Delga, la dame de « faire »

Il y a du Maggie Thatcher chez Carole Delga. Aussi inflexible que la première ministre britannique laissant crever Bobbie Sands et autres militants irlandais en prison, la présidente sortante socialiste a claqué la porte des négociations de l’entre-deux tours des élections régionales au nez et à la barbe d’Antoine Maurice et des écologistes. Le pauvre élu vert de la ville rose avait pourtant « tendu la main » une dernière fois, comme on demande l’aumône, dans une pathétique déclaration vidéo lundi après-midi.

Le chef de file régional des écolos d’EELV était prêt à avaler son chapeau et des couleuvres grandes comme des boas en se disant prêt à accepter de « grands travaux inutiles » comme l’autoroute Toulouse-Castres ou l’extension du port de La Nouvelle. Mais pour Delga, Maurice a commis un crime impardonnable : il est opposé à la LGV entre Bordeaux et Toulouse. Pour la présidente de région qui se voit en « chef de gare » de toute l’Occitanie, s’en est trop : on ne peut décemment pas faire confiance à ces écolos qui sont à la fois contre l’avion et contre les TGV ! Elle se déclare dans « l’écologie du faire » et ne veut plus être contrainte à de longues « palabres » avec ses alliés d’hier. « Nous avons un projet pour répondre à l’urgence climatique », assure Carole Delga pour qui l’écologie est une chose trop sérieuse pour être confiée à ces écologistes adeptes de la décroissance, un peu trop « Amish » sur les bords. La véritable écolo, c’est elle ! Le quotidien régional ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Validant l’OPA de Delga, la Dépêche du Midi s’est empressée de remplacer le rose par le vert dans sa cartographie électorale du premier tour.

Grisée par une victoire inattendue contre le Rassemblement National, désignée comme sa bête noire, la présidente sortante d’Occitanie fait valoir qu’elle a réuni près de 100.000 voix de plus sur son nom qu’en 2015, en dépit d’une abstention massive. Super-Delga s’attaque désormais aux « bestioles » rouges et vertes qui lui pourrissent la vie depuis 5 ans. Pour les rouges de LFI, c’était dit avant même de connaître leur score : pas question de fusionner avec les disciples « islamo-gauchistes » de Mélenchon, son ennemi juré à gauche. L’ancienne sous-ministre du gouvernement Valls règle maintenant ses comptes avec les « écolo-gauchistes » planqués chez les Verts. C’est la même recette que Moudenc combattant les « pastèques » de la liste Archipel Citoyen conduits par Antoine Maurice à Toulouse aux municipales de l’an dernier. Mais assaisonnée à sa manière, avec le sourire.

« Le bras d’honneur, aucune femme n’est assez vulgaire pour l’utiliser à tour de bras », chantait jadis Renaud, ancien chanteur énervant qui embrasse désormais les flics. A part bien sûr Madame Delga.

Moudenc piqué au vif par les juges administratifs

A l’angle de la rue Raymond VI et du canal du midi, le tribunal administratif de Toulouse abriterait-il un nid de dangereux « écolos-gauchistes » sous les platanes ? La virulence de Jean-Luc Moudenc en apprenant que ces magistrats refusaient finalement tout sursis à l’annulation du plan intercommunal d’urbanisme et de l’habitat (PLUIH) prononcée en mars interpelle. Le maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole a vertement dénoncé « une décision profitant à quelques propriétaires fonciers par trois juges dans une salle qui piétine la volonté du peuple ». On croirait entendre les critiques à l’encontre des « pastèques » rouges et vertes d’Archipel Citoyen lors des élections municipales !

Il faut dire que Moudenc a des raisons d’en vouloir aux juges. Au début de l’année, le même tribunal avait déjà rayé d’un trait de plume son nouveau plan des déplacements urbains (PDU), pourtant présenté comme « le plus ambitieux de France ». L’annulation dans la foulée du PLUIH revient à censurer deux documents majeurs de la politique élaborée par le président de la Métropole pour un nouveau mandat qui commence par deux sacrés gadins. A part la plantation des 100.000 arbres promis durant sa campagne et l’inauguration des chrysanthèmes, que reste-t-il au maire de la quatrième ville de France ? L’élu, la ville et la métropole ont bien entendu fait appel des jugements du tribunal. Avec un peu de chance, et au vu de la lenteur des procédures, ce seront peut-être les juges de la future cour administrative d’appel de Toulouse, en cours d’aménagement dans l’hôtel particulier qui abritait jadis le rectorat, qui arbitreront ces matches retour…

Dans l’attente, le maire de la ville a sagement annoncé qu’il engageait sans attendre une nouvelle révision du PLUIH avec ses collègues maires des 37 communes de la métropole. Le syndicat Tisséo, qui gère les transports en commun de l’agglomération, devrait en faire de même pour le PDU (rebaptisé « plan mobilités). Il faut croire que « la catastrophe » déplorée par Moudenc à propos de la censure de son cher PLUIH, n’est pas la Bérézina annoncée. Idem pour le PDU. Dans les deux cas, Jean-Luc Moudenc et son staff ont choisi de dramatiser la situation en expliquant qu’on revenait aux plans antérieurs. Comprendre : ceux qui avaient cours quand Pierre Cohen, son prédécesseur socialiste, siégeait au Capitole et accouchait aux forceps de la Métropole. Mais force est de constater que ni la troisième ligne de métro, ni le projet de gratte-ciel à Matabiau, ne sont en théorie impactés. Il s’agit pourtant des deux projets-phares du mandat Moudenc.

