Une policière pour arrêter Baylet à Valence d’Agen

affiche Dubois

A les entendre, on pourrait presque croire que ce ce sont deux candidats forcés qui s’affrontent pour la mairie de Valence d’Agen, gros bourg de 5.000 habitants qui a grossi à l’ombre de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne). « On est venu me chercher »   assure Corinne Dubois, 47 ans, officier de police judiciaire au commissariat central de Toulouse, qui s’est installée dans la commune il y a huit ans. Elle raconte avoir participé à plusieurs réunions d’habitants mécontents de la municipalité sortante avant d’accepter de prendre la tête de liste. « Personne ne voulait s’exposer ». Même ses parents, originaires d’un hameau à quelques kilomètres de là, auraient tenté de l’en dissuader. « J’ai l’habitude d’un métier à risque », rétorque la policière.

Corinne Dubois n’a pourtant pas eu besoin de gilet pare-balles pour aller saluer Jean-Michel Baylet sur le marché. Après un repli stratégique comme simple conseiller municipal du charmant village perché de Montjoi (165 habitants), le patron de La Dépêche du Midi se présente à nouveau sous le feu direct des électeurs pour reprendre en main le fief familial. Il avait confié les clés de la mairie en 2001 à Jacques Bousquet, un fidèle de la dynastie républicaine qui règne sur Valence d’Agen depuis la Libération. « Jacques m’avait prévenu qu’il voulait jeter l’éponge il y a deux ans, mais je ne l’ai pas cru ». A 73 ans, ce vieux routier de la politique savait pertinemment qu’il était attendu au tournant. A ses yeux, la candidature de Corinne Dubois est un guet-apens tendu par ses opposants. « C’est un coup d’Astruc », affirme Baylet en désignant son voisin de Dunes. Il n’a toujours pas digéré la manière dont l’ancien maire de ce village de 1.000 habitants lui a ravi la présidence du département, en s’alliant à la maire (LR) de Montauban et à des radicaux dissidents.

La policière toulousaine jure être à mille lieux de ces anciens règlements de comptes locaux. « Je suis un chien sans maîtres », assure Corinne Dubois. Dans le camp Baylet, certains la soupçonnent même d’être un sous-marin de l’extrême-droite. La candidate s’est en effet affichée dans les colonnes du Petit Journal, féroce concurrent de La Dépêche du Midi dans le département, avec l’armurier de Valence d’Agen, l’un de ses colistiers, qui affiche sur sa page Facebook des propos très radicaux. Un discours qui rencontre un écho certain dans une commune où Marine Le Pen a réunit 40% des voix face à Emmanuel Macron. Corinne Dubois, qui se présente sans étiquette, assure qu’elle a dosé personnellement sa liste. Elle prend soin de ne pas s’afficher comme la candidate « anti-Baylet », préférant mettre en avant le « bol d’air démocratique » apportée par une deuxième liste à Valence d’Agen. Du jamais vu depuis plus de vingt ans. « En 2014, j’avais voté blanc », souligne la policière toulousaine. On avait alors comptabilisé 460 bulletins blancs ou nuls et 46% d’abstention dans la commune.

Si le duel de Valence se réglera comme un coup de pistolet à un seul coup, le deuxième tour se jouera autour de la présidence de la communauté d’agglomération constituée pour répartir la manne fiscale de la centrale de Golfech à 28 communes alentour. Jean-Michel Baylet, président sortant, refuse de confirmer les intentions qu’on lui prête de repartir à la conquête de son mandat perdu de sénateur. « Step by step », dit l’ancien homme fort du département qui doit d’abord sortir vivant de cette drôle de souricière démocratique.

