Montauban : le violon de Bourdelle

C’est l’événement de l’année à Montauban : le vieux musée Ingres installé dans l’ancien palais épiscopal rouvre ses portes au public ce week-end. Totalement transfiguré après trois années de chantier. La configuration du site, qui domine le pont historique traversant le Tarn, fait immanquablement penser au musée Toulouse-Lautrec, logé lui aussi dans un ancien palais des évêques, quelques dizaines de kilomètres en amont à Albi. Osons le dire : l’aura d’Ingres ne permettra pas à la préfecture du Tarn-et-Garonne d’attirer les 175.000 visiteurs annuels revendiqués par sa voisine tarnaise. La directrice du musée vise plus modestement les 80.000 visiteurs. Soit un doublement de la fréquentation.

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Ernest Pignon-Ernest à l’inauguration du MIB (musée Ingres Bourdelle) de Montauban

Nommée conservatrice en 1998 du musée montalbanais, Florence Viguier-Dutheil se démène sans compter pour inscrire cette autre « ville rose », toute de briques vêtus, dans le circuit des visites incontournables de la région toulousaine. La présence d’Ernest Pignon-Ernest lors de l’inauguration du musée en atteste : « exposer à Montauban est un de mes plus beaux souvenirs » confie l’artiste, invité en 2007 puis en 2009 par la directrice du musée à confronter ses fameux collages à l’oeuvre d’Ingres. Aux yeux de ce pionnier du street-art, « Ingres est une référence pour tous ceux qui s’intéressent au dessin ». Le peintre avait légué 4.507 de ses dessins et croquis préparatoires à sa ville natale.

Exposer ces minces et fragiles pelures n’est ni facile, ni spectaculaire. La remarquable muséographie qui accompagne la restauration réussie du palais, édifié au XVIIe siècle par les évêques catholiques dans cette ancienne place forte protestante, permet de consulter ces esquisses grâce à un astucieux système de rayonnage vertical. Un atelier de restauration de cette précieuse collection qui ravira les spécialistes a même été aménagé sous les toits, mais n’est pas accessible au public. Un « cabinet de dessin » a en revanche été reconstitué dans l’une des salles, jadis décorée par le père de Jean-Auguste-Dominique Ingres, lui-même peintre et sculpteur. On y trouvera le fameux  « violon d’Ingres », instrument sur lequel jouait parfois le peintre qui fut, parait-il, 2ème violon à l’orchestre du Capitole de Toulouse. La musique ne fut donc pas seulement un passe-temps pour l’artiste qui a longtemps dirigé la villa Médicis à Rome grâce aux relations que cet ancien bonapartiste a su nouer avec les monarchistes sous la Restauration. Nommé sénateur impérial lors du coup d’Etat de Napoléon III, l’ancien élève de David excellait dans les portraits.

Nus féminins et portraits officiels

Ingres, qui vécut les balbutiements des daguerréotypes, aurait pu être le « photographe officiel » de l’Elysée, comme David fut le peintre de Napoléon. Le musée du Louvre a prêté pour la réouverture du musée un grand tableau représentant le jeune duc d’Orléans, mort accidentellement à 32 ans. Ce grand portrait en uniforme militaire du fils de Louis-Philippe avait vocation à devenir l’image officielle du futur roi de France. Le musée montalbanais organisera cet été une grande exposition autour de l’iconographie posthume commandée par la Monarchie de Juillet à la mémoire de ce jeune prince, libéral et mécène, qui gagna ses galons lors des guerres coloniales en Algérie. En attendant, la directrice du musée a su convaincre plusieurs institutions de prêter des œuvres afin de faire dialoguer l’oeuvre d’Ingres, dont l’académisme est sans doute un peu passé de mode, avec des artistes plus attirants pour le public moderne : Degas, Vuillard et même un incontournable Picasso.

Les nus féminins, autre grande spécialité du fameux auteur de la Grande Odalisque, sont bien représentés. Y compris dans une dernière salle, plus iconoclaste, où Florence Viguier-Dutheil n’hésite pas à questionner cette mode de nombreux peintres de l’époque aux nouveaux canons féministes ou aux emprunts et ré-emplois plus ou moins provocateurs des artistes contemporains. « Le regard sur la postérité du maître de Montauban doit rester curieux, dynamique et pourquoi pas irrévérencieux », écrit la directrice du musée en guise de profession de foi.