En réalité, l’annulation du PLUIH apparaît comme un désaveu de la politique de « densité modérée » prêchée par le maire de Toulouse pour regagner le Capitole en 2014. Jusqu’alors, Jean-Luc Moudenc répétait partout ce que tous les urbanistes s’accordent à dire depuis longtemps : si on ne veut pas que Toulouse finisse par ressembler à Los Angelès, il faut stopper une urbanisation horizontale qui s’étend en tâche d’huile jusque dans les département voisins en construisant, verticalement ; des immeubles plus haut, donc. Mais ce discours de vérité ne plaît guère aux propriétaires de pavillons et aux quartiers résidentiels. Pour regagner leurs voix, le candidat Moudenc a donc inventé un concept qui frise l’oxymore, promettant « en même temps » un gratte-ciel et des forêts de tours autour de la gare, et la préservation des « Toulousaines » sur les anciennes terres maraîchères livrées aux promoteurs. Toulouse était « en marche » avant Macron !

Le problème, c’est que l’Accord de Paris signé triomphalement par Laurent Fabius et une floppée d’hommes d’Etat et la nouvelle Loi Climat imposent de tendre désormais vers « le zéro artificialisation nette » (ZAN) : on ne peut plus impunément grignoter des terres agricoles, des espaces verts ou boisés. Tout en expliquant que cet objectif est difficile à atteindre dans une agglomération qui gagne chaque année plus de 10.000 habitants supplémentaires qu’il faut bien loger, les services de la métropole ont maladroitement tripatouillé les chiffres pour montrer que l’urbanisation future sera plus vertueuse en préservant davantage la nature. Sauf que le tribunal a dégainé d’autres documents qui démontrent le contraire. Idem pour le PDU et l’obligation de préserver la qualité de l’air et la planète contre la pollution et les émissions de gaz à effet de serre. Penauds, les services techniques plaident des erreurs techniques de bonne foi, expliquant que les règles changent sans cesse et sont toujours plus sévères.

Inflexibles, les juges du tribunal administratif ont renvoyé Moudenc à ses chères études d’apprenti-écologiste « pragmatique » en lui infligeant deux rappels à la loi. Font-ils pour autant « le jeu du populisme », comme le leur reproche le maire de Toulouse ? Ravalés au rang d’une « élite éloignée des réalités quotidiennes », les magistrats se sont senti obligés de répliquer par un communiqué de presse. Un fait exceptionnel dans les annales de la justice administrative. Les juges rappellent au maire, pourtant juriste de formation, que leur jugement « repose seulement sur le code de l’urbanisme, notamment dans sa partie législative issue de la représentation nationale, et la jurisprudence rendue sur le fondement de ce code ». Ils vont inviter l’ancien président de la Corpo de Droit à un séminaire de rattrapage de droit administratif à l’Université Toulouse-1 Capitole ?

Bové vote Delga contre Mélenchon

Le paysan retraité du Larzac soutient les futures éoliennes flottantes et l’importation d’hydrogène vert à Port La Nouvelle

De passage à Toulouse, José Bové a ajouté sa voix au concert de réprobations contre Jean-Luc Mélenchon. « La vieillesse peut-être un naufrage, il faut qu’il arrête », balance le paysan retraité du Larzac après la petite phrase teintée de complotisme du leader Insoumis sur France Inter, pronostiquant un nouveau fait-divers sanglant à la veille de la prochaine élection présidentielle fomenté par « le système » pour détourner l’attention des masses populaires. Bové et Mélenchon sont comme chiens et chats depuis que les deux hommes ont croisé le fer aux élections européennes dans l’ancinne grande circonscription du Sud Ouest. « Je l’ai battu deux fois », souligne l’ancien eurodéputé EELV… qui avait aussi tenté sa chance à l’Elysée en 2007 (1,32%) sous la bannière des altermondialistes.

Cette fois, José Bové est candidat en dernière position, non éligible donc, sur la liste de Carole Delga en Aveyron. A bientôt 68 ans, il a déjà eu l’occasion de poser avec la présidente sortante pour des photos à la terrasse d’un café à Millau, mais l’équipe de campagne des socialistes a jugé bon d’exhiber aussi « leur prise de guerre » dans la ville rose pour creuser l’écart avec la liste des écologistes d’Antoine Maurice. Surtout depuis le « couac » d’une première conférence de presse, où Bové avait pris un malin plaisir de glisser « un caillou dans la chaussure » de Delga en suggérant d’organiser une sorte de referendum à propos du projet autoroutier très clivant localement. « Je ne reviendrai pas sur mon engagement sur la LGV, l’autoroute Toulouse-Castres, sur les routes nationales ou le soutien aux aéroports », a sèchement recadré la tête de liste PS dans une longue interview de deux pages publiée dans les éditions dominicales de tous les quotidiens régionaux de l’Empire Baylet.