Canicule et fermeture de la centrale nucléaire de Golfech : un non-évènement ?

rejets Golfech

C’est une première en France, mais EDF fait tout pour relativiser l’évènement : les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne) ont été mis en veilleuse mardi 23 juillet. Une première en France. EDF évoquait dès lundi dans un communiqué national un « arrêt pour contraintes environnementales » . En clair, la Garonne est à la fois trop basse et surtout trop chaude pour refroidir la centrale. La température du fleuve dépasse en effet les 27° en amont de la centrale. Elle risque de dépasser le seuil fatidique des 28°, fixé depuis la mise en service de la centrale en 1993 comme une limite à ne pas dépasser. Le redémarrage de l’unique centrale nucléaire d’Occitanie, construite dans les années 80, est suspendu au niveau du fleuve. Il ne devrait pas être possible avant la fin de la semaine, confie Mathieu Albugues, conseiller départemental et président de la commission locale d’information (CLI) de Golfech.

Un arrêt à contre-coeur

La direction de la centrale de Golfech a précisé presque à contre-coeur les modalités de fermeture mardi matin, après avoir laissé planer le doute sur l’application complète de cette mesure radicale : un premier réacteur a été fermé dès 15h, l’autre qui devait s’arrêter durant la nuit l’a suivi quelques heures plus tard. « Les centrales de Blaye (Gironde) et Civaux (Vienne) pourront prendre le relais sans poser de problème d’alimentation électrique à la région », assure M Albugues. Même si EDF affirme qu’il est courant de réduire l’activité de ses centrales, voire stopper un réacteur en période de sécheresse, c’est bien la première fois que les deux réacteurs de Golfech sont arrêtés simultanément. D’autres centrales pourraient connaître le même sort dans les jours à venir, selon Le Monde qui évoque notamment les 14 réacteurs au bord du Rhône.

Golfech en concurrence avec Civaux ?

Ce sont en réalité les centrales comme Golfech ou Civaux (Vienne), situées sur les berges de fleuves au débit moins importants que le Rhône ou la Loire , qui sont en première ligne face à la canicule. La fermeture de Civaux a même été envisagée dès le 3 juillet, après le premier épisode caniculaire de la fin-juin, selon un élu de l’agglomération de Limoges. Dans le cas de la centrale du Tarn-et-Garonne, EDF avait pris la précaution de construire dès les années 70 un barrage au fil de l’eau équipé d’une centrale hydroélectrique à Malause, en amont de Golfech, afin de disposer d’une réserve d’eau en période estivale. L’électricien dispose même d’une réserve supplémentaire, curieusement située sur le minuscule cours d’eau gascon de la Gimone à Lunax (Gers), pour « compenser » officiellement la consommation de sa centrale nucléaire. Golfech avale 200 millions de m3 par an, dont 40 partent dans les panaches des deux immenses tours aéroréfrigérantes de plus de 170m de haut, visibles de loin dans la vallée de la Garonne.

Mais la question se pose désormais moins en terme de quantité d’eau disponible pour refroidir les réacteurs que de qualité. Le panache hydraulique des rejets de Golfech, moins visible que ses rejets dans l’atmosphère, est surveillé de près depuis la canicule de 2003. En réchauffant le fleuve, la centrale est soupçonnée d’empêcher la remontée des poissons migrateurs comme le saumon. La canicule de 2003 s’était traduite l’année suivante par une hécatombe dans les les populations d’aloses, un autre migrateur jadis abondant dans la Garonne. EDF nie toute responsabilité. L’électricien affirme respecter le vieil arrêté préfectoral de 1993 qui lui impose de ne pas rejeter de l’eau à une température supérieure de 1,25° à celle de la Garonne en période estivale. Selon les chiffres communiqués à la CLI de Golfech par la direction de la centrale, l’eau qui sort des six orifices de l’émissaire débouchant dans la Garonne plusieurs centaines de mètres en aval ne réchaufferait le fleuve que de 0,2° « après dilution ».