Le « grand guerrier de Montauban »

C’est l’occasion ou jamais de souligner ici la force évocatrice d’un bronze monumental installé dans la deuxième salle de l’exposition temporaire. Signée Bourdelle, l’autre enfant du pays, cette sculpture représente un guerrier plus grand que nature. Son torse puissant et les muscles saillants contrastent avec les chairs féminines exposées sur les tableaux d’Ingres. L’oeuvre a été réalisée par le disciple montalbanais de Rodin pour le monument aux morts commandé par la ville de Montauban après le désastre de la bataille de Sedan et la chute du IIème Empire. Elle fit scandale à l’époque. C’est le musée privé de la fondation Bemberg, installée à Toulouse, qui a prêté son unique Bourdelle pour l’occasion. Ce « grand guerrier de Montauban » est l’une des pièces maîtresses de l’exposition. D’autres créations du sculpteur sont présentées dans les sous-sols en brique de l’ancien palais épiscopal, dont certaines prêtées par le musée parisien consacré au sculpteur. La ville a décidé fort justement d’accoler le nom de Bourdelle à celui d’Ingres pour son musée retrouvé. Les sculptures et l’architecture du « MIB » (musée Ingres Bourdelle) de Montauban valent à elles seules le déplacement.

Lareine électrise le théâtre Garonne

Lareine Chamonix
De toutes les matières, c’est les watts qu’il préfère. Eric Lareine, 65 ans au compteur (Linky), a fait péter le mythe du père fondateur de la « Houille Blanche » sur la scène du théâtre Garonne. On ne pouvait rêver meilleur endroit que cette ancienne usine de pompage de l’eau du fleuve à Toulouse pour évoquer la vie d’Aristide Bergès, fils de papetier ariégeois qui fit fortune dans les Alpes en installant les premiers barrages hydro-électriques au XIXème siècle.
Cravaté et vêtu d’un improbable manteau-blouse d’époque, le chanteur-performer va au charbon avec son complice Pascal Maupeu et trois autres musiciens pour raconter l’exil de cet ingénieur pyrénéen dans le Dauphiné et sa rencontre avec “la fée électricité”. « Tous les faits sont réels », insiste à plusieurs reprises le conteur électrique, qui s’amuse à rajouter une muse aux pieds palmés à la biographie officielle de l’industriel.
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Entre deux chansons et instrumentaux aux accents de rock bruitiste, Lareine renoue avec son ancien métier de peintre en lettres en dessinant sur un drôle de tableau surtout pas noir, mais d’une couleur laiteuse grâce à des éponges imbibées de Blanc d’Espagne. Cet unique accessoire de scène a été fabriqué par Matthieu Bony. Créateur de décors d’opéra et des spectacles de rue du Royal de Luxe, il a réussi à insérer des tuyaux invisibles entre deux feuilles de plexiglas pour que de l’eau vienne périodiquement effacer les œuvres graphiques éphémères du chanteur, dans un ruissellement digne des ardoises magiques de notre enfance.
La mise en scène de ce spectacle qui épouse davantage la forme d’un concert « classique » que d’une pièce de théâtre a été confiée à Christophe Lafargue, alias Garniouze, autre adepte des spectacles de rue. Arpentant la scène en soliloquant dans son costume d’ingénieur positiviste, Lareine revient toujours au pied de son micro planté au milieu de la scène, comme aimanté. « On a pensé à utiliser un micro-casque pour les séquences narratives, mais je l’aurais fait péter en 5 minutes » explique le trépidant chanteur de blues en blouse. Il ne manquera d’ailleurs pas de sortir un harmonica de sa poche pour y souffler ses tripes habituelles. On ne se refait pas à 65 ans, même quand on joue un respectable industriel en cravate et montre-gousset sur plastron.
Lareine Bergès
Né par hasard à Charleville-Mézières, le plus rimbaldien des artistes toulousains confesse volontiers la part autobiographique de ce spectacle historico-électrique. « Mon père était ingénieur EDF ». Le paternel fut même diplômé de l’école fondée par Aristide Bergès du coté de Grenoble. Antinucléaire revendiqué, Lareine s’interroge en artiste sur ces ingénieurs et « leur confiance aveugle en la science ». Plutôt que de raconter les véritables déboires de l’inventeur de la “houille blanche” avec les riverains dauphinois de ses barrages qui lui firent un procès pour avoir détourné leur eau, il préfère dire que l’industriel a « trahi » la fée qui lui avait enseigné comment capter l’énergie des chutes d’eau. Le morceau de bravoure du spectacle est une longue épopée lyrique sur « la chute des corps » où Lareine peut donner le plein de sa démesure.
Un disque (vinyle) est annoncé en 2020 avec les chansons et la musique composée par Pascal Maupeu pour ce spectacle onirique original.

