Le sentier oublié du muséum de Toulouse à Borderouge

jardin oublié

C’est un « trou de verdure », aurait dit le poète. Rimbaldien de nature, l’étroit sentier qui serpente entre les les fourrés d’arbres, les ronces et les hautes herbes conduit à un petit étang pratiquement asséché en cet fin d’été. La promenade se veut toutefois plus pédagogique que bucolique. « On a sorti plusieurs bidons de cette ancienne gravière qui servait de décharge », raconte Olivier Puertas, responsable des Jardins du Muséum.

Le site a été aménagé en même temps que l’urbanisation du quartier de Borderouge sur les anciennes terres maraîchères du nord de la ville. Il accueille environ 30.000 visiteurs par an, mais seuls quelques petits groupes d’une dizaine de personnes sont autorisés à pénétrer sur les 3ha de cet ancien jardin où la nature retrouve progressivement ses droits. Une escouade de 7 médiateurs se relaie pour accompagner les visites dans un milieu qui peut paraître à première vue banal, voire franchement hostile à un public citadin.

« On a recensé ici jusqu’à 110 espèces d’oiseaux, soit deux fois plus qu’en ville ou dans les campagnes » assure pourtant Olivier Puertas depuis le sommet d’une tour de guet en bois. Cet observatoire surélevé offre un point de vue privilégié sur la roselière, une  « oasis » connue d’une poignée de naturalistes qui ont convaincu la ville et les promoteurs qu’elle méritait d’être conservée quand les immeubles ont commencé à pousser à Borderouge. Toute la pluie recueillie par les toitures des nouvelles constructions est même dirigée vers la roselière pour l’alimenter en eau. En vain. « Il ne pleut pas assez », explique Olivier Puertas.

Le directeur des Jardins du Muséum sait que la roselière, qui s’étend actuellement sur 1 hectare, est condamnée à terme  : des arbres commencent à pousser au milieu des « phragmites », nom savant de ces roseaux que certains visiteurs ignares en botanique confondent avec du maïs. Conformément à la philosophie du lieu, Olivier Puertas s’est résolu à ne pas entreprendre de lourds travaux pour sortir la vase qui permettra aux arbres de supplanter les roseaux « dans 50 ou 100 ans ». En attendant, il observe avec plaisir le retour de quelques hérons qui avaient fuit quand les engins de chantier construisaient le nouveau Borderouge. Un écureuil virevolte d’une branche à l’autre. « Ils sont arrivés depuis trois ans », note-t-il. Une espèce rare de crapaud s’est aussi installée sur place. Les nouveaux locataires de la roselière et ses abords sont la preuve que le site n’est pas une simple « oasis » déconnectée de son milieu. Olivier Puertas insiste sur l’importance des « corridors » pour relier entre elles ces zones que les naturalistes tentent de protéger. La nouvelle piste cyclable qui passe à proximité peut ainsi servir aux hérissons à traverser sans risquer de se faire écraser.

Alors que des riverains se plaignent parfois du concert nocturne des grenouilles à la saison des amours, la « réserve naturelle » de poche du Muséum à Borderouge a même eu la surprise d’entendre le chant d’une « grenouille taureau ». Cette espèce importée de Floride peut dépasser le kilo. Dans son milieu d’origine, elle n’hésite pas s’attaquer à des bébés alligators pour satisfaire son insatiable appétit. Des gardes de l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) sont aussitôt venus camper dans le sentier oublié de Borderouge pour détruire cette espèce, classée « invasive », à coup de fusil.

Au delà de cette alerte, la présence des moustiques semble être l’une des principales préoccupations des habitants du quartier à l’égard de cette mini « forêt vierge » maintenue à leurs portes. « On en a bien sûr, mais on a aussi tout ce qu’il faut pour réguler leur population » répond le maître des lieux, qui sait pouvoir compter sur les batraciens et les chauves-souris pour juguler la prolifération des insectes qui piquent. C’est aussi efficace et infiniment plus économique que de pulvériser un traitement chimique, banni des Jardins du Muséum depuis leur ouverture en 2008. « Notre principal enjeu, c’est l’acceptation du cycle du vivant », résume Olivier Puertas. Il aura encore beaucoup de travail pour rendre les moustiques sympathiques, mais les jardiniers eux-mêmes qui aiment les potagers « au carré » verront cette « friche » autrement en sortant du sentier oublié.

 

reportage pour un supplément du Point consacré à Toulouse

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