L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) mentionnait pourtant des eaux chaudes de 33° dans l’émissaire en 2003. A l’époque, seul un des deux réacteurs avait été mis à l’arrêt. EDF avait demandé une dérogation à l’ASN pour s’affranchir de ses contraintes de températures réglementaires, mais avait dépassé les bornes fixées par le « gendarme du nucléaire » à plusieurs reprises, en juillet et en août ; sans que cela soit considéré comme un « incident ». « On n’allait quand même pas fermer la centrale pour un degré », clamait alors le maire de Golfech. « Les mentalités ont évolué. Le Tarn-et-Garonne est en crise, il faut s’adapter sur le long terme » dit aujourd’hui Mathieu Albugues. Ce jeune élu départemental a remplacé l’inamovible maire de la commune à la présidence de la CLI à la faveur du déboulonnage de Jean-Michel Baylet à la tête du Tarn-et-Garonne. La puissance politique locale du PDG de La Dépêche du Midi se mesurait jadis autant en mégawatts produits à Golfech qu’en millions d’euros de retombées fiscales. Le quotidien régional a consacré à peine un entrefilet mercredi à la fermeture totale de la centrale, considéré comme un non-évènement.

La transhumance motorisée des saumons de la Garonne

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alevin de saumon au Bazacle

 

D’Agen à Toulouse, remonter la Garonne revient à traverser “le triangle des Bermudes” pour les saumons. Depuis le début de l’année, on a comptabilisé 77 de ces grands poissons migrateurs dans l’ascenseur à poissons de Golfech (Tarn-et-Garonne), inauguré en 1986 par EDF pour favoriser le retour des saumons dans le fleuve. Mais seulement huit de ces poissons ont été recensés à ce jour à l’usine hydroélectrique du Bazacle à Toulouse, une centaine de kilomètres en amont. Six autres saumons ont été transférés par la route à Crampagna, au sud de Foix (Ariège). Cette transhumance motorisée de 170 kilomètres a débuté il y a quatre ans. Au total, 181 saumons ont bénéficié de cette assistance mécanisée depuis 2014.

L’association Migado, chargée du retour des poissons migrateurs dans la Garonne et la Dordogne depuis 1989, a pris cette décision face aux importantes pertes constatées d’une année sur l’autre entre les barrages de Golfech et Toulouse. Le radio-pistage de 146 saumons entre 2002 et 2006 a montré que seulement 39 poissons avaient réussi à passer le Bazacle à Toulouse. La plupart renoncent, victimes de la pollution et de la chaleur. On a relevé des températures supérieures à 29° dans la Garonne, alors que le seuil létal commence à 25° pour ces migrateurs qui grossissent du coté du Groenland, mais ne s’alimentent plus quand ils reviennent en eau douce. Parmi les plus motivés ayant réussi à dépasser Toulouse, 50% sont décédés ou ont fait demi-tour avant la période de reproduction, qui se déroule au début de l’hiver (novembre-décembre). Les premières frayères se situent pourtant à une petite dizaine de kilomètres en amont, à la confluence de la Garonne et de l’Ariège.

Le transport des saumons par la route n’est pas une nouveauté pour Migado. L’association utilise cette technique depuis de nombreuses années à Carbonne, dans le sud de Haute-Garonne. Le barrage sur la Garonne est ici infranchissable du fait de l’absence de passe à poissons. Les rares saumons qui arrivent au pied de cet ouvrage sont capturés et relâchés en amont, essentiellement dans la Pique du coté de Luchon. D’autres saumons piégés à Golfech sont acheminés chaque année à Bergerac (Dordogne), dans une pisciculture chargée de conserver les géniteurs dans des bassins. Cette année, neuf poisons ont déjà rejoint ce « centre de reconditionnement » des saumons. Les œufs fécondés sont ensuite transférés vers d’autres piscicultures. Les jeunes saumons sont élevés dans le Tarn avant d’être relâchés à différents stades, alevins ou plus âgés, dans la Garonne ou l’Ariège. Mais pas dans la Pique, à cause d’un barrage qui hache menu 60% des jeunes saumons qui entament leur dévalaison vers l’océan. C’est aussi pour éviter les turbines des barrages de la Garonne-amont que 35.000 « smolts » ont été capturés l’an dernier au sud de la Haute-Garonne pour être transférés dans un camion spécialement équipé jusqu’à Golfech.