Le pont entre Mirepoix et Bessières victime d’un convoi exceptionnel « simplifié »  ?

pont Mirepoix Bessières
La presse a été tenue à l’écart des obsèques des deux victimes de l’effondrement du pont de Mirepoix-sur-Tarn, célébrées en fin de semaine dans l’église de Bessières à 24h d’intervalle. Dans un climat tendu : la famille de la lycéenne de 15 ans a lancé un appel au calme suite à la colère exprimée par ceux qui montrent du doigt la responsabilité du conducteur de poids-lourd, également décédé dans la catastophe. Une « marche blanche » est annoncée samedi 30 novembre à Mirepoix à la mémoire de la jeune fille.

L’enquête est toujours en cours, mais le procureur de la République Dominique Alzeari est déjà formel sur un point  : le camion qui s’est engagé sur cet ouvrage suspendu limité aux véhicules de 19 tonnes dépassait largement le poids maximum autorisé. Le véhicule, décrit comme un « porte-char » par le maire de Mirepoix, tractait une remorque chargée d’une foreuse d’une trentaine de tonnes. L’ensemble routier pesait plus de 50 tonnes, a révélé le magistrat du Parquet.

Le procureur se base sur la perquisition menée dès lundi au siège de la société Puits Julien, spécialisée dans les forages. Cette entreprise familiale, rachetée l’an dernier par un ancien joueur de rugby de Bessières avec un associé de la commune, avait déménagé ses locaux dans la zone industrielle située à quelques centaines de mètres en face du pont de Mirepoix.

Selon les explications du procureur, le poids-lourd conduit par le nouveau gérant de l’entreprise circulait « en convoi » avec deux autres véhicules de la société. Un employé qui se trouvait dans un deuxième camion suivant le porte-char, aurait même klaxonné et lancé des appels de phares à son patron quand il s’est aperçu du danger. En vain. Un troisième véhicule, « une fourgonnette blanche » précise Dominique Alzeari, aurait fermé la marche du convoi. S’agit-il de la fourgonnette décrite par certains témoins et qui avait été un temps porté disparue lundi matin, dans l’affolement de la catastrophe  ?

Sans chercher à ré-écrire vainement l’histoire, on ne peut que regretter que cette fourgonnette n’ait pas ouvert la voie aux camions, comme cela se pratique pour des convois exceptionnels. Selon La Dépêche du Midi, la Renault Clio blanche qui arrivait en sens inverse aurait en effet été contrainte de faire marche arrière en voyant le camion s’avancer avant de basculer dans le Tarn. La conductrice, infirmière, a été hospitalisée en état de choc alors que sa fille est morte noyée. La réglementation impose la présence d’un véhicule « pilote » devant les convois exceptionnels à partir de la deuxième catégorie pour les largeurs supérieures à 3m. Cela pose la question du gabarit du convoi, en plus de son poids. L’enquête devra déterminer si une voiture-pilote était obligatoire et s’il était possible à un poids-lourd de croiser un véhicule léger sur le pont de Mirepoix.

transport exceptionnel
source : préfecture de la Haute-Garonne

Il apparaît toutefois que le convoi relevait a minima de la première catégorie (dès 42 tonnes). Le Code de la route impose de demander une autorisation préfectorale avant de prendre la route pour de tels transports routiers. Interrogée pour savoir si la société Puits Julien disposait d’une telle autorisation, qui peut être délivrée pour une durée maximale de trois ans sans avoir à déposer des demandes d’itinéraires au cas par cas, la préfecture renvoie la balle vers le Parquet « s’agissant d’une affaire en cours ». Le procureur Alzeari se demande pour sa part si le gérant de l’entreprise, familier des lieux, ne se serait pas engagé sur le pont par habitude, oubliant le poids de son camion.

