont largement rejeté une alliance avec les candidats En Marche sous la pression de Wauquiez, Pécresse et Bertrand, trois « barons »régionaux de droite qui pensent déjà s’offrir le scalp du locataire de l’Elysée en 2022. A Toulouse, Moudenc, le plus Macron-compatible des ténors locaux, a vite compris qu’il serait illusoire de reconduire l’alliance du lapin macronniste et de la carpe républicaine qui lui a permis de conserver Le Capitole. Interrogé, Novès frappe habilement en touche quand on lui demande s’il serait possible de fusionner avec les troupes de Pradié entre les deux tours pour éviter une déculottée comparable à celle subie par Dominique Reynié, candidat unique officiel de la droite et du centre en 2015 (21%, douze points derrière l’extrême-droite). Mais il va tout faire pour décrocher les centristes de l’UDI de l’orbite de LR, afin de prendre l’avantage dans cette primaire qui ne dit pas son nom.

L’addition des intentions de vote en faveur de Novès et Pradié ne laisse in fine guère d’espoir de revenir au score face à Garraud. Dès lors, les deux jeunes cadets, qui se sont jadis croisés dans l’hémicyle régional avant de mener des carrières politiques aux antipodes, vont être contraints de taper comme des sourds contre leurs adversaires respectifs en tentant d’éviter le coup fatal sous la ceinture de son allié pontentiel qui pourrait envoyer prématurément l’un ou l’autre au tapis. Le duel à distance entre Pradié et Novès confirme que le vieux rève de l’union de la droite et du centre au sein de feu-l’UMP, où ils effectuèrent leurs premières armes, a volé en éclat. Le premier incarne une droite « pure et dure » qui va tenter de reprendre des voix supposées « égarées » à l’extrême-droite. Mais « Battling Pradié », rare élu de droite sur les terres radicales du Queçy, n’aime rien tant que d’envoyer quelques crochets du gauche en se réclamant ostensiblement du « gaullisme social ». L’autre se présente comme le représentant d’une droite « modérée » cherchant à soustraire la « gauche raisonnée » à l’attraction du PS. Novès, qui a repris la mairie de Balma à un cacique du PS toulousain, s’active pour remettre « en marche » les réseaux de l’ex-maire PS de Montpellier Philippe Saurel, qui avait tenté de faire cavalier seul face à Delga en 2015 avec ses bérets rouges des « Citoyens du Midi », qualifiés de « prémisses » d’un macronisme qui couvait déjà sous les cendres de l’Impérator Néron-Frêche dans l’antique « Septimanie ».

Les « roitelets » déchus de la nuit toulousaine et leur empereur inconnu

Comme les Trois Mousquetaires, ils sont quatre. Quatre quadras qui aiment le fric et la fiesta. Un peu penauds, ces jeunes gens bien mis, fils de bonnes familles ou diplômés de Sup de Co, ont été pris la main dans le sac en train de détourner une partie de l’argent liquide qui coulait à flot dans leurs restos branchés, leurs bistrots à la mode et leurs guinguettes éphémères où la jeunesse dorée de Toulouse allait se trémousser avant qu’un méchant virus vienne tout gâcher. « On a déconné », reconnaissent-ils devant le tribunal correctionnel de Toulouse

Le trio d’associés du groupe All for You, gestionnaires de 7 établissements de la ville rose revendiquant un confortable chiffre d’affaire de 16 millions d’euros en 2020, aurait réussi l’exploit de détourner jusqu’à 45.000 euros de liquide tous les mois. Soit un préjudice de plus de 2 millions sur quatre ans, selon les calculs du Parquet qui leur réclamait des comptes. Nos trois patrons flambeurs, amateurs de belles bagnoles et de voyages dans les îles, encourent 3 ans de prison, dont un ferme. Comme leur ami Nicolas Sarkozy, venu déjeuner dans le navire-amiral de leur petit empire de la restauration festive lors de son dernier passage à Toulouse !

Plus gênant pour la suite de leurs exploits entrepreneuriaux, nos golden boys des tapas risquent de tomber sous le couperet d’une interdiction immédiate de gestion. Le quatrième larron, ancien associé et fils d’un ancien président du Stade Toulousain, a droit à un traitement particulier : prison avec sursis seulement, mais toujours cette satanée interdiction de gérer qui menace ses affaires en cours sur la place du Capitole ou au sein du Théâtre de la Cité. « Mon client n’a plus triché depuis qu’il a quitté ses anciens associés », fait valoir son défenseur recruté par papa, également avocat d’affaires. Tout ce petit monde sera fixé sur son sort le 2 avril.