Un port « Hydrogénétiquement modifié »

L’ancien leader de la Confédération Paysanne a aussi été obligé d’expliquer pourquoi il soutenait l’extension de Port-la-Nouvelle décidée par Carole Delga, alors que son ancien syndicat y est farouchement opposé aux cotés de LFI qui dénonce « une privatisation » du port par la région, de vieux militants associatifs inquiets pour l’environnement fragile des étangs littoraux et de jeunes écolos radicaux engagés contre « un projet climaticide ». D’autant que Bové était lui-même venu manifester dix ans plus tôt contre ce projet pharaonique initié alors par Georges Frêche, « Empereur » de feu-la-Septimanie. «  On a reconfiguré le projet », affirme Carole Delga qui a remplacé la fumeuse « raffinerie » d’huile de palme importée d’Afrique de ses prédécesseurs socialistes de Languedoc-Roussillon par des éoliennes flottantes XXL. « J’assume totalement » assure Bové, qui défend mordicus les futures éoliennes off-shore. A ses yeux, mieux vaut des éoliennes, même « industrielles », que des centrales nucléaires. Delga approuve : « c’est le programme caché du Rassemblement National ». Jean-Paul Garraud, son challenger d’extrême-droite, a en effet promis un « moratoire » sur tous les projets éoliens, terrestres ou maritimes, en cas de victoire. Aurélien Pradié le marque à la culotte : le candidat LR évoque lui aussi un « moratoire », mais pour les éoliennes en mer, faut voir… si elles ne se voient pas trop depuis la côte.

« Port-la-Nouvelle ne sera pas Saint-Nazaire », affirme José Bové pour rassurer ses anciens amis écolos effrayés par le gigantisme du projet à l’échelle de ce petit port mixte accolé à une station balnéaire un peu désuète. Il avait pourtant signé une pétition réclamant un moratoire contre « ce grand projet inutile » en 2019, aux cotés d’autres célébrités écologistes comme Delphine Batho, ancienne « dauphine » de Ségolène Royal et ministre de l’Environnement « frondeuse » brutalement limogée par Hollande et fugitivement remplacée par Philippe Martin, président (PS) du Gers au gouvernement. Agnès Langevine, ancienne proche de Jadot virée d’EELV pour avoir choisi de rester avec Delga, assure que Bové s’est fait extorquer sa signature lors d’une université d’été des écolos à Toulouse. L’ex-démonteur du MacDo de Millau, qui approuve désormais le mécano industriel de Port-la-Nouvelle, se félicite d’avoir obtenu de Delga l’assurance qu’aucun OGM ne transiterait dans le port audois, ni aucun port d’Occitanie. L’ancien paysan du Larzac évoque l’autonomie alimentaire de la région en protéines pour nourrir les animaux quand Carole Delga préfère évoquer les exportations de céréales, lorgnant sur le blé du Gers qui embarque à La Rochelle plutôt qu’à La Nouvelle.

A la place du soja brésilien, les nouveaux partenaires financiers belges de la région qui ont obtenu la concession du port des portes de Narbonne au sein d’une société d’économie mixte prévoit d’importer… des tonnes d’hydrogène liquéfié par bateaux en provenance du Maghreb ou du Moyen-Orient. Un cadre de l’ancien groupe Quadran, qui va expérimenter les premières éoliennes flottantes avec Total, évoque même au détour d’un article dans Le Point la pose de pipe-line sous-marins pour importer cet hydrogène « vert », produit grâce à d’immenses champs de panneaux photovoltaïques posés dans le désert. Le modeste « sea-liner » chargé de décharger les petits pétroliers au large de La Nouvelle, c’est résolument du passé !

Carole Delga, qui mise beaucoup sur l’hydrogène, confirme du bout des lèvres que l’électrolyseur annoncé sur place pour « stocker » l’électricité des éoliennes ne produira qu’une partie de ce précieux gaz d’avenir, dont une bonne part viendra donc d’outre-mer. « C’est une solution transitoire, en attendant que les moyens de production montent en puissance dans la région » explique la présidente. Carole Delga confirme au passage « un partenariat avec la Tunisie »,mais laisse entendre que les importations d’Oman envisagées par ses partenaires belges ne sont pas pour demain. Environ 20% des volumes d’hydrogène attendus seraient au final importés à travers le futur « hub » énergétique de l’Aude. « C’est quand même mieux de produire de l’hydrogène vert avec des énergies renouvelables que d’extraire des carburants fossiles, surtout pour des pays comme l’Algérie », approuve José Bové.