Les enquêteurs auront du mal à savoir pourquoi cette personnalité bien connue à Bessières a choisi de passer sur le vieux pont suspendu plutôt que sur le nouveau pont de La Magdeleine, à seulement quelques kilomètres en aval. Mardi, un engin de levage a sorti la Clio du Tarn depuis la rive droite devant un public de curieux, tenus à distance par des policiers municipaux et des gendarmes. Il faudra plus de temps et un engin plus puissant pour dégager la carcasse du poids-lourd et son chargement depuis la rive gauche. Le maire de Mirepoix redoute que Tarn en crue puisse emporter l’épave. Les tronçons du pont détruit qui pendent dans l’eau ont déjà été déplacés par la force du courant ce week-end.

Le drame de Mirepoix-sur-Tarn pose moins la question de l’état des ponts en France que de l’organisation des transports lourds. La réglementation sur les convois exceptionnels a été « simplifiée » en 2017, après une expérimentation menée dans l’ex- région Nord-Pas-de-Calais. Voila longtemps que les motards de la gendarmerie nationale n’encadrent plus ces convois sur les routes.

Le sentier oublié du muséum de Toulouse à Borderouge

jardin oublié

C’est un « trou de verdure », aurait dit le poète. Rimbaldien de nature, l’étroit sentier qui serpente entre les les fourrés d’arbres, les ronces et les hautes herbes conduit à un petit étang pratiquement asséché en cet fin d’été. La promenade se veut toutefois plus pédagogique que bucolique. « On a sorti plusieurs bidons de cette ancienne gravière qui servait de décharge », raconte Olivier Puertas, responsable des Jardins du Muséum.

Le site a été aménagé en même temps que l’urbanisation du quartier de Borderouge sur les anciennes terres maraîchères du nord de la ville. Il accueille environ 30.000 visiteurs par an, mais seuls quelques petits groupes d’une dizaine de personnes sont autorisés à pénétrer sur les 3ha de cet ancien jardin où la nature retrouve progressivement ses droits. Une escouade de 7 médiateurs se relaie pour accompagner les visites dans un milieu qui peut paraître à première vue banal, voire franchement hostile à un public citadin.

« On a recensé ici jusqu’à 110 espèces d’oiseaux, soit deux fois plus qu’en ville ou dans les campagnes » assure pourtant Olivier Puertas depuis le sommet d’une tour de guet en bois. Cet observatoire surélevé offre un point de vue privilégié sur la roselière, une  « oasis » connue d’une poignée de naturalistes qui ont convaincu la ville et les promoteurs qu’elle méritait d’être conservée quand les immeubles ont commencé à pousser à Borderouge. Toute la pluie recueillie par les toitures des nouvelles constructions est même dirigée vers la roselière pour l’alimenter en eau. En vain. « Il ne pleut pas assez », explique Olivier Puertas.

Le directeur des Jardins du Muséum sait que la roselière, qui s’étend actuellement sur 1 hectare, est condamnée à terme  : des arbres commencent à pousser au milieu des « phragmites », nom savant de ces roseaux que certains visiteurs ignares en botanique confondent avec du maïs. Conformément à la philosophie du lieu, Olivier Puertas s’est résolu à ne pas entreprendre de lourds travaux pour sortir la vase qui permettra aux arbres de supplanter les roseaux « dans 50 ou 100 ans ». En attendant, il observe avec plaisir le retour de quelques hérons qui avaient fuit quand les engins de chantier construisaient le nouveau Borderouge. Un écureuil virevolte d’une branche à l’autre. « Ils sont arrivés depuis trois ans », note-t-il. Une espèce rare de crapaud s’est aussi installée sur place. Les nouveaux locataires de la roselière et ses abords sont la preuve que le site n’est pas une simple « oasis » déconnectée de son milieu. Olivier Puertas insiste sur l’importance des « corridors » pour relier entre elles ces zones que les naturalistes tentent de protéger. La nouvelle piste cyclable qui passe à proximité peut ainsi servir aux hérissons à traverser sans risquer de se faire écraser.

Alors que des riverains se plaignent parfois du concert nocturne des grenouilles à la saison des amours, la « réserve naturelle » de poche du Muséum à Borderouge a même eu la surprise d’entendre le chant d’une « grenouille taureau ». Cette espèce importée de Floride peut dépasser le kilo. Dans son milieu d’origine, elle n’hésite pas s’attaquer à des bébés alligators pour satisfaire son insatiable appétit. Des gardes de l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) sont aussitôt venus camper dans le sentier oublié de Borderouge pour détruire cette espèce, classée « invasive », à coup de fusil.