Fin de l’histoire ? Que nenni ! Il n’y avait pas 4, mais 8 personnes dans le box des accusés du tribunal. Le quotidien régional, qui a partiellement rapporté les débats, a curieusement oublié de citer les autres personnes mises en cause. Cette différence de traitement interroge, alors que les noms de ceux qui sont présentés comme « les rois de la nuit » toulousaine sont jetés en pâture. Tout juste saura-t-on que le détournement de fonds a été rendu possible grâce à un logiciel, baptisé Vega. Cette suite informatique, mise au point et commercialisée par des informaticiens toulousains qui connaissent parfaitement le milieu professionnel de l’hôtellerie, est la solution logicielle de gestion la plus utilisée dans tous les hôtels-restaurants de France et de Navarre. Si une option cachée de ce « logiciel magique » est capable de dissimuler au fisc une partie des recettes de quelques patrons de resto branchés de la ville rose, à combien pourrait se monter l’addition à l’échelle nationale ? Mystère et boule de gomme !

Le petit génie inventeur de Vega, qui opère depuis un discret pavillon planqué au bout d’une impasse de l’autre coté du périphérique toulousain, ne risque aucune peine de prison ferme et ne s’expose qu’à une amende de 230.000€. Une broutille pour cet informaticien ingénieux et ses associés. La réussite commerciale de l’informaticien anonyme est telle à l’échelle nationale qu’il était devenu le principal associé financier de nos trois mousquetaires dans la plupart de leurs affaires les plus juteuses. Un « empereur inconnu » plus fort que les roitelets déplumés de la nuit toulousaine ?

La gauche de Delga dénonce les risques industriels de « la privatisation » de Port La Nouvelle

Le recours n’a de « gracieux » que le nom. Dans une lettre au vitriol adressée le 4 février à Carole Delga, l’avocat toulousain Christophe Léguevaques attaque le contrat de concession que la région Occitanie a signé en catimini juste avant Noël avec un consortium industriel et financier mi-belge, mi-néerlandais pour gérer les futures installations portuaires de Port-La-Nouvelle pendant 40 ans. La présidente de région affiche de grandes ambitions pour ce petit port aux portes de Narbonne, destiné à recevoir les premières éoliennes flottantes XXL qui doivent être mouillées au large des stations touristiques de Gruissan (Aude) et du Barcarès (Pyrénées Orientales).

Pour Carole Delga, il s’agit de transformer la station balnéaire populaire et un brin surannée de La Nouvelle, qui vivotait à l’ombre de sa cimenterie en abritant quelques petits cargos venus charger des céréales et décharger du pétrole, en « port de la transition écologique ». Mais le modèle économique proposé par les partenaires industriels de la région est contradictoire avec cette ambition, assène M° Léguevaques dans son courrier. « C’est du greenwashing » dénoncent les jeunes opposants d’Extinction Rebellion, qui tentent avec d’autres associations (Greenpeace, les Amis de la terre, etc) de mobiliser la population contre les premiers travaux pharaoniques (199 millions d’euros) confiés à Bouygues pour l’extension du port. La société mixte (SEMOP) créée par la région avec les groupes belges Deme et Europort est « un Franckestein juridique » ajoute Guilhem Serieys, conseiller régional de la France Insoumise.

Fracturation hydraulique à gauche et risques d’explosion

Le parti de Mélenchon est en pointe pour dénoncer « une privatisation qui ne dit pas son nom » à Port-La-Nouvelle. Les trois élus LFI, qui siègent dans l’opposition au conseil régional d’Occitanie, ont été rejoint par EELV. Les élus écolos, officiellement alliés à Carole Delga dans l’assemblée sortante, se sont divisés sur le sujet. Les tonnes de béton de Port-La-Nouvelle ont fait office de fracturation hydraulique : il y a ceux qui suivent le toulousain Antoine Maurice dans sa candidature contre Delga et le PS au premier tour des futures élections régionales, et ceux qui ont préféré rester dans le giron de la présidente de région. Les élus communistes, de leur coté, soutiennent officiellement le projet au nom des milliers d’emplois promis par la majorité. En première ligne contre un projet de « scierie industrielle » dans les Pyrénées, le PC régional a manifestement choisi de ne pas faire de vague en Méditerranée.

