Le débat sur la dépénalisation ou la légalisation du cannabis rebondit à Toulouse

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Ils disent non « à l’hypocrisie ». Quatre militants politiques et associatifs ont adressé une tribune à la télévision régionale pour réclamer « la légalisation des drogues douces » après un nouveau règlement de comptes meurtrier dans le quartier du Mirail à Toulouse. « Le trafic de drogue tue nos quartiers lentement mais sûrement et les morts qui font la une des journaux ne sont que la partie immergée de l’iceberg », se désolent les auteurs, qui ont comptabilisé 13 morts violentes dans la ville rose depuis 2011.
« On a déjà eu pas mal de réactions sur les réseaux sociaux, même de la part de gens qui nous disent qu’ils ne sont pas d’accord. Il y a un vrai débat » se félicite l’un des co-signataires, Salah Amokrane. Ancien élu municipal des Motivés, le grand frère des chanteurs du groupe Zebda a été candidat aux élections législatives sous l’étiquette EELV, après avoir fait la campagne présidentielle de Benoît Hamon.
La Dépêche du Midi réclame un débat
La tribune, qui dénonce « les politiques qui instrumentalisent le trafic de drogue », prolonge un éditorial publié dans la Dépêche du Midi au lendemain du dernier règlement compte, début juillet. « Pourquoi ne pas rouvrir un grand débat national sur la dépénalisation du cannabis ? », s’interrogeait Dominique Delpiroux, fils d’un ancien policier. Une position qui s’inscrit dans la droite ligne de la position adoptée par Jean-Michel Baylet, propriétaire du journal et ancien président du parti radical de gauche lors de la précédente primaire de la gauche.
Collomb annonce des « contraventions »
Nicole Belloubet, nouvelle garde des Sceaux et ancienne adjointe au maire de Toulouse, saisira-t-elle la perche pour clarifier la position du ministère de la Justice sur sa politique pénale ? Son homologue du ministère de l’Intérieur a semblé vouloir faire un pas vers un éventuelle dépénalisation du cannabis. L’ancien maire de Lyon avait annoncé peu après sa prise de fonction vouloir désormais punir les fumeurs d’une simple contravention « d’ici trois ou quatre mois ». Mais on ignore la position officielle du premier ministre et du président de la République, qui a paru hésiter sur le sujet lors de la campagne électorale.
Localement, la tribune anti-probitionniste suscite des réactions mitigées. « L’économie souterraine de la drogue, si elle est majoritairement réalisée avec le cannabis, prospère aussi avec tous les autres types de substances. Les « petites mains » des trafics locaux ne tarderaient pas soit à diversifier leur activité si lucrative, ou bien à redynamiser une activité parallèle et low-cost » redoute Didier Martinez, policier au commissariat central de Toulouse et syndicaliste (Force Ouvrière).

Ali Bernard et les 40 voleuses… dans les plumes

Malika vs Fatiha

Quel « souk » dans la « ville rose » ! Alors que les manifestant(e)s bariolé(e)s de la Gay Pride croisaient dans les rues de Toulouse les supporters de rugby aux couleurs de Bayonne et d’Aurillac, la place Arnaud Bernard a vécu sa propre mêlée. Une quarantaine de femmes se sont volées dans les plumes autour des questions de racisme et de laïcité.

Sur l’esplanade vide et bétonné, coincée entre les boulevards et la basilique Saint-Sernin, quelques femmes du quartier et des militantes féministes ont disposé tables, chaises, barnum et petits plats. La place, qui a vu naître les premiers repas de quartiers dans les années 90, est « confisquée » par les hommes, regrettent-elles aujourd’hui.

place des femmes à Arnaud Bernard

Ces femmes, relayées par le comité de quartier, se plaignent d’être régulièrement importunées par les jeunes gens d’origine maghrébine qui vendent des cigarettes à la sauvette dans le quartier.  » Nous n’avons pas à élaborer des stratégies de contournement pour nous promener, faire nos achats ou rentrer chez nous « , proclament les organisatrices dans leur manifeste publié sur Facebook. Elles ont convié pour l’occasion des artistes, des militantes ou des universitaires pour une « occupation festive, conviviale, politique, artistique, ludique ». Mais d’autres participant(e)s se sont invité(e)s de leur propre chef.

guerre des drapeaux

L’initiative de Nancy Diouf, fondatrice de l’association « les femmes d’AB », a fortement fait réagir d’autres militantes.  » Vous stigmatisez le quartier « , dénonce un collectif emmené par le Parti des Indigènes, en faisant irruption bruyamment dans la manifestation. Attirés par toute cette agitation, quelques jeune gens en survêtements, qui ignoraient superbement la réunion jusqu’alors, commencent à pointer le bout de leurs baskets. « J’appelle les flics », demande Nancy ?

Drapeau tricolore contre drapeau algérien

 » Pour se sentir mal à l’aise ici, il faut avoir un problème « , fait mine de s’étonner Malika. La jeune femme, coiffure afro et T-shirt rouge, accuse les organisatrices de « racisme ». Le ton monte, les esprits s’échauffent : « collabos », « fachos », « retourne chez les talibans », etc.

La police, qui peut suivre les événements à distance grâce aux caméras de surveillance récemment installées dans le quartier, n’aura finalement pas à intervenir. Les deux camps en présence se filment mutuellement et tentent d’échanger des arguments, après les insultes.

Malika vs Fatiha

Le débat porte notamment sur une phrase du manifeste des « Femmes d’AB » proclamant « la primauté du droit français sur les normes, les traditions, les coutumes, les usages « . Il dérive rapidement sur la couleur des drapeaux brandis de part et d’autre.
« Je ne suis pas Benzema » rétorque Fatiha à Malika. Encartée au MRC, le parti fondé par Jean-Pierre Chevènement en quittant le PS, Fatiha Boudjahlat arbore ostensiblement un morceau du ruban tricolore coupé symboliquement lors de « l’inauguration » de la place à midi. Elle demande à ses opposantes pourquoi elles sont venues en brandissant un drapeau algérien.

danseuses et tambours

Confronté à la confusion bruyante qui a envahi la place, le musicien venu égayer l’après-midi préfère débrancher son instrument. Les deux micros de la sono sont âprement disputés. Alors qu’un tour de paroles commence à s’organiser, façon #NuitDebout improvisée en plein milieu de l’après-midi, les danseuses et musiciennes prévues au programme imposent leurs rythmes au son des tambours. Les deux camps se séparent, provisoirement.

reprise du débat

Les débats, apaisés mais toujours sans concessions, reprendront à l’heure de l’apéritif. Ils couvaient depuis une semaine dans le quartier, et sur les réseaux sociaux. Les unes dénoncent la « ghettoïsation » du quartier, rebaptisé « Ali Bernard ». Les autres redoutent au contraire sa « gentrification », avec la volonté affichée de la ville de contenir la prolifération des « commerces ethniques ».
Deux cafés-salons de thé orientaux de la place ont prêté des tables pour l’occasion. Mais leur clientèle, majoritairement masculine, s’est contentée d’observer la scène de loin. « C’est mauvais de vous diviser comme ça, c’est regrettant », se contentera de venir dire au micro un homme, en s’excusant pour son « mauvais français ».