Au delà de cette alerte, la présence des moustiques semble être l’une des principales préoccupations des habitants du quartier à l’égard de cette mini « forêt vierge » maintenue à leurs portes. « On en a bien sûr, mais on a aussi tout ce qu’il faut pour réguler leur population » répond le maître des lieux, qui sait pouvoir compter sur les batraciens et les chauves-souris pour juguler la prolifération des insectes qui piquent. C’est aussi efficace et infiniment plus économique que de pulvériser un traitement chimique, banni des Jardins du Muséum depuis leur ouverture en 2008. « Notre principal enjeu, c’est l’acceptation du cycle du vivant », résume Olivier Puertas. Il aura encore beaucoup de travail pour rendre les moustiques sympathiques, mais les jardiniers eux-mêmes qui aiment les potagers « au carré » verront cette « friche » autrement en sortant du sentier oublié.

 

reportage pour un supplément du Point consacré à Toulouse

La 3ème ligne de métro lance la campagne des municipales à Toulouse

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La préfecture de Haute-Garonne a (enfin) mis en ligne l’avis de la commission d’enquête sur le projet de troisième ligne de métro de Toulouse, ainsi que son appendice vers l’aéroport de Blagnac et la prolongation de la ligne B au-delà de son terminus actuel à Ramonville pour franchir l’autoroute et se rapprocher du quartier d’affaires du Sicoval, l’équivalent horizontal de La Défense pour l’agglomération. Le président de la commission d’enquête a officiellement mis un point final à la volumineuse synthèse (258 pages) des nombreuses observations (1.882) receuillies pendant l’enquête dès le 26 juillet et rédigé ses conclusions (45 pages) le 19 septembre dans sa lointaine commune aveyronnaise aux portes de Rodez. Mais le préfet, Etienne Guyot, a involontairement nourri un début de polémique en différant la publication de ces documents très attendus, le temps que le tribunal administratif en fasse une lecture juridique approfondie. Les « complotistes » qui imaginaient déjà une « censure » de la commission d’enquête pour atténuer d’éventuelles critiques trop acérées en seront pour leur frais. Le document final accorde un large satisfecit au projet baptisé Toulouse Aerospace Express (TAE) et ses annexes, se contentant de deux « réserves » qui apparaissent minimes eu égard à l’ampleur d’un chantier de plus de 20 kilomètres entre Labège et Colomiers.

Jean-Luc Moudenc (LR), qui a reconquis le Capitole en 2014 grâce à ce projet inattendu face aux projets de tramways de Pierre Cohen, maire socialiste de l’époque, s’est aussitôt réjoui de ce feu vert sans (presque) aucun clignotant d’alerte. Il compte transformer le prochain scrutin municipal de mars 2020 en référendum pour ou contre son métro.  » La troisième ligne de métro ne verra pas le jour si jamais mes opposants remportent les élections « , prévient-il dans une interview. Le maire sortant cible particulièrement la liste Archipel Citoyen, qui regroupe des écologistes d’EELV, des Insoumis et des dissidents du PS et qui  » a le vent en poupe « , selon lui. Les adversaires préférés de M Moudenc, qui évitent soigneusement les « sujets qui fâchent » en privilégiant une méthode originale pour désigner ses candidat(e)s par tirages au sort et « plébiscites », semblent en réalité ne pas être pressés de trancher la question. Seul Jean-Charles Valadier (EELV) s’est exprimé publiquement contre le métro au nom des Amis de la Terre. Cet ancien adjoint de Pierre Cohen préfère investir dans un réseau de RER. Mais le collectif associatif qui porte ce projet de trains périurbains « en étoile » autour de la capitale régionale souligne qu’il n’est pas une « alternative » au métro, préférant le présenter comme « complémentaire » au projet TAE et ses annexes.