Le choix des opposants de faire appel à un avocat pour déposer un recours en forme d’ultimatum n’est pas anodin. Si la présidente de région dispose officiellement de deux mois pour y répondre, l’argumentation développée sur 21 pages préfigure d’ors et déjà une plainte devant le tribunal administratif en avril, soit quelques semaines avant la date prévue du scrutin (sauf nouveau report pour cause de Covid). La désignation de Christophe Léguevaques est encore moins innocente. Ancien militant du PS et rival déclaré de Martin Malvy quand l’ex-président de Midi-Pyrénées faisait mine de partir à la conquête de la mairie de Toulouse au siècle dernier, Me Léguevaques fut aussi l’avocat de la ville rose dans le procès AZF.

Beyrouth-bis ou nouveau Fos-sur-Mer des carburants verts

Bon connaisseur des finesses juridiques de l’industrie chimique lourde, l’avocat militant n’a pas manqué de relever dans sa lettre la concentration des sites classés Seveso à Port La Nouvelle. Il s’interroge notamment sur les actuels stockage de pétrole, de gaz ou d’engrais, mais aussi sur les futurs stocks d’hydrogène du « grand port vert » promis par Carole Delga. La présidente de région, qui mise beaucoup sur ce carburant d’avenir pour faire rouler des trains, en attendant les avions de demain, a récemment expliqué que l’électricité des futures éoliennes flottantes de Port-La-Nouvelle pourraient être « mise en conserve » grâce à des électrolyseurs. Les risques d’explosion de l’hydrogène, brandis régulièrement depuis le spectaculaire incendie du dirigeable Hindenbourg en 1937, pourraient-ils faire craindre une catastrophe similaire à celle qui a ravagé le port de Beyrouth dans l’Aude ?

Au-delà de cette vision d’apocalypse, les nouveaux concessionnaires belges donnent un aperçu de la dimension mondiale envisagée à La Nouvelle dans leur « plan stratégique » : importer des tonnes d’hydrogène produites par des centrales solaires construites au Maroc, en Tunisie ou dans le lointain désert du sultanat d’Oman et stockés dans de l’ammoniac, du méthanol ou du benzène. Pour faire bonne mesure, ils suggèrent d’importer aussi du « bio-ethanol » produit en Amérique Latine et dans les pays de l’Est. Bref, le futur bassin en eau profonde de La Nouvelle sera bien le futur Fos-sur-Mer occitan, et sa « darse pétrolière » convertie aux bienfaits des carburants « verts ». Mais assez éloigné d’une agriculture bio et « paysanne », de l’écologie des petits oiseaux de la LPO, des pêcheurs d’anguilles et des flamands roses des étangs du parc naturel régional de la Narbonnaise. Ou trop près ?

Transports urbains : le « plan le plus ambitieux de France » plombé au tribunal

Coup de tonnerre ou coup d’épée dans l’eau ? Les 4 milliards qui devaient être investis d’ici 2030 à Toulouse et dans une centaine de communes de banlieue avec la double promesse de circuler sans bouchons et d’épargner les poumons de plus d’un million d’habitants ont été rayés d’un trait de plume. Le tribunal administratif de Toulouse a donné raison à l’association 2 Pieds 2 Roues (2P2R) qui avait déposé un recours en juillet 2018 contre le nouveau plan des déplacements urbains (PDU), révisé à la demande de Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, pour y inclure son projet de 3ème ligne de métro, qui doit relier les sites Airbus de la métropole, de Colomiers à Labège. L’association historique des cyclistes urbains estime que ce plan fait la part trop belle aux modes de transports lourds – 3 milliards pour la ligne de métro baptisée Toulouse Aerospace Express (TAE) – au détriment des modes « doux » : quelques millions par an pour le vélo.