Le tandem choisi par le parti socialiste pour mener la bataille contre Jean-Luc Moudenc a réagit en ordre dispersé à la publication des conclusions de la commission d’enquête. Le sénateur Claude Raynal, président du groupe des élus socialistes de Toulouse Métropole, est déçu que les commissaires ne l’aient pas suivi dans sa démonstration sur les risques financiers du projet, évalué à 2,7 milliards d’euros. Sans remettre en cause le métro sur le fond, l’ancien maire de Tournefeuille entendait attirer l’attention sur la capacité financière de la métropole et de Tisséo, le syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération, à rembourser les emprunts sans augmenter les impôts.  » Nous prenons acte de cet avis qui permet au projet de 3eme ligne de ne pas prendre plus de retard sans, pour autant, répondre aux incertitudes qui, elles, demeurent « , conclue Claude Raynal.

Plus offensive dans le ton employé, Nadia Pellefigue préfère s’appuyer sur les réserves et les recommandations relevés dans le rapport de la commission d’enquête pour critiquer le projet du maire sortant. La jeune conseillère régionale, qui a réaffirmé qu’elle serait bien tête de liste face à Jean-Luc Moudenc dans une longue interview au quotidien régional, compte bien relayer les inquiétudes exprimées tout au long du tracé par des associations de quartier contre l’abattage des arbres ou le nombre de places de parking, pour mener campagne. La troisième ligne de métro est « une solution qui n’en est pas une », estime Mme Pellefigue en soulignant à l’envie la pollution de l’air et les bouchons qui seront toujours le quotidien d’ici 2025, date annoncée de la livraison de TAE. La candidate présentera ses propres solutions pour un « plan d’urgence » le 17 octobre prochain dans un lieu symbolique : le Vélo Sentimental, emblême des « mobilités douces » situé face à la gare Matabiau et ses transports « lourds » par train financés par la région.

 

Un arrêté anti-bivouacs « explosif » contre la mafia albanaise à Toulouse

Moudenc rentrée

Les boulevards de Toulouse ne sont pas un camping, même humanitaire. Face à la récente mais persistante multiplication des campements sauvages sur les trottoirs de la ville rose, Jean-Luc Moudenc s’est décidé à prendre le taureau par les cornes. Lors de sa rentrée politique, le maire (LR) a annoncé un arrêté « anti-bivouacs » assorti de commentaires acides qui risquent de faire quelques vagues, à quelques mois des élections municipales.

Sans prononcer le mot de « mafia », M Moudenc a pointé du doigt « des réseaux organisés en lien avec l’Albanie » qui auraient volontairement mis en place ces campements « dans des endroits bien visibles ». « C’est un phénomène nouveau », observe le maire de Toulouse, qui a comptabilisé un roulement permanent « entre 5 et 26 tentes » depuis le début de l’année. Il opère un distingo avec les campements de roumains ou de bulgares, installés généralement en périphérie, et que la ville s’attache à résorber en coopération avec la préfecture et des associations caritatives. Contrairement à ces ressortissants d’autres pays de l’Est, l’Albanie n’est pas membre de l’Union Européenne observe le maire de Toulouse. Il a pris soin de d’accorder son violon avec la préfecture avant de lancer sa charge, explosive. Lors de sa propre conférence de presse de rentrée, le préfet Guyot avait déjà mentionné deux jours plus tôt la problématique de ces campements sauvages en plein centre-ville. « Il faut distinguer les demandeurs d’asile, à qui nous devons proposer un logement correct, des autres qui doivent être raccompagnés à la frontière », précisait Etienne Guyot.

Mais selon le maire de Toulouse, 80% des expulsions prononcées par la justice ne sont pas exécutées, faute de moyens. Certains « campeurs » refuseraient même de déposer une demande d’asile, selon M Moudenc qui y décèle une nouvelle preuve d’un comportement mafieux. « C’est l’Etat qui est responsable, mais c’est moi que les gens interpellent » ajoute Jean-Luc Moudenc, qui redoute que l’exposition de la misère au centre de Toulouse et l’impuissance manifeste à y remédier fasse « prospérer les extrêmes » à l’approche du scrutin municipal.

Offensif, le maire de Toulouse dénonce également « les associations politisées » qui font, à ses yeux, le jeu de cette mafia en leur apportant une assistance.  « Le Cedis31 ne se sent pas concerné », a rapidement réagit sur Twitter l’une des principales organisations qui travaille sur le sujet à Toulouse. « Ce sont avant tout l’Etat et les pouvoirs qui font le jeu des réseaux organisés en bafouant les droits les plus fondamentaux. N’inversons pas les rôles, ne reprochons pas aux exclus d’être exclus », ajoute ce collectif de travailleurs sociaux, qui collabore régulièrement avec la ville et la préfecture pour résorber les bidonvilles de migrants. « Je ne veux pas cibler une association, mais un comportement » explique de son coté M Moudenc, pressé de préciser ses accusations.