A la barre du tribunal administratif, début janvier, le président de l’association a surtout souligné que la future ligne de métro ne permettrait pas de réduire suffisamment les émissions de gaz à effet de serre. Pour Boris Kozlow, l’urgence climatique ne peut attendre la mise en service de TAE, repoussée fin 2028 par Jean-Luc Moudenc en raison des effets secondaires du coronivrus sur l’économie et les finances de la métropole. Le militant associatif décrit une agglomération tentaculaire, asphyxiée par la thrombose automobile qui gagne du terrain sur les routes inadaptées des communes et quartiers périphériques, sans trottoirs ni pistes cyclables. Il rejoint en cela les critiques émises lors de la dernière campagne électorale par Antoine Maurice (EELV), tête de liste d’Archipel Citoyen, et son homologue Nadia Pellefigue (PS), qui réclamaient de concert un « plan d’urgence » pour lutter contre la pollution atmosphérique et les embouteillages. Du local au global, l’enjeu est aussi planétaire : il s’agit de mettre Toulouse en conformité avec les engagements internationaux de la COP 21 pour freiner d’urgence le réchauffement climatique, sans attendre l’arrivée du métro aux portes des sites Airbus. Le président de 2P2R ne peut pas être suspecté d’être un « ultra » écolo Amish opposé à l’industrie aéronautique : il travaille dans le civil comme ingénieur pour le groupe aérospatial européen.

Désavoué par les juges administratifs, le syndicat mixte Tisséo, a réagit par un bref communiqué très sibyllin. Le bras-armé de Toulouse Métropole pour gérer le réseau de bus et de métro considère que le PDU n’a pas été censuré sur le fond. La sanction serait de pure forme, comme l’a effectivement souligné le rapporteur public dans ses conclusions. Florian Jazeron, qui représentait le gouvernement derrière la la vitre en plexiglas anti-Covid du tribunal, reproche à Tisséo d’avoir oublié de mentionner des « solutions alternatives raisonnables ». Plus sévère, Pierre Bentilola, explicite très concrêtement cette notion juridique un peu floue dans son jugement. Le président de la 6ème chambre du tribunaL rappelle qu’une «  étude concernant un projet « d’étoile ferroviaire » comprenant trois lignes de réseau express régional » avait été lancée suite « au débat public relatif à la troisième ligne de métro ». Mais elle ne figure pas dans les 8 tomes de l’étude environnementale. « Une telle omission a nécessairement eu pour effet de nuire à l’information complète de la population et a donc été susceptible d’exercer une influence sur les résultats de l’enquête publique, et, par voie de conséquence, sur le contenu même du plan de déplacements urbains adopté », conclue le tribunal administratif en dénonçant un « abus de pouvoir ».

Une « balle dans le pied » des cyclistes, le métro épargné ?

Tisséo n’annonce curieusement pas s’il fera, ou non, appel de ce camouflet. « Je dois d’abord réunir les juristes » indique Jean-Michel Lattes, président du syndicat et fidèle adjoint au maire de Toulouse. L’avocate de 2P2R, elle, fait le pari que Tisséo ne prendra pas le risque de retarder encore le calendrier par de nouvelles procédures juridiques. Toute la question est en effet de savoir si tous les projets de transports de l’agglomération sont suspendus par l’annulation du PDU. La réponse est bien entendu négative. Seuls les nouveaux projets inscrits dans la révision du PDU sont concernés : la 3ème ligne de métro…mais aussi les « autoroutes cyclables » du REV (Réseau Express Vélo) qui prévoit d’investir 250 millions dans 13 « lignes » permettant de relier les communes périphériques en pédalant en en toute sécurité. L’avocat de Tisséo n’avait pas manqué de souligné devant le tribunal que l’association des cyclistes se tirait une balle dans le pied en réclamant l’annulation du PDU. C’est ce que Jean-Michel Lattes appelle « un accord perdant-perdant ».

Le maire de Toulouse considère, pour sa part, que son projet de métro n’est pas impacté. «  La ligne TAE a une vie juridique propre » assure Jean-Luc Moudenc, interrogé lors de ses vœux à la presse. Les « juristes » de Tisséo devront confirmer, ou pas, cette « exception métropolitaine ». L’affirmation du maire repose sur la déclaration d’utilité publique de la troisième ligne, signée en février 2020 par le préfet. Dès la signature du contrat de fourniture des rames avec Alstom en décembre dernier, Jean-Luc Moudenc n’a pas manqué de rencontrer à nouveau Etienne Guyot, spécialiste des questions de transports urbains et ancien directeur de la société du Grand Paris chargé de construire les 4 nouvelles lignes de métro automatiques de la région parisienne pour les JO de 2024. Le maire de Toulouse sait pourtant très bien qu’il ne peut juridiquement pas lancer le chantier tant que l’enquête environnementale, annoncée dans le courant de l’année 2021, n’a pas eu lieu. C’est la raison pour laquelle il a paradoxalement claironné à la fin de l’année 2020 que la mise en service du métro était financièrement repoussée « fin 2028 »…. tout en affirmant que le projet n’était techniquement pas « retardé ».