A Toulouse, le microcosme a parfaitement compris que le maire s’attaquait, sans le nommer, au porte-parole du DAL, qui vient de démissionner pour être candidat aux élections municipales. « Les propos de M Moudenc sont dignes de ceux de Matéo Salvini et de l’extrême-droite en Italie. A Toulouse, les réfugiés ne sont pas noyés dans la mer, mais sous le béton » réagit vivement François Piquemal. L’ancien porte-parole du DAL souligne qu’il avait alerté la municipalité sur la présence de familles « livrées à des marchands de sommeil de la mafia albanaise » dans un squat démantelé il y a deux ans dans le quartier des Arènes.

Le « Gilet Bleu » a-t-il été délibérément bousculé par un policier à Toulouse ?

Gilets bleus et BAC
Des « Gilets Bleus » de l’Observatoire des pratiques policières et des policiers de la BAC à Toulouse (archives)

 » Je n’ai rien vu venir, j’étais en train de filmer un type qui s’est pris des lacymos à seulement 15cm du visage par un policier armé d’une gazeuse « , témoigne Pascal Gassiot. Ce militant de la fondation Copernic, un think-tank de la gauche « anti libérale », est l’un des principaux animateurs de l’observatoire des pratiques policières (OPP) à Toulouse. Il a été blessé à la tête samedi lors d’une charge de la police à la fin de la rituelle manifestation des Gilets Jaunes. C’est la deuxième fois qu’un membre de l’OPP est blessé dans la ville rose. En février déjà, un autre de ces observateurs qui portent souvent des chasubles bleues sous leurs gilets fluos pour se distinguer des manifestants avait reçu un projectile sur son casque.

Pascal Gassiot  » a été poussé à terre par l’un des policiers qui l’a visé directement et l’a fait chuter au cours d’une charge inutile et excessive.  Sa tête a alors heurté le sol, entraînant un saignement important et une prise en charge par les Streets médics, puis une évacuation par les pompiers aux urgences de Purpan « , déplore l’observatoire dans un communiqué. Le directeur départemental de la sécurité publique de Haute-Garonne nie que ses troupes ont délibérément ciblé le militant. «  Il est bien connu de l’ensemble des policiers et parfaitement reconnaissable. Il n’est jamais visé « , affirme Nelson Bouard dans le quotidien régional. Le patron des flics toulousains laisse entendre que Pascal Gassiot est une victime collatérale qui se trouvait trop près de l’action.

 » Ils voudraient qu’on reste loin «  réagit le militant de l’OPP, peu flatté d’être comparé « à un délinquant multi-récidiviste » par l’expression consacrée « bien connu des services de police ». Pascal Gassiot ne croit pas une seconde à une bousculade involontaire.  » Ce n’est pas un CRS venu de Marseille ou d’ailleurs qui a fait ça. Les flics de la BAC nous balancent régulièrement des gentillesses en passant quand ils chargent, comme des coups de boucliers », raconte-t-il.

Gassiot et OPP
Pascal Gassiot (au centre) lors de la présentation du dernier bilan de l’OPP, très critique vis à vis de l’action des policiers de la BAC lors des manifestations à Toulouse

Il faut dire que l’OPP n’est pas tendre avec les policiers de la brigade anti-criminalité, chargés des interpellations lors des manifestations. L’observatoire estime que ces policiers, en civil mais généralement casqués, ne sont pas formés au maintien de l’ordre, contrairement à leurs collègues CRS ou de la gendarmerie mobile.  » Ils créent des tensions inutiles dans une logique de recherche de l’affrontement « , dénonce l’OPP dans son communiqué.

Pascal Gassiot, qui redoute d’avoir des côtes cassées, ne sait pas encore s’il va porter plainte.  » Je suis en grande discussion avec moi-même ». Il souligne que la plainte déposée par le premier militant de l’OPP blessé en février est demeurée sans suite à ce jour. L’enquête devait établir si le projectile reçu sur son casque venait bien des forces de l’ordre.