La revanche de Pierre Cohen et du tramway ?

En vérité, il serait plus simple, plus rapide et moins cher de lancer sans attendre les travaux d’extension de la ligne B du métro vers Labège, voire du tramway vers la gare Matabiau. Ces projets figurent dans l’ancienne version du PDU, élaboré sous le mandat de Pierre Cohen. L’annulation de la révision du PDU a rescucité juridiquement le plan de l’ex-maire socialiste de la ville rose, qui faisait la part belle aux lignes de tram pour mieux faire reculer l’emprise de la voiture en ville. « C’est une véritable bombe sur la vie politique toulousaine » s’est aussitôt félicité l’ancien élu, qui pense tenir sa revanche. Dans un communiqué co-signé par ses derniers fidèles, Pierre Cohen demande à Jean-Luc Moudenc de « ne plus s’entêter à mettre Toulouse et Tisséo dans une impasse juridique et dogmatique ». L’actuel maire de la ville, qui avait mobilisé ses troupes contre son prédécésseur en organisant la résistance des quartiers contre des tramways et des lignes de bus en site propre accusés de créer des bouchons, évoque pour sa part une « régression ». Jean-Luc Moudenc souligne que le PDU de Cohen, chiffré à environ 2 milliards, était « moins favorable aux cyclistes et efficace contre la pollution atmosphérique ». Il continue d’affirmer haut et fort que son plan est « le plus ambitieux de France, hors Paris ».

La tonalité du communiqué de Pierre Cohen, dernier opposant déclaré à la troisième ligne de métro, tranche toutefois avec les réactions des autres acteurs du dossier « transport » de l’agglomération. L’association 2P2R se garde de crier victoire, préférant tendre la main à Jean-Michel Lattes pour signer la paix des braves, moyennant une rallonge (40 millions) au budget vélo afin d’accéler le REV et pérénisser les « corona-pistes » cyclables apparues à la sortie du premier confinement. Enfourchant la même ligne de modération, les élus de la liste Archipel de Toulouse se déclarent « force de proposition auprès de la majorité dans l’esprit d’une réussite collective au service des habitants ». Marc Péré, maire L’Union et candidat déclaré aux prochaines élections départementales, se démarque quelque peu d’Antoine Maurice, désigné tête de liste aux élections régionales par EELV, en proposant dans La Dépêche du Midi de couper la poire en deux : 6 lignes de RER et une ligne de métro raccourcie à sa partie Colomiers-Matabiau, pour un coût évalué à 3 milliards.

Moudenc et Delga jouent au ping-pong sur les rails

L’association Rallumons l’Etoile se garde bien de prendre parti. Se cantonnant sur un registre plus technique que politique, ce collectif constitué en « lobby pro-RER » estime possible, dès 2022, de cadencer des « omnibus » toutes les 30 minutes sur l’ancienne « ligne C » entre la gare des Arènes et Colomiers, et des trains toutes les heures sur une ligne Montauban-Castelnaudary en traversant la gare Matabiau. Mais la région Occitanie, compétente en matière ferroviaire, hésite à s’engager financièrement dans un super syndicat mixte à l’échelle péri-urbaine sur le modèle du STIF, qui gère les RER de la région parisienne. « Delga ne veut pas mettre un doigt dans Tisséo. Elle se contente de jouer au ping-pong avec Moudenc, comme Malvy avant elle » constate Pierre Cohen.

Il semble plus facile pour la région et la métropole de réclamer une LGV au gouvernement que de s’accorder sur « les trains du quotidien ». En attendant, le tramway T2 qui desservait l’aéroport de Blagnac depuis 2015 va bel et bien cesser de circuler en 2022. Un nouveau terminus provisoire va être aménagé devant le centre culturel Odyssud de Blagnac, le temps de construire la nouvelle station Jean Maga de la troisième ligne de métro, précise une délibération votée en catimini lors de la dernière réunion syndicale de Tisséo, à la veille de Noël. Les rames du tram seront remplacées à l’issue du chantier par de nouvelles « navettes automatiques ». Ce n’est même plus